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LEGISLATIVES AVEC LE P.C.F. (4ème PARTIE)

Yannick Bedin : "J’espère que nous allons sauver notre député communiste dans le Cher" (4ème partie)

dimanche 9 juin 2002 à 20:37, par Charles-Henry Sadien

Dans cette quatrième et dernière partie, Annie Frison et Yannick Bedin expliquent la différence entre Lutte Ouvrière et le Parti Communiste, n’excluent pas une entente avec la Ligue Communiste Révolutionnaire, se montrent assez indulgents à l’égard du Pôle Républicain et estiment que le Parti Communiste s’est "sacrifié pour sauver Jean-Claude Sandrier", député communiste sortant dans la seconde circonscription du Cher.

1ère partie : Le Parti Communiste fait son bilan

2ème partie : Les communistes veulent décomplexer la gauche

3ème partie : Annie Frison : "Nous n’avons pas assez réfléchi sur la montée de l’extrême droite"

4ème partie : Yannick Bedin : "J’espère que nous allons sauver notre député communiste dans le Cher"

Justement, quelles sont vos relation avec Lutte Ouvrière ?

Yannick Bedin : Je les connais bien. Le problème c’est qu’il s’agit d’un mouvement qui vit sur lui-même depuis sa création avec son fonctionnement extrêmement cloisonné. C’est une machine qui vit sur elle-même.

Annie Frison : C’est un mouvement qui me paraît intolérant car il n’y a qu’eux qui ont raison. Lorsque j’ai adhéré au Parti Communiste, c’était comme cela. Maintenant, on sait que l’on n’a pas raison sur tout. Dans la politique, il ne faut pas oublier les notions de tolérance, c’est-à-dire accepter de discuter, de travailler avec d’autres personnes pour aller vers un idéal, trouver une solution.

Yannick Bedin : J’ai un petit désaccord avec Annie là-dessus Je pense que faire de la politique, c’est nourrir un débat d’idées, d’apporter des raisonnements. La fonction politique n’est pas de renvoyer les gens à leur propre impuissance. La famille qui n’a qu’un RMI pour vivre, qui ne sait pas comment régler ses factures, il serait bien miraculeux si elle avait aussi le temps de penser la société. C’est malheureux de dire ça, mais j’ai fait beaucoup de porte-à-porte au Moulon notamment : on voit des familles accablées par des arrêtés d’expulsion de logement... Ne les renvoyons pas à leur propre impuissance et offrons-leur un cadre pour l’action - la force politique en est un - et voir comment ils peuvent l’améliorer par la politique.

Annie Frison : Oui, mais moi je pensais de construction pour ceux qui militent dans un parti. On sait très bien aujourd’hui, que ce n’est pas nous, communistes, qui allons faire seuls la révolution et qui allons imposer notre façon de voir les choses.

Yannick Bedin : On a abandonné l’idée de "parti guide" et c’est heureux. Par contre, un parti politique a un rôle d’avant-garde à jouer. Et ce rôle, aujourd’hui, qui est-ce qui l’assume ? Ce sont des associations comme ATTAC qui fournissent des outils d’analyse et de compréhension. Ce sont des mouvements issus de l’immigration, des mouvements pacifistes. Quelqu’un comme Bourdieu fournit les grilles d’analyse de notre société qui sont bien utiles pour un militant. Les partis politiques sont un peu absents de ces débats d’idées. La fonction de la politique, ce n’est pas de produire et reproduire des élus.

Annie Frison : Il y a une forme de modestie et de tolérance et d’écoute à avoir dans la politique.

Yannick Bedin : On ne peut pas dire à la sortie des usines : je n’ai pas la solution à votre problème. Pourquoi certains ne se reconnaissent plus en nous ? Ce n’est pas à cause de l’expérience des pays de l’Est, comme on a pu le dire. C’est qu’on en a rabattu sur des choses simples dont on sait qu’on a raison. L’ATTAC propose la taxation des mouvements de capitaux... Georges Marchais le disait en son temps ! C’était déjà inscrit dans le programme du Parti communiste dans les années 70. Aujourd’hui, c’est ATTAC qui met cela à l’ordre du jour, ce n’est plus le Parti Communiste. Je l’ai dit : il faut se décomplexer par rapport à ça. Il ne faut pas avoir honte d’être communiste.

