Maurice Papon toujours apprécié à Saint-Amand
Maurice Papon est décédé samedi 17 février à l’âge de 96 ans. Condamné pour crime contre l’Humanité pour avoir commandé la déportation d’enfants juifs durant l’Occupation, Maurice Papon fut maire et député de Saint-Amand Montrond. A l’époque de son procès, en 1997, Maurice Papon avait de nombreux soutiens dans la petite sous-préfecture du Cher ; aujourd’hui encore, certains, sans nier ses crimes, dressent de lui le portrait d’un homme compétent et de qualité.
Reprenant un article daté de 1997 et paru dans ses colonnes, le quotidien La Nouvelle République décrit Maurice Papon comme un homme dont l’influence politique « a largement contribué à l’essor de la sous-préfecture du sud du Cher », évoquant « le passage de l’autoroute, la construction d’un centre de cure médicale, l’installation définitive, dans de nouveaux locaux, d’un escadron de gendarmes mobiles... ». Bernard Vannier, deuxième adjoint au maire, chargé de l’expansion du logement, des travaux et de l’urbanisme, et professeur d’histoire avait vu en lui, à l’époque « quelqu’un de compétent, intelligent, déléguant les pouvoirs ». Aujourd’hui, Bertrand Vannier, avouant une confiance aveugle, concède ne pas avoir été assez loin dans sa réflexion : « Le dossier de Bordeaux nous était, à l’époque, inconnu ; en revanche, nous n’ignorions rien du Papon en mission en Algérie, quelques années plus tôt. Ni du Préfet de police à Paris, au moment de la répression de Charonne. » Maurice Papon était en effet aux commandes en tant que Préfet de Police de Paris lorsque, le 17 octobre 1961 environs 200 Algériens disparaissaient en marge d’une manifestation pour l’indépendance, certains étant retrouvés dans la Seine, « pieds et poings liés », comme le souligne le quotidien Libération dans son édition du 19 février. En 1962, il est encore là pour le massacre de Charonne : pour ordonner de charger des manifestants contre la guerre d’Algérie : « neuf manifestants meurent étouffés et piétinés », rappelle Libération. . L’actuel maire de Saint-Amand Montrond, Serge Vinçon, peine toujours autant à condamner Maurice Papon. Il avait témoigné en sa faveur lors de son procès, et déclare encore aujourd’hui pour La Nouvelle République : « Maurice Papon que j’ai côtoyé de 1973 à 1983, m’a appris à travailler et a significativement contribué à ma formation d’élu ». C’est du bout des lèvre qu’il ajoute : « l’Histoire écrira sa vérité, la justice y a participé déjà ». Seule l’opposition municipale de gauche décrit Maurice Papon comme « autoritaire ». et« hautain ». L’élue communiste Françoise Winckler regrette que Maurice Papon ne soit pas mort en prison.
Sources : La Nouvelle République, Libération.
Je signale un papier intéressant paru dans le Monde du 20 février, signé JM Dumay.
extraits
La carrière de Maurice Papon - né le 3 septembre 1910 à Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne)- débute dans la fonction publique en 1935, lorsqu’il devient rédacteur au ministère de l’intérieur, puis homme de cabinet dans les gouvernements Chautemps, Tardieu, Laval. Il milite à la Ligue d’action républicaine et socialiste, puis s’inscrit aux jeunesses radicales-socialistes.
Ce n’est donc pas quelqu’un issu des milieux d’extrême-droite, mais un homme qui a commencé sa carrière ... à gauche !
Ainsi, promu sous-préfet en 1941, quand tombent dans l’administration les épurations, Maurice Papon accepte de suivre Maurice Sabatier à la préfecture régionale de l’Aquitaine. Il est nommé secrétaire général de la Gironde. A trente-deux ans, le fonctionnaire assiste le préfet dans la réalisation de toutes ses missions. Sa signature, par délégation, s’appose au bas des documents : "Pour le préfet régional, le secrétaire général".Homme de confiance bien noté, on lui confie plus particulièrement des secteurs stratégiques, que l’on place directement sous son autorité : le service des carburants, celui de la circulation, des réquisitions allemandes, le service de l’Occupation et le bureau des questions juives. [...]Le bureau des questions juives a dressé des listes, appliqué les lois antijuives, participé aux arrestations, préparé les séquestrations au camp de Mérignac et les déportations vers Drancy, l’antichambre d’Auschwitz. Savait-on ce qui se passait au-delà ? Maurice Papon évoquera "le sort cruel" de la communauté juive, voire son "anéantissement", mais réfutera, à s’étouffer, avoir jamais pensé l’impensable, l’extermination de masse, la solution finale. Sur ce point, il sera entendu. La "complicité d’assassinats" ne sera pas retenue.
