Les jours s’en vont je demeure ... socialiste !
Prochaines élections cantonales : Yann Galut brigue un mandat de Conseiller Général sur le canton de Bourges 3. Celui qui fut l’un des plus jeunes députés de France a mûri. Moins dogmatique, plus dialectique, il met à nouveau sa pensée et son action au service de ses concitoyens, mais aussi à l’épreuve des réalités de notre monde, décidément complexe.
Le démon de la politique
Nous nous sommes donné rendez-vous dans un petit café près du centre commercial du Val d’Auron. Yann Galut a le verbe facile et s’exprime avec une grande aisance. Volubile, plein de rondeurs, parfois presque précieux, il écoute avec attention son interlocuteur et le toise du coin de l’oeil pour tenter de deviner à qui il a affaire. Un ami, un ennemi, un indifférent ? La plupart du temps courtois et prudent, il n’hésite pourtant pas à attaquer soudain sur un point précis pour défendre une position qu’il sait solide et à partir de laquelle il pourra reprendre la main et garder la maîtrise de l’échange. Peu lui importent les circonvolutions de l’entretien, il maintient le cap vers l’essentiel, qui est sa conclusion. C’est elle qui retient toute son attention. Il a quelques messages forts et clairs à faire passer. Pas facile pour nous, qui cherchons à en savoir plus, de détraquer un peu cette machine bien rodée, et qui, on le devine, a déjà fait ses preuves. En bon avocat, l’homme veut persuader. En politique passionné, il rêve d’agir. Après les fulgurants succès d’une carrière démarrée en fanfare, et en dépit de revers électoraux, Yann Galut est toujours là. Le démon de la politique ne l’a pas quitté. Ces élections cantonales sont pour lui l’occasion de prendre un nouvel élan.
La situation sur Bourges 3
L’actualité de cette campagne des élections cantonales, c’est bien sûr le combat contre l’adversaire UMP ; c’est également la présence de listes divers gauche et la concurrence de la Gauche alternative. À cet égard, Yann Galut est très clair : « On a bien compris que beaucoup de ces candidats ont une véritable aversion contre le Parti Socialiste [...] ce n’est pas un hasard si on n’a aucun candidat Gauche alternative sur Bourges 1 et Bourges 2 et si on retrouve un candidat Gauche alternative sur Bourges 3. » L’ancien député veut convaincre l’électorat de gauche que le seul vote utile et efficace sera celui qui permettra de vaincre l’adversaire UMP. Il souligne les contradictions d’une organisation qui se dit à gauche, mais qui passe beaucoup plus de temps à critiquer le PS qu’à combattre l’UMP. Pour Yann Galut, l’alternative est claire : soit on laisse passer l’UMP avec les conséquences que l’on connaît pour le département, soit on vote pour le candidat du PS dès le 1er tour, parce qu’il est le mieux placé à gauche pour vaincre la droite.« Il y a toujours eu une gauche qui s’est revendiquée d’une inspiration révolutionnaire et qui n’a jamais souhaité accéder aux responsabilités... J’ai essayé de tendre la main à cette gauche-là, j’ai tenté de créer des ponts entre la gauche anti-libérale et la gauche institutionnelle ... mais là on constate, pour des raisons qui peuvent être légitimes de leur point de vue, qu’ils n’ont pas envie de travailler avec nous. »
Le manque de lisibilité du PS et de ses leaders est peut-être ce qui motive la gauche alternative et son électorat à ne plus avoir confiance dans ce parti. Comment peut-on comprendre qu’on puisse passer de la Gauche Socialiste, du camp du NON au T.C.E au soutien de Ségolène Royal, par exemple ? « Le Parti Socialiste est composite. Notre électorat se compose de gens qui pour une part nous demandent de faire alliance avec le MoDem, pour l’autre nous demande de nous positionner plus à gauche... C’est quoi le Parti Socialiste aujourd’hui ? Quelle est sa place dans la société, qu’est-ce qu’il dit aux français, qu’est-ce qu’il propose en terme de projet politique, en terme de projet de société ? Cette question n’a pas été tranchée et doit l’être » Interrogé sur son propre