Le XXIème siècle commence à Fukushima

mercredi 27 avril 2011 à 10:21, par bombix
Le XXIème siècle commence à Fukushima
Photo Alexandre Duret-Lutz. Licence CC, certains droits réservés.

Comprendre quelque chose, c’est comprendre son origine. Nous savons quelque chose, non seulement lorsque nous constatons un fait (ou une série de faits), mais quand nous sommes capables de situer sa cause ou ses causes, et d’en comprendre la finalité. A contrario, le sentiment de l’absurde est lié à la perception d’éléments fragmentaires que nous ne sommes pas en mesure d’intégrer dans une totalité qui leur donne sens.

Il en va de l’intelligibilité en histoire comme dans les sciences de la nature. Dès lors, dans la compréhension de l’histoire comme elle va, il est utile d’assigner et de désigner des événements qui, comme origine, éclairent le sens d’une série de faits qui nous emportent vers notre destination.

Les historiens sont à peu près unanimes pour situer l’origine du XXème siècle en 1914. Le XIXème siècle aura été le siècle de l’apogée de l’Occident, dans sa forme européenne. Siècle des révolutions politiques commencées avec les révolutions américaine et française. Siècle de la révolution industrielle qui imposa la conception occidentale du monde à l’ensemble des nations, par le triomphe de son modèle scientifique et technique, vecteur d’une puissance jamais atteinte dans l’histoire des hommes. Puissance qui se traduira politiquement par la tentative d’asservissement des peuples du monde au moyen des conquêtes coloniales. La mondialisation ne commence pas dans les années 90, après la chute du mur de Berlin. Elle s’origine dans la découverte du Nouveau monde par Christophe Colomb, en 1492, laquelle se traduit immédiatement par la spoliation des terres conquises, et le meurtre à grande échelle des populations et des sociétés rencontrées [1].

Le XIXème siècle s’arrête en 1914. Les puissances européennes qui se sont réparties inégalement le gâteau colonial entrent alors en conflit ouvert. L’Allemagne veut sa part. Il en résultera deux guerres mondiales, incroyablement destructrices, tant sur le plan humain que matériel. Des marées humaines sont mises en branle. Les champs de batailles opposent des millions d’hommes, formatés et disciplinés. Un matériel titanesque est mobilisé. La guerre est totale, n’épargnant ni les civils, ni la nature, ni les œuvres de la civilisation. Le champ de bataille s’étend à l’ensemble de la planète.

La fin d’une guerre totale est subordonnée à l’éradication, l’élimination complète et définitive d’au moins l’un des belligérants. D’un point de vue militaire, cette éradication prend la forme de la destruction de zones géographiques entières et de leurs habitants : Dresde est détruite par 650.000 bombes incendiaires : méthode ancienne ; Hiroshima est détruite et soufflée par une seule bombe nucléaire, la première : méthode nouvelle. Avec la bombe atomique, l’efficacité technique de destruction est portée à son comble. Par un effet de seuil, l’augmentation quantitative engendre une saut qualitatif. La bombe signe la fin du conflit et inaugure une nouvelle distribution des forces, avec l’illusion d’un équilibre possible de la violence absolue. On verra qu’il n’en est rien. Reste que le monstre nucléaire prend une figure, sinon plus humaine, du moins plus acceptable. On emprisonne – jusqu’à quand ?— le dragon dans de gigantesques usines pour produire l’énergie qui permet le fonctionnement frénétique des centres de production. L’économie, ou la guerre continuée par d’autres moyens.

L’ennemi écrasé militairement à Berlin et à Hiroshima, on s’emploiera
ensuite à désigner le mal. C’est l’autre aspect de la victoire totale. Le nazisme n’est pas l’enfant terrible engendré par une Allemagne, élève zélée d’un Occident arrogant et criminel, sinon tout au long de son histoire, depuis le XVème siècle au moins ; il est le Mal substantifié. On invente de nouvelles catégories juridiques, tel « le crime contre l’humanité » pour qualifier ses exactions. Le profit de cette opération est double. D’une part, on oublie les précédents. Le Mal en tant que tel ne saurait avoir d’origine, il est le « tout autre ». D’autre part on désigne ce qui a permis la victoire sur le Mal comme le Bien [2]. Petite difficulté toutefois : le Bien, en 1945, a deux visages : celui souriant de la radieuse démocratie libérale américaine, et celui, plus grimaçant, de la Russie soviétique qui, sous les ordres de Staline, a terrassé la Bête. Cela empêche encore aujourd’hui la stricte équivalence des deux régimes, nazis et staliniens, en dépit de leur gémellité attestée concernant aussi bien les moyens utilisés (dont le sacrifice de millions d’individus) que la fin projetée : l’avènement d’un homme nouveau, plastique, simple rouage d’une « civilisation » fondée sur la puissance. Qu’on y glorifie la race ou la classe n’a, en l’occurrence, qu’une importance secondaire.