Alors, savait, savait pas ? Tous ces trains n’emportaient pas ces gens dans de jolies colonies de vacances ...
Dans sa plaidoirie de partie civile, Me Arno Klarsfeld synthétisera le mécanisme qui fit progressivement d’un républicain bon teint un complice de crime contre l’humanité : "En croyant que céder sur les petites choses ne prête pas à conséquence. Tout finit par s’amasser, brindille après brindille, compromis après compromis. On se retrouve à la croisée des chemins entre le bien et le mal. On accepte, on accepte. On cède à soi-même. On oublie l’homme qu’on a été, l’homme qu’on devrait être. On se dit spectateur alors qu’on est déjà un protagoniste. Et c’est tout naturellement qu’on accepte l’irréparable."
Et cela vaut pour tous, du sous-préfet au conducteur de train, non ?
Mais, tandis que se poursuit sa carrière de haut fonctionnaire vichyste, Maurice Papon amorce dans le même temps une mue savante, discrète, sage, précautionneuse. Opportune. A l’automne 1943, alors que le IIIe Reich s’agenouille à Stalingrad, et que se forment en France les premiers maquis, il refuse une belle promotion : préfet du Lot. Et prend contact avec la Résistance.
Les débats devant la cour d’assises de la Gironde s’éterniseront sur la nature et l’importance de ses contacts, certains authentifiant quelques faits d’armes, d’autres niant à Maurice Papon toute âme de résistant.
Avec une apparente habileté, le voici donc maintenant aux côtés de Gaston Cusin, ancien haut fonctionnaire, qui cherche des points d’appui à Bordeaux, où il représente dans la clandestinité le général de Gaulle. Pivot de la préfecture, il sait faire apprécier ses compétences. Dans son sillage, à la Libération, il devient cette fois directeur de cabinet du nouveau commissaire de la République et préfet des Landes.
Sa trajectoire, dès lors, a tout pour être celle, rectiligne, d’un grand commis de l’Etat.
Notre homme a donc tout l’air d’être un opportuniste. Il a flairé comment les choses pouvaient tourner, et à pris quelques garanties.
Préfet de Corse, préfet de Constantine, inspecteur général de l’administration en mission extraordinaire (Igame) pour la région de l’Est algérien, il devient, de 1958 à 1967, le préfet de police du général de Gaulle, recueillant sur son nom, cette fois, les heures sombres de la manifestation d’octobre 1961 et de la tragédie du métro Charonne, en février 1962.
Chassez le naturel ...
Incarcéré à la prison de la Santé, Maurice Papon purgera presque trois des dix années auxquelles il a été condamné. Sa remise en liberté, en septembre 2002, sur avis médical concluant à l’incompatibilité de son état de santé avec la détention, suscitera une polémique. "Ce qui est important et essentiel, affirmera alors l’ancien ministre Robert Badinter, est l’oeuvre de justice, la mise en lumière, si importante pour les jeunes générations, de ce qui était advenu, et la condamnation intervenue satisfait à mes yeux l’exigence de justice."Sur cette exigence, dans un arrêt de portée historique, le Conseil d’Etat condamnera à son tour, le 12 avril 2002, l’Etat à prendre en charge la moitié des condamnations civiles - les dommages-intérêts - prononcées à l’encontre de Maurice Papon.La haute juridiction administrative estimera en effet qu’au côté d’une "faute personnelle"du fonctionnaire exista bel et bien une "faute de service" imputable à l’administration. Aussi, estimera le Conseil d’Etat : "La responsabilité de l’Etat républicain peut être engagée à raison d’agissements administratifs accomplis dans le cadre des actes législatifs et réglementaires du régime de Vichy qui établissaient ou appliquaient une discrimination fondée sur l’origine juive des personnes." Un arrêt comme une demi-victoire pour le condamné, mais aussi, pour certaines parties civiles, comme une conclusion définitive à son procès. L’Etat responsable dans la déportation des juifs : l’ultime jugement, pour parfaire le symbole de la condamnation.
