C’est la phrase bête à la mode, en ce moment, dans les milieux de « gôche » : « N’oubliez pas que le principal objectif est de battre Sarkozy en 2012 ». Sous-entendu, ne faites rien qui pourrait diviser la « gôche » et la faire battre. Le syndrome 2002, quoi. Qui voudrait que ce soit la multiplication des listes de gauche qui aurait fait perdre Jospin en 2002. Que c’est la division qui aurait fait qu’il ne s’est même pas qualifié pour le second tour. Mais surtout pas le fait qu’il ait déclaré « Mon programme n’est pas socialiste » .
On les comprend les Socialistes, remarquez. Incapables [1] qu’ils sont de gagner une élection présidentielle à la loyale - sur les idées, quoi – ils sentent bien que le contexte politique leur est ce coup-là favorable. Par trois fois ils se sont fait battre parce qu’ils proposaient une politique de droite. Croyez-vous qu’ils auraient enfin compris ? Non. Encore une fois, leur programme n’est pas socialiste. Seulement, ils espèrent que cette fois-ci ça pourrait passer, la population en ayant tellement marre de Sarkozy qu’elle serait prête à voter pour n’importe qui. Même Socialiste, c’est dire !
On pourrait leur faire remarquer qu’en 2002 aussi, la population en avait déjà marre, et qu’elle a voté pour n’importe qui [2]. Du coup, Le Pen fut qualifié pour le second tour. Et les électeurs de gauche furent contraints de voter à droite [3]. Traumatisé par ce cataclysme politique, et plutôt que de proposer aux électeurs un programme vraiment socialiste, le PS n’a de cesse que d’appeler au vote utile au premier tour. Partant de cette logique, pourquoi voter à « gôche » au premier tour, si c’est pour devoir voter à droite au second ? Autant voter à droite tout de suite. C’est pour ça, d’ailleurs, qu’ils souhaitent le patron du FMI comme candidat. Car avec Strauss-Kahn, on peut voter Socialiste tout en votant à droite dès le premier tour. Astucieux, non ? Avec un peu de chance, on aurait Pascal Lamy [4] comme premier ministre.
Sauf qu’il y encore quelques détails à régler. Tout d’abord, DSK n’est pas candidat pour le moment. Il faudrait qu’il démissionne du FMI. Pas sûr qu’il soit assez maso pour quitter le prestige de la fonction et plonger dans la gadoue d’une campagne présidentielle. D’autre part, ça bouge à gauche de la « gôche ». Mélenchon, grâce à la couverture médiatique qu’il a su obtenir, met en lumière la position très libérale du PS [5]. Ça dérange au point que la « gôche » le qualifie de « pire que Le Pen ». Au moins c’est clair : perdre à cause de Le Pen, passe encore, mais perdre à cause de Mélenchon, c’est inacceptable [6] ! Même dans la gauche de la « gôche », ça bouge. Des voix s’élèvent au PS pour dénoncer cette dérive droitière. Un socialiste a récemment déclaré, à propos du projet socialiste sur la réforme des retraites, qu’il est « inacceptable » et qu’ il est « incompréhensible, qu’à moins de vouloir imiter Sarkozy ». On ne peut être plus clair. Et c’est pas n’importe quel socialiste qui le dit, c’est un membre du Bureau National du PS, Jean-Jacques Chavigné [7].
Alors, la « gôche » fait tonner le canon ! Gérard Filoche, la caution sociale du PS, Gérard Filoche lui-même en appelle à la raison. Dans un billet récent, il prévient : « Organiser un combat préalable dans le bruit et la fureur [8] entre les "deux gauches" est-ce la priorité ? ». De toutes manières, « Qui croit sérieusement que le PS ne sera pas en tête de la gauche lors des prochaines élections ? C’est une certitude. ». Autrement dit, pourquoi générer une « concurrence libre et non faussée (sic) » à gauche, alors qu’on sait que seul le PS passera le premier tour ? C’est vrai, ça, c’est emmerdant les idées de gauche ! Pourquoi perdre son temps à les défendre, alors qu’il suffit de voter PS pour avoir une politique de gauche à droite ?
Tout ça est bien désespérant et montre bien à quel point le PS n’est même pas sûr de l’emporter cette fois-là encore, malgré un contexte très favorable. Ça ne serait que la quatrième. Sa proximité avec les forces de l’argent [9] l’a rendu incapable de comprendre les aspirations des ses électeurs. Désespérant aussi parce que ces mêmes électeurs - de gauche, eux - qui ne s’intéressent pas à toutes ces salades - et ils ont bien raison - risquent bien de se faire avoir encore en 2012. Qui est à gauche, qui est à droite, comment s’y retrouver ? Avant de voter par dépit Europe Écologie, le parti « ni de gauche ni de gauche », un tuyau pour s’y retrouver facilement. Il suffit de se demander si le candidat ou le parti pour lequel vous allez voter a appelé à voter « oui » au referendum de 2005. Si c’est le cas, il est à droite [10]. C’est simple, non ? En fait, c’est un peu plus compliqué, bien sûr, mais ça permet déjà d’y voir plus clair.
