Quelle succession pour le FC. Bourges ?
La place du football de haut niveau laissée vacante par la faillite du F.C. Bourges 18 aura eu un seul petit mérite : celui de redonner quelques ambitions aux clubs de la ville la plus peuplée du Cher mais pas forcément la plus dynamique sportivement. Cependant, tous ne partent pas sur le même pied d’égalité en raison de l’attitude politicienne et clientéliste de la mairie de Bourges... Petit tour d’horizon des forces en présence...
Bourges Football. Il s’agit du club para-municipal de la ville, issu des cendres encore fumantes du FC. Bourges 18. Déjà, le Bourges Football fait figure d’enfant trop gâté de la municipalité. Bien que le club ne soit pas le mieux placé dans la hiérarchie du football local - en Division d’Honneur Régionale seulement ! - c’est celui qui percevra le plus de subventions municipales. C’est le club désigné tout à fait arbitrairement (et donc pas sur le mérite ou la réussite sportive) par le maire de Bourges, Serge Lepeltier, pour devenir « la vitrine » du football local, départemental puis... soyons fous, régional (prévisions à l’horizon 2350 après Jésus Christ). Le Bourges Football a été monté de toutes pièces par la mairie de Bourges à grand renfort d’argent public généreusement jeté par les fenêtres. A la tête du club, on ne trouve que des amis et sympathisants de l’UMP (couleur politique locale) dont la plupart ne se sont jamais investis dans le football berruyer et y sont donc totalement étrangers. Pourtant, ce « copinage » un peu ragoûtant n’est pas forcément un gage de réussite. Il faut rappeler en effet que le défunt Football Club de Bourges 18 fonctionnait exactement de la même façon. Et que ce sont justement des amis et connaissances personnelles du maire de Bourges qui ont conduit le club à la faillite sans que le contribuable berruyer ne sache ce qui s’est vraiment passé puisqu’une sorte de loi du silence semble avoir été décrétée. En l’absence scandaleuse d’une quelconque procédure judiciaire, il semble bien que l’on ne saura jamais en effet où est passé l’argent public donné aveuglément aux amis du maire. Ceux-ci paraissent en effet bénéficier d’une très suspecte amnistie municipale et d’une étrange impunité. Le véritable atout du Bourges Football réside surtout dans le fait qu’il a récupéré automatiquement l’essentiel de l’équipe d’éducateurs et d’entraîneurs du FC. Bourges ainsi que de très nombreux joueurs parmi lesquels les jeunes qui ont effectué un parcours magnifique en Coupe Gambardella. Au regard de ses moyens de nanti à ce niveau, le Bourges Football devrait (doit) monter en Division d’Honneur l’année prochaine. Mais la partie la plus importante se déroulera certainement en coulisses. Les dirigeants sont-il capable de trouver des sponsors et de construire rapidement un club capable d’évoluer au minimum en championnat National à un niveau semi-professionnel ? A ce jour, le bilan des dirigeants est inexistant puisque ceux-ci n’ont pas levé de fonds privés importants ni trouvé de richissimes mécènes ou de gros investisseurs comme on en trouve à Tours. Ils ont tout à prouver et s’ils ne doivent pas être perçus avec défiance, ils ne doivent pas non plus bénéficier de plus de complaisances qu’ils n’en ont déjà de la part de la municipalité.
Asnières-les-Bourges. Mine de rien, l’équipe d’Asnières-les-Bourges est devenue le premier club de la ville. Certes, le niveau Division d’Honneur est bien modeste pour une ville comme Bourges. Ce qui reflète bien la situation de déclins économique sans précédent de la ville de Bourges qui n’a pour seul club de haut niveau une équipe de basket féminin. Et ce n’est pas faire injure aux grandes filles de Bourges que de constater que le basket féminin n’a qu’un rayonnement local et ne fait pas partie des sports populaires en France. Malgré la politique quasiment inexistante de la ville de Bourges en matière de sport d’élite, la petite équipe de la banlieue de Bourges s’efforcera de faire pour le mieux. Avec des moyens biens modestes. Même si le club rouge et noir a obtenu le droit de disputer ses matchs au Stade Jacques Rimbault, après avoir tapé des pieds et des mains depuis deux saisons, il ne bénéficiera pas des mêmes largesses financières accordées au Bourges Football par la municipalité. Au regard des rencontres amicales disputées cet été, Asnières-les-Bourges ne semble pas en mesure de jouer les premiers rôles en championnat même si l’équipe compte quelques joueurs à la fois rapides et techniques. Certains trouveront cela dommage et injuste. Mais si Asnières-les-Bourges se retrouvait en position de monter en championnat de CFA2, cela contrarierait sérieusement les plans de la mairie de Bourges. On comprend donc que celle-ci, sans chercher à mettre de bâtons dans les roues (le club compte parmi ses dirigeants un influent porche du maire), choisisse de ne pas accorder à Asnières le même coup de pouce que celui donné au Bourges Football. Ce qui aurait pourtant été mérité au regard du travail de formation accompli par le club.
Bourges AC. Le BAC a failli lui aussi disparaître en raison du désengagement financier de son principal sponsor, MBDA. Les anciens dirigeants du FCB auraient tenté d’infiltrer le club et un gros investisseur orléanais, un moment pressenti pour « sauver » le FCB à grands coups de millions d’euros - afin de servir ses ambitions dans le domaine de l’immobilier - s’est une nouvelle fois retiré de manière pareillement pitoyable. Finalement, le BAC, un des plus important club du département si l’on compte le nombre de licenciés, va redémarrer, tant bien que mal, sans que l’on sache trop jusqu’à quand, dans quelles conditions et avec quelles ambitions. Petit rayon de soleil dans l’univers du football grisâtre de Bourges : Jean Gomez a débarqué au BAC. C’est lui qui a mené le FCB de la Division d’Honneur au niveau CFA. Il aurait même dû mener le club en National si les dirigeants n’avaient pas fait partir les meilleurs joueurs du club en cours de saison pour torpiller (certains affirment que c’est à la demande du maire de Bourges lui-même qui ne voulait pas mettre la main à la poche pour que le FCB retrouve un niveau professionnel) une réussite sportive qui semblait inébranlable. Jean Gomez qui a aussi fait des miracles à Saint-Christophe de Châteauroux, qui a révélé le talent de l’incroyable Gaston Diamé, semble être particulièrement doué pour obtenir des résultats avec des moyens dérisoires, spécialement lorsqu’il gère des équipes de jeunes. Et ça tombe bien car le Bourges AC a décidé de faire confiance à des minots. On espère, et on peut presque parier sur une belle saison du BAC... à condition qu’en coulisse, les dirigeants qui sont déjà parvenus à maintenir le club en vie miraculeusement, poursuivent leur travail aussi harassant qu’admirable.
Portugais de Bourges. C’est l’équipe en forme du moment. Lors de ses rencontres amicales, les Portugais de Bourges se sont montrés particulièrement impressionnants. L’équipe première ne comporte que des très bons joueurs. Le jeu collectif pratiqué est très spectaculaire et attrayant. Mais aussi très efficace. C’est un peu notre coup de coeur de l’été. Car Ménard, un ancien du FCB est loin d’être le seul atout des Portugais de Bourges. Fraîchement promus, ils sont néanmoins en mesure de jouer dans les toutes premières places en Promotion d’Honneur. Cela serait une juste récompense pour ce club sympathique qui a vraiment l’amour du beau jeu dans sa culture sportive.
Et si on parlait de fusion ? Nous pouvons en témoigner : dans les tribunes, le spectateur de base et le sportif amateur parle beaucoup de « fusion » comme unique solution à la crise du football à Bourges. Pourquoi pas ? N’oublions pas que le FC. Bourges est né de la fusion de deux clubs par la volonté du maire de l’époque de construire un club de haut niveau. Cela a bien fonctionné. Le FCB a en effet connu le professionnalisme et quelques belles heures de gloire avant que le maire UMP de Bourges n’arrive au pouvoir et n’en face qu’un jouet, une variable et un outil de mesquine vengeance politique (le FCB fut très soutenu par le Parti Communiste qui en fit dans les années 90 une véritable vitrine de la « réussite » du communisme « à la française », avec l’équipe du Red Star et du Havre). L’actuelle réussite du football à Vierzon est également le fruit de fusions. Au point d’attirer aujourd’hui les meilleurs joueurs de l’ex FCB. D’ailleurs, on ne voit pas le Bourges Football déjà fortement discrédité, parfois détesté et jalousé par le microcosme du football berruyer, représenter à lui seul le football local à un haut niveau. Pourquoi ne pas envisager en effet une fusion entre le Bourges Football, Asnières-les-Bourges et le Bourges AC avec la signature de conventions de partenariat avec les meilleurs clubs formateurs de Bourges et du département du Cher ? Ce serait la garantie de construire un club capable d’évoluer en National, voire mieux, en Ligue2 et en Ligue 1. Malheureusement, si il est énormément question de ce doux et utopique rêve en tribune, force est de constater que les dirigeants des clubs respectifs - qui ne s’apprécient pas spécialement - semblent davantage préoccupés par des ambitions personnelles et des problèmes d’ego assez minables que par la volonté de représenter Bourges au plus haut niveau, dans le sport le plus populaire et médiatique de France et du monde. Ces gens-là préfèrent être les champions de leur bac à sable en jouant - on ne le rappellera jamais assez - avec l’argent du contribuable. En sport comme en économie ou en politique, il y a à Bourges, entre le rêve et la réalité, un monde absurde façonné par une classe dirigeante locale qui n’est de toute évidence pas à la hauteur des aspirations des berruyers, et encore moins du prestige historique de la ville de Jacques Coeur...
Photo : l’équipe de Asnières-les-Bourges (ici au cours d’un match de préparation) est devenue le "fleuron" du football berruyer après la disparition du Football Club de Bourges 18.