Deux choses importantes : l’Etat responsable dans la déportation des juifs, certes. Mais l’Etat, ce sont des hommes qui le constituent, et leur responsabilité reste pleine et entière. Par ailleurs, le jugement de Badinter est très étrange. La condamnation non suivie d’effets est-elle une réponse satisfaisante ? Peut-on parler alors d’ "oeuvre de justice" ? Oeuvre de justice il y aurait eu si Papon avait purgé sa peine. La République est coupable de l’avoir épargné. Cela restera une tache dans notre histoire.
Bombix écrit :
"Papon milite à la Ligue d’action républicaine et socialiste, puis s’inscrit aux jeunesses radicales-socialistes."
Ce n’est donc pas quelqu’un issu des milieux d’extrême-droite, mais un homme qui a commencé sa carrière ... à gauche !
Cher Bombix, encore une fois, mille excuses pour cette remarque mais votre étonnement concernant la trajectoire de l’ignoble Papon passant du socialisme à la collaboration est quelque peu naïve. Vous auriez pu préciser que - malheureusment - nombre de personnalités de la gauche ont carrément viré au nazisme. Sans revenir sur les relations troubles entre le Parti communiste et les forces nazies en 1940 (voir les précisions plus bas), je vous signale que M. Jacques Doriot, furieux Nazi français, créateur de la LVF (version française de la SS), initiateur de la Shoah en France fut... le Responsable des jeunesses Communistes en 1922 et qu’à ce titre, il travailla avec les plus grands responsables du Parti signataire du célèbre Pacte de la Honte (le germano-soviétique aussi appelé le "national germanique-socialisme soviétique = national-socialisme = nazisme). Papon connaissait certainement Doriot et peut-être s’est il posé la question sur cette trajectoire étonnante. "Etonnante" n’est d’ailleurs pas l’adjectif adéquat. Rappelons que nombre d’artistes, de poètes et d’intellectuels de ce temps pensait que le communisme de cette époque était équivalent au nazisme. A commencer par les anarchos-syndicalistes espagnols qui furent liquidés non pas par les fachistes mais par les agents staliniens du P.C... Finalement, au-delà de la médiocre saloperie d’un Papon en comparaison d’un Doriot...et pour expliquer peut-être ces trajectoires menant de la gauche jusqu’au nazisme, le grand Panaït Istrati, totalement abattu par la montée irrésistible du nazisme et du communisme stalinien, écrivait avant-guerre : « La barricade sociale ne m’intéresse plus...parce que, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, on clame aux masses exploitées que l’avenir du monde n’est plus qu’une question de bien-être matériel et que pour trancher cette question on doit fouler aux pieds tout ce que le monde a adoré jusqu’ici:liberté, honnêteté, droiture, vérité, amour, foi, pitié... ».
Je citais simplement Le Monde, pour les quelques rappels utiles aux lecteurs de l’Agitateur qu’il contient. Je connais parfaitement la trajectoire de Doriot, qui d’ailleurs s’est fait exclure du Parti Communiste en mai 34. Exactement, et c’est piquant, parce qu’à l’époque, il défendait l’unité sociale-démocrate contre le fascisme, position que Thorez, son rival d’alors, jugeait "opportuniste". Il a fait ensuite la sinistre carrière que l’on sait.
Au reste, Papon n’a jamais été membre du P.C., mais radical-socialiste, donc républicain. La différence est de taille, parce qu’un communiste pouvait tout à fait concevoir la nécessité de la prise du pouvoir par la violence (théorisée par Lénine), un républicain s’en tenait à la voie réformiste et au respect de la "démocratie bourgeoise" Je mets entre guillemets "démocratie bourgeoise" car c’est le point commun des communistes et des nazis, la même haine de la bourgeoisie. (Lire à ce sujet le très intéressant chapitre de Furet dans "Le passé d’une illusion" : la passion révolutionnaire.)