Ce hiatus fait se prolonger le XXème siècle pendant quelques décennies encore. Après guerre, on liquide. La décolonisation va bon train. La France de Pétain signait sa défaite humiliante à Rethonde. Celle de De Gaulle déclare forfait à Diên Biên Phu [3] . S’en est fini de la glorieuse Weltpolitik. Et celui qui incarnait la Nation, la « France éternelle dans sa grandeur et son honneur », rappelé au pouvoir pour sauver ce qui peut l’être de l’autre côté de la Méditerranée, finit par négocier les accords d’Evian [4].

On oublie l’opprobre en savourant les joies nouvelles de la société de consommation. Avec les trente glorieuses, un équilibre précaire s’installe. On bouffe, on jouit sans entrave, et on pollue. On pourrait presque croire au progrès dans la paix retrouvée.

Pourtant le XXème siècle n’aura pas été une bonne affaire pour la vieille Europe. On a pu considérer, à juste titre, la guerre de 14-45 [5] comme un suicide. « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » résumera Paul Valéry. Plusieurs artifices permettront néanmoins de dissimuler la mauvaise nouvelle. Si le plan Marshall nous met sous perfusion américaine, il reste que le centre de gravité, le pouls du monde s’est déplacé. Washington fixe désormais pleinement les règles du jeu, militaires et économiques. Et ce n’est pas les fondations d’un marché commun unique, élaboration laborieuse d’une Europe des marchands claudiquant sur un pied français et un pied allemand qui va changer la donne. Au contraire, l’Europe qui s’invente dans ces années-là sera l’outil de normalisation imparable du capitalisme nouveau lorsque l’autre ennemi sera enfin défait.
La victoire totale aura donc connu deux étapes : Hiroshima en 1945 et la chute du mur en 1989.

De 1989 à 2011, le XXème siècle n’en finit pas de mourir. La mondialisation heureuse n’aura été qu’un pétard mouillé. « C’est quand elles finissent mal que les fêtes deviennent drôles » persifle Philippe Muray. Voire. De l’homme « hyperfestif » des années 90 radiographié avec la jubilation carnassière du même Muray, nous sommes passés (assez logiquement en somme) à l’homme déprimé peint par la lucidité accablante de Michel Houellebecq. À « l’optimisme con » [6] des trente glorieuses a succédé « l’intelligence » désespérée d’une époque sans rêve ni lendemain [7]. Individualisme dérisoire, précarité galopante de « l’humaine condition » sous tous ses aspects [8], travail fragile et lacunaire, loisirs marchandisés, amours liquides [9], culture soumise et émasculée : la fin de l’histoire n’est pas marrante.

La fin de l’histoire est d’autant moins drôle que d’autres périls se manifestent. Le problème écologique ne date pas d’hier, si sa prise de conscience est contemporaine. Dès le début des années 70, dans l’indifférence générale, René Dumont, véritable fondateur de l’écologie politique, sonnait l’alarme et dressait un constat lucide de la situation [10]. Juste après la guerre, dans une oeuvre somptueuse aussi ignorée que méprisée, Jacques Ellul identifiait derrière le concept de Technique le péché d’un Occident ivre de puissance [11].
On peut même remonter plus loin. Qui a écrit : « L’homme créateur a outrepassé les bornes de la Nature et, avec chaque nouvelle création, il s’en écarte de toujours de plus en plus, et devient de plus en plus son ennemi. C’est cela son « histoire mondiale », l’histoire d’un fossé fatidique se creusant toujours plus profondément entre le monde de l’homme et l’univers : histoire d’un rebelle qui a grandi jusqu’à lever la main sur sa mère. C’est le commencement de la tragédie de l’homme : car des deux, la Nature est la plus forte. L’homme ne cesse pas d’en dépendre puisque, immanente, elle continue à l’englober en elle-même, lui comme tout le reste, en dépit de tout ce qu’il peut faire […] La lutte contre la nature est sans espoir : et pourtant, elle sera poursuivie jusqu’à sa fin. » ? Un certain Oswald Spengler. En 1931 [12].

Après l’histoire donc, la catastrophe. Et c’est pourquoi Fukushima est la borne qui marque notre entrée dans le XXIème siècle. Nous avons pu sortir des viols et des violences de l’odieux XXème siècle, si incommensurables fussent-ils. Mais il n’y aura pas d’au-delà de la catastrophe.

Dressons les figures qu’elle peut prendre : d’une part l’effondrement des équilibres fragiles des écosystèmes ; d’autre part l’accident fatal, tel que Fukushima en dresse le modèle. Nous allons y revenir. Il faut y revenir, d’autant que l’idéologie scientiste fonde son optimisme sur l’innocuité nucléaire d’abord, sur les promesses des nouvelles technologies issues du « small bang » — la fameuse révolution « nano » – ensuite. Nous oscillons du Charybde du réchauffement climatique, au Scylla du cauchemar nucléaire.

