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Aurélien Sallé (2ème partie) : "je veux créer une élite européenne de la sécurité informatique"

mardi 15 octobre 2002 à 17:40, par Charles-Henry Sadien, Mister K

Dans cette seconde partie, Aurélien Sallé, maire-adjoint aux Nouvelles Technologies de l’information et de la Communication met l’accent sur l’un des plus gros chantiers de la ville : l’aménagement du site de Lahitolle. Sur fond de lutte contre l’Université d’Orléans qui voit d’un très mauvais oeil les rêves d’émancipation du Pôle Universitaire de Bourges.

Aurélien Sallé (2ème partie) : "je veux créer une élite européenne de la (...)Quel bilan faites-vous de votre mandat jusqu’à présent ?
Malheureusement, je ne peux pas raisonner en terme de bilan maintenant. Ça fait à peine un an et demi que je suis là. Pour le moment, il n’y a rien de palpable. Il y a les Espaces Publics Numériques qui vont être mis en place, la reconnaissance de Bourges comme "ville internet"... J’essaye au niveau national de faire connaître cette ville, de la défendre, d’aider au développement de l’école de l’internet dont on a repris en main le dossier de façon très sérieuse et volontaire, avec Alain Tanton notamment... On va tout faire pour que cette filière de l’ENSI se développe. Je me bat beaucoup, y compris contre mes amis politiques, pour faire du site de Lahitolle, une vraie vallée des savoirs, bref, un vrai campus. On va faire venir une pépinière d’entreprises, les ingénieurs qui seront formés pourront travailler dans ces entreprises. Il faut une synergie.

Le pôle universitaire de Bourges est en pleine régression, un vrai campus, c’est ce qui manque ici...
C’est clair. Mais c’est dur parce que l’on se bat contre les élus qui se disent à propos de Lahitolle "on a un site merveilleux de disponible donc on va le bourrer de trucs, avec tout et n’importe quoi, on s’en fout c’est pas grave". Ils n’ont aucune vision de l’avenir. On se bat aussi contre l’université d’Orléans qui nous dit que notre site universitaire c’est l’IUT, donc tout le pognon va à l’IUT et pas à l’ENSI. Je ne dis pas ça évidemment en réaction contre l’IUT. Mais il y a avec l’ENSI une opportunité énorme de faire un campus fermé, avec des bâtiments qui sont magnifiques, un lieu de vie, des espaces verts... Il y a quelque chose à faire de top !

Il y a une résistance de l’université d’Orléans contre le développement du pôle universitaire de Bourges ?
Complètement ! Ils ne maîtrisent pas le truc ! Avec l’association @delice, nous en parlions encore lors du conseil d’administration. L’association s’est prise en mains, elle a payé des profs, elle a fait toute une série de masters l’année dernière qu’elle a financé elle-même ! Comme l’université d’Orléans ne maîtrise pas cela, elle n’aime pas ! Ils sont souvent tout puissants, ils mettent des bâtons dans les roues... mais ça va peut-être changer hein ! Du coup, on tape directement dans les ministères ! Parce qu’il faut faire avancer ce dossier. Je ne dis pas ça pour dramatiser, mais c’est vraiment l’avenir de Bourges qui est en jeu.

