Élections piège à cons

vendredi 2 mars 2012 à 07:23, par B. Javerliat

C’est en résumé l’esprit de l’édito de février. Où il nous est expliqué très doctement que l’élection présidentielle n’est que le rite quinquennal d’une monarchie élective, et qu’aux législatives, on élit des représentants qui ne représentent qu’eux mêmes. Tous pourris, quoi. Non seulement les élus sont tous pourris, mais les électeurs qui participent au spectacle ne sont que des imbéciles car, « dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’en fait le peuple mérite bien qu’il la perde ». Et comme c’est Jean-Jacques Rousseau qui l’a dit, on n’a plus qu’à la fermer.

La rédemption, ignares que nous sommes, ne pourrait venir que de la lecture – ou la re-lecture – Du Contrat Social. Promis, dès les élections passées, je m’y mets. Mais il y a plus urgent. Car dans cette campagne électorale, s’est invité un truc qui est vraiment un piège à con. Et qui, pour le coup, va vraiment mettre à mal notre contrat social (ou modèle social, plutôt ; “contrat”, c’est un terme de libéral, ça). Pendant que la médiacratie nous enfume avec le défilé de présidentiables au Salon de l’Agriculture, l’Europe néo-libérale se met en place avec un nouveau traité au nom abscons : le Mécanisme Européen de Stabilité Le MES [1].

Le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) n’est ni plus ni moins que l’institutionnalisation de la politique néo-libérale expérimentée en Grèce. Tout État européen qui aura ratifié ce traité aura obligation, si son déficit budgétaire n’est pas parfaitement équilibré, de faire des coupes sombres dans ses dépenses publiques pour retourner rapidement à cet équilibre. Et si les mesures d’austérité envisagées ne leur paraissent pas suffisantes, les dirigeants du MES pourront exiger des mesures encore plus drastiques. Dirigeants du MES qui, bien sûr, ne seront pas élus, qui auront tous pouvoirs, et dont personne, même pas un État, ne pourra dénoncer les décisions. Bref, la dictature à l’échelle Européenne.

Le texte permettant la ratification de ce traité par la France est mis en place par Sarkozy. Rien de surprenant, il ne fait qu’appliquer son programme. Les députés ont adopté ce texte le 21 février dernier à l’Assemblée Nationale, majoritairement à droite. Le Sénat, majoritairement à gauche, aurait dû, lui, rejeter ce texte. Et bien pas du tout. Le Sénat a lui aussi adopté ce texte le 29 février. Les sénateurs socialistes – comme en 2008 pour le Traité de Lisbonne – se sont pour la plupart abstenus, laissant de fait la majorité à la droite. La France, grâce à l’abstention des socialistes, vient donc d’accepter la ratification de ce nouveau traité européen austéritaire.

Le reste n’est que formalité. Le futur président, qui sera soit Sarkozy soit Hollande comme nous le prédisent les sondages – ceux-là même qui avaient prévu le “oui” gagnant en 2005 – fera ratifier ce traité [2] par le Congrès du Parlement, car aucun des deux n’envisage de soumettre ce traité à référendum. Évidemment, puisque comme en 2005, il serait majoritairement rejeté par les Français.

Formalité ? Seuls deux candidats ont annoncé qu’ils avaient l’intention de faire ratifier ce traité par référendum s’ils sont élus : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Plus que jamais, c’est vraiment « abstention, piège à con ». Cette fois, camarades, il va falloir choisir. Et si vous faites les moutons, vous serez tondus.

[1Ne comptez pas sur la télé pour vous expliquer le MES, il n’y a que le Net pour ça. Pour en savoir plus, utilisez-donc votre moteur de recherche préféré.

[2Comme toutes les inventions de l’Europe néo-libérale, c’est plus compliqué qu’expliqué ci-dessus. Il n’y a pas un mais deux traités, intimement liés.

Le premier : le Traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES). « Devant être mis en place dès le 1er juillet 2012, le MES est une institution financière internationale installée à Luxembourg, chargée d’apporter une aide financière aux Etats de la Zone euro qui en ont besoin », d’après vie-publique.fr. C’est lui qui vient d’être adopté.

Le second : le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union économique et monétaire a été adopté par 25 des pays membres de l’Union européenne le 30 janvier 2012. Il stipule que l’octroi d’une assistance financière dans le cadre du MES est conditionné à la ratification du Traité par le pays qui en fait la demande. Compte tenu du transfert de souveraineté, sa ratification nécessitera une réforme de la Constitution française. Modification qui ne pourra être effectuée que par la voie parlementaire (par le Congrès du Parlement réuni à Versailles) ou par voie référendaire.


Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Qui êtes-vous ?

commentaires
Élections piège à cons - Erwann - 3 avril 2012 à 12:22

Il est vrai que les elections ne servent que l’interet de ceux qui les font, aujourd’hui voter a t’il du sens ?? on vote pour une personne proche du pouvoir et loin du peuple.

de grands personnages illustres bretons avaient déjà compris le sens d’une bonne politique, le fédéralisme par exemple.


Élections piège à cons - Eulalie - 2 mars 2012 à 12:29

Sur Basta Mag, le 28 février, Yvan du Roy explique en quoi le MES est déjà caduc :
le mécanisme européen de stabilité déjà inutile ?


Élections piège à cons - DarekDysiast - 2 mars 2012 à  14:16

et le site renvoie également au texte original. http://www.european-council.europa.eu/eurozone-governance/esm-treaty-signature

Deux bons points pour ce site ue je ne connaissais pas

Répondre à ce message #35458 | Répond au message #35457
Élections piège à cons - Eulalie - 2 mars 2012 à  15:12

Vous ne lisez pas assez l’Agitateur alors, parce que souvent Bastamag y est "cité". ;-)

Je ne comprends pas l’anglais. Pour comprendre en français le MES (tant que peut se faire) un internaute a fait aussi un bon boulot pédagogique : c’est sur rue 89, à l’écrit et à l’oral. Peut-être ça répond à vos questions.