parcours (nous insistons !) Yann Galut ne se démonte pas : « Dès le congrès du Mans, j’ai senti le danger Sarkozy. Sarkozy est un ultra-libéral sur le modèle anglo-américain de Bush-Thatcher. J’ai été de ceux qui ont souligné la nécessité de faire taire nos divergences pour faire la synthèse, afin de résister à la lame de fond Sarkozy. J’ai fait cette démarche avec Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Henri Emmanuelli... Ségolène Royal dans son discours amenait une rénovation en terme de pratique et de projet politique qui m’intéressait. » Puis Yann Galut enchaîne sur une autre de ses évolutions : « J’ai abandonné cette rigueur idéologique, qui à l’époque où j’étais jeune député du Cher, m’a peut-être fait passer pour un ayatollah de l’idéologie socialiste pure et dure... Les choses en politique sont beaucoup plus compliquées que le schéma idéologique qui m’habitait à l’époque. Je n’ai plus, comme je le pensais il y a 10 ans, la vérité acquise. » Pour expliquer cette évolution, il évoque naturellement le travail du temps, sa fréquentation d’Alain Rafesthain, le vieux sage, mais aussi son expérience de parlementaire très engagé auprès du mouvement Attac, et les relations qu’il a pu nouer à l’international. Tout en restant fidèle aux fondamentaux de la pensée de gauche, Yann affirme qu’on peut agir, et d’abord par exemple au niveau des institutions locales, ville ou département.
Être à gauche, ce n’est pas renoncer aux responsabilités, c’est y prendre sa part, et donc naturellement, accepter le jeu des alliances avec les composantes de cette gauche française diverse et bigarrée. Il plaide au fond pour une voie oblique qui n’est ni celle des « belles âmes » qui refusent de se salir les mains et stagnent dans l’incantation anti-capitaliste, ni celle des tenants de l’ouverture à droite, envers qui il a des propos très durs :« La gauche moderne n’a de moderne que le nom. C’est plutôt la gauche qui aime la bonne soupe. »
Le problème de l’ouverture
Qu’en est-il justement de cette fameuse ouverture, et du discrédit durable jeté sur le Parti Socialiste, depuis qu’une partie non négligeable de ses cadres est passée chez l’adversaire ? Nous ne sommes pas convaincus par l’argument développé par Yann selon lequel Sarkozy n’invente rien, mais réactualise une posture politique dont François Mitterrand lui-même fut l’instigateur, en accueillant dans un gouvernement dont il avait nommé le Premier Ministre des centristes comme Jean-Pierre Soisson ou Olivier Stirn. Quoi qu’il en soit, Yann Galut concède « Comment peut-on imaginer que des gens comme Bernard Kouchner, comme Jean-Marie Bockel avec qui j’ai siégé à l’Assemblée Nationale, ou comme Eric Besson acceptent la politique menée par ce gouvernement, politique de régression sociale du côté des affaires intérieures, politique internationale de concessions scandaleuses à Khadafi ou à Poutine ... Comment peuvent-ils continuer à se regarder dans une glace ? »
« Localement, Eric Maginiau nous parle d’un contrat de confiance. Moi, j’attends de voir le contrat. » Yann Galut refuse d’opposer une « vraie gauche » à une « autre gauche ». Il s’estime le candidat de La gauche unie, qui rassemble le PS, le PC, le MRC et les Verts, et est soutenue par Lutte Ouvrière.
Les préoccupations de la population
Bourges est « une belle endormie ». Où est le bilan de Serge Lepeltier ? Dans son contact avec la population, Yann Galut retient la thématique d’une absence de concertation et de sollicitation citoyennes. Et puis, bien sûr, revient la préoccupation actuelle numéro 1 des français, la baisse du pouvoir d’achat.« Un retraité m’a expliqué qu’il gagnait 1100 euros par mois, qu’il avait un loyer de 460 euros et qu’il n’y arrivait plus parce que tout augmente : les impôts, l’énergie, la nourriture, les produits de consommation courante. » Beaucoup de gens ont cru dans les promesses de l’UMP. Beaucoup se sentent donc trahis par le gouvernement.
Ses objectifs
Yann Galut assigne a sa candidature plusieurs objectifs.