Vous pensez réellement que l’internet peut faire revivre la ville de Bourges sinistrée par la crise de l’armement ?
Le but est d’éviter le gros problème de la ville qui est d’avoir longtemps fonctionné en mono-industrie. L’internet, ça ne restera qu’une technologie. Mais ce qu’on en fait peut permettre de toucher tous les secteurs, c’est ce qui est intéressant. Je n’ai pas envie de spécialiser la ville de Bourges dans le traitement des appels téléphoniques avec infomobile par exemple. Dans mon rêve - heureusement qu’il est permis de rêver en politique, sinon on n’avancerait pas ! - c’est d’avoir sur le site de Lahitolle, l’ENSI, l’école de l’internet - qui sera peut-être dans la salle des armes ou dans un bâtiment construit ex nihilo - l’IUFM, une maison des langues mise en place avec l’IMEP pour parfaire la formation des futurs ingénieurs, un gymnase, un terrain de foot ou de rugby, un parc, des entreprises et des sièges d’entreprises de formation... la pépinière d’entreprises du Conseil Général, des incubateurs, des résidences, des maisons individuelles... C’est un truc énorme ! Il faut qu’on rachète tout à la défense, bien entendu. Il y aurait alors un vrai intérêt pour les étudiants à venir à Bourges, mais aussi pour les entreprises qui auraient à portée de la main de l’intelligence dans un cadre agréable. On est sur le secteur de la sécurité et de la défense : c’est un credo qui, quoiqu’il arrive, marchera sur le marché boursier. La sécurité du réseau, ça ne concerne pas uniquement l’internet. Il y a le domaine des cartes bancaires, par exemple. J’en parlais avec le directeur de l’ENSI : c’est un vecteur d’emplois très qualifiés, pour des postes très importants au ministère de la défense, sur des sites pétroliers, industriels... Le but, c’est de créer une élite de la sécurité informatique en France voire en Europe. Il n’y a aucune raison que l’on n’y parvienne pas ! D’autant plus que l’on est beaucoup dans le même bateau à ramer dans le même sens ! C’est suffisamment rare pour dire que c’est un vecteur de succès ! Si on ne peut faire qu’une seule chose sur le mandat et que c’est ça, moi, je dis bravo ! Les effets ne se feront pas sentir sur ce mandat. Mais dans dix ou quinze ans, si la ville de Bourges est reconnue, on aura gagné ! Il y aura de nouveau un tissu industriel et économique novateur vecteur de jeunesse et de richesses. Après, c’est toute la ville qui se développe : les commerçants, les restaurants... La ville s’est endormie pendant longtemps. Elle a été redessinée, refondée depuis sept ou huit ans, maintenant, elle demande à exploser au niveau économique ! Il faut arrêter de ronronner, il faut y aller à fond ! La baisse démographique que l’on constate à Bourges est logique : l’activité attire l’activité. Et encore ! Dans le sud de la région, on est quand même les plus dynamiques !

Par rapport à une ville comme Orléans qui est plus imposante en terme de nombre d’habitants, on n’a pas l’impression que Bourges joue dans une division inférieure, c’est plutôt bon signe ?
Orléans, c’est un grand mystère. On y trouve un nombre de sièges de sociétés assez impressionnant. C’est une ville riche, à une heure de Paris. Par contre, la ville en elle-même... C’est mort ! Ça s’explique par les erreurs qui ont été faites là-bas de délocaliser les étudiants sur le site de La Source. Il n’y a pas de vie étudiante très développée parce que les étudiants sont dans des Cités-U parqués comme des lapins. Ça, c’est des conneries de gestion de ville qui se payent cher sur le long terme.
Il faut que l’on arrive à grossir le nombre d’étudiants à Bourges et à l’intégrer de plus en plus dans la ville. Si on a 500 étudiants à l’ENSI, ça va commencer à faire du bruit. C’est un capital d’intelligence qu’il y a là. Ils sont très dynamiques. Pierre Marchais m’expliquait que plus de cinquante pour cent d’entre-eux étaient licenciés FNSU (Fédération Nationale du Sport Universitaire). Il y a un campus à l’américaine à faire là-bas !
Quand je vois que l’on veut nous coller un orphelinat à l’intérieur du site de l’ENSI !! Je n’ai rien contre les orphelins, mais je ne vois pas ce que ça fout là !! J’en reparlerais, je l’espère au prochain conseil municipal. Je me bat en interne, à l’heure actuelle, contre ça. J’espère que j’aurais le dernier mot là-dessus ! Si on commence à remplir le site de Lahitolle par tout et n’importe quoi, on va droit dans le mûr ! Si j’échoue là-dessus, j’en serais très affecté. Je suis persuadé à 100% que c’est l’avenir de Bourges et que ça ne passe pas par autre chose.

1ère partie : "l’internet n’est pas un gadget !"

2ème partie : vers une élite européenne de la sécurité internet...

3ème partie : action publique contre la crise de l’internet