Répondre à ce message #35459 | Répond au message #35458
Élections piège à cons - Eulalie - 2 mars 2012 à  15:26

(tant que faire se peut ) et non "(tant que peut se faire)". J’ai des problèmes avec le français aussi.

Répondre à ce message #35460 | Répond au message #35458
Élections piège à cons - DarekDysiast - 2 mars 2012 à  15:43

effectivement les précisions relatives au capital libéré sont bienvenues, merci pour ce lien.

Répondre à ce message #35461 | Répond au message #35460
Élections piège à cons - Eulalie - 2 mars 2012 à  19:20

Darek, je viens d’écouter la conférence du bloggueur de rue 89 qui explique donc le FESF, le MES. Je trouvais ça hyper pédagogique et tout et tout, jusqu’à la fin où, ça s’arrête sur les Grecs, la dette Grècque..Bon.
Ensuite, je me dirige vers le blog de ce bloggueur (la théorie du grand tout) et je vois un lien qui dirige vers un certain Pierre Hillard, dont, justement, le bloggueur en question, dit s’inspirer dans ses méthodes de recherches lors de sa "conférence" en vidéo. Je clique donc pour voir qui est ce Pierre Hillard... Très franchement, je ne comprends pas très bien qui est ce Pierre Hillard, mais une fois de plus ça renvoie sur des idées d’Empire, sur le site de Mécanopolis etc... Je ne sais pas qui c’est tous ces gens là, mais je crois même que j’aime mieux pas le savoir.
Ceci dit, peut-être que ce bloggueur, tant qu’il s’arrête aux explications du fonctionnement du FESF et du MES, ça le fait, ça reste pédagogique, explicatif sur le fonctionnement de machin européen. Par contre, pour la suite des idées qu’ils en font découler, là, m’est avis que si je l’avais subodoré avant, je n’aurais pas mis ce bloggeur de Rue89 en lien. Je ne comprends pas très bien ce qu’ils en font découler comme idées, mais je sens, je sens que je me suis trompée en mettant ça en lien...vraiment trompée.

Répondre à ce message #35464 | Répond au message #35461
Élections piège à cons - Eulalie - 2 mars 2012 à  20:05

Ce Pierre Hillard dont s’inspire le bloggueur expliquant le MES et le FESF n’est pas pour un Empire, mais est plutôt proche d’Egalité et Réconciliation, Soral et compagnie. Bref, je regrette fortement d’avoir mis le lien de Rue 89 car on se retrouve dans des nébuleuses. Désolée.

Répondre à ce message #35465 | Répond au message #35461
Élections piège à cons - 2 mars 2012 à  20:36

Eulalie, si le M. Le Pen dit que le ciel est bleu, vous n’allez pas en déduire que ce n’est pas vrai sous prétexte que c’est le FN qui l’a dit ? Donc le site que vous avez trouvé est une piste. Piste à recouper avec d’autres sources, c’est tout.

Répondre à ce message #35466 | Répond au message #35465
Élections piège à cons - Eulalie - 2 mars 2012 à  21:06

Je suis en train de regarder des vidéos de ce Pierre Hillard. J’essaie de comprendre sa pensée. Ca ne m’inspire absolument rien de bon, mais je ne comprends toujours pas où il veut en venir. En tous cas, il manipule sec.Ca au moins, c’est clair. Il joue les grands connaisseurs, le chercheur, met en avant ses diplômes en histoire que tout le monde a en gros désormais, (maitrise) et le voilà t’y pas qu’il se lance dans des pseudos analyses, recherches, prétendues prouvées. Ca me rappelle des méthodes qui ne sentent pas bien bon.... Et ce monsieur n’a pas l’air d’aimer qu’on se mélange entre peuples.... entre gens de peuples.... (ceci dit, il n’est manifestement pas au FN, à priori, mais bon, pas loin...). Pas glop.

Répondre à ce message #35467 | Répond au message #35466
Élections piège à cons - Eulalie - 3 mars 2012 à  11:54

Bonjour personne, j’ai suivi vos conseils. J’ai cherché à recouper avec d’autres sources. Ce Pierre Hillard, - dont le "conférencier" (de rue 89) sur le MES et le FESF applique les méthodes de recherche (c’est ce qu’il affirme dans la vidéo au début de sa conférence) - est un illustre inconnu, comme beaucoup d’intellectuels de nébuleuses. Ceci dit, en cherchant, j’ai fini par trouver pour quelle nébuleuse il bosse, fait de la propagande, écrit des livres toujours chez le même éditeur : François Xavier de Guibert. Il s’agit de Restauration Nationale. Donc, le type qui explique le MES et FESF sur rue 89 fait partie de l’outil de communication de ce mouvement. En bas de page de Wikipédia est expliqué comment ils communiquent, militent : par des conférences entres autres.

Répondre à ce message #35475 | Répond au message #35466
Élections piège à cons - Cyrano - 3 mars 2012 à  12:17

Comme quoi... On ne peut pas gloser sur la souveraineté (!...), crier à la dicature de l’Europe, patati-patata, bref : surfer sur un certain nationalisme sans se retrouver, à un moment ou un autre, en compagnie désagréable. Ça devrait donner à réfléchir. D’ailleurs, le message de la dénommée Marie...

Répondre à ce message #35476 | Répond au message #35475
Élections piège à cons - B. Javerliat - 3 mars 2012 à  13:14

Je ferai la même réponse : C’est pas parceque le FN dit que le ciel est bleu que l’on doit obligatoirement penser qu’il ne l’est pas. Bref, ça n’est pas parceque des idées sont reprises et déformées par le FN qu’on ne peut pas en parler, car, comme ils reprennent tout, on finirait par ne plus pouvoir parler de rien.