Un objectif local. Bourges 3 est en forte expansion démographique. Mille deux cents nouveaux logements sont prévus à la construction. Les élus locaux UMP — député, maire ou le conseiller général — ne font mention nulle part de cette mutation, ni pour la penser, ni pour l’accompagner en terme de développement d’infrastructures. Il faut revoir le problème des transports, des services publics, prévoir l’accueil et la scolarisation des enfants et l’ouverture éventuelle d’un nouveau collège, ouvrir le dossier de la question médicale et mettre un terme au scandale de l’évaporation des médecins vers la zone franche, que Serge Lepeltier fait semblant de regretter alors qu’il en est totalement responsable. « Au niveau de ce canton qui est le plus grand du Cher, je me battrai pour accompagner cette mutation - par exemple en proposant l’ouverture d’une Maison Médicale au Val d’Auron, en proposant la construction d’un troisième collège qui pourrait aussi recevoir les élèves de Trouy également en expansion ... ce sont des choses concrètes. Mon adversaire n’a absolument pas réfléchi ces questions, et se contente de recopier mes propositions, de la même façon que d’autres candidats de l’UMP, qui se présentent contre Irène Félix ou contre Yannick Bedin se contentent de faire des copier-coller des propositions de La gauche unie, après qu’elles aient paru dans la presse. » Dans les cartons de Yann Galut figure également l’idée de transformer l’ancien site de l’hôpital militaire Baudens en éco-quartier.
Le second objectif, local aussi, consiste à assurer le maintien d’Alain Raffesthain à la tête du département. Son challenger de droite, Rémy Pointereau, est un sénateur UMP assumé. Il a été le soutien principal à Nicolas Sarkozy dans le département. Il partage avec l’actuel Président de la République le projet ultra-libéral de « mettre la société française à l’heure américaine ». Pointereau attaque aujourd’hui la majorité du Conseil Général du Cher, mais il a été dans l’incapacité de sauver le Tribunal d’instance, ou le Conseil des prudhommes de Vierzon.
Le troisième objectif est national. Yann Galut veut être le porte-parole de la gauche et son mandat lui permettra de combattre la politique nationale de Sarkozy.
Pourquoi Yann Galut n’est-il pas en place éligible sur la liste d’Irène Félix ?
La désinformation va bon train du côté de la droite et les spéculations fleurissent ici et là pour commenter la place de Yann Galut sur la liste d’Irène Félix, en position non éligible. Yann s’explique : d’une part, son cabinet d’avocat exige beaucoup de lui, il n’est pas politicien de métier ; d’autre part il veut être disponible pour exercer à plein son mandat de Conseiller Général. Il dément également des rumeurs selon lesquelles il aurait négocié son retrait dans la course aux municipales de Bourges, contre la promesse de succéder au Président Raffesthain. Réponse catégorique de l’intéressé : Alain Raffesthain est la seule personnalité légitime qui peut prétendre à la présidence du Conseil Général du Cher, eu égard à ses dimensions et au travail qu’il a accompli pour le département.
Pourquoi le PS du Cher ne lave-t-il pas son linge sale en famille ?
Interrogé sur la visibilité publique des conflits de leadership au sein du PS local, Yann Galut s’étonne des intentions qu’on lui prête. « On a voulu m’opposer en permanence à Irène. Je mets quiconque au défi de trouver sur mon blog, ou sur le blog d’Irène, dans mes déclarations publiques ou dans mes déclarations à l’interne des propos critiques à l’encontre d’Irène Félix, ou qui la remettent en cause. » Les approches de la candidate à la mairie de Bourges et les siennes sont, dit-il « complémentaires ». Il reconnait quand même qu’un conflit l’a opposé à Irène Félix, avant 1997, pour la candidature aux législatives dans la troisième circonscription.
Comme l’espérance est violente
« Si j’écoute les retours que j’ai, en porte à porte, je suis relativement confiant. C’est un canton que je connais, j’ai des propositions concrètes, je suis candidat de La gauche unie. J’ai l’impression d’être dans une campagne beaucoup plus favorable qu’aux législatives. Aux législatives, j’ai fait 52 % sur ce canton. Jusqu’au bout je me battrai. Avec mon équipe, avec Nicole Desgranges, ma suppléante. Dans une élection, rien n’est jamais acquis. »