[1] 1995 : Jospin battu par Chirac. 2002, rebelote, Jospin battu par Chirac. 2007, S. Royal battue par Sarkozy. En 2012, cela fera 17 ans que la France n’aura pas eu de Président de gauche. Voire 24 si on considère que le second septennat de Mitterrand a marqué le virage à droite de la politique du PS.
[2] Au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, J-M Le Pen était arrivé en seconde position, derrière J. Chirac, éliminant ainsi le candidat PS L. Jospin. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce même scénario n’est pas inenvisageable en 2012.
[3] Jacques Chirac a été élu au second tour avec plus de 80% des voix, alors que J-M Lepen n’a quasiment pas amélioré son score. Autrement dit, quasiment tous les électeurs de gauche ont voté J. Chirac.
[4] Membre du Parti Socialiste et directeur général de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) Voir sa fiche Wikipedia
[5] Il n’est qu’à lire son blog pour s’en convaincre.
[6] Jean-Paul Huchon, à propos de Jean-Luc Mélenchon : "Son langage est proche de celui de l’extrême droite, mais c’est plus grave que Le Pen". Octobre 2010.
[7] Lire L’allongement de la durée de cotisation : inacceptable !
[8] En référence au discours de clôture du congrès du Parti de Gauche ou J-L Mélenchon a proclamé "Je suis le bruit et la fureur" ! Il parlait du bruit et de la fureur des millions de personnes qui ont manifesté contre la réforme des retraites, bien sûr !
[9] Lire à ce sujet "Ils y sont tous !"
[10] Lire "Journée funeste pour la démocratie"
Tout sauf Sarkozy, est-ce bien suffisant ?
- Mister K
- 11 décembre 2010 à 19:02
Avant de voter par dépit Europe Écologie, le parti « ni de gauche ni de gauche », un tuyau pour s’y retrouver facilement. Il suffit de se demander si le candidat ou le parti pour lequel vous allez voter a appelé à voter « oui » au referendum de 2005. Si c’est le cas, il est à droite [10]. C’est simple, non ? En fait, c’est un peu plus compliqué, bien sûr, mais ça permet déjà d’y voir plus clair.
Je ne suis pas d’accord avec cela.
Déjà, Europe Écologie-Les Verts (puisque c’est leur "super" nouveau nom) ont souvent des positions bien plus à gauche que le PS. Mais surtout, leur programme (pour ce que j’en connais) est bien plus cohérent, plus sérieux, plus innovant que celui du PS. Bon, je n’ai pas encore lu le nouveau programme du PS pour dans 2012...je parle au moins de l’ancien. Ensuite, une partie non négligeable des Verts étaient contre le TCE en 2005. Donc, si on prend le critère requis pour être de gauche, on voit que ce n’est pas si simple. Mais on a retenu des Verts la position de Daniel Cohn-Bendit qui était pour le oui.
Ensuite, prendre le critère du TCE pour dire qui est de gauche où ne l’est pas ne me parait pas forcément judicieux. Le TCE était très mauvais. Mais il comportait des avancées démocratiques plus importantes que le traité de Lisbonne. Or, un des défaut principal de l’Europe, c’est son manque de démocratie. Apporter de la démocratie à l’Europe, c’était quand même essayer de contre-balancer les lobbys qui pullulent à Bruxelles et Strasbourg. Et les lobbys, ils sont très majoritairement libéraux pas de gauche, hein...
Enfin, dernier point, l’article semble prendre comme postulat qu’une alternative de gauche (mais vraiment de gauche on l’a compris...) à Sarkozy, ce serait bien. Et là je dis, attention ! Avoir une étiquette de gauche ne suffit pas à nous assurer un avenir radieux. Si "Certifié de Gauche" est écrit sur l’emballage, il faut quand même regarder la composition. Parce que moi, je les trouve bien sympathiques tous ces gens de gauche qui nous promettent plein de choses. Mais quand on creuse un peu, on s’aperçoit que c’est pas toujours très sérieux, parfois bien vide ou alors rempli de “Yaka Fokon”. Il faut donc que la gauche bosse. Et bosse dans le concret, pas seulement dans les rêves. C’est possible. Mais pour cela, il faut oser se frotter aux réalités qui ne sont pas simples. Et cela, une partie des "Certifié de Gauche" n’en veulent pas semble-t-il. Et c’est bien dommage...