Sur ce sujet, j’ai trouvé une conférence de Frédéric Lordon à écouter ici. C’est un peu long, le son est un peu "amateur", mais la notion de "nation" y est remarquablement expliquée.

A l’époque du traité de Maastricht, Philippe Séguin ne disait pas une chose différente.

Enfin, rappelons que pour être internationaliste, il faut qu’il y ait des nations. La mondialisation est donc la négation de l’internationalisme.

Répondre à ce message #35479 | Répond au message #35476
Élections piège à cons - Eulalie - 3 mars 2012 à  15:20

Par contre Monsieur Javerliat, je ne dirais pas que le FN et autres mouvances d’extrêmes-droite "reprennent" tout : ce ne sont pas des copieurs. Ils ont leurs propres fondations idéologiques. Il ne faut pas non plus les sous-estimer. En l’occurence, ils sont bel et bien contre le MES et FESF. Ils n’ont pas attendu le FdG, EELV, pour être contre. "Ils" sont souverainistes...et colonialistes. Et bien d’autres choses encore, très compliquées. Et tout ceci à des fondations historiques. Un héritage.

Répondre à ce message #35481 | Répond au message #35479
Élections piège à cons - Eulalie - 3 mars 2012 à  13:52

Je rejoins Monsieur Javerliat. Ce n’est pas parce que d’obscures mouvances (ici, ce n’est pas le FN, et le prénom Marie est catholique, et le Pierre Hillard en question écrit dans les mêmes éditions que Dupont-Aignan qui lui est Républicain si j’ai bien compris et non royaliste. Enfin bon, ces courants de droite, exrtrêmes droite quel bordel, autant qu’à gauche et extrême gauche) critiquent à leur sauce le MES et le FESF pour amener vers ce qui les intéresse particulièrement, que le FdG se retrouve en mauvaise compagnie. Ce ne sont pas leurs compagnons de route. Loin de là. Cyrano, vous avez saisi au vol ce qui vous intéresse à votre tour. Ceci dit, je n’ai pas encore écouté ce que Monsieur Javerliat a mis lien, mais en effet, nationalisme, souveraineté du peuple, sont des notions très délicates et elles ne peuvent je crois échapper à une réflexion politique, historique de fond.

L"’article" de rue 89, du blogueur de la Théorie du tout, disciple de Pierre Hillard, commence par dire que seul le Front de Gauche a décrié le MES et le FESF. Il renvoie sur des articles de Libération dans ses liens. "Magnifiques" procédés pour semer la confusion des genres... : quand une extême-droite s’amourache soudainement de journaux de gauche et d’une réunion de partis de gauche.

J’ai lu vite fait des trucs de ce Pierre Hillard qui a quelque chose contre l’Allemagne, son histoire, etc.... ; pas facile à comprendre où se situent les racines idéologiques de ce soit disant "historien", En tout cas, il sévit sur le net. Mais aucun site ne parle de lui en termes critiques. Il n’y a que des sites adeptes des théories conspirationnistes qui lui font référence en termes adorateurs....

Répondre à ce message #35480 | Répond au message #35476
Élections piège à cons - bombix - 3 mars 2012 à  17:20

mais en effet, nationalisme, souveraineté du peuple, sont des notions très délicates et elles ne peuvent je crois échapper à une réflexion politique, historique de fond.

Quelques repères :

1. La nation, avant d’être une valeur revendiquée par "la droite", est une valeur revendiquée par "la gauche". En réalité, la gauche française n’est pas homogène. La gauche d’aujourd’hui, ce que l’on nomme telle, est née avec l’affaire Dreyfus, avec la fusion de courants politiques — radicaux et socialistes — qui alors s’opposaient. Quoiqu’il en soit, il suffira de rappeler Valmy. Il suffira de rappeler que dans le déclenchement de la Commune, le facteur patriotique fut essentiel : « Les insurgés vibraient d’un patriotisme de gauche que la honte de la défaite exaspérait. » (Jean-Jacques Chevalier, Histoire des institutions et des régimes politiques de la France de 1789 à 1958, p. 294.) Il suffira aussi de rappeler Marx : « Le meeting de St Martin Hall, en 1864 qui fonda la première Internationale avait deux objets sans rapport immédiat avec la défense des intérêts internationaux de la classe ouvrière : la défense de l’indépendance nationale de la Pologne et celle de l’Irlande ... « Une nation qui en opprime une autre ne saurait être libre » disait Marx à l’adresse des ouvriers anglais qu’il appelait à soutenir la cause nationale irlandaise. » (in Denis Collin, Le socialisme et la nation)

2. L’oubli de la nation par une certaine gauche et extrême gauche post soixante huitarde est la conséquence d’une confusion entre internationalisme et mondialisme. En gros, le "parti du mouvement" croyant que le capitalisme est nationaliste par essence, a cru bon de défendre le mondialisme comme anti-nationalisme ; croyant que le capitalisme est patriarcal et défend la famille, a cru bon de répéter après Gide "Famille je vous hais" ; croyant que le capitalisme réprime la sexualité et est puritain, s’est écrié : "il est interdit d’interdire ! jouissons sans entraves ! plus de tabous !" ; croyant que le capitalisme est autoritaire et fasciste, a confondu toutes les formes d’autorité avec le fascisme, en s’attaquant d’abord à l’autorité des maîtres d’écoles (c’était plus facile il faut bien dire !)

3. En réalité, le capitalisme n’est nullement lié la famille, en particulier le capitalisme de troisième type que nous connaissons ; le capitalisme n’est pas national par nature, il est mondial. Et là, il faut se référer aux travaux fondateurs de Fernand Braudel ; le capitalisme n’est pas autoritaire : il dissout les anciens liens et les relations qui reposent sur des dépendances personnelles, tel que le féodalisme pour instituer des rapports contractuels (voir encore une fois le Manifeste qui dit les choses très clairement !)