Ce n’est pas une question théorique, « un problème intéressant » pour hommes cultivés qui bavardent dans leur cabinets confortables. Jean-Pierre Dupuy, l’un des meilleurs spécialistes de la question prévient [13] : 1) les ressources d’énergie classiques (pétrole, gaz) s’épuisent 2) les pays producteurs sont tous situés dans des régions géo-politiques très instables. La course à l’énergie, vitale pour les économies, sera conflictuelle, et on ne se battra pas à fleurets mouchetés 3) le réchauffement climatique est un fait [14], avec les conséquences dramatiques que l’on peut imaginer, dont la désertification accélérée dans de nombreux pays. Il y aura une guerre de l’eau, et pas seulement une guerre du pétrole.

Une issue consisterait à empêcher les pays émergents de suivre notre modèle de développement. Mais comment y arriver, et au nom de quoi ?

L’autre issue repose sur l’espoir d’une mutation technologique providentielle, fondée sur le nucléaire d’une part, sur les nanotechnologies, moins consommatrices d’énergie, qui rejettent moins de carbone dans l’atmosphère, d’autre part [15]. « On frémit d’effroi lorsqu’on apprend qu’aucun scénario dressé par les organismes spécialisés ne comporte de solution réaliste pour passer le cap des années 2040-2050 […] Rien dans ce que je viens de dire n’est incertain. Les experts, relayés en France par les corps techniques de l’État, savent. Mais ils jugent que leur rôle n’est pas de s’adresser directement au public. Ils ne veulent pas prendre la responsabilité de créer la panique […] La classe politique inculte en général en matière scientifique et technique, de toute façon constitutivement myope, dans le temps (cinq ans maximum) comme dans l’espace (les confins de la souveraineté nationale), n’a rien à dire à ce sujet. [16] »

En clair, pour éviter la catastrophe écologique annoncée, on ne peut miser que sur une énergie « propre » à savoir le nucléaire, et sur les ressources infinies des technosciences.

Dénouement heureux probable, ou poursuite imbécile dans l’aveuglement ?

Il s’agit en effet, on l’aura compris, de combattre le mal par le mal. Les technosciences cancérisent le monde. Davantage de sciences et de techniques régleront-ils nos problèmes ? Le pétrole et le charbon menacent les fragiles équilibres de la planète ? L’énergie nucléaire, qui ne dégage pas de gaz à effets de serre, sera-t-elle notre salut ? Les nanotechnologies nous feront sortir d’une ère industrielle grossière et polluante. Dit-on. Mais les nanotechnologies c’est aussi l’arme absolue des nouvelles sociétés de contrôle [17]. C’est le danger colossal d’une intervention de l’homme sur le vivant lui-même, en ses tréfonds, et sur ce vivant-parlant qu’est … l’homme lui-même. On laissera pour l’instant de côté le problème « nano ». Revenons au nucléaire.

Le problème étant posé comme il l’est, disons tout de suite que la réponse est assurée : il n’y aura pas de sortie du nucléaire. Les conditions de sortie du nucléaire seraient une reprise du contrôle démocratique de la situation d’une part, la possibilité de s’en passer d’autre part. Cela suppose donc des citoyens capables d’accéder à leur autonomie politique, et des citoyens suffisamment conscients de leur responsabilités pour sacrifier leur confort immédiat afin d’assurer la survie de leurs enfants et leurs petits-enfants. Ne rêvons donc pas. Pour calmer l’angoisse, on nous assomme de calembredaines sur le « développement durable », on nous abrutit avec l’industrie du divertissement, on organise l’alternance politique pour nous donner l’illusion qu’un choix politique est encore possible. Voilà pour la gestion de la crise. Pendant le compte à rebours, les affaires continuent.

Fukushima marque l’entrée dans le XXIème siècle, parce que Fukushima marque l’entrée dans la catastrophe. Non pas la catastrophe redoutée. Le pire après tout n’est pas toujours sûr. Non, la catastrophe réelle. Après le 11 mars 2011, la catastrophe n’est pas pour demain. Nous y sommes. En plein.

Des esprits affutés se récrieront : Fukushima n’est pas la première catastrophe. Il y en a eu d’autres, et on s’en est sorti. On pense à Tchernobyl. Mais d’abord, s’en est-on sorti ? Mais, plus décisif, Tchernobyl n’est pas un argument, en l’occurrence. Il n’y aurait eu qu’un Tchernobyl, l’accident nucléaire serait resté … un accident justement. L’exception tragique qui confirme la règle : le nucléaire est sûr. Deux accidents, deux Tchernobyl, et c’est la règle elle-même qui vole en éclat. Fukushima n’est pas plus sûr que Tchernobyl, en dépit du fait que le Japon fasse partie des pays les plus développés et les plus riches du monde. Il n’y a donc pas de « sécurité nucléaire ». L’accident est possible. Il a eu lieu donc il aura lieu. Avec Fukushima, nous n’en sommes plus aux hypothèses.

Car l’industrie nucléaire ne tolère pas l’accident. Jadis on disait : probabilités minimales, conséquences maximales. De la probabilité minimale, on en avait conclu indument à la probabilité zéro. Fukushima démontre par les faits le sophisme du raisonnement. Il n’y a pas de probabilité zéro, donc il y aura de nouveaux accidents. Voilà pourquoi nous sommes historiquement entrés, avec Fukushima, dans l’ère des catastrophes qui caractérisera le siècle qui débute.

Il n’est d’ailleurs pas impossible que la prochaine catastrophe se produise en France. La France est l’un des pays les plus nucléarisés du monde. Dans le Cher, pourquoi non ? Si ce n’est pas pour demain, c’est pour après-demain. Et nous ne pourrons pas dire que nous ne le savions pas. Et le sachant, nous consolerons-nous en nous disant qu’il n’y avait rien à faire ?

Un ami lecteur attentif me demande pourquoi le XXIème siècle ne commencerait pas, plutôt, avec le 11 septembre 2001. C’est une thèse qui paraît plausible, et qui a d’ailleurs été soutenue. Mais je préfère déplacer la césure en 2011, en défendant une autre thèse, selon laquelle le XXIème siècle sera le siècle des catastrophes. Il ne s’agit pas d’une peur millénariste, mais de la considération de ce qui vient après l’histoire. Dans cette optique, il me semble que le 11 septembre appartient encore à la séquence antérieure. Al-Qaida (si elle existe) est née par le fait même des US, dans le dessein prémédité de déstabiliser l’ex-URSS. Dans un contexte de guerre froide donc. Le 11 septembre est comme une mine oubliée qui aurait explosé sous les pieds même de celui qui l’avait posée. Le 11 septembre doit son impact à la spectacularisation intense de l’événement. Mais les US ne se sont pas effondrés avec les tours jumelles. En revanche, le Japon pourrait être durablement affecté, dans son économie, dans son agriculture, dans son territoire même, par les retombées de Fukushima. Au temps des catastrophes, l’ennemi est à l’intérieur. Ou plutôt, l’ennemi, c’est nous-mêmes. Nous livrons une guerre à la nature, mais nous sommes dans la nature, comme le rappelle Spengler. Notre défaite est certaine et notre impuissance peut-être totale, comme citoyens et individus en tout cas.
Par ailleurs, j’ai limité mon propos au problème écologique. Notre système économique lui-même n’est pas à l’abri des catastrophes, comme la crise de 2008, dont nous ne sommes pas sortis, l’a amplement montré.

[1Lire à ce sujet Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis en particulier le chapitre I. Citant Las Casas, il écrit « À mon arrivée à Hispaniola, en 1508, soixante mille personnes habitaient cette île, Indiens compris. Trois millions d’individus ont donc été victimes de la guerre, de l’esclavage et du travail dans les mines, entre 1494 et 1508. Qui, parmi les générations futures, pourra croire une chose pareille ? Moi-même qui en fut le témoin oculaire, j’en suis presque incapable. » [...] Ce que fit subir C. Colomb aux Arawaks, Cortes le fit subir aux Aztèques du Mexique, Pizarro aux Incas du Pérou et les colons anglais de Virginie et du Massachussets aux Powhatans et aux Pequots [...] Au commencement était la conquête, l’esclavage et la mort. »

[2Les récentes confessions de Robert Mc Namara, dans un film diffusé sur Arte en 2010, témoigne d’une prise de distance critique récente à l’égard de ces jugements faciles. Mc Namara y déclare notamment que c’est uniquement parce que les USA étaient victorieux qu’il n’a pas été possible de les inculper pour crimes de guerre après la reddition du Japon. Il était bien placé pour le savoir puisqu’il occupait, à cette époque, un poste clé dans l’armée américaine.

[3Pas de confusion ici. De Gaulle n’est plus aux affaires en 1954. Je parle ici de la France de De Gaulle, la France victorieuse de l’Allemagne en opposition à la France collaboratrice de Pétain. La IVème République s’est enlisée dans la décolonisation. En 1958, elle fait appel à l’homme de Londres pour la sortir de là. Avec le résultat qu’on connaît.

[4Le 18 mars 1962, est signé à Evian un traité instituant le cessez-le-feu en Algérie. Est ainsi mis terme à une guerre qui ne disait pas encore son nom.