Tout sauf Sarkozy, est-ce bien suffisant ?
- Eulalie
- 23 décembre 2010 à 14:40
"Autrement dit, l’intérêt d’un possédant n’est pas le même que celui qui travaille pour vivre."
En effet, on pourrait tout au moins espérer que le non possédant puisse travailler pour pouvoir vivre. C’est ce qu’ont permis les avancées sociales que vous évoquez (est-ce grâce uniquement à la lutte des classes, non. Le libéralisme a également apporté sa pierre aux avancées sociales) Mais, j’ignore à partir de quel moment précisément, il faut constater que le travail s’est à nouveau peu à peu retransformé en usine à maladies, à décès prématurés, en France. La "gauche" (c’est à dire les partis s’en réclamant et les syndicats s’en réclamant) accentue leur discours sur la nécessité de travail pour tous et la dénonciation du chômage (comme la droite). Bon, on voit mal les politiciens promettre moins de travail pour les non possédants et plus de chômage. Ca ferait tache. Mais il y a une grande absence dans leurs discours : ce sont les conditions de travail. L’intérêt acutel des possédants est tellement sans limite, complètement incompréhensible, démesuré, fou, que non seulement il créé le chômage, la régression des salaires, des droits sociaux, l’augmentation des impôts des non possédants et des petits possédants, l’impossibilité de se loger, de se soigner, etc.... de s’arrêter de travailler à temps, mais également des conditions de travail tristement morbides. Certes, nous n’explosons plus dans une mine, mais le bilan de la santé au travail en France, qui n’est pas d’aujourd’hui Sarkozy ne l’ayant pas "inventé", a fini d’être inquiétant : c’est catastrophique. Alors on ne travaille plus pour vivre, non, on ne sait plus tellement pourquoi on travaille, à vrai dire. Et ça les politiques l’oublient totalement dans leurs programmes. Ou alors, font semblant d’y apposer un pansement par des blablas électoraux. Or c’est un travail de fond que réalisent certains médecins, sociologues, si peu entendus et si peu pris en considération par la "gauche", voire ignorés, c’est dire par les partis dits de "gauche" et les syndicats dits de gauche.
Mais qu’est-ce qu’une alerte sur la santé au travail par rapport à une alerte à neige ? La très, très mauvaise santé au travail est due à la recherche infernale de bénéfices donc de productivités insensées, donc due au capitalisme, tandis que la neige nous vient du ciel. Alors, tous ensemble, cassons la gueule au ciel. La neige est méchante.
Tout sauf Sarkozy, est-ce bien suffisant ?
- Julien Debord
- 23 décembre 2010 à 19:13
La lutte des classes, pas un projet ? Pourtant, chez beaucoup de gens qui se disent de gauche, la lutte est souvent présentée comme une fin en soit plus que comme un simple contexte. Il faut toujours « se battre contre », « défendre », « c’est la lutte finale… », etc. Si les UMP marquent des points dans l’opinion lorsqu’ils présentent la gauche comme une force qui ne sait rien faire d’autre que de dire « non », c’est sans aucun doute une caricature, mais si elle fonctionne, ce n’est pas pour rien.
Regardez le fameux référendum de 2005 que tous les chantres de la gauche de la gauche tentent d’ériger en étendard. Certains on réussit à nous faire voter « non », mais pas un seul de ceux là n’a été foutu de nous fournir un projet qui donne envie de voter « pour ».
La lutte des classes, une réalité objective ? Non, c’est tout au plus une théorie. D’autres peuvent expliquer tout aussi bien notre société sans avoir besoin de la notion de classes (individualisme avidité, spectacle, etc.). Avoir les yeux ouverts, c’est bien, mais si c’est pour enfiler les œillères du dogme, je ne vois pas très bien quel en est l’intérêt.
Vous nous dites qu’il y a d’un coté les possédants et de l’autre des gens qui travaillent pour vivre. N’est ce pas un peu réducteur ? Il y a des possédants innés, dont l’existence même donne la nausée ; il y a des possédants méritants, qui ont forgé leur destinée au mérite ; il y a des possédants légitimes, qui possèdent par la volonté du peuple. Il y a très peu de gens qui travaillent pour vivre, il y en a beaucoup plus qui travaillent pour consommer, certain travaillent pour devenir des possédants, nombreux autres tentent juste de survivre sans travailler, certains vivent sans travailler et sans être possédants…
Non, vraiment, vous ne m’avez pas convaincu. Le monde me parait beaucoup trop complexe pour qu’on puisse le faire tenir dans une simple idéologie.