4. La gauche post soixante-huitarde — qui constitue l’armature du PS actuel — a donc été la matrice idéologique idéale pour faire admettre les exigences du nouveau capitalisme. Voir les descriptions de la critique artiste du capitalisme dans Luc Boltanski, Le nouvel esprit du capitalisme. Les mouvement qui semblaient contester l’ordre établi en constituaient en réalité la pointe avancée. D’où la situation macaronique que nous connaissons, symbolisée par l’engagement de Toni Negri en faveur du Oui pour le TCE.

Je conseille la lecture de l’article de Collin que j’ai mis en lien. J’en retiens pour ma part cette remarque de première importance : « Si la lutte des classes est internationale dans son contenu, elle reste nationale dans sa forme, et la forme n’est pas une question secondaire, puisque c’est ce qui permet l’existence déterminée effective, de la matière. Certes, « les prolétaires n’ont pas de patrie », mais c’est seulement dans le cadre national, en posant la question de la conquête du pouvoir politique que l’émancipation de la classe ouvrière peut être engagée. »

Il n’y a pas de République sans nation. Pas plus qu’il n’y a antinomie entre la République et le socialisme.
Au contraire, à la suite de Jaures, on peut réaffirmer que "le socialisme, c’est la République poussée jusqu’au bout."

Répondre à ce message #35484 | Répond au message #35480
Élections piège à cons - Eulalie - 3 mars 2012 à  22:31

1. "La nation, avant d’être une valeur revendiquée par "la droite", est une valeur revendiquée par "la gauche""
Ce n’est pas ce que j’ai lu ailleurs. (si on parle de l’histoire de la France). J’ai lu que la nation était déjà née avec la notion de "Royaume de France" à partir de Louis VI, sans qu’on en prononce le terme puisque c’était "Royaume de France". Et que c’est après 1789 qu’on a "parlé" indifféremment de nation et de république ( la République s’étant constituée contre le roi et l’église, s’appuyant sur la centralisation d’un état qui existait avant 1789 - Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert - et qui après 1789 en garantissait l’indivisibilité). On ne parlait pas de droite et de gauche, je suppose, à l’époque. Mais de révolutionnaires et de contre-révolutionnaires, de républicain et anti-républicains. Et on ne parlait pas de capitalisme non plus. J’ai lu aussi que les gauches se divisent depuis 1830 sur le choix de la vraie révolution : 1789 ou 1793 ou les deux. Qu’elles se distinguent par leur façon d’égréner certains symboles : la prise de la Bastille de juillet 1789, la nuit du 4 août, la fête de la fédération le 14 juillet 1790, la victoire de Valmy et la figure du soldat-laboureur de 1793, l’occupation de l’hotel de ville en 1848, la commune de paris en 1871, 1936 et le Front Populaire, les Francs-tireurs partisans et la Résistance dans le Vercors, mai 1968, mai 1981 (?), etc...

Enfin bon, je ne sais plus ce que je voulais dire.

Répondre à ce message #35488 | Répond au message #35484
Élections piège à cons - Au armes, et caetera - Cyrano - 4 mars 2012 à  21:43

Pour la nation, Eulalie, je propose d’aller à la simplicité :

Samedi soir, dans l’émission "Un trésor dans votre maison", sur M6, Manu (Emmanuel Layan, l’excellent expert en objets de brocante) le disait au sujet d’une commode Louis-Philippe : « Louis-Philippe, c’est une monarchie bourgeoise. Il n’est pas roi de France, mais il est roi des français. C’est important, il y a une différence  » On est en 1830. On va pas quand même être moins malin que Manu ?

C’est Philippe-Auguste qui se trouva le premier être affublé du titre "Roi de France" (un peu avant les années 1200, c’est loin !). Mais il n’était pas le roi des français. La notion de nation française n’existait pas encore. A fortiori, elle n’existait pas du temps de Louis VI, le grand-père de Philippe-Auguste. L’Etat n’est pas la nation.

La nation française nait durant la Révolution française. Non pas avec un article de constitution, mais dans la lutte menée par le peuple français contre les monarchies européennes coalisées. La nation va surgir de la patrie en danger, de la levée en masse, de la résistance enthousiaste contre l’ennemi aristo qui pénétrait en France.

L’écrivain allemand Goethe était à Valmy aux côtés du duc de Brunswick. L’armée commandée par le duc avait pris Verdun, la route de Paris lui était ouverte. Patatras ! Kellermann et ses soldats l’attaquent en criant « Vive la nation ! ». L’enthousiasme de l’armée française bouscule les armées du duc qui battent en retraite. Goethe ne se trompera pas, il écrira : « De ce jour et de ce lieu date une ère nouvelle de l’histoire du monde ». Une nouvelle ère, une nation, un peuple.

Je n’en voudrais de chipoter Goethe, mais 15 ans plus tôt, y’avait bien eu un truc de ce genre en Amérique. Encore une nation. La Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique proclamait en 1776 : « Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. »

OK, OK, ensuite c’est parti en couille... Mais sur le moment, ça avait de l’allure.

Répondre à ce message #35498 | Répond au message #35488
Sans oublier le "sombre écouteur de la mer" - bombix - 4 mars 2012 à  23:26

La nation va surgir de la patrie en danger, de la levée en masse, de la résistance enthousiaste contre l’ennemi aristo qui pénétrait en France.


Sans oublier « l’ennemi » intérieur, pas du tout "aristo" : « Pays, Patrie, ces deux mots résument toute la guerre de Vendée ; querelle de l’idée locale contre l’idée universelle ; paysans contre patriotes. » Victor Hugo, Quatrevingt-treize.