Je ne pense pas d’ailleurs qu’on puisse, comme vous le faites, identifier le nazisme et le communisme, mais c’est un autre débat.
Si j’ai cité le début de l’article, c’est pour bien rappeler que Papon était un fonctionnaire ordinaire. Il y a quelque chose dans son attitude qui relève de "la banalité du mal" que Hannah Arendt a conceptualisé à propos de Eichmann : l’idée que le mal n’a pas une origine monstrueuse, ou démoniaque, mais qu’il est le fait de gens ordinaires, de médiocres sans scrupule. Dans un entretien avec Thilo Koch en 1964, elle disait : "Ce qu’aucun de nous n’arrive à surmonter dans le passé, ce n’est pas tant le nombre des victimes que précisément aussi la mesquinerie de cet assassinat collectif sans conscience de culpabilité et la médiocrité dépourvue de pensée de son prétendu idéal."
A ceci près que Papon n’avait même pas l’excuse d’un "prétendu idéal", mais agissait simplement en vue de ses intérêts et de sa carrière. Il fut un homme méprisable et sans honneur, et est mort tel.
« La barricade sociale ne m’intéresse plus...parce que, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, on clame aux masses exploitées que l’avenir du monde n’est plus qu’une question de bien-être matériel et que pour trancher cette question on doit fouler aux pieds tout ce que le monde a adoré jusqu’ici :liberté, honnêteté, droiture, vérité, amour, foi, pitié... ».
"A ceci près que Papon n’avait même pas l’excuse d’un "prétendu idéal", mais agissait simplement en vue de ses intérêts et de sa carrière."
Bien vu cher Bombix, ce qui confirme bien cette citation d’un homme renvoyant dos à dos ces 2 idéologies consistant à tout à écraser pour le bonheur de tous (du moins ceux qui ne sont pas ennemis du pouvoir) ; Pour être encore plus trivial, la terrible phrase "On ne fait pas d’omelette sans casser les oeufs" (signifiant qu’on ne mène pas une Révolution jusqu’au bout sans écraser injustement des innocents:arguments avancés par tous les grands dictateurs communistes de Mao à Fidel Castro peut tout aussi bien s’appliquer à une carrière personnelle à la PAPON qu’à un "Prétendu Idéal"...Nazi ou Communiste de l’époque. Demeure cette différence absolue entre les 2 idéologies comme vous le soulignez. Demeurent aussi 2 systèmes concentrationnaires... Encore que, comme par hasard, la dictature nazie et la dictature communiste ont toutes deux entraîné un immense système d’élimination des opposants. Reste alors, cette différence encore plus absolue entre la Shoah (extermination systématique du peuple juif au nom d’un système raciste = l’Allemagne nazie) et le Goulag (extermination plus brouillonne au nom d’un système politique = l’URSS Communiste). Vous comprendrez, cher Bombix, qu’à ce stade, cette différence absolue relève du débattotalement immoral puisqu’il consiste à vouloir différencier deux systèmes horribles. Soit : "De quelle manière exterminer ?". Le Goulag avec ses moins 40 degrés, son extermination par la faim et le travail, ressemble - il faut en convenir - au système d’extermination par le travail mis en place par les Nazis dans les grands camps, tels Dachau ou Auschwitz. Puisqu’il faut absolument (mais pourquoi ?)différencier ces 2 systèmes de liquidation, il faut donc arriver à l’horrible "Entlösung" des Nazis, ce qui, comme l’a toujours souligné Lanzmann, constitue l’unique et ABSOLUE Singularité parmi toutes les horreurs humaines. Mais tentons ce pari impossible de poser la question aux survivants des ces différents camps. Pensez-vous que des rescapés tels David Rousset ou Antelme et tant d’autres aient plus ou moins souffert que tous ceux qui finirent dans les camps de l’immense Archipel du Goulag ? Pensez-vous que l’immense souffrance de se sentir quitter l’espèce humaine est supérieure ou inférieure selon qu’elle soit infligée par un garde nazi ou une ordure du NKVD ? Enfin, peut-on tenter cette dangereuse comparaison entre la souffrance des déportés de Buchenwald et celle des déportés du Goulag ? Vous comprendrez l’ignominie dangereuse de ces comparaisons... Or, s’il est une parole que l’on doit entendre comme véritable, c’est bien celle d’un David Rousset, rescapé des camps de la mort et donc, toujours lucide face à l’extermination stalinienne : "Souffre-t-on