Arnaque au TGV : les révélations du Berry Républicain

lundi 23 mai 2011 à 05:04, par bombix

Arnaque au TGV : les révélations du Berry Républicain Mieux vaut tard que jamais : toujours à la pointe de l’investigation, le Berry Républicain, qui n’a jamais mis en doute sérieusement les promesses de nos politiques locaux concernant l’hypothèse d’un TGV Paris-Lyon via Clermont et Bourges est en train de se réveiller : et si tout cela n’était qu’une arnaque ? Du pipeau ? En Une du BR du 20 mai 2011 : Le TGV Grand Centre menacé ? avec un article page 56 : Et si le TGV devenait un mirage ? Devenait ? Pourquoi cet imparfait ? Le TGV à Bourges a-t-il jamais été autre chose qu’un mirage ? Il faudra faire un jour la liste des mensonges et des contrevérités que le Berry a laissé complaisamment traîner dans ses colonnes sur ce dossier. Mais peu à peu, la vérité se fait jour.

Rappelons les faits. Pendant sa campagne électorale en 2008, Serge Lepeltier, qui a un bilan municipal bien maigre à présenter, a sur son chemin de Damas une vision. « Pourquoi persécutes-tu le TGV ? », lui souffle l’envoyé du Seigneur, Philippe Bensac, qui voudrait bien profiter de cette locomotive-là pour raccrocher les wagons du train-train politique local. Serge Lepeltier, qui auparavant n’a jamais cru une seule seconde au TGV à Bourges, se convertit. Dans le désert du Berry, un immense mirage se met en place. Plus gros que le carnet d’adresses de Daniel Colling. Plus haut que la cathédrale de Bourges. Il bouche tout le paysage. On ne voit que lui. Le nouveau prosélyte en fera l’argument massue de sa campagne, qui en manquait tellement. Bingo ! Aidé par une gauche particulièrement pugnace et crédible (!), il emporte un nouveau mandat. Merci le TGV. Seulement il va falloir tenir parole. Anne-Marie Idrac le lui a promis : « Le TGV, c’est dans la poche ! » Ainsi parlait notre bon roi dans une interview mémorable ...

Patatras ! Quelques semaines passent. La loi qui entérine le Grenelle de l’Environnement oublie carrément le TGV Paris-Lyon via Clermont. Panique dans l’avion du haut de la rue moyenne. Insolent, le Berry s’interroge : TGV, l’arnaque ? On bricole à toute vitesse un second texte, et on prévoit un programme supplémentaire, après 2020. Les promesses n’engageant que ceux qui les croient, voilà nos malins devisant de nouveau, sautillant de projets bidons en balivernes recuites. Mettra-t-on la gare là ? Ou ici ? Du jamais vu : la droite – qui ne s’épargne décidément aucun effort – organise une manif à Bourges devant la gare ! Elle veut certainement impressionner les employés locaux de la SNCF, qui, comme chacun le sait, ont de grandes responsabilités dans les décisions à venir concernant la mise en place d’infrastructures ferroviaires nationales et européennes. Pendant ce temps, le bon peuple se marre. Lors d’une réunion, un « communicant » de Lepeltier, chargé de vendre de la démocratie enrobée dans de l’« étikpresse » (truc gélatineux qui étouffe la parole, rend indigeste tout débat et inutile tout échange entre citoyens) annonce qu’il compte bientôt s’installer à Bourges. On y gagne pas mal sa vie en vendant du vent. Comme parisien (un « communicant » d’un ancien ministre est forcément parisien), il se réjouit de pouvoir bientôt profiter du TGV. Franche rigolade dans la salle …