Dans le même roman, description du paysan breton :

« Si l’on veut comprendre la Vendée, qu’on se figure cet antagonisme : d’un côté la révolution française, de l’autre le paysan breton. En face de ces événements incomparables, menace immense de tous les bienfaits à la fois, accès de colère de la civilisation, excès du progrès furieux, amélioration démesurée et inintelligible, qu’on place ce sauvage grave et singulier, cet homme à l’oeil clair et aux longs cheveux, vivant de lait et de châtaignes, borné à son toit de chaume, à sa haie et à son fossé, distinguant chaque hameau du voisinage au son de la cloche, ne se servant de l’eau que pour boire, ayant sur le dos une veste de cuir avec des arabesques de soie, inculte et brodé, tatouant ses habits comme ses ancêtres les Celtes avaient tatoué leurs visages, respectant son maître dans son bourreau, parlant une langue morte, ce qui est faire habiter une tombe à sa pensée, piquant ses bœufs, aiguisant sa faulx, sarclant son blé noir, pétrissant sa galette de sarrasin, vénérant sa charrue d’abord, sa grand’mère ensuite, croyant à la sainte Vierge et à la Dame blanche, dévot à l’autel et aussi à la haute pierre mystérieuse debout au milieu de la lande, laboureur dans la plaine, pêcheur sur la côte, braconnier dans le hallier, aimant ses rois, ses seigneurs, ses prêtres, ses poux ; pensif, immobile souvent des heures entières sur la grande grève déserte, sombre écouteur de la mer.

Et qu’on se demande si cet aveugle pouvait accepter cette clarté. »

Avec pratiquement les mêmes arguments - arriération contre progrès, immobilisme contre mouvement, lumières contre ténèbres — les bons républicains de la IIIème République justifieront la mission civilisatrice de l’expansion coloniale, aux sauvages de l’extérieur cette fois. Jules Ferry : « Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ... »

Répondre à ce message #35499 | Répond au message #35498
Sans oublier le "sombre écouteur de la mer" - Cyrano - 5 mars 2012 à  12:24

Il écrit pas mal ce.. comment k’il s’appelle déjà ?!. ah, ce Victor Hugo... Puisque tu sembles le connaitre, bombix, demande lui d’écrire plus souvent dans l’Agitateur.

Répondre à ce message #35504 | Répond au message #35499
Sans oublier le "sombre écouteur de la mer" - bombix - 5 mars 2012 à  12:56

Pas sûr qu’on ait les moyens. Sartre : "Tant que la Poésie paya, les fils de famille ne dédaignèrent pas d’y consacrer leur talent. Déchue, bâillonnée, c’est tout juste si, de temps en temps, elle rapporte une invitation à dîner." et en note : "En 1848, VH possédait 180 millions de francs 1952. Vers la fin de sa vie, sa fortune s’élevait à plus de deux milliards." (Mallarmé, La lucidité et sa face d’ombre) Bref, pas vraiment le genre poète maudit le père Hugo. Mais quel talent phénoménal, et quelle prolixité !

Répondre à ce message #35505 | Répond au message #35504
Nation, Etat, République, Peuple, Souveraineté, etc... - Eulalie - 5 mars 2012 à  09:39

Oui, moi aussi je propose de faire simple : aller sur Wikipédia

Répondre à ce message #35500 | Répond au message #35498
Nation, Etat, République, Peuple, Souveraineté, etc... - Cyrano - 5 mars 2012 à  12:04

Je préfère ma simplcité, en toute simplicité... On ne se noit pas dans des détails oiseux. C’est parfois plus intéressant, plus productif pour la reflexion, d’aller à l’essentiel, sans se noyer dans moultes détails - sauf si on a un intérêt particulier pour le sujet et sa sémantique byzanthine.

Répondre à ce message #35503 | Répond au message #35500
Pagus et patria - bombix - 6 mars 2012 à  10:21

On peut signaler deux intéressants articles dans l’Encyclopédie Universalis à propos de Nation.

Le premier, de AM Thiesse, signale bien l’ambiguïté du concept, puisque selon l’étymologie, nascere, naître, la nation désigne un groupe d’origine commune, une population ayant une même souche (biologique ?) Puis à l’époque des Lumières, sous l’influence des théories politiques contractualistes (Hobbes, Rousseau), la nation devient « un corps d’associés vivant sous une loi commune et représentés par une même législature » (abbé Sieyès).
Si le concept varie selon l’histoire, il varie aussi selon la géographie. La thèse contractualiste serait française, la thèse "naturaliste" ou "essentialiste" serait allemande, sous l’influence notamment du romantisme. Aucune de ses positions n’est valable jusqu’au bout, et l’auteur de citer Renan (Qu’est-ce qu’une nation ?) : « La nation, selon la formule d’Ernest Renan, est « un plébiscite de tous les jours », comme union contractuelle idéale, mais elle n’existe durablement que si ses membres, malgré leurs divergences et leurs différences sociales, partagent une forte croyance en leur commune appartenance. » [Remarque : en ce sens, la formule de Staline (non citée dans l’article) est en nette régression sur la conception que s’en faisait Renan. Staline : « La nation est une communauté humaine stable, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique qui se traduit par une communauté de culture. » (in Le Marxisme et la question nationale )]

Plus historique, l’article de Georges Burdeau sur l’idée de nation signale : 1) La nation française est constituée très largement avant le XVIIIème siècle. L’auteur signale l’importance de la guerre de cent ans : « les défaites, puis les succès de cette longue guerre et l’épopée de Jeanne d’Arc ont exercé une influence décisive sur la formation du sentiment national. » Puis il signale évidemment 2) que la nation au XVIIIème est une arme stratégique des révolutionnaires contre la monarchie : « la floraison du sentiment national est, ici comme là, liée à la montée de la bourgeoisie, représentant la classe moyenne, qui veut prendre une part plus active à la vie politique de la nation. La France cependant va, cette fois, se séparer de l’Angleterre, parce que l’exaltation de la nation s’y fait contre l’Ancien Régime avant de s’attaquer à la monarchie elle-même. »