moins s’il on est lentement exterminé par le travail incessant, selon que l’on est victime d’un kapo nazi ou d’un kapo communiste du Goulag ?". Croyez-moi, si la "solution finale" est bien une singularité absolue, les camps d’extermination par le travail - camps nazis ou goulags communistes- sont malheureusment identiques du point de vue des victimes ! Et c’est bien là ce qui me reste en travers de la gorge, lorsque les communistes français d’aujourd’hui rabachent continuellement "qu’ils ont fait bien fait la démarche de condamner définitivement le communisme soviétique". Et alors ? En quoi est-ce répondre à cette difficile question qui lie le communisme à un système concentrentionnaire ? Ensuite, c’est toujours la même rengaine : "Non, il ne faut pas condamner en bloc le communisme car il n’a jamais été véritablement appliqué" - "Non le communisme reste une belle idéologie mais elle a été dévoyée par Staline qui, effectivement, a fait exécuté nombre d’anarchos-syndicalistes espagnols durant la seconde guerre mondiale !", etc... etc... etc... Mais bordel de merde, je le répète, que dirait-on si un ignoble nazillon nous affirmait que "le Nazisme n’a pas jamais été véritablement appliqué" - "que le nazisme reste une belle idéologie mais qu’elle a été dévoyée par Hitler !". On lui péterait la gueule, un point c’est tout ! Pourquoi ? Pour l’extermination par le travail et/ou pour la Shoah ? Si c’est aussi pour l’extermination par le travail, alors, reconnaissons que le communisme appliqué par Staline n’eut rien à envier aux Nazis ! Et que la comparaison est évidemment possible et que c’est bien pour cela que nombre de déportés furent - à l’image de David Rousset - toujours aussi remontés et vigilants face à la dictature communiste et stalinienne.
Cher Bombix, en vous remerciant pour vos précisions historiques qui vous honorent, je vous jointle document publié dans le bouquin de Pennetier, qui démontre Ô combien, l’antisémitisme règnait chez les élites communistes françaises de l’époque et qu’il ne faut donc pas s’étonner que PAPON tout comme TOUVIER aient bénéficié ’immenses protections tant à Gauche qu’à Droite !
En voici un bel extrait attribué à Maurice Tréand, doc daté de juin 40 et adressé aus forces allemandes :
“1°) Vous avez laissé paraître journaux communistes dans autres pays Danemark, Norvège, Belgique
Sommes venus normalement demander autorisation
2°) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Daladier, Reynaud, juif Mandel
Juif Mandel après Daladier nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale.
Sommes PC français pas eu peur
3°) Pas cédé face dictature juif Mandel et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Reynaudcourage ouvriers français ouvriers parisiens et quand ce sont des ouvriers français ou parisiens c’est le PCF
4°) Sommes une force, (...) nous représentons une force qui dépasse les frontières françaises, vous comprenez, derrière nous l’URSS/c’est une force l’URSS/vous en avez tenu compte/pacte germano-soviétique le prouve. On ne fait pas un pacte avec des faibles mais avec des hommes forts (...)
Notre défense du pacte - Cela vous a avantagé - Pour l’URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous
5°) (...) En interdisant L’Huma vous montrez que vous voulez combattre les masses ouvrières et petites-bourgeoises de France, que vous voulez combattre l’URSS à Paris (...)
6°) (...) Nous voulons tout pour que les masses ne subissent pas événements douloureux, voulons les aider avec votre collaboration si vous voulez : réfugiés, enfants - Nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous (...)” Précision de l’historien Claude Pennetier :
La date de rédaction n’est pas connue, ni les circonstances de la prise de notes. Par trois fois, il est fait mention du “juif Mandel” : Georges Mandel, ministre de l’intérieur du gouvernement Paul Reynaud de mars à juin 1940, sera assassiné par la milice, force de collaboration pétainiste, en juillet 1944. Le texte attribue à Mandel la responsabilité d’avoir “fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale”, rare exemple de reconnaissance des consignes de sabotage données par le parti, en 1939-1940, aux militants communistes travaillant dans les usines d’armement.