Le temps passe. A l’Agitateur on s’agite. Lepeltier nous aurait-il pris pour des cons ? Voyons, c’est pas son genre ! disent ses bons amis. Son TGV, il y croyait. Voire. En attendant, on se renseigne. Un peu. D’abord, première billevesée, ce n’est pas du côté de la SNCF qu’il faut chercher quelque chose de décisif concernant le TGV, mais du côté de RFF. Or RFF est endettée, et doit faire face à un existant en mauvais état. On déniche un rapport de la cour des comptes qui ne fait pas de mystère là-dessus. Ce sera un train contre l’autre. Soit le train classique, soit le train à grande vitesse. On aurait apprécié que, du côté de l’opposition comme du côté de la presse, le débat fût au moins lancé. Mais il est bien connu que l’opposition, à Bourges, fait son boulot comme la presse locale fait le sien : en en disant le moins possible sur les sujets qui fâchent. C’est disent-ils, leur manière « responsable » d’exercer leur job. Asinus asinam fricat. Quelle misère ! Il faut dire aussi qu’il s’agit d’abord, avant tout, et en toutes choses, de ne pas effrayer l’électeur. Remettre en cause le TGV, c’est être anti-moderne, anti-développement. Comme s’interroger sur le fonctionnement du Printemps de Bourges, c’est être anti-jeunes. Et allez donc !

Second problème, et de taille : le TGV Paris-Lyon, via Clermont, c’est une chose. Son passage par Bourges en est une autre ! En 2008, rien n’était arrêté, et pour cause. Aujourd’hui, Nevers serait plutôt privilégiée. On va y revenir.

Troisième problème : les sous. Qui va payer, et comment ? Les premiers TGV ont été massivement financés par l’État. Aujourd’hui, ce n’est un secret pour personne, le désengagement de l’État est massif, sur ce plan là comme sur les autres. Et les collectivités locales sont endettées. Et le coût des projets pharaonique ...

Il ne fallait vraiment pas être grand clerc pour poser le problème dans ces termes. L’article du Berry cité évoque le rapport d’un député de la Drôme, — Hervé Mariton — sur le Schéma National des Infrastructures, qui vient d’être remis à la Commission des finances de l’Assemblée nationale. On découvre que le TGV coûte cher, qu’il n’est pas forcément très rentable, et qu’il risque de creuser la dette déjà abyssale du gestionnaire du réseau, RFF. Quel scoop ! Chers amis députés, qui lisez l’Agitateur depuis des années, vous saviez déjà tout ça !

Alors, et le TGV Centre là-dedans ? « Au débat « passera-t-il par ici ou par là ? pourrait se substituer le « passera pas du tout » souffle Florence Chédotal qui signe l’article du Berry. Débat, quel débat ? Vous avez vu un débat quelque part vous ? 2011 fêtait les trente ans du TGV. Ce fut l’occasion de bien belles fêtes en Berry et dans notre bonne ville de Bourges. La campagne des cantonales de la fin de l’hiver a bruissé de tous les projets et tous les espoirs autour du TGV. Bensac, Monsieur TGV, n’a pas eu un mot dans toute sa campagne tonitruante sur un dossier qu’il a pourtant décliné sur le mode obsessionnel en 2007-2008. Qu’aurait pu-t-il en dire aujourd’hui qui soit favorable à son autopromotion ?

La vérité, c’est que e TGV français — et pas uniquement le TGV Grand Centre — a du plomb dans l’aile. Selon Libération : « 2 000 km de LGV (lignes à grandes vitesses) actés par le Grenelle de l’environnement. Sans compter les 2500 km rajoutés après coup. Un rien démesuré ? L’ambition fait tanguer la majorité. Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et des Transports, semble ne plus y croire. Elle refuse d’être auditionnée par Hervé Mariton, député UMP et rapporteur du budget des transports pour la commission des finances… Même après une relance par courrier. »

Il faut dire, pour être vraiment complet, que la crise est passée par là. On ne peut pas, en même temps, renflouer les banques qui jouent les économies des gens à la roulette de la Bourse, et financer des programmes d’infrastructures et de développement du territoire national. Voilà donc un dossier sur lequel il est urgent de se taire, comme Madame la Ministre nous en donne l’exemple.

À tous ceux qui y croient encore (le propre des illusions étant, contrairement à ce que suggère le titre d’un célèbre roman de Balzac, de ne pouvoir être perdues), on suggérera pour finir la lecture des documents disponibles sur le site de RFF concernant la préparation du « débat » à propos du projet de ligne à grande vitesse Paris – Orléans – Clermont-Ferrand – Lyon (LGV POCL).
On peut y constater, si l’on parvient à déchiffrer un sabir bureaucratique particulièrement abscons (ça doit être fait exprès) que le scénario d’un passage par Bourges ne rencontre pas les faveurs des décideurs. Ces derniers, pour des raisons de pure rentabilité, privilégieraient le passage à l’est, par Nevers.