Annie Frison : ah non !

Yannick Bedin : Le repoussoir, c’est Lutte Ouvrière car ils sont en plein dans le travers que l’on rejette, c’est-à-dire qu’ils refusent toute graduation du progrès social. Tout ce qui peut sembler aménager le capitalisme et que nous considérons comme des étapes, eux vont le rejeter. Ils sont dogmatiques.

Jean-Claude Sandrier a dit que Lutte Ouvrière avait un discours de gauche qui faisait gagner la droite.

Yannick Bedin : ça, je crois qu’ils vont le payer. Aux présidentielles, Laguiller n’a pas fait le score escompté, c’est une grosse déception pour ce parti. Il y a des militants de LO qui commencent à rejoindre la LCR comme à Arles où une quarantaine de militants ont claqué la porte car ils ne tolèrent plus ce discours d’intransigeance. Quand Arlette Laguiller dit que les partis de gauche se sont prostitués pour faire élire Chirac, c’est à la limite de la diffamation. C’est en tout cas insupportable. Si Besancenot à fait un bon score, c’est parce qu’une partie de l’électorat LO qui s’est reporté sur la LCR. Le "facteur", est beaucoup plus clair et plus constructif et plus facile d’approche. Mais LO existera toujours, ce n’est pas un parti qui s’est créé pour changer les choses mais pour exister toujours.

Annie Frison : Ils s’écoutent parler.

Yannick Bedin : Mais je persiste à dire qu’à la gauche du PS il y a un espace pour une force radicale dans laquelle prendrait place le Parti Communiste avec d’autres pour faire avancer les choses.

Et vos relations avec le Pôle Républicain ? Elles sont également difficiles ?

Yannick Bedin : Localement, non. Je siège avec Jean-François Babouin au Conseil Municipal. Ce sont des gens très sérieux. Il faudrait poser la question au Parti Socialiste avec qui les relations sont beaucoup plus conflictuelles.

Leur position sur les "sans papiers" a tout de même jeté le trouble...

Yannick Bedin : Je ne suis pas de ceux qui attribuent à Chevènement la responsabilité de la politique par rapport aux sans-papiers. Il n’était pas seul. C’est le gouvernement qui est responsable. Lionel Jospin pouvait très bien lui demander d’étendre sa circulaire. Chevènement a fait valoir son point de vu, c’est vrai. Mais c’est trop facile de dire "c’est Chevènement qui n’a pas voulu régulariser massivement". Le Parti Socialiste n’est pas très clair là-dessus. Nous avons mené des luttes à Bourges contre la double peine quand un jeune de Bourges-Nord était menacé d’expulsion, on s’est battu et on se bat encore pour les sans-papiers. On ne trouve pas le Parti Socialiste à nos côtés sur cette question. Le Pôle Républicain a une logique qu’il assume. Peut-être que d’autres partis ont la même logique et qu’ils l’assument moins. Ceci dit, je pense que Chevènement avec son Pôle Républicain va dans le mûr. C’est une bonne idée réhabiliter la République, la nation dans sa conception démocratique originelle - et non pas ethnique. Mais, au nom de cela, s’allier avec des nationalistes patentés, des personnes plus que douteuses et tisser des ponts avec une partie de la droite sur ces questions là, c’est faire fausse route. Il y a une idée de la nation de gauche et une idée de la nation de droite. Lorsqu’en 1936 le Parti Communiste réhabilite le drapeau tricolore aux côtés du drapeau rouge, c’est une façon de dire que la nation est un outil démocratique que le peuple doit s’approprier pour décider. La droite n’a pas cette notion là.

Annie Frison : La droite est avec le patronnât. Et le patronnât, lui, n’a pas de nation. A la limite, il préfère Hitler si ça lui donne plus de profits. Ce qui me gène dans ce Pôle Républicain, c’est qu’il regroupe des gens déçus, aigris, parce qu’ils ne se sont pas reconnus dans le Parti Socialiste.

Yannick Bedin : Je ne suis pas, a priori pour exclure le Pôle Républicain. Il y dans ce parti des gens de gauche sincères qui ont du mal à digérer la dilution du Mouvement des Citoyens dans le Pôle Républicain. Il va falloir à un moment donné qu’ils fassent un choix.