On apprend d’autre part des choses très intéressantes : le mot "patrie", avec son sens moderne, entre dans la langue au XVIème siècle, à l’initiative de Joachim du Bellay. Il vient du patria latin, mais jusqu’alors, on se servait d’un seul mot, pays, pour traduire à la fois pagus et patria ; d’autre part, la nation moderne a le souci de l’universalité (version positive) ou de conformité (version négative) alors que pendant l’ancien régime, on s’accommode fort bien de la diversité : « L’Ancien Régime n’avait pas le souci d’uniformité qui caractérise les États modernes : de même que l’unité de la nation s’accommodait parfaitement de la pluralité de statuts individuels dans l’organisation sociale (clergé, noblesse, tiers état), de même le loyalisme national ne prenait pas ombrage du particularisme provincial. Chaque province a son statut propre et souvent ses états particuliers ; la diversité ne nuit pas à l’unité et, comme l’écrit B. Guenée, « loyalisme et particularisme, loin de se détruire, se renforcent l’un l’autre ».

PS : Il faudrait manipuler avec plus de soin ces concepts d’uniformité, diversité, particularité. C’est à mon sens le grand mérite de Hegel d’avoir réconcilié au sein d’une rationalité compréhensive plus large que l’entendement ("penser la vie !), le particulier et l’universel sous l’espèce de l’universel concret. Dans cette optique, la particularité est réconciliée avec l’universalité ; l’universel pour apparaître dans le monde a besoin d’existants particuliers pour s’incarner. C’est la meilleure réponse à opposer à l’extrême droite qui voudra toujours nous ramener dans la nuit de l’irrationnel pour sauver la diversité et la particularité.

Répondre à ce message #35509 | Répond au message #35498
Avatars de l’essentialisme - bombix - 7 mars 2012 à  07:31

Très intéressant article sur le site signalé par Eulalie : « Pour une écologie de la diversité » ? La gauche fait fausse route. Extrait : « Les écologistes doivent savoir que défendre la mise en place d’une politique multiculturaliste à partir d’arguments empruntés à la biologie et à l’écologie ne peut qu’aboutir à une logique d’essentialisme identitaire qui assigne les individus à leur communauté d’origine et tient au rabais la liberté individuelle de choisir [...] la nation [quand elle est vue comme "la défense des identités, notamment locales, le combat contre « l’ethnocide »"] n’est plus un patrimoine sans cesse enrichi et régi par un contrat social en perpétuel renouvellement, mais un mode de préservation du déterminisme des origines, fut-il pluraliste. [...] A de tels concepts s’oppose constitutionnellement l’article premier de la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, réfutant toute discrimination basée sur les origines. Soit un principe des plus précieux qui permet à une femme née norvégienne de pouvoir briguer la magistrature suprême en France. »

Répondre à ce message #35516 | Répond au message #35509
Élections piège à cons - DarekDysiast - 5 mars 2012 à  10:19

Je ne peux aller que dans le même sens que B. Javerliat : Soral est devenu un drogué à la colère, son gût pour la provocation le fait se complaire dans une posture de seul contre tous dans laquelle il se perçoit comme un chevalier blanc intègre, penseur en situation de monopole dans le domaine du Courage.

Ces travers l’ont conduit à aller tenter de fonder (ou de fédérer) un hémisphère au FN (oubliant par la même l’histoire de la SA). Reste que derrière tout ce gâchis, il reste un cerveau brillant, et si une chaine de lien nous conduit à la "cave", c’est qu’en cuisine, les chefs étoilés des partis de gouvernement sont trop occupés à préparer la même tambouille fadasse depuis 40 ans. Une tambouille que personne ne commande et qui n’est jamais au menu, servie en grande pompe et avec un décoration exceptionnelle pour nous faire oublier qu’on était venus manger autre chose.

Ce sujet de la confiscation (désormais institutionnalisée) de la politique par la finance,et cette indignation face à la trahison constante de nos soit-disant représentants ne sont pas propres aux FN ; ils sont seulement délaissés par des gens compromis et lâches. Si des sympathisants ou même des militants FN on des informations vérifiables à nous donner, on ne devrait pas les bouder : ça ne nous conduira pas à grossir les rangs des racistes, des autoritaristes et de tous ceux qui expriment leur besoin d’être paternés par une foi imbécile dans l’élection d’un tyran éclairé.

Le FN ne récupère rien, il occupe un terrain délaissé. L’écouter, c’est déjà être sur le terrain. Intégrer ce qui semble juste à notre propose pensée et en délaisser la fange, c’est jouer contre lui. Je crains que dans toute autre attitude, le dégoût et la crainte qu’inspirent le FN risque ne soient une paire d’œillères face à certaines réalité.

Répondre à ce message #35501 | Répond au message #35465
Élections piège à cons - DarekDysiast - 5 mars 2012 à  11:27

*il fallait en effet lire "Ces travers l’ont conduit à aller tenter de fonder (ou de fédérer) un hémisphère gauche au fn"

Répondre à ce message #35502 | Répond au message #35501
Élections piège à cons - Eulalie - 5 mars 2012 à  16:43

" Si des sympathisants ou même des militants FN on des informations vérifiables à nous donner, on ne devrait pas les bouder : ça ne nous conduira pas à grossir les rangs des racistes, des autoritaristes et de tous ceux qui expriment leur besoin d’être paternés par une foi imbécile dans l’élection d’un tyran éclairé.