[5L’hypothèse d’une guerre continuée de 1914 à 1945, malgré l’armistice du 11 novembre 1918 est prise au sérieux par de nombreux historiens. Voir par exemple, L’Âge des extrêmes, de E.J. Hobsbawm

[6On se reportera au drôlissime « Jacques Prévert est un con » : « On est malgré soi frappé par l’optimisme de cette génération. Aujourd’hui, le penseur le plus influent, ce serait plutôt Cioran. À l’époque, on écoutait Vian, Brassens ... Amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, baby-boom, construction massive de HLM pour loger tout ce monde-là. Beaucoup d’optimisme, de foi en l’avenir, et un peu de connerie. À l’évidence, nous sommes devenus beaucoup plus intelligents. »

[7A cet égard, le diagnostic posé très tôt par François Furet est resté sans appel : « L’idée d’une autre société est devenue presque impossible à penser, et d’ailleurs, personne n’avance sur le sujet, dans le monde d’aujourd’hui, même l’esquisse d’un concept neuf. Nous voici condamnés à vivre dans le monde où nous vivons. » F. Furet, Le passé d’une illusion, 1995.

[8Rendons gloire à Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, d’avoir su ciseler dans une formule lapidaire, la caractéristique essentielle du monde qu’elle travaille à façonner avec une belle ardeur. cf. l’analyse pertinente de J.M. Muglioni : Sur un mot révélateur de Laurence Parisot : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »

[9Le concept d’amour et de vie « liquides » sont développés avec brio par le sociologue Zygmunt Bauman

[10L’Utopie ou la mort, 1973

[11Sur Jacques Ellul, on pourra lire par exemple Jean-Luc Porquet : Jacques Ellul, l’homme qui avait presque tout prévu, Le Cherche Midi, 2003

[12O. Spengler, L’homme et la technique, NRF Idées Gallimard, pp. 90-91

[13Jean-Pierre Dupuy, Devant la catastrophe, in Tisser le lien social, sous la direction d’Alain Supiot, Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004, pp. 347-362. Il faudrait citer intégralement ce texte fondamental qui expose et synthétise les thèses de l’un des philosophes majeurs du moment, dont le travail consiste en partie à penser la catastrophe. Dupuy qui enseigne à l’Ecole Polytechnique, a une formation scientifique et économique. Il a travaillé notamment sur les œuvres d’Ivan Illich et de René Girard.

[14N’en déplaise à Claude Allègre

[15On peut raisonnablement mettre quelques espoirs dans les énergies renouvelables. Mais en l’état actuel des choses, même les plus optimistes reconnaissent qu’elles sont très insuffisantes et ne représentent pas, à elles seules, une alternative crédible.

[16J.P. Dupuy, op. cité

[17Pour le concept de société de contrôle, voir le texte fondateur et incontournable de Gilles Deleuze, Post-scriptum sur les sociétés de contrôle


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commentaires
Explosion sur un site nucléaire français - bombix - 12 septembre 2011 à 15:46

Marcoule :

Il s’agit "d’un accident industriel, pas un accident nucléaire"


affirme EDF, cité par le Monde. Ouf, nous sommes rassurés ! Pour Slate.fr, la France n’est pas préparée au pire scénario. Qu’importe, nous sommes les plus forts, les meilleurs ... et nos installations nucléaires sont les plus sûres. CQFD.


Le XXIème siècle commence à Fukushima - bombix - 29 juin 2011 à 07:18

Les multinationales pétrolières, le saccage de l’environnement et le mépris des populations locales. Un excellent Théma sur Arte hier soir, avec deux films, l’un sur BP et la catastrophe dans le golfe du Mexique, l’autre sur Shell et sa façon d’exploiter le pétrole au Niger. Leurs accointances avec les pouvoirs en place. La faiblesse des politiques européens, quand ce n’est pas leur complicité (très nette concernant les britaniques), vis à vis de ces superpuissances économiques. Rediffusion vendredi 1er juillet à 10h00 ou sur le site de la chaîne pendant une semaine.


Le XXIème siècle commence à Fukushima - bombix - 27 juin 2011 à 20:13

Dans son avant dernière émission, Répliques, Alain Finkielkraut recevait Jean-Pierre Dupuy et Bruno Tertrais. Thème de l’émission : Faut-il être catastrophiste ? Une bonne occasion d’écouter Dupuis développer son concept de "catastrophisme éclairé". Pour Tertrais, pas de quoi s’affoler concernant la situation actuelle. Tout va très bien Madame la Marquise. Satisfaction d’entendre Dupuis citer Ivan IIich et de l’entendre faire remarquer que la conscience et la critique sociale qui lui est associée était beaucoup plus vigoureuse dans les années 70. Sans grands résultats, pourtant. Surprise en revanche de le voir acquiescer à la proposition de Tertrais qui déclare que Fukushima est derrière nous, et que cela aurait pu être pire. Or rien n’est réglé à Fukushima, plus de 100 jours après la catastrophe initiale.
L’enseignement de Tchernobyl comme de Fukushima, c’est que la catastrophe nucléaire est une catastrophe continuée. Cette vérité semble échapper aux plus lucides des observateurs. « Kierkegaard a écrit que si l’absence de désespoir correspond à une incapacité à être désespéré, alors le progrès c’est le désespoir ».(*)
Pour écouter l’émission, cliquer sur le lien. Faut-il être catastrophiste.

