Montebourg, du décevant au réjouissant et vice-versa
En préambule, il faut préciser qu’Arnaud Montebourg a, par le passé, beaucoup déçu. Lui, le chantre de la VIème République, celui qui combattait le cumul des mandats, cumule depuis 2008 un mandat de député et de président de du Conseil général de Saône-et-Loire. Autre déception, le soutien d’Arnaud Montebourg à Ségolène Royal bien au-delà de la présidentielle 2007, alors que l’ex-candidate s’était très largement discréditée en affirmant qu’elle n’était pas convaincue elle-même par certaines de ses propositions lors de la campagne [1]. A coté de cela, la posture combattante du député socialiste a souvent été réjouissante comme lorsqu’il a ferraillé seul ou presque contre Jacques Chirac proposant de l’envoyer devant la Haute Cour de Justice en 2001, et ce, sans le soutien de la majorité des socialistes. Ou plus récemment, quand il n’a pas hésité à dénoncer Jean-Noël Guérini dans un rapport qui mettait gravement en cause le président socialiste du Conseil général des Bouches-du-Rhône.
Des positions clairement de gauche
Arnaud Montebourg n’est donc pas un nouveau, ni en politique ni au PS. Mais il reste finalement assez peu connu du grand public. Pourtant, le "quadra" bientôt "quinqua" se distingue au sein du Parti Socialiste par des positions souvent très à gauche. Il s’est notamment distingué en 2005 en se prononçant contre le TCE. Pas étonnant dans ces conditions qu’il s’attaque à la mondialisation dans un livre de campagne dans lequel il prend des positions tranchées et clairement de gauche, ce qui n’est pas si fréquent ces derniers temps au sein du PS. Pourtant, Montebourg est bien socialiste, comprendre qu’il n’est pas révolutionnaire. Là où un révolutionnaire exploserait un bâtiment, lui le déconstruit. D’où la démondialisation et non la fin du capitalisme [2].
Un constat accablant
Les premiers chapitres du livre font le bilan, plutôt accablant humainement, de décennies d’emballement du système de libre-échange et de mondialisation : « pour tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre, la mondialisation n’est rien d’autre qu’un système extrémiste ». Montebourg cite le philosophe allemand Jurgen Habermas pour qui « la mondialisation, c’est l’effondrement du pouvoir d’achat des bulletins de vote » en constatant que le libre-échange « a pris en otage la souveraineté des peuples » par un politique de chantage économique permanent. Pour Arnaud Montebourg, « si l’on voulait résumer les quinze dernières années écoulées, il ne serait pas excessif de dire que la mondialisation a fabriqué des chômeurs au Nord et augmenté le nombre de quasi esclaves au Sud, détruit les ressources naturelles partout, donné le pouvoir aux financiers et retiré aux peuples les moyens qu’ils avaient conquis de s’autodéterminer ». Il n’hésite pas a fustiger la trahison des élites économiques et politiques « enfermés à double tour dans leur confort, dans leur mondialisation heureuse, protégés par leur culture, leurs professions, leur mobilité et leurs voyages, leurs sécurités financières ». Et il met très clairement le Parti Socialiste dans ces élites qui ont trahi, évoquant Jospin et sa fameuse phrase « l’État ne peut pas tout », il fustige le socialisme redistributif, celui des rustines sociales ainsi que le socialisme d’ajustement qui veut nous adapter à la mondialisation. Au final, dans ce constat de la situation économique et politique en France en 2011, Montebourg ne nous apprend rien. Tout cela, chaque français a pu le constater par lui-même depuis bien longtemps. Mais il est l’un des premiers politiques non révolutionnaires, issu d’un parti dominant ayant été longtemps au pouvoir, à l’exprimer clairement et donc, on l’espère, l’un des premiers à avoir compris ce que ressentent de nombreux français. En cela, il se rapproche de Mélenchon qui sera le candidat du Front de Gauche en 2012.
Quelles solutions ?
Après le constat, on attend, si ce n’est des solutions, du moins des propositions crédibles. Arnaud Montebourg se dit lui-même le candidat de la transformation « de ce système ». Son programme politique, c’est la démondialisation qu’il résume comme la possibilité de « retrouver le pouvoir de choisir ». La première proposition consiste en un « protectionnisme nouvelle vague », un protectionnisme vert, comprendre tourné vers l’environnement. Montebourg se défend de proposer le même protectionnisme que le Front National de Marine Le Pen : « ce n’est pas le protectionnisme haineux et revanchard de l’extrême droite, qui stigmatise l’étranger pour mieux laisser tranquille les multinationales ».
Alors, pourquoi un protectionnisme "vert" ? Tout simplement parce qu’Arnaud Montebourg, déformation professionnelle oblige [3], a cherché la faille dans le système actuel du libre-échange. Et il se trouve qu’actuellement, tout en suivant les règles du système mondial, il est tout a fait légal [4] de mettre en place des mesures de protectionnisme. Mais l’Europe et les États ne s’en servent pas. Bon, jusque là, le système n’a pas été modifié d’un iota. Mais un frein au libre-échange devient possible. Pour Montebourg, c’est le début de la démondialisation. Reste à convaincre l’Allemagne, partenaire incontournable de la France pour convaincre l’Europe entière.
Les propositions
En conclusion de son livre « Votez pour la démondialisation ! », Arnaud Montebourg fait 17 propositions [5]. Parmi ces propositions, outre le "hack" de l’OMC, on notera la proposition d’instaurer une taxe carbone extérieure aux frontières de l’Union Européenne, fonds qui seraient destinés à permettre la conversion écologique des industries du sud ; l’instauration de traités bilatéraux de préférences commerciales au profit « de pays s’adaptant au mieux et au plus vite aux normes sociales et écologiques internationales » ; la mise en place d’une taxe européenne sur le transport maritime ; la mise en place pour les consommateurs d’une information « du contenu social et environnemental des produits qui leur sont proposés » ; mettre la convergence sociale et fiscale à l’agenda immédiat de l’Union Européenne.
Conclusion
Arnaud Montebourg veut nous persuader que l’on peut transformer le système mondial. A l’image d’un hacker informatique, il a étudié le système et il croit avoir trouvé une bidouille qui devrait, selon lui, nous permettre de le transformer en douceur en le déconstruisant de l’intérieur. Si vous avez lu « Des idées et des rêves », vous n’apprendrez rien de nouveau sur idées de l’auteur sur le sujet. Pour les autres, il s’agit là d’un bon début de réflexion. Cependant, le "hack" de l’article XX du GATT parait fragile et une évidence transparaît dans les propos d’Arnaud Montebourg : sans nos partenaires européens, les actions de la France seraient limitées. Au delà des propositions qu’il formule, c’est avant tout une volonté politique extrêmement forte qui serait nécessaire pour atteindre le but d’un système plus juste qui prenne en compte l’humain. La question est : Montebourg trouvera t-il des partenaires politiques en France et en Europe, avec cette même volonté politique, au sein du PS ou ailleurs ? Pour l’instant, il apparaît relativement isolé au sein du Parti Socialiste...il lui reste un peu moins de quatre mois pour retourner la situation. Et c’est certainement l’une des raisons de la publication de son livre « Votez pour la démondialisation ! » qui a l’avantage d’être efficace.
Votez pour la démondialisation ! par Arnaud Montebourg
Édition Flammarion, 2011, 93 pages, 2 euros.
[1] Le reniement du SMIC à 1500 euros
[2] Dans son livre-programme "Des idées et des rêves", Arnaud Montebourg se prononce pour un capitalisme coopératif
[3] Arnaud Montebourg est avocat de profession
[4] Montebourg invoque l’article IX.03 de l’accord instituant l’OMC et l’article XX du GATT "qui octroie des dérogations aux obligations du traité de l’OMC, si sont en jeu « la protection de la santé et de la vie des personnes et des animaux ou la préservation des végétaux et la conservation des ressources épuisables »
[5] A noter que sur ces 17 propositions, la plupart sont déjà présentes dans son livre paru en 2010, « Des idées et des rêves » au chapitre 13 « Démondialisation » et chapitre 14 « La chute du rêve européen »
Montebourg s’explique
- Mister K
- 23 octobre 2011 à 12:59
La traduction est toute personnelle. Mieux vaut aller lire le texte directement.
« Tous ceux qui m’ont reproché de voter à titre personnel François Hollande, le feront eux aussi bientôt parce qu’ils voudront l’emporter ». Un argumentaire pour la lutte des places,
Euh...ben, non. Il dit juste qu’au second tour, si le candidat de gauche, Hollande dans son esprit, y participe, tout le monde votera pour lui histoire de se débarrasser de Sarko. Comme je l’ai déjà dit, l’argument de lutte des places ne tient pas. Quelque soit le candidat PS, s’il l’emporte, tous les candidats de la primaire PS auront un rôle à jouer, c’est évident. Pas besoin de marchandage ou de lutte des places.
Seul intérêt de ce texte : Montebourg reconnait qu’il n’est pas gagné d’être au second tour : « la campagne est loin d’être gagnée, il faudra vaincre au premier tour l’extrême droite ». C’est sûr que se battre pour les places et pas pour les idées, ça fait le beurre de Marine !