Claude Pennetier estiment que le rédacteur de ces notes est Maurice Tréand, arrêté le même jour que Denise Ginollin. Trois jours plus tard, le 23 juin, les Allemands les font libérer. Les pourparlers vont durer plus de deux mois. Ils n’aboutiront jamais.
Croyez-moi, si la "solution finale" est bien une singularité absolue, les camps d’extermination par le travail - camps nazis ou goulags communistes- sont malheureusment identiques du point de vue des victimes !
Je suis entièrement d’accord avec cette proposition. Mais j’ajouterai que l’indignation (légitime) ne suffit pas et qu’il faut faire un effort vers la compréhension des événements historiques. C’est l’immense problème de la naissance et des causes des totalitarismes au XXème siècle que vous soulevez. Pour moi, je n’identifie pas le communisme - même dans sa version stalinienne criminelle - et le nazisme, car je considère le premier comme la perversion tragique d’un mouvement très honorable, celui qui a porté l’émancipation de la classe ouvrière au XIXème siècle. Vous savez qu’il n’y a pas un socialisme, mais plusieurs. Pas de "marxisme", mais l’oeuvre de Marx - hétérogène - et ses interprètes, Lénine en étant un fondamental. Vous connaissez par ailleurs les conditions historiques de la révolution russe, le communisme de guerre, etc. Il y a un débat, depuis des dizaines d’années, pour savoir si les choses auraient pu tourner autrement, dans d’autres conditions.
La seule chose qu’il ne faut pas perdre de vue est la suivante : faut-il abandonner tous les espoirs d’émancipation dont était porteur le mouvement ouvrier du XIXème siècle, lui-même héritier de cette rupture historique fondamentale que fut 1789, parce que nous avons connu le stalinisme et ses horreurs ? Est-ce qu’on ne peut pas reprendre le chantier du socialisme, sur d’autres bases, avec la connaissance de ces terribles événements historiques ?
Concernant les communistes, je ne répondrai pas à leur place, n’étant pas communiste. Mais d’abord, je distinguerai le parti des militants. Il y a eu des communistes honorables et même héroïques, nombreux (Mais au matin des doigts errants avaient écrit sous vos photos "Morts pour la France", et les morts le matin en étaient différents ...). Il y a eu des militant(e)s qui furent aussi des victimes, nombreu(ses)x également. Staline à livré à Hitler des militants communistes allemands réfugiés en Union Soviétique. Ce fut son "cadeau" au Führer après le pacte germano-soviétique. Il reste des militants honorables, et des élus qui font du bon travail dans les municipalités dont ils ont la charge. Il me semble que la position du Parti Communiste français est de rester fidèle à son histoire, quelque tragique qu’elle soit (mais en même temps, MG Buffet se présente comme candidate anti-libérale, et pas communiste ...) C’est l’affaire des communistes. Nous assistons à un effondrement continu des suffrages depuis 25 ans à chaque nouvelle élection. Tireront-ils un jour la leçon du principe de réalité ? Encore une fois, c’est leur problème.
– Sur la question du racisme et de l’antisémitisme, il faut se rappeler que si le racisme est aujourd’hui une idéologie condamnée par la loi, cela n’a pas toujours été le cas. Qu’à l’époque, des militants communistes aient pu être antisémites, rien de forcément étonnant à cela, dans un monde où le racisme n’était pas l’exception mais la règle. La Shoah, pour singulière qu’elle soit, n’est pas sans cause. Raul Hilberg, l’historien le plus autorisé sur la question, insiste à juste titre là-dessus. Il faut peut-être d’ailleurs reprendre les choses de beaucoup plus loin, et se demander si l’horrible XXème siècle n’est pas la conséquence de l’aventure occidentale en elle-même. Un auteur contemporain, après avoir fait remarquer que l’entreprise occidentale de domination du monde s’est fondée sur la certitude de détenir la vérité, certitude d’abord portée par la religion, puis ensuite relayée par la science, écrit : « Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’idée d’une inégalité biologique entre les hommes a fait ainsi partie « des vérités scientifiques » largement propagées par la Science post-darwiniste, surtout en terre protestante. » (Alain Supiot, Homo Juridicus, prologue, avec en renvoi de note A. Pichot, La société pure, de Darwin à Hitler, Flammarion, 2000) Ce ne sont pas certains communistes qui étaient racistes, mais peut-être la société toute entière (pour vous en assurez, lisez donc un livre d’histoire de l’époque au chapitre « colonies », et relisez même Hugo), avec la caution de la « science » ou de ce qui se donnait tel. Il ne s’agit pas d’excuser, mais d’essayer de se placer dans le cadre d’une époque, avec ses références, pour comprendre les comportements. Il ne me semble pas en tous cas qu’il y ait là raison supplémentaire pour disqualifier les communistes.
– Enfin, sur la protection des Touvier, Papon, et autres ... cela renvoie à des questions de sociologie politique. Nous avons beau nous croire en République, une certaine classe d’hommes, de part leur position dans le système, les accointances nouées pendant leur temps de formation, se croient encore d’essence supérieure et se portent secours. Le système des castes n’a pas totalement disparu, le sentiment aristocratique non plus, ni le mépris de la plèbe. Il y avait quelque chose de cela dans l’attitude de Mitterrand. Ajoutons que pour un Papon démasqué (et tardivement encore) combien de fonctionnaires zélés qui ont échappé à toute justice ? Certains n’ont-ils pas jugé que Papon, finalement, avait assez « payé » comme cela, surtout au regard de ceux qui n’avaient rien payé du tout ! Pour moi, c’est un raisonnement fallacieux, et j’ai expliqué pourquoi. Mais il ne faut pas négliger l’hypothèse qu’il ait pu être tenu par de nombreux responsables.
Enfin, et je dis cela parce que ce sera ma dernière intervention sur le sujet, je trouve assez déplaisant qu’on profite de l’affaire Papon et de son décès pour clouer au pilori les communistes, même si objectivement on peut leur reprocher de nombreuses choses.
D’abord sur la méthode : ce n’est pas le sujet. JM Pinon a raison, si le livre de Pennetier à un intérêt, que quelqu’un fasse une recension et que le débat soit ouvert. Ensuite, les problèmes qui se posent aujourd’hui à la France, ce ne sont pas les communistes qui en sont la cause. Il me semble que le hors sujet a ici un rôle de diversion. N’agitons pas le chiffon rouge ... pour justifier quoi ? La résistible ascension des néolibéraux néoréactionnaires de toujours ? Bref, ne nous trompons pas d’ennemis.
Toujours très bien vu, cher Bombix !!! Sauf que 1. Papon a pu sévir aussi et surtout par réction au gros Parti Kommuniste de l’époque ("Oui mon Général, ne lâchons pas l’OAS et l’Algérie Française, flinguons du FLN pour lutter contre les Rouges de l’URSS !!!!" disait Papon. Et le Général de répondre : "Le plus grand danger pour nos démocraties, c’est l’URSS héritière de Staline !"... Et Papon pouvait tranquillement balancé du milant FLN dans la Seine)...2. L’idéologie de Marx, de la Révolution française et de tout ce XIXème que vous ressorterz doit être lui aussi à nouveau analysé. Vous seriez surpris d’apprendre que toutes ces fondations ne sont pas aussi sincères et rationnelles qu’elle ne vous le paraissent (ex : les collusions entre socialisme et spiritisme magique délirant...). 3. JMP a raison de ne pas vouloir méler le PCF actuel à la mort de Papon et à la Collaboration mais il n’a jamais parlé du PC stalinien de l’époque où Papon sévissait avec les Nazis...4. Si vous avez l’impression qu’on ménage les néo-libéraux néoréactionnaires, pas de problème, relisez les archives de l’Agitateur, vous comprendrez mon étonnement. 5. Au plaisir toujours renouvelé de lire vos brillantes analyses et par pitié : continuez ce débat !!!!