(*) Cité par O. Rey dans un très intéressant ouvrage dont je parlerai pt être prochainement : Itinéraire de l’égarement. Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine. Seuil.


Il y a une forte probabilité d’un accident nucléaire majeur en Europe - bombix - 16 juin 2011 à 22:50

Bernard Laponche (Polytechnicien, physicien nucléaire, Bernard Laponche a participé, dans les années 1960, au sein du Commissariat à l’énergie atomique, à l’élaboration des premières centrales françaises) se confie à Télérama : « La probabilité théorique, selon les experts de la sûreté nucléaire, devait être de un pour cent mille « années-réacteur » [une année-réacteur, c’est un réacteur fonctionnant pendant un an, NDLR], voire un million d’années-réacteur pour un accident majeur, type Tchernobyl ! La réalité de ce qui a été constaté est trois cents fois supérieure à ces savants calculs. Il y a donc une forte probabilité d’un accident nucléaire majeur en Europe. »

Source : Bernard Laponche : “Il y a une forte probabilité d’un accident nucléaire majeur en Europe
Lire tout l’article, très complet et pédagogique, avec quelques révélations sur notre belle démocratie (!)
« Dans les années 1970, un chercheur suédois a écrit une étude sur le fait que le nucléaire marche dans certains pays et pas dans d’autres. Et il en a conclu qu’une structure politico-administrative autoritaire et centralisée avait permis qu’il se développe dans deux pays : l’URSS et la France. »
« Comment expliquez-vous l’inconscience française ?
Par l’arrogance du Corps des ingénieurs des Mines, d’une part, et la servilité des politiques, de l’autre. Une petite caste techno-bureaucratique a gouverné les questions énergétiques depuis toujours, puisque ce sont eux qui tenaient les Charbonnages, puis le pétrole, et ensuite le nucléaire. Ils ont toujours poussé jusqu’à l’extrême, et imposé aux politiques, la manie mono-énergétique. »


Le XXIème siècle commence à Fukushima - bombix - 11 juin 2011 à 10:57

Fukushima n’est pas plus sûr que Tchernobyl, en dépit du fait que le Japon fasse partie des pays les plus développés et les plus riches du monde. Il n’y a donc pas de « sécurité nucléaire ». L’accident est possible. Il a eu lieu donc il aura lieu. Avec Fukushima, nous n’en sommes plus aux hypothèses.
Car l’industrie nucléaire ne tolère pas l’accident. Jadis on disait : probabilités minimales, conséquences maximales. De la probabilité minimale, on en avait conclu indument à la probabilité zéro. Fukushima démontre par les faits le sophisme du raisonnement. Il n’y a pas de probabilité zéro, donc il y aura de nouveaux accidents.

Une information passé inaperçue dans les médias français, le rapport de Jacques Repussard, patron de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire — organisation institutionnelle, donc sous haut contrôle dans un pays nucléocrate — sonne l’alarme :

« L’accident de Fukushima amène la statistique mondiale des accidents graves de réacteurs nucléaires à un niveau bien au dessus de l’objectif généralement visé, c’est-à-dire moins d’un accident par cent mille ans-réacteur. La répétition tous les trente ans environ de telles catastrophes est évidemment inacceptables pour les sociétés contemporaines, et il est impératif de faire à nouveau avancer la sûreté des technologies nucléaires. (...) »

et cela, au moment même ou AIEA, très critiquée elle-même(*), rend un rapport sévère sur la crise japonaise.

- Commentaire de Michel Alberganti, chroniqueur scientifique à France Culture :

« La part la plus importante de ce rapport est, en effet, consacrée à une sévère analyse des carences japonaises vis à vis de la sécurité nucléaire : pas assez de suivi des personnels et des habitants, tsunami sous-évalué, un système réglementaire, c’est à dire l’Agence nucléaire japonaise, pas assez préoccupé par les risques extrêmes et pas assez indépendant des opérateurs, manque de structure locale de réponse aux situations exceptionnelles... Difficile d’être beaucoup plus cinglant. C’est tout le système nucléaire nippon qui est à revoir... Et cela se passe au Japon, la troisième puissance économique du monde. On frémit à l’idée de ce que les experts de l’AIEA trouveraient dans les 12 autres pays qui exploitent des centrales nucléaires. En dehors de la France, bien entendu, puisque nous disposons des installations les plus sûres du monde... »

Tout le monde aura repéré l’ironie du journaliste dans la dernière phrase. De toutes façons, les centrales françaises, sûres ou pas (et on ne voit guère pourquoi elles échapperaient à la règle), le problème reste entier, car il se pose au niveau de la planète.

