Synthèse et conclusions

lundi 9 juin 2008 à 06:32, par Mercure Galant

Bourges, festival, musique... Ces trois mots évoquent bien souvent le fameux Printemps, si controversé dans les colonnes mêmes de l’Agitateur... cependant c’est d’un autre sujet dont il sera question ici. À l’heure où j’écris ces lignes, s’achève dans l’indifférence quasi générale, la trente-huitième édition de Synthèse, le festival international des musiques et créations électroniques... Et alors, me direz-vous ?

Communication insuffisante ?

Synthèse et conclusions

Initié par Christian Clozier et Françoise Barrière, qui fondèrent également le Groupe de Musique Expérimentale de Bourges (GMEB) [1] dès 1970, on ne peut pas dire que ce - déjà bien vieux - festival soit fortement médiatisé ... À part quelques articles parus dans la presse régionale [2], il y eut, cette année encore, peu d’écho au sein même de la ville, malgré le nombre de concerts, de performances et d’expositions proposés sur plus d’une semaine... Oh, pardon ! J’oubliais cette brève lue sur Bourges info : « Commencé de manière de plus en plus discrète, c’est le festival Synthèse, il va durer jusqu’au 8 juin prochain. C’est un festival de musique expérimentale, de type électronique, qui a ses adeptes de par le monde, mais n’a jamais trouvé son public à Bourges. A la sortie d’un concert, les langues des spectateurs se délient et chacun se parle en anglais, en espagnol ou en japonais. Musique universelle mais difficile dans laquelle le Berrichon depuis 30 ans ne s’est jamais retrouvé. »Bref, avec une telle couverture, pas vraiment de quoi susciter la curiosité des foules...

Un public d’initiés

Il faut bien avouer que le public se limite essentiellement aux compositeurs eux-mêmes, entourés plus épisodiquement, d’étudiants ou de quelques inconditionnels de la première heure... Pourquoi cette manifestation dédiée à la recherche expérimentale en matière musicale rencontre t’elle autant d’indifférence ? Les premières éditions du festival semblaient pourtant avoir permis une diffusion plus large des oeuvres présentées en exploitant des lieux ouverts comme le jardin des Prés Fichaux. Personnellement, je me souviens aussi de concerts ayant rempli la cour du Palais Jacques Coeur, il y a quelques années de cela. Cette musique, jugée a priori d’accès difficile, est-elle dorénavant condamnée à végéter dans sa tour d’ivoire, considérée comme réservée à une « poignée d’illuminés » ? Lorsque l’on tente de chercher d’autres causes à ce phénomène, certains évoquent la personnalité du Directeur du festival, et ses relations difficiles avec la presse... D’autres parlent plutôt du désintérêt de l’équipe municipale qui a progressivement restreint ses soutiens à ce qui est devenu l’Institut de Musique Expérimentale de Bourges (IMEB) en 1994 [3]

Festival et Culture en sursis ?

Quoi qu’il en soit, malgré les difficultés, Synthèse existe toujours et propose encore des concerts de grande qualité qui font se déplacer des compositeurs du monde entier. Si sa réputation n’est plus à faire à l’extérieur, il reste pourtant à trouver comment concilier ce succès d’estime et l’apparent désintérêt du grand public. Plus largement, c’est le rôle accordé par les pouvoirs publics ou les collectivités territoriales aux actions culturelles qui doit poser question. Pour certains de ceux qui interviennent sur les forums de l’Agitateur ces derniers temps, la conclusion qui s’imposerait serait probablement la suivante : "Avant tout, privilégions la culture...du résultat : un festival comme Synthèse, n’ayant que peu d’impact sur la population locale doit aboutir immanquablement à une diminution de ses subventions." [4] Mais l’action culturelle peut-elle ou doit-elle être gérée ainsi ? le Printemps de Daniel Colling, évoqué au début de cet article, doit-il être un modèle à suivre ? Si l’on poursuit d’ailleurs cette logique jusqu’au bout, devient-il nécessaire (rentable) de subventionner la Culture ? Finalement, le cas particulier du festival Synthèse nous amène rapidement à nous questionner sur la manière de concevoir la promotion et la diffusion de l’offre culturelle. Toutefois, ne cherchons pas de conclusions trop hâtives dans ce domaine. Ce débat mérite d’être nourri par d’autres réflexions et d’autres éclairages. Nous y reviendrons prochainement...

[1Pour en savoir un peu plus sur le GMEB

[2Le Berry Républicain semble s’être tout de même fendu d’un article quotidien. Quant à la Nouvelle République ou la chaîne de télévision France 3 Centre, j’avoue ignorer comment ils ont traité le sujet...

[3Site de l’IMEB...

[4Le texte en italique est bien évidemment ma transcription toute personnelle d’un discours tenu récemment par certains intervenants sur les forums de ce site.

commentaires
Synthèse et conclusions - Mister K - 9 juin 2008 à 08:24

Même si la musique dite "électroacoustique" peut paraître élitiste, elle est l’inspiratrice de nombreux groupes très populaires. Je ne suis pas spécialiste, mais des groupes comme Kraftwerk doivent sûrement pas mal de choses aux précurseurs de l’électroacoustique ainsi que vraisemblablement toute la scène électro française et européenne.
Il pourrait être intéressant de faire ce lien concrètement entre scène électro et l’électroacoustique à travers le festival Synthèse qui mériterait alors d’autant plus son nom. Nul doute que le succès populaire serait au rendez-vous...mais demanderait aussi certainement plus de moyens. Voilà, c’était une idée, une piste pour populariser un peu le festival synthèse et les activités de l’IMEB.


#13087
Synthèse et conclusions - Mercure Galant - 9 juin 2008 à  17:58

Même si la musique dite "électroacoustique" peut paraître élitiste, elle est l’inspiratrice de nombreux groupes très populaires.

Absolument d’accord avec ça. Beaucoup d’artistes, plus en vue que l’avant-garde de la musique expérimentale, tentèrent d’utiliser des effets découverts dans ce domaine pour l’appliquer à leurs propres compositions. Vous citez Kraftwerk , moi j’avais déjà pensé à établir quelques liens dans les années 80 ( au moment de ma découverte de la musique électroacoustique) entre des gens que j’écoutais alors, comme Harold Budd et des compositeurs comme Clozier.que je découvrais... Cela doit pouvoir se vérifier avec plein d’autres musiciens. Et l’idée d’exploiter cette passerelle pour attirer un public plus large apparaît effectivement intéressante. C’est un peu je pense, l’idée d’ Emmetrop , partenaire du festival Synthèse avec sa formule "carte blanche à un artiste" ou ses "performances" d’un soir. Mais pour que "la sauce prenne", il faudrait sûrement multiplier les rencontres entre ces différents musiciens et leurs publics respectifs.

#13111 | Répond au message #13087
Synthèse et conclusions - Mercure Galant - 9 juin 2008 à 08:06

Musique universelle mais difficile dans laquelle le Berrichon depuis 30 ans ne s’est jamais retrouvé

À noter que sur Bourges info, le Berrichon constitue une référence ...un mètre étalon en quelque sorte. Tout ce qui n’est pas apprécié ou compris par l’autochtone, paraît ainsi bien souvent inutile. ;-)


#13086
Synthèse et conclusions - Mister K - 9 juin 2008 à  08:38

Si on se basait uniquement sur l’intérêt des berrichons berrichonnant (qui n’existent d’ailleurs concrètement que dans l’imaginaire collectif, on fait souvent dire ce que l’on veut à ces berrichons imaginaires...) le Printemps de Bourges n’aurait pas fait long feu (au sens actuel...). Le festival synthèse et l’IMEB ont une vocation internationale. A la ville de Bourges et aux berruyers de savoir en profiter. Aux organisateurs de Synthèse et acteurs de l’IMEB de savoir populariser l’évènement localement...même si ils répondront certainement que c’est aussi une affaire de moyens.

#13088 | Répond au message #13086
Synthèse et conclusions - bw - 9 juin 2008 à  15:54

Pour populariser l’événement localement, les premiers concernés sont sans aucun doute les membres de l’équipe de l’imeb...... mais il y a aussi la volonté politique, la conscience de l’importance que l’événement a pour la ville de Bourges, par ses élus....

Une aide du même genre que celle que la ville donne au printemps de bourges (en relations publiques pas en subvention faut peut-être pas trop réver) "boosterait" la fréquentation du festival de l’imeb...

Il suffirait seulement de vouloir que ce festival s’implante vraiment dans la ville...

BW

#13102 | Répond au message #13088
Synthèse et conclusions - 11 juin 2008 à  23:30

certaines classes de primaire ont la chance de pouvoir profiter d’ateliers sonores par des membres de l’imeb. Les enfants en sont toujours enchantés, mais la ville ne semble pas promouvoir la chose. Voila enfin un evenement qui trouve un fil conducteur dans l’année

#13198 | Répond au message #13102
Synthèse et conclusions - Mercure Galant - 12 juin 2008 à  00:54

À ma connaissance, l’IMEB n’est plus en mesure d’assurer son volet pédagogique faute de crédit suffisant. Il fut un temps où des enseignants pouvaient être formés pour l’utilisation dans les classes du fabuleux GMEBOGOSSE, mais à présent... Vos informations concernant ces ateliers sonores sont elles récentes ?

#13201 | Répond au message #13198
Synthèse et conclusions - ths - 17 mars 2009 à  09:23

Vos voeux semblent avoir été exaucés, enfin tout du moins en parti. Cette année le festival s’étend aux Arts Électroniques ! (voir concours) ! Évidement, cela reste un concours ... mais on est en droit d’espérer que la programmation s’inscrive un peu dans cette ouverture ! Mais il faut attendre le programme pour le savoir !

#22527 | Répond au message #13201
Synthèse et conclusions - Mercure Galant - 17 mars 2009 à  23:35

Bonsoit ths,

Mais il faut attendre le programme pour le savoir !

Oui... Je crois qu’il faut surtout attendre de savoir si ce festival survivra à la vague d’austérité qui touche actuellement l’IMEB comme bien d’autres structures à vocation culturelle...

#22540 | Répond au message #22527