Le FN ne récupère rien, il occupe un terrain délaissé. L’écouter, c’est déjà être sur le terrain. Intégrer ce qui semble juste à notre propose pensée et en délaisser la fange, c’est jouer contre lui. Je crains que dans toute autre attitude, le dégoût et la crainte qu’inspirent le FN risque ne soient une paire d’œillères face à certaines réalité."

Des informations vérifiables que le FN donnerait, pourquoi pas. Ceci dit, s’ils possèdent ces informations, c’est que d’autres sources les possèdent également. Le FN ne sait pas mieux expliquer, livrer "les choses" vérifiables que d’autres sources d’informations. On peut se passer d’eux. Mais surtout, quand on est un parti politique ou une mouvance politique et qu’on balance une "info", ou une "analyse", l’honnêteté intellectuelle voudrait qu’on se signale en tant qu’emetteur de l’info et qu’elle soit en effet vérifiable. Vous connaissez certainement 1984 : " « Celui qui a le contrôle du passé », disait le slogan du Parti, « a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. »

Répondre à ce message #35507 | Répond au message #35501
Élections piège à cons - DarekDysiast - 6 mars 2012 à  11:56

Je suis grosso mode, d’accord.
Mais pour m’être auto-infligé la lecture de Soral, j’en fait un bilan très nuancé. Les conclusions sont inquiétantes et assez hallucinées, les argumentaires retors, et ont sent bien finalement que saisir la vérité importe moins pour lui qu’avoir le dernier mot, surtout si cette vérité est déjà portée par d’autres.
Il a gardé dans l’essai, sa motivation de boxeur : être le plus "viril", porter le dernier coup grâce à une technique très travaillée, un rien sournoise. Par dessus tout, il aime en découdre.

Mais, passé ça, il y a une façon de penser originale, qui, a rebours, rend à l’électeur protestataire une certaine crédibilité. Il souligne (par exemple) avec une certaine justesse que lorsqu’une actrice manifeste pour le droit des sans papiers, elle entre quelque peu en contradiction avec une de ses précédentes indignations : contre l’accord multilatéral d’investissement qui devait renforcer l’ouverture à l’international du marché du cinéma. La concurrence entre travailleur ne serait saine que pour les travailleurs non-qualifé ? NIMY !

Par là, il renvoie la greluche à ses montées de marche et redonne un peu de fierté à celui qu’elle méprise pour son soi-disant racisme alors qu’il ne fait que défendre son pain (peu importe qu’il le fasse bien ou pas, pour de bonnes raisons ou pas).

Ces choses là trouve grâce à mes yeux. Pour l’avoir lu dans mes années de jeunesse, je pense que ça a participé à la conquête de mon indépendance d’esprit sans jamais m’inspirer aucune sympathie pour les idées de N’a-qu’un-oeil

PS : Océania est notre ennemi ; Vive Eurasia !

Répondre à ce message #35510 | Répond au message #35507
Élections piège à cons - Eulalie - 6 mars 2012 à  16:10

DarekD, Je serais plutôt tendance "Vive les femmes !" de Reiser.

Répondre à ce message #35513 | Répond au message #35510
Élections piège à cons - DD - 7 mars 2012 à  09:43

Je ne connais pas du tout

Répondre à ce message #35518 | Répond au message #35513
Lancer de fions, piège à cons - DarekDysiast - 2 mars 2012 à 10:22

Bon je passe rapidement sur les échanges plutôt personnels et houleux que je regrette (l’histoire des idées politiques, comme celle des religions, ne cessera décidément jamais de nous montrer comment, plus on se ressemble, plus on se brouille fort, pour des différences toujours plus petites) pour rentrer directement dans le vif.

Effectivement ce n’est pas une mauvaise façon de poser la question de l’abstention. Encore qu’il s’agit une nouvelle fois de motiver son choix pour s’opposer à un projet plutôt que d’en supporter un autre. Ce qui est un peu frustrant, mais je je ne doute pas que nombre d’électeurs trouveront des raisons constructives de voter Mélenchon (ou autre, non, non , pas cet autre là ! aaaah ! Et pourquoi pas Arthaud, en cas de tolérance au sectarisme elle doit pouvoir faire l’affaire).

Bref j’en rajoute une couche sur le MES : certes, votre moteur de recherche préféré est votre ami, mais vous sera, je le crains, de peu de secours quand viendra le moment de vérifier les infos dispensées ici et là. Car en ce qui me concerne, impossible de mettre la main sur le texte du traité ou sur les textes fixant le montant des participation de chacun. Si bien que j’ignore encore si c’est 142 ou 69 Md€ pour la France, si c’est à payer cash ou en garantie, quels sont les marges du MES pour faire fructifier ses réserves, quel est le statut et surtout le mode de recrutement de ses employés, etc.

Impossible également de vérifier que le traité prévoit l’impossibilité pour un État de se retirer du MES. Quelle belle arnaque : on ne peut empêcher un État de se retirer si ça lui chante. Les Etats signataires et la future structure financière le savent parfaitement. Mais ils savent aussi qu’en revanche, on peut utiliser la lettre du traité pour justifier de ne pas lui restituer sa mise (considérable).

Cette disposition est de toute évidence inconstitutionnelle : elle prévoit qu’un prochain vote des assemblées sur un hypothétique retrait du MES serait privé d’effet. C’est totalement contraire au principe de souveraineté (eh oui, encore, désolé, je suis pas souverainiste, seulement démocrate) populaire.
Dire qu’il aurait suffit de 60 députés ou sénateurs pour faire tomber cette trahison de nos élus.

Quand à l’efficacité du dispositif j’ai ma petite idée car au fond : des Etat endettés s’endettent après de banques privées pour financer une nouvelle banque privée qui va garantir les dettes des mêmes Etats auprès des banques privées auxquelles ils empruntent pour se garantir du paiement des dettes contractées auprès d’elles et notamment pour se garantir ........... j’arrête là ça tourne, je vais vomir ....

La seule garantie qu’offre ce dispositif c’est que la dette coute encore plus cher au contribuable et rapporte encore plus aux banques. Bref c’est de la subvention déguisée pour les banques .... Je retourne vomir ....

On est sauvés !


Élections piège à cons - bombix - 2 mars 2012 à 08:45

D’abord le texte de Rousseau ne justifiait pas l’abstention, mais mettait en question la démocratie représentative. A ça j’avais répondu précisément. Et mon édito était intitulé République ou monarchie élective ? Entre la démocratie représentative et la monarchie élective, il y a de nouveau un sacré saut.

D’autre part, ou ai-je dit que j’étais abstentionniste ? Je pourrais l’être, et je pourrais défendre l’option de l’abstentionnisme avec de solides raisons. Mais j’ai écrit :

C’est quand même curieux cette fixette sur la présidentielle, comme si quelque chose allait changer après cette élection.
Selon toute probabilité, on assistera au second tour à un duel Sarkozy-Hollande. Nous aurons le choix, comme d’habitude, entre un néo-libéralisme agressif à la Sarko et un néo-libéralisme bien tempéré à la Hollande. Bref, un changement dans le style, non dans le fond. Le plaisir de voir dégager Sarkozy pourrait inciter à voter Hollande au second tour ; mais la désagréable impression de participer à une mascarade démocratique, initiée avec les primaires, pourrait justifier d’aller à la pêche ce jour-là.
Pour le 1er tour, je cherche un vote utile. Le vote le plus utile que j’aie trouvé pour l’instant — mais si d’autres idées argumentées sont proposées, je les examinerai avec intérêt — c’est de voter pour un petit candidat afin de l’aider à se faire rembourser ses frais de campagne. Après tout, le seul intérêt qu’on peut trouver à ces élections est qu’elles constituent une tribune pour des voix qu’on étouffe systématiquement dans les médias. Alors les aider à s’y maintenir, pourquoi pas ?
Concernant Mélenchon, je ne focalise en rien mes critiques sur lui. Je constate simplement un certain nombre d’incohérences. Candidat anti-système dans le système. Candidat du peuple qui s’appuie sur une formation politique groupusculaire et taillée pour lui (qu’est devenu Marc Dolez, au fait ?). Candidat anti-socialiste qui appelera à voter socialiste au second tour. Candidat des communistes sans être communiste. Candidat de la "révolution par les urnes", contradictio in adjecto. etc. etc. Je dois ajouter que le style autoritaire et egocentrique du personnage m’irrite un peu. Les gourous ne sont pas de mon goût.
Mélenchon est un socialiste qui poursuit sa carrière de socialiste, c’est tout. On a quelques raisons de se méfier des « socialistes ». On a plus de raisons peut-être de se méfier des « socialistes » qui le sont encore par toutes leurs fibres et qui affirment qu’ils ne le sont plus.
Pour moi, au point où j’en suis de mon analyse, on ne s’en sortira pas avec les recettes de la gauche officielle qui aspire au pouvoir, "aux responsabilités" comme ils disent. Je n’attends donc rien de cette élection. L’essentiel se jouera ailleurs, s’il doit se jouer.

Ces quelques remarques pour remettre les pendules à l’heure. Mélenchon n’est pas encore au pouvoir, mais les bonnes vieilles techniques staliniennes de désinformation, de torsion des déclarations, de désignation de l’ennemi intérieur et d’excommunication pour que les fidèles communient dans la vérité sous l’oeil bienveillant du Guide bien aimé n’ont pas été oubliées.

Sur ce je me mets en vacances de l’Agitateur pour quelques temps, car l’atmosphère y est devenue irrespirable. Bernard a trouvé la lumière et la vérité, et ne supporte pas ceux qui errent encore dans les ténèbres. On va le laisser aller reprendre des Bastilles en carton pâte — son Iphone rempli d’applis super cool pour préparer la prochaine "assemblée citoyenne", avec la sono de la Cégét’ qui nous bassine "c’est dans la rue qu’ça s’passe" — en faisant remarquer qu’aucune grande manifestation nationale n’a été organisée à Paris par les mêmes pendant la bataille des retraites en 2010. Il s’agissait alors de calmer le jeu — et d’ailleurs Sarkozy a loué leur esprit de "responsabilité", c’est tout dire. Maintenant il s’agit de faire un bon score aux élections, c’est différent. La révolution, oui, mais "citoyenne" ! Pis si ça marche pas vraiment, bah, suffit de s’en remettre aux tractations des appareils pour notre salut. Au lendemain du premier tour, Mélenchon pourra dire "C’est le coeur serré que je vous demande d’arrêter le combat" "Il faut voter pour le candidat de gauche le mieux placé" et qui vient de ratifier le MES ! Et tout à coup le clivage libéralisme/antilibéralisme aura cédé sa place au clivage autrement plus clair droite/gauche qui permet aux sénateurs et aux députés de retrouver leurs sièges et de ne pas perdre leurs salaires.

Mais bon, la discussion est inutile alors arrêtons de discuter. "Une thèse n’est jamais détruite par les objections qui lui sont opposées : à la fois parce qu’il existe des rationalités et des logiques irréductibles les unes aux autres, et parce que fonctionnent des mécanismes psychologiques de défense des croyances auxquelles les individus sont émotionnellement attachés." Philippe Braud, Dictionnaire de la science politique.


Élections piège à cons - marie - 3 mars 2012 à  07:06

A quoi bon s’apitoyer, la démocratie est confisquée, Marine ne pourra peut-être pas se présenter, nous sommes bâillonnés.

Répondre à ce message #35468 | Répond au message #35454