Sources :

(*) Fukushima, l’honneur perdu de l’AIEA

FUKUSHIMA : LE JAPON, LE MIT ET L’IRSN TIRENT DE PREMIÈRES LEÇONS

Fukushima : L’AIEA félicite poliment et blâme sévèrement le Japon...


Fukushima, point aveugle des marchés - bombix - 5 mai 2011 à 10:58

Un article très intéressant de Fabrice Gerschel, dans Le Monde : Pourquoi les marchés financiers n’ont-ils rien vu à Fukushima ? Allons tout de suite à la conclusion : « ... aucun gouvernement démocratiquement élu, aucun G20, aucun sursaut moral, aucun parlement des scientifiques ne parviendra à nous imposer la "sobriété" nécessaire à notre survie. La seule instance qui en ait le pouvoir, dont la volonté s’impose à tous, par-delà les frontières, ce sont les marchés. Ils ont pour cela des instruments redoutables : ils fixent le prix des actifs (et de l’énergie), ils influent sur la croissance, ils allouent l’épargne du monde. C’est pourquoi il faut s’intéresser aux marchés, à leurs mécanismes, et à leurs points aveugles. »

Or, justement, Fukushima est un point aveugle. Gerschel déroule une série d’hypothèses pour l’expliquer. Une assez bonne illustration de la thèse de JP Dupuy selon qui « l’obstacle majeur au sursaut devant les menaces qui pèsent sur l’avenir de l’humanité est d’ordre conceptuel. Nous avons acquis les moyens de détruire la planète et nous n’avons pas changé nos façons de penser. »

Occasion de faire une distinction entre ce qui est « rationnel » et ce qui est « raisonnable ». Les marchés financiers n’obéissent qu’à la rationalité de leurs calculs, à la loi de l’efficience. Tout ce qui y échappe n’existe tout simplement pas ! Il serait raisonnable de s’aviser qu’il existe autre chose, que le tout du réel n’est pas captable par cette rationalité-là. Et qu’à confier nos vies et notre avenir à des gens si rationnels mais aussi peu raisonnables, on risque pour le coup une sérieuse catastrophe.


Le XXIème siècle commence à Fukushima - Eulalie - 2 mai 2011 à 19:09

"Là-bas si j’y suis" entame ce jour la diffusion de reportages sur Fukushima , les Japonais.
Fukushima, Hiroshima


Le XXIème siècle commence à Fukushima - bombix - 28 avril 2011 à 19:32

Allez, encore un petit pour la route.

Une interview de Alain de Halleux (extrait numéro 9), réalisateur de Tchernobyl for ever, dont j’ai parlé dans un autre message. Au menu : L’organisation du travail et la sécurité dans les centrales françaises, avec quelques exemples rassurants ; À quoi servent les pilules d’iode, en réalité ? ; Qu’est-ce qu’un "liquidateur" ?

Au passage sur cette fameuse question du liquidateur, futur héros des temps modernes : on estime de 200.000 à 500.000 le nombre des liquidateurs à Tchernobyl. A Fukushima, ils sont ... 500 ! Y a pas à dire, un régime totalitaire, c’est commode dans un monde nucléaire.


Le XXIème siècle commence à Fukushima - bombix - 28 avril 2011 à 18:36

Derrière les rodomontades et les roues de paon se cache une réalité avouée par les autorités de sûreté et de radioprotection qui est un truisme pour tous les esprits dotés de bon sens élémentaire : un accident peut se produire en France reconnaît M. Lacoste, responsable de l’ASN. A Kiev, lors de la conférence des Nations Unies sur la Sécurité Nucléaire sous l’égide de l’AIEA pour les 25 ans de Tchernobyl, M. Repussard, patron de l’IRSN affirmait un risque d’accident nucléaire pour 10000 réacteurs par an. Compte tenu du parc mondial actuel, environ 500 réacteurs, cela représente un accident tous les 20 ans. La France étant dotée du 2ème parc mondial avec 58 réacteurs, son risque statistique est élevé. 19 de nos réacteurs datent des années 70, certains sont en zone sismique, d’autres confrontés à un risque d’inondation, certains cumulent les 2. Or, toutes ces centrales, par souci de rentabilité, ont recours à la sous-traitance, aux petites économies d’où une explosion du nombre d’incidents.

Corinne Lepage, députée européenne. Source : L’appel de Fukushima, Mettre la catastrophe sous contrôle citoyen (sic !) Au passage, Madame Lepage a été ministre de Alain Juppé (1995-1997). Ce n’est donc pas une gaucho-écolo-échevelée ...


