Synthèse et conclusions
Bourges, festival, musique... Ces trois mots évoquent bien souvent le fameux Printemps, si controversé dans les colonnes mêmes de l’Agitateur... cependant c’est d’un autre sujet dont il sera question ici. À l’heure où j’écris ces lignes, s’achève dans l’indifférence quasi générale, la trente-huitième édition de Synthèse, le festival international des musiques et créations électroniques... Et alors, me direz-vous ?
Communication insuffisante ?
Initié par Christian Clozier et Françoise Barrière, qui fondèrent également le Groupe de Musique Expérimentale de Bourges (GMEB) [1] dès 1970, on ne peut pas dire que ce - déjà bien vieux - festival soit fortement médiatisé ... À part quelques articles parus dans la presse régionale [2], il y eut, cette année encore, peu d’écho au sein même de la ville, malgré le nombre de concerts, de performances et d’expositions proposés sur plus d’une semaine... Oh, pardon ! J’oubliais cette brève lue sur Bourges info : « Commencé de manière de plus en plus discrète, c’est le festival Synthèse, il va durer jusqu’au 8 juin prochain. C’est un festival de musique expérimentale, de type électronique, qui a ses adeptes de par le monde, mais n’a jamais trouvé son public à Bourges. A la sortie d’un concert, les langues des spectateurs se délient et chacun se parle en anglais, en espagnol ou en japonais. Musique universelle mais difficile dans laquelle le Berrichon depuis 30 ans ne s’est jamais retrouvé. »Bref, avec une telle couverture, pas vraiment de quoi susciter la curiosité des foules...
Un public d’initiés
Il faut bien avouer que le public se limite essentiellement aux compositeurs eux-mêmes, entourés plus épisodiquement, d’étudiants ou de quelques inconditionnels de la première heure... Pourquoi cette manifestation dédiée à la recherche expérimentale en matière musicale rencontre t’elle autant d’indifférence ? Les premières éditions du festival semblaient pourtant avoir permis une diffusion plus large des oeuvres présentées en exploitant des lieux ouverts comme le jardin des Prés Fichaux. Personnellement, je me souviens aussi de concerts ayant rempli la cour du Palais Jacques Coeur, il y a quelques années de cela. Cette musique, jugée a priori d’accès difficile, est-elle dorénavant condamnée à végéter dans sa tour d’ivoire, considérée comme réservée à une « poignée d’illuminés » ? Lorsque l’on tente de chercher d’autres causes à ce phénomène, certains évoquent la personnalité du Directeur du festival, et ses relations difficiles avec la presse... D’autres parlent plutôt du désintérêt de l’équipe municipale qui a progressivement restreint ses soutiens à ce qui est devenu l’Institut de Musique Expérimentale de Bourges (IMEB) en 1994 [3]
Festival et Culture en sursis ?
Quoi qu’il en soit, malgré les difficultés, Synthèse existe toujours et propose encore des concerts de grande qualité qui font se déplacer des compositeurs du monde entier. Si sa réputation n’est plus à faire à l’extérieur, il reste pourtant à trouver comment concilier ce succès d’estime et l’apparent désintérêt du grand public. Plus largement, c’est le rôle accordé par les pouvoirs publics ou les collectivités territoriales aux actions culturelles qui doit poser question. Pour certains de ceux qui interviennent sur les forums de l’Agitateur ces derniers temps, la conclusion qui s’imposerait serait probablement la suivante : "Avant tout, privilégions la culture...du résultat : un festival comme Synthèse, n’ayant que peu d’impact sur la population locale doit aboutir immanquablement à une diminution de ses subventions." [4] Mais l’action culturelle peut-elle ou doit-elle être gérée ainsi ? le Printemps de Daniