"A notre échelle, nous allons inverser le sens de l’histoire"
Troisième et dernière partie restituant nos discussions avec les Verts de Bourges. La Gauche Unie se différencie-t-elle assez de son concurrent de droite ? A quoi et à qui sert la liste alter "A gauche Bourges" ? Elle-même affiche-t-elle un programme si différent de celui proposé par la gauche réformiste ?
– L’agitateur : Il est reproché aux deux programmes de gauche et de droite d’être très proches. C’est votre sentiment ?
Frédéric Terrier : J’entends beaucoup de citoyens se poser la question « Ché pas trop pour qui voter, gauche, droite, c’est pareil ». Non, ce n’est pas pareil du tout. Il y a peut-être des endroits où c’est pareil, là où la gauche est ramollie. Dans ce cas, il vaut mieux que l’ouverture de la droite capte cette gauche comme Maginiau a Bourges qui a été enfin attrapé par ses vraies valeurs. Quand tu es de gauche et que tu défends l’être humain, tout ce que tu mets en oeuvre doit aller dans ce sens. Vivre bien et vivre ensemble, c’est un vrai programme qui doit inspirer les déplacements, l’économie, tout. Je le vois à titre professionnel, à La Friche. L’argent qui est dépensé, c’est énorme – ce n’est pas grand chose à l’échelle globale mais à l’échelle humaine, c’est énorme : c’est de l’argent public. Si tu dépenses cet argent de telle ou telle façon, tu entraînes certains circuits financiers qui sont des choix politiques. Si tu achètes bio, tu défends une certaine économie, une agriculture plus humaine, plus raisonnable. La ville a une capacité énorme à ce niveau.
Joël Crotté : A propos du bio, si l’on arrive à la fin du mandat à fournir des repas bio dans les restaurants scolaires cela veut dire que l’on aura passé du temps à réfléchir sur les circuits courts à l’échelle de la région. De grands groupes financiers proposent du bio en terme de restauration. Mais c’est du bio qui vient du Maroc, de Pologne... En passant des marchés sur le mieux-disant social et le mieux-disant environnemental, il n’y aura pas de dépendances liées au cour de la bourse avec des augmentations de blé à 98% comme cette année par exemple. C’est là où une collectivité, à l’échelle de son territoire, peut faire évoluer les choses.
Frédéric Terrier : Je suis sûr que si tu interroges Serge Lepeltier sur les circuits courts, il te répondra comme avec les logiciels libres, lorsqu’il a dit, en résumé : « On est une collectivité, il faut qu’on paye à Bill Gates » ! C’est une politique de droite ça, de ne pas réfléchir. Si tu fais des circuits courts, tu changes toute l’économie locale. Faire du bio du jour au lendemain n’a pas de sens car il faut te fournir à l’autre bout du monde. Les Verts défendent aussi l’idée de ne pas sur-produire. C’est se poser la question de ce que l’on produit, de ce que l’on consomme. On va croitre jusqu’où ? Jusqu’à exploser ? C’est l’histoire de la grenouille et du boeuf. La ville et l’agglomération peuvent faire énormément de choses. Et puis on veut travailler avec d’autres villes, de droite ou de gauche, ce n’est pas la question. On peut travailler avec Châteauroux, Saint-Florent, Vierzon, Issoudun... sur les grands équipements par exemple, au lieu de gaspiller l’argent public.
– L’agitateur : Sur la liste « A gauche Bourges », il y a des Décroisseurs Berrichons. Pourquoi ils ne sont pas sur votre liste ?
Frédéric Terrier : Nous les avons rencontrés par l’intermédiaire du Président des Verts. Nous, on ne veut pas râler. On veut construire. C’est avec Irène que l’on part, pas avec le PS. Avec elle, il est possible de mettre en oeuvre un programme.
Joël Crotté : On veut construire effectivement un projet. Si l’on parle d’économie solidaire, on sait de quoi on parle. Nous avons une pratique et une expérience des réseaux solidaires. Par exemple, on est en train de mettre au point une société coopérative d’intérêt collectif : tout le monde est actionnaire mais l’intérêt c’est qu’une collectivité locale peut investir dans cette coopérative. En Bretagne il existe sous cette forme Enercop, un groupement d’agriculteurs qui s’occupent de l’énergie éolienne et solaire. On a un discours, on a une culture, et on a l’opportunité de mettre cela en place au sein d’une expérience collective de travail sur un territoire. La liste « A gauche Bourges » a des intentions, qui sont à 90% les mêmes que les nôtres...
Frédéric Terrier : On y a retrouvé beaucoup de notre programme...
Joëlle Chauveau : ... mais c’est notre programme !
Joël Crotté : Sauf que cette liste ne se donne pas les outils pour mettre en place ce programme.
Joëlle Chauveau : Pour résumer, c’est une liste « anti-socialiste ». Etre anti-socialiste pour être anti-socialiste, ça n’a ni queue ni tête. Nous sommes allés voir Irène avec des propositions. Elles ont été acceptées. Si cela n’avait pas été le cas, nous n’aurions pas rejoint cette liste.
Frédéric Terrier : Irène, ce n’est pas Strauss-Kahn. On se présente aux municipales. Si l’on veut changer la société Française voire Européenne, ce n’est pas aux municipales qu’on le fait. C’est aux législatives, c’est aux présidentielles. On ne s’associerait pas à Dominique Strauss-Kahn aux présidentielles. Le combat des municipales, ce n’est pas le même combat.
Joëlle Crotté : Elle a voté non au Traité Constitutionnel... On est aussi avec elle pour des raisons politiques. Il ne faut pas se tromper d’adversaire. Notre adversaire, c’est l’UMP et on voit le désastre qu’elle est en train de faire. Depuis 1995, c’est la déliquescence de la société française.
Frédéric Terrier : La personne est importante aussi. On a confiance en elle.
Joël Crotté : Si on dit « remunicipaliser tout ? D’accord ! » Mais s’il faut faire un chèque de 500.000 euros pour casser le contrat...
Joëlle Chauveau : Il n’ont pas réfléchi à la question. Nous aussi on est des anti-capitalistes !
Frédéric Terrier : ... Mais on le dit différemment. On ne dit pas « salauds de bourgeois ! » on dit « un autre monde est possible » ou « d’autres mondes sont possibles ». On ne peut pas faire table rase. Et on ne peut pas dire « les socialos c’est tous des sociaux-traitres, des pourris et puis les cocos aussi... » Avec la liste de la Gauche Unie, tout le monde est autour d’une table. Il n’y a pas de cartes de couleurs. Il s’agit de déterminer comment faire en sorte que cette ville aille mieux, avec toutes nos idées, toute notre richesse. Penser globalement, agir localement. C’est là que l’on va, à notre échelle, inverser le sens de l’histoire. Si l’on arrivait au plan national à faire ce que l’on est parvenu à faire au niveau local en réunissant tout le monde, du centre-gauche à l’extrême gauche...
Joëlle Chauveau : Présenter Lutte Ouvrière avec le couteau entre les dents, c’est terminé ! C’est Serge Lepeltier le ringard, c’est pas Colette Cordat ! On n’est plus au 19è siècle !
Frédéric Terrier : Je crois que c’est une histoire d’amour ratée parce qu’il est très frustré qu’elle ne lui dise pas bonjour ! (rires) Si à l’échelle nationale il était possible de créer cette union et cette dynamique on ouvrirait une décennie assez constructive en France.
Joëlle Chauveau : Cette liste est porteuse d’espoir parce que l’on est vraiment dans la désespérance avec la politique actuelle du sarkozysme. On le voit bien lorsque l’on fait du porte à porte : les gens sont désespérés.
Frédéric Terrier : Le travail avec la gauche unie est enthousiasmant. On travaille tous ensemble. Les gens qui sont sur cette liste ne sont pas parachutés. Pour avoir travaillé avec la ville, je sais comment Serge Lepeltier travaille. Il travaille tout seul. Quand il était ministre de l’environnement, il n’était plus maire et c’est Roland Chamiot qui l’a remplacé alors que cela aurait dû être le premier adjoint, Alain Tanton. Quel mépris de la démocratie ! Je me rappelle que pour la moindre décision, c’était un fax (ils n’utilisaient même pas internet !) qui était envoyé au ministère et le ministère devait valider. Roland Chamiot n’était qu’un simple Conseiller Municipal. C’est un mépris de la démocratie, je trouve cela monstrueux. Et il gouverne tout seul. Cela ne pourra pas se passer avec Irène parce qu’il y a un climat de confiance collective.