Non, UMP ou PS n’ont aucune garantie d’être au second tour. J’allais dire, heureusement, il y a une élection, avec des citoyens qui votent librement. Mais en déduire que cela entraîne forcément une lutte des places plutôt qu’une lutte d’idées, là, je ne suis pas d’accord. D’autant que celle qui est censée en faire son beurre, la miss Le Pen, n’a plus vraiment d’idées qui lui sont propre, puisque l’UMP lui a à peu près tout piqué.
En fait, je pense que si quelqu’un peut y gagner dans la désignation de Hollande comme candidat du PS, ce n’est pas Le Pen mais bien Mélenchon, c’est évident. Et il n’est pas impossible que Mélenchon ramène d’ex électeurs de gauche passés au FN vers la gauche.
Bref, une campagne va se jouer. Pas sûr que Montebourg y jouera un grand rôle. Mais il est à peu près certain que Mélenchon, lui, risque d’exploser les scores s’il fait une bonne campagne. Et donc si le risque pour l’UMP, c’est le FN, pour le PS, c’est clairement Mélenchon.
Montebourg s’explique
- bombix
- 23 octobre 2011 à 17:51
Euh...ben, non. Il dit juste qu’au second tour, si le candidat de gauche, Hollande dans son esprit, y participe, tout le monde votera pour lui histoire de se débarrasser de Sarko.
L’argument est sophistique. On ne peut pas faire la comparaison entre le second tour de la primaire et le second tour de la présidentielle. Au second tour de la primaire, quel que fût le choix de Montebourg, c’était un(e) socialiste qui aurait été choisi. Il pouvait donc, même au nom du vote utile, choisir Aubry, qui semble-t-il, correspondait mieux à ses orientations politiques. Son choix pour Hollande relève de la bataille des égos, pas de la bataille des idées, qui n’existent plus au PS.
Quelque soit le candidat PS, s’il l’emporte, tous les candidats de la primaire PS auront un rôle à jouer, c’est évident.
Pas du tout évident. Le nombre des places est limité. On privilégiera qui a fait allégeance. Le PS, c’est pas le pays des bisounours.
il y a une élection, avec des citoyens qui votent librement
D’un point de vue formel, c’est vrai. D’un point de vue réel, si on considère la puissance des protagonistes, sur les médias en particulier, il faut beaucoup nuancer.
D’autant que celle qui est censée en faire son beurre, la miss Le Pen, n’a plus vraiment d’idées qui lui sont propre, puisque l’UMP lui a à peu près tout piqué.
Bon, attention, l’UMP c’est quand même pas le FN. Le FN aimerait bien être si fréquentable qu’on en viendrait presque naturellement à l’assimiler à un UMP un peu radical. Mais l’UMP est encore un parti républicain — enfin, on voudrait croire ! — quand le FN a des tendances très nettement fascisantes, là pas d’ambiguïtés.
En fait, je pense que si quelqu’un peut y gagner dans la désignation de Hollande comme candidat du PS, ce n’est pas Le Pen mais bien Mélenchon, c’est évident
Et donc si le risque pour l’UMP, c’est le FN, pour le PS, c’est clairement Mélenchon.
Il n’y a pas d’homologie possible entre Le Pen/Sarkozy et Mélenchon/PS. 1) Il y a une différence de nature entre les partis républicains et les partis fascistes 2) Mélenchon vient du PS, et y retournera. Il l’a théorisé toute sa vie politique ; le Parti de gauche est une parenthèse. Selon que Mélenchon fera ou pas un score honorable au 1er tour, il aura un tout petit ou un petit strapontin, une louche, ou deux louches de lentilles. Le PC aura besoin de faire des accords aux législatives, Hollande peut compter sur le soutien du FdG au second tour, il n’aura même pas besoin de négocier quoi que ce soit. Il y aura bien quelques rodomontades. Le public veut un peu de spectacle, on lui donnera. Alors Mélenchon expérimentera cette vérité enseignée par son maître François Mitterrand : les communistes, on ne peut rien faire sans eux, mais on ne peut rien faire non plus avec eux. 3) Les gens se souviennent de 2002 et veulent virer Sarko. Ils savent qu’il n’y en a qu’un qui peut le faire désormais, c’est Hollande. Donc, le vote utile jouera à plein, dès le 1er tour. Pour preuve, la position pro-Hollande de gens aussi radicaux que ceux du site La Sociale.
D’une manière générale, l’organisation de ces primaires renforce le bipartisme des institutions de la Vème, « l’alternance du même ». Les communistes ne s’y sont pas trompés. Ils ne peuvent qu’être perdants à ce jeu.
Quant au FN, c’est un danger social, pas un danger politique, parce qu’il n’est pas capable d’élargir autour de lui. Si on regarde l’histoire, on peut discerner au moins quatre facteurs nécessaires pour l’arrivée au pouvoir des nazis : l’humiliation de l’Allemagne, la haine de la démocratie parlementaire, la complicité de la bourgeoisie, et la peur du communisme. L’humiliation a engendré le ressentiment, puissant moteur pour manipuler les masses. La haine du parlementarisme a laissé la bourgeoisie penser que Hitler serait seul à même d’endiguer le flot bolchevique, dans le chaos créé par la crise économique. En gros, on a donné les clefs à Hitler, seul, il ne pouvait pas les prendre. Personne aujourd’hui ne songe à donner les clefs à Le Pen, pour nous protéger de Pierre Laurent ;-).
Le capitalisme a compris que dans l’ensemble, la machine tournait mieux dans des régimes démocratiques que dans des régimes totalitaires. Elle tournera encore mieux dans les nouvelles démocraties du totalitarisme mou, spectacularisées et techno-contrôlées. Le FN et le vieux PC stalinien sont des dinosaures à oublier.
Montebourg s’explique
- Mister K
- 23 octobre 2011 à 18:52
L’argument est sophistique. On ne peut pas faire la comparaison entre le second tour de la primaire et le second tour de la présidentielle. Au second tour de la primaire, quel que fût le choix de Montebourg, c’était un(e) socialiste qui aurait été choisi. Il pouvait donc, même au nom du vote utile, choisir Aubry, qui semble-t-il, correspondait mieux à ses orientations politiques. Son choix pour Hollande relève de la bataille des égos, pas de la bataille des idées, qui n’existent plus au PS.
Non, il a fait le diagnostique suivant : Aubry-Hollande, les deux faces d’une même pièce...Son choix relève d’une logique de parti. C’est un choix militant.
Quelque soit le candidat PS, s’il l’emporte, tous les candidats de la primaire PS auront un rôle à jouer, c’est évident.
Pas du tout évident. Le nombre des places est limité. On privilégiera qui a fait allégeance. Le PS, c’est pas le pays des bisounours.
Rien n’est jamais évident. Mais il y a quand même un peu plus que "5 places" à prendre. L’argument ne tient pas. A l’UMP non plus ce ne sont pas des bisnounours, et ils arrivent très bien à "caser" tout le monde. Je crois que le problème ne se situe, pour l’instant, pas au niveau des places. Mais bien au niveau de la victoire ou pas. Dans la logique de parti du PS, si Hollande perd, tout le monde perd (même si il faut surtout prendre en compte les législatives que tout le monde oubli).
Bon, attention, l’UMP c’est quand même pas le FN. Le FN aimerait bien être si fréquentable qu’on en viendrait presque naturellement à l’assimiler à un UMP un peu radical. Mais l’UMP est encore un parti républicain — enfin, on voudrait croire ! — quand le FN a des tendances très nettement fascisantes, là pas d’ambiguïtés.
Alors, moi je veux bien, mais quand un ministre UMP se retrouve à la une de minute, on peut se poser des questions. Quand Sarkozy fait son discours sur les Roms à l’été 2010 aussi. Soit on prend une logique de partie, soit une logique d’idées. L’UMP est, sur le papier, un partie républicain. Mais au niveau des idées, il faut voir...Je crois que la distinction entre UMP et FN est, sur un certain nombre de thèmes, très difficile. Il vaut mieux regarder la réalité en face.
3) Les gens se souviennent de 2002 et veulent virer Sarko. Ils savent qu’il n’y en a qu’un qui peut le faire désormais, c’est Hollande. Donc, le vote utile jouera à plein, dès le 1er tour. Pour preuve, la position pro-Hollande de gens aussi radicaux que ceux du site La Sociale.
Je crois que cela, ça dépendra beaucoup de la campagne électorale. 6 mois avant l’échéance, ce n’est pas évident.
Le capitalisme a compris que dans l’ensemble, la machine tournait mieux dans des régimes démocratiques que dans des régimes totalitaires. Elle tournera encore mieux dans les nouvelles démocraties du totalitarisme mou, spectacularisées et techno-contrôlées. Le FN et le vieux PC stalinien sont des dinosaures à oublier.
Il ne faut pas oublier que beaucoup de gens sont dans la merde et n’ont plus beaucoup d’espoir. Dans ces moments là, souvent, on se radicalise. Le risque est d’autant plus grand que la crise est importante, qu’elle n’a peut-être pas encore montré tous ses effets. Et que l’on ne nous promet pas des lendemains qui chantent, bien au contraire. En 6 mois, il peut se passer beaucoup de choses. Il convient donc d’être prudent. L’histoire n’est jamais écrite d’avance.