Oui, il y a des gens qui ont pu apprécier cet homme-là ! au point de ne pas pouvoir reconnaître en lui aujourd’hui cet assassin que la justice a jugé. N’empêche que ce "criminel contre l’humanité" est mort et bien mort, de sa belle mort et en liberté s’il vous plaît ! et ce sale type qui affirmait les yeux dans les caméras qu’il "ne regrettait rien et recommencerait s’il le fallait", continue de narguer l’Etat Français en ayant émis comme dernière volonté d’être enseveli avec la Légion d’Honneur, à laquelle il n’a plus droit depuis sa condamnation. Se moquer du monde jusqu’à ce point, cela laisse supposer quel genre d’humain il pouvait être... Allez qu’on l’enterre, avec ou sans sa rosette, de toute manière, il va croupir directement en enfer et on en entendra plus jamais parler. Ouf !
Voir en ligne : http://monsite.orange.fr/dameretdamour
Une seule conclusion : toute médaille est une affaire de con ! Preuve ? Même Papon fut médaillé de la légion d’honneur. Tout homme acceptant de porter (tel un crachat) une médaille ne peut-être qu’un con (ce qui est excusable)...sinon un salaud (ce qui est inexcusable).
Non, toute médaille n’est pas une affaire de con. Mais il y a ceux qui en sont dignes et ceux qui ne le sont pas. Maurice Papon, coupable de crimes contre l’humanité, s’en est montré indigne. C’est tout.
Wahou !!!! Le grand FONDATEUR de l’AGITATEUR est en photo dans le Berry républicain avec cette belle parole : "lutter contre l’immobilisme du département". Il a certainement voulu aussi parler de l’immobilisme de Saint-Amand qui a toujours révéré son bon maire antisémite, le brave et respectable "Monsieur Papon" (ça fait penser à "Monsieur Landru"). Au fait, rappelez-vous les propos racistes d’une élue socialiste de Saint-Amand contre les gens du voyage : comme quoi, les traditions locales...
Bon, sur la photo du Berry républicain (en couleur svp), JMP est en bonne companie (j’ai nommé : l’UMP sarkoziste-iconoclaste et anti FN Bensac)...ça va encore gueuler localement parce qu’il milite pour le TGV avec des gens pas fréquentables à gauche... Et alors ? Si c’est pour les sans papiers ou le TGV, y’a pas de quoi s’énerver !
L’article de la NR sur la façon pour les gens de Saint-Amand de percevoir Maurice Papon était très intéressant. Je comprend que l’on soit reconnaissant à quelqu’un, mais de là à être solidaire avec des choses aussi impardonnables, je ne comprend pas.
Concernant le TGV, j’aurai bien du mal à en parler sur l’agitateur car cela pose un problème d’éthique, on ne peux pas être juge et partie. Simplement, je dirais que si il a été jugé légitime de faire une ligne vers Poitier, alors il apparait encore plus légitime d’en faire une qui passe par Bourges et le département du Cher qui sont les oubliés de l’aménagement du territoire. Les hommes politiques de notre département, de tous bords, doivent se réunir et se bouger leur gros cul !
Vas y JMP !!!!! Si tu savais combien de berrichons souhaitent que - ENFIN !!!! - des gens comme toi osent se rebeller contre la congellation politique qui règne sur le Cher depuis tant d’années ! Si Bensac et d’autres autour de toi ont le courage d’y aller pour que les politiques du Cher -de Droite comme de Gauche - se "bougent leur gros cul", alors, OUI, tu as raison de réveiller les consciences endormies. Depuis des années, tu as permis que d’innombrables dossiers totalement TABOUS sortent sur l’Agitateur. Alors, si quelqu’un est en droit de mobiliser pour que le Cher se désenclave, c’est évidemment toi qui peut le faire.
La chose parfaitement scandaleuse, c’est que la justice se soit prononcée et qu’elle n’ait pas été appliquée. Papon aurait dû finir ses jours en prison.
Ce n’est pas le problème du seul Papon, c’est aussi celui d’un pays qui accorde des passe-droits aux puissants, dans l’indifférence presque générale. Il faut ajouter que si nombre de responsables politiques de premier plan avaient eu un passé irréprochable pendant les années sombres de Vichy (voir les rapports de Mitterrand et de Touvier), ces libéralités envers une personnalité aussi interlope que Maurice Papon auraient été moins faciles.
Quant à l’aveuglement du microcosme local, il fait sourire. "Oui not’ bon maître, oui not’ Monsieur !" Nous sommes en 2007, mais un féodalisme idiosyncratique sévit toujours au fond de nos belles provinces.