Vous gardez bon espoir au niveau départemental pour les législatives ?

Annie Frison : On a essayé de faire ce que l’on a pu. Nous avons travaillé avec Jean-Claude Sandrier dans sa façon de réfléchir. Il avait peut-être du mal à apprécier son bilan. Il a beaucoup travaillé, il a aidé à la prise de mesures positives pour le département. Mais en même temps, il en était peut-être un peu trop satisfait. On l’a aidé à réfléchir, à lui montrer que tout n’allait pas complètement. On a essayé de travailler de la même façon avec le Parti Socialiste mais plus difficilement.

Yannick Bedin : J’espère que l’on va sauver notre député communiste. Dans la Région Centre, c’est nous qui avons fait les concessions les plus fortes alors que sur les six départements de la Région, c’est dans le Cher que le Parti Communiste est le plus fort. Maxime Camuzat dans la première circonscription avait fait plus de 18% en 1997, Rémy Perrot avait fait près de 15%. Notre poids est important, mais nous acceptons de disparaître pour ces élections. Ce n’est pas évident. Les électeurs communistes sont très déroutés. C’est un sacrifice. Je le dis : on s’est sacrifié pour sauver notre député communiste. Si notre député n’était pas sauvé, cela remettrait beaucoup de choses en question. Mais je garde bon espoir.

Jean-Claude Sandrier est-il un bon candidat après son échec aux municipales ?

Yannick Bedin : Entre Thomas-Richard et Jean-Claude Sandrier dans la deuxième circonscription, il n’y a tout de même pas photo ! En terme de sérieux, en terme de travail... On peut reprocher des choses à Jean-Claude Sandrier. Il y a des gens qui disent qu’il manque de charisme. Mais ce n’est pas quelqu’un qui fait des effets d’annonce. Il bosse, fait avancer et obtient des choses pour le département. Franck Thomas-Richard, lui, amuse la galerie. C’est le prototype du politicien professionnel. C’est ce que rejettent les gens. S’il était élu, il faudrait se poser des questions sur l’état d’esprit des citoyens. Thomas-Richard, c’est ce que j’appelle "la démocratie de la tape dans le dos". Comme Yves Fromion.

Quels sont les échos sur cette campagne ?

Yannick Bedin : Les échos que l’on a de la campagne - je le voit avec Roger Ledoux parce que je l’ai aidé un peu - c’est que l’on ne sens pas un grand changement par rapport aux présidentielles. C’est un peu le même type de campagne. Il y a des gens qui nous encouragent. Mais il y a aussi la masse de gens qui ne disent rien, comme pendant la présidentielle. Ils sont polis avec nous, mais ils ne disent rien. Ce n’est pas très bon signe. Aux présidentielles, il y avait du monde dans les meetings mais il y avait déjà cette impression que beaucoup de gens ne parlaient pas. Cela s’est traduit dans les votes. La majorité silencieuse s’est exprimée dans l’isoloir : elle à beau trouver les communistes, les socialistes et les candidats de droite sympathique ; il y a un vote sanction. J’espère que l’on va gagner, mais rien n’est joué, c’est une évidence. Je ressens aussi que le 21 avril, c’est très loin dans l’esprit des gens.

Il y a eu tout de même les déclarations malencontreuses de Serge Lepeltier qui ont réveillé la conscience collective...

Yannick Bedin : Oui, merci M. Lepeltier... enfin, monsieur le maire puisque je me suis fait reprendre par lui au Conseil Municipal : il veut que je l’appelle "Monsieur le Maire"... Il y a tout de même une partie de l’électorat qui a déjà oublié le choc.

Annie Frison : Il y a aussi malgré l’union, beaucoup de candidatures. Ça ne va pas être facile. Les gens sont perdus. Ils réclamaient l’union et maintenant ils ont du mal à s’y retrouver.

Yannick Bedin : Sur le bulletin de vote Roger Ledoux, il y a marqué "candidat des Verts". Même si sur les affiches il est clairement indiqué qu’il s’agit du candidat de l’union. J’ai déjà rencontré des électeurs qui ne comprennent pas. Il faut dire que les bulletins ont été imprimés avant la décision de présenter des candidats d’union.