Le XXIème siècle commence à Fukushima - Mister K - 28 avril 2011 à  19:07

Il faut malheureusement une catastrophe pour que les citoyens ou plutôt "les gens" se réveillent. Le problème, c’est que le soufflet retombe vite et les conclusions ne sont pas tirées pour autant. C’est le cas pour la crise financière de 2008 dont on voit bien qu’elle n’a pas changé grand-chose dans les faits...même si certes, dans certains esprits, les choses ont évoluées. Mais la crise de 2008 avait un précédent, celle de 1929. Il y a fort à parier qu’il en sera de même pour Fukushima qui avait un aussi un précédent encore plus proche de nous, Tchernobyl. Dans les deux cas, il y a des conservateurs qui, malgré les problèmes ou dangers avérés, poussent pour que rien ne change.

Quelque part, même si la thèse de cet article est inquiétante, il serait bon que la conscience que le XXIème siècle commence à Fukushila (avec tout ce que cela implique) soit partagée par le plus grand nombre. Cela voudrait dire que l’on a une chance d’éviter beaucoup de catastrophes ou du moins d’éviter beaucoup de difficultés prévisibles. Mais cela suppose remettre beaucoup de choses en cause. Est-ce que la majorité des gens en seront capables ? On peut en douter. Et même si il y a effectivement cette prise de conscience, il faudrait qu’elle se transforme en projet politique sur le très long terme. Sur un siècle certainement. Il nous faudrait donc des femmes et hommes politiques capables de dépasser effectivement l’horizon à 5 ans...et ça, ce n’est pas gagné non plus.

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Le XXIème siècle commence à Fukushima - bombix - 28 avril 2011 à  20:56

Il faut malheureusement une catastrophe pour que les citoyens ou plutôt "les gens" se réveillent. Le problème, c’est que le soufflet retombe vite et les conclusions ne sont pas tirées pour autant.


Oui. Ce problème de la temporalité de la catastrophe nucléaire est essentiel. La catastrophe nucléaire n’est pas « ici » et « maintenant », elle est catastrophe continuée. D’où le très important problème de la mémoire. Je recommande vraiment le film de Alain de Halleux, Tchernobyl for ever, qui est très éclairant et très inquiétant sur la question. Surtout dans une modernité qui fonctionne à l’oubli systématique, dont le présent dévore le passé à une vitesse folle. La mémoire est une fonction vitale, même pour les vivants les plus rudimentaires. Elle ne peut devenir une injonction morale (le fameux "devoir de mémoire") que dans un milieu qui est comme "hors sol" d’avec la vie. C’est le cas de notre univers hyper-technicisé. La conjonction de cette mémoire oublieuse et de périls qui la requièrent pourtant impérativement pour être conjurés, comme le péril nucléaire, est sans doute une raison supplémentaire, un nouveau motif d’inquiétude, d’autant que les pouvoirs n’ont aucun intérêt à soutenir et réactiver cette mémoire.

Là il y a une vraie intervention « citoyenne » (j’aime pas vraiment ce mot, mais bon) à mettre en place. Et il ne faut pas trop compter sur les partis et les organisations politiques, même dits écologistes. Je suis sidéré par exemple en constatant l’énergie déployée par EELV 18 pour les élections cantonales (nous recevions des mails plusieurs fois par semaines à la rédaction de l’Agitateur), et par comparaison leur mutisme depuis Fukushima. Leur page sur le Japon nucléaire s’arrête toujours à 2007. C’est ça être écologiste ? Se battre pour un strapontin au Conseil Général du Cher, et fermer sa gueule quand la plus grande catastrophe environnementale se déclenche et que tous les organes de propagande du pouvoir minimisent le problème ou mentent sur la question ?

Quelque part, même si la thèse de cet article est inquiétante, il serait bon que la conscience que le XXIème siècle commence à Fukushila (avec tout ce que cela implique) soit partagée par le plus grand nombre. Cela voudrait dire que l’on a une chance d’éviter beaucoup de catastrophes ou du moins d’éviter beaucoup de difficultés prévisibles.

Mettre l’accent sur la catastrophe, ce n’est pas faire du catastrophisme, c’est à dire verser dans une sorte de délectation morbide devant l’imminence d’une espèce d’apocalypse. Encore une fois, je renvoie à JP Dupuis. Il s’agit de rendre présente à la pensée la possibilité de la catastrophe, justement pour que la catastrophe ne se produise pas. Pour que ça fonctionne, la catastrophe doit être conçue comme à la fois nécessaire et improbable. Or le discours habituel est plutôt l’inverse : improbable, donc non nécessaire. Pour concevoir un événement nécessaire et improbable, il faut casser nos habitudes logiques. Comme le dit encore Dupuis, « l’obstacle majeur au sursaut devant les menaces qui pèsent sur l’avenir de l’humanité est d’ordre conceptuel. Nous avons acquis les moyens de détruire la planète et nous n’avons pas changé nos façons de penser. »

Il faut anticiper, pour réagir. Il faut donc faire en quelque sorte que l’avenir soit cause du présent, pour que ce ne soit pas cet avenir-là précisément qui advienne. Il y a besoin d’imagination, de détermination et de volonté. Et la première des volontés : une volonté de vérité.

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