Parlons donc de ces fameuses « conquêtes » que l’on doit aux « luttes » de la gauche. Si j’ai bien compris, vous estimez que, dans une société démocratique et révolutionnaire, avoir eu besoin de lutter contre « le bon vouloir des dirigeants » pour pouvoir faire progresser l’intérêt général est une victoire.
Désolé, mais pour moi, c’est un échec. Dans une société démocratique, le peuple ne devrait pas avoir besoin de combattre pour faire entendre raison à ses représentants. On en revient toujours au même, à l’idéologie de la lutte et donc à ce qui fait, peut être que j’ai du mal à me sentir « de gauche » : je n’ai pas envie de lutter contre une élite dirigeante, j’ai envie de trouver un moyen pour que le peuple n’ai plus besoin de lutter pour se faire entendre.
Quand vous dites que les partis ont renoncé, je pense que vous vous trompez. Je pense, pour ma part, que ce sont les électeurs qui ont renoncé les premiers. La contestation du système n’est pas la gauche, la gauche fait parti du système. La contestation se trouve aujourd’hui dans l’abstention, le « tous pourris » ou le « trouvons quelque chose de totalement différent ».
Enfin, sur les nouvelles voies, il y a, au moins, une base que je pense pouvoir avancer, et elle est fondamentale : il n’y a pas de réponse absolue.
Filoche, "caution sociale" du PS ?
- B. Javerliat
- 11 décembre 2010 à 18:12
Merci pour cet aimable et honnête commentaire ;-)
Mais pas la peine de monter sur vos grands chevaux, puisque vous dites exactement la même chose que moi. Je suis moi aussi un lecteur régulier de Démocratie & Socialisme. Les écrits et les actions de J.-J. Chavigné et Gérard Filoche montrent clairement qu’ils ne font pas partie du courant "DSK" au PS ! Leurs positions sont souvent en contradiction avec les orientations prises par le parti. L’article de J.-J. Chavigné en est une preuve la plus récente. Je pose alors la question : mais que font-ils encore au PS, puisque leurs désaccords sont si nombreux avec la direction ? D’autres, devant le même constat, en ont tiré les conséquences et sont partis. C’est en ce sens que je trouve qu’en restant au PS, ils donnent une caution "sociale" ou "de gauche" à ce parti*. Parti qui depuis plus de 20 ans a viré à droite. Ca n’est pas une impression, juste des faits. Mais vous devez les connaître aussi bien que moi.
Sans doute espèrent-ils, en s’y maintenant, faire bouger le PS de l’intérieur. Ca n’a pour le moment pas eu beaucoup d’effets. J’ai peur que pour être entendu au PS, il vaille mieux être membre du Siècle ;-)
C’est pourquoi j’ai trouvé le dernier article de Gérard Filoche vraiment désagréable. C’est une charge contre toutes les voix dissonnantes à gauche, et contre Mélenchon en particulier. C’est d’ailleurs en réaction que j’ai commis cet "article aussi malhonnête". Cette attaque serait venue d’un Walls ou d’un Huchon, j’aurais trouvé ça normal. Mais là, c’est tirer contre son camp. Sans doute a-t-il lui aussi peur que son parti échoue une quatrième fois quand il dit « alors que 80 % de la gauche aspire à une ligne vraiment à gauche, les 20 % de sociaux libéraux risquent de l’emporter au sein du seul PS ». Une ligne vraiment à gauche ne peut se faire entendre qu’à l’extérieur du PS. A l’intérieur, c’est la voix des sociaux libéraux qu’on entend.
Enfin, quand vous dites « Imaginez-vous le coup de massue que serait pour les salariés la reconduction de ce type à la tête du pays ? », je vous répondrai « Imaginez-vous le coup de massue que sera pour les salariés, quand il auront enfin compris que le PS ne veut pas revenir sur l’allongement de la durée de cotisation décidé par Sarkozy ? »
Alors oui, il faut battre Sarkozy. Mais ça n’est pas suffisant comme projet. Ou tout au moins un peu court politiquement. Sortir Sarkozy pour une politique vraiment à gauche, d’accord. Mais pour y mettre le patron du FMI ou un autre membre du Siècle, non merci.
* Caution de gauche souvent utilisée, d’ailleurs. Quand vous demandez à Y. Galut par exemple, ce qu’il pense du contre-projet socialiste sur la réforme des retraites, (qui prévoit l’allongement de la durée de cotisation à 41,5 années voire plus si nécessaire), il botte en touche et déclare : "Je suis sur la position de Gérard Filoche". Sauf que c’est pas la position de Gérard Filoche qui a été choisie...