Bensac n’a plus qu’à se reconvertir dans les voyages interstellaires [1]. Et troquer ses habits de chef de gare chimérique pour un costume de chef d’escadrille. L’exoplanète vivable, elle existe, elle, au moins.

À consulter également notre Dossier TGV

[1Pour éclairer le lecteur non expert en bensacisme, cette bonne blague trouve son origine dans un billet de l’inénarrable adjoint au maire où il expliquait, à propos des décroissants : « Ces idéologues prêchent un modèle de réduction de la consommation au motif que la création de richesse ne peut être infinie dans un monde fini (à condition de se limiter à notre planète ce qui est, à mes yeux, une lamentable conception de l’Humanité, de son intelligence millénaire et de son futur). »


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commentaires
Nouveau ! Quand la Cour des comptes épingle le TGV - bombix - 25 octobre 2014 à 14:31

A signaler, un nouveau rapport de la cour des comptes : un TGV trop cher et pas cohérent. https://www.ccomptes.fr/Actualites/A-la-une/La-grande-vitesse-ferroviaire-un-modele-porte-au-dela-de-sa-pertinence


TGV : en 2005, on savait déjà ... - bombix - 11 juillet 2013 à 22:57

Intéressant article dans Le Temps, journal suisse. On apprend qu’un premier rapport, sous la responsabilité d’experts vaudois, avait été remis aux responsables en … 2005 ! C’est ce même rapport, revisité en 2012, qui a inspiré le député socialiste P. Duron.
En 2005 — trois ans avant les municipales —, on savait donc déjà que les projets de TGV n’étaient pas raisonnables étant donné l’état des infrastructures classiques, et le coût exorbitant des GPI (grands projets inutiles) …
Qui voulait savoir pouvait savoir. Lepeltier, ancien ministre, AM Idrac, présidente de la SNCF … tout ce beau monde était bien placé pour connaître l’avis des experts. Malgré cela, on a enflé le mou aux électeurs, et on a gaspillé de l’argent en consultations et opérations de com’ débiles et inutiles ...

Les experts vaudois qui ont ralenti le TGV


Arnaque au TGV : fin d’un triste feuilleton ... - bombix - 19 juin 2013 à 13:03

Lu dans le Berry Républicain aujourd’hui : "Depuis ce matin, plusieurs fuites concordantes assurent que le projet TGV Paris-Orléans-Clermont-Lyon sera bien retenu mais après 2030, pas dans les équipements prioritaires réalisés entre 2020 et 2030."

Oh !!! quel scoop ! Reste plus au Berry a présenter ses excuses à ses lecteurs pour avoir fait monter la mayonnaise sur ce sujet, et pour avoir honteusement ciré les pompes et colporté les balivernes des petits marquis politiques locaux, qui presque tous sans exception, ont menti sur ce dossier. Car autant dire que le projet est enterré — un projet à 20-25 ans de là, ça n’a pas de sens, ce n’est pas un "projet", surtout dans le monde d’aujourd’hui ...


Arnaque au TGV : les révélations du Berry Républicain - bombix - 22 avril 2013 à 16:55

Au fait, vous avez remarqué, plus personne ne parle du TGV en 2013. En 2008, élections obligent, tout le monde n’avait que ce sujet à la bouche. Aujourd’hui, tous restent coi. Un rapport, remis par JL Bianco au 1er ministre propose une réforme du rail français. En ligne de mire, la (re)fusion de RFF et de la SNCF. Bref, grand retour en arrière (voir ici). Faire et défaire, c’est toujours travailler. Faut dire que les choses vont mal : RFF accuse 1,5 milliards de déficit par an. « La dette de RFF, environ 30 milliards d’euros, pourrait être de 60 milliards d’euros dans une dizaine d’années si on ne fait pas la réforme. » Ouch ! On comprend qu’il faille faire des réformes ! Bon, bon, mais les nouvelles lignes TGV ? La réponse tombe, sèche : « La priorité, ce sont les trains de la vie quotidienne. Ils concentrent 90% des déplacements. Et aussi la modernisation du réseau existant. J’appelle aussi à des trains roulant à 200 km/h sur des lignes existantes avec une bonne qualité de service. On ne va pas dire qu’il ne faut plus construire de lignes nouvelles, mais seulement des lignes pour lesquelles on aura trouvé le moyen de les financer. » Euh … avec l’état actuel des finances publiques … Et remarquez que le journaliste posait la question sur les TGV actées, PACA, Bordeaux-Toulouse … Alors pour la ligne Paris-Lyon via Clermont inscrite au "programme supplémentaire" …

En ligne : Réforme du rail français : « L’Etat doit avoir le rôle de stratège »


Arnaque au TGV : tout n’est pas perdu, ça peut encore rater ! - DD - 21 mars 2012 à 17:30
Arnaque au TGV : les révélations du Berry Républicain - C-H.S. - 23 mai 2011 à 14:57

Pour être tout à fait complet, il aurait fallu évoquer une brève des « croissants chauds » parue dans le Berry Républicain le Dimanche 22 mai 2011, dans laquelle l’importance de ce rapport est minimisé et son auteur dénigré :

Il faut toujours prendre les rapports avec prudence. C’est ainsi que cette semaine le rapport Mariton est tombé... Tombé comme un pavé sur la tête. Pour nous dire à peu près ceci : les TGV coûtent très (trop) chers, donc ne rêvez pas. Passez votre chemin, rangez dans les tiroirs vos TGV tant espérés, soyez heureux, les TER roulent encore et on finira bien par moderniser vos lignes. Bref, le rapport Mariton renvoie quasiment au rayon des souvenirs le TGV Grand Centre par Bourges. Allez, M.Mariton vous êtes un drôle de rigolo. On a failli y croire. On va ranger votre rapport aux archives.

Lorsque le quotidien bérruyer évoque des éléments faisant apparaître des avancées pour le TGV, ils sont mis en valeur, montés en épingle et les élus locaux sont glorifiés. Lorsque des rapports sont défavorables, alors, le canard laquais local dicte aux bérruyers ce qu’ils doivent en penser : c’est à dire ne pas en tenir compte. Voilà un exemple tout à fait remarquable de maljournalisme.


Arnaque au TGV : les révélations du Berry Républicain - Mister K - 23 mai 2011 à  15:44

Oui, c’est pitoyable. En effet, un rapport est un rapport. Mais un rapport qui dit qu’il n’y a pas les sous pour payer les projets de TGV prévus pour 2020 et a fortiori, ceux qui suivront, devrait être pris au sérieux.
Bien sûr sont autorisés à "rigoler" ceux qui pourront dire (et prouver) que le financement du TGV Grand Centre est assuré...Hors, dans ce dossier, le financement est a priori le point le moins avancé. C’est un euphémisme. Il faut trouver "seulement" 12 à 14 milliards d’euros...

Autre point qui n’est pas trop soulevé, c’est l’évaluation socio-économique des différents tracés de la potentielle future LGV Grand Centre. Très clairement, les trajets médians et Est (qui ne passent pas par Bourges mais entre Bourges et Nevers ou à Nevers) sont évalués comme étant les plus rentables. Il faut donc espérer pour Bourges, que la rentabilité ne sera pas le seul critère retenu dans le cas où la ligne verrait le jour. Mais en 2011, privilégier l’aménagement du territoire au détriment de la rentabilité économique parait improbable.

Enfin, dernier détail, l’évaluation socio-économique d’une potentielle ligne LGV Grand Centre a été réalisée à un horizon 2025...moi j’dis ça, j’dis rien.

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Arnaque au TGV : les révélations du Berry Républicain - jean paul damaggio - 22 juin 2011 à  11:55

Bravo pour ce travail que je découvre. de mon côté je travaille sur le cas de la LGV Bordeaux-Toulouse et tout ce qui va avec (Tours, Limoges, Bayonne). je confirme que la presse en général joue un jeu grave sur le sujet.
htttp ://la-brochure.over-blog.com
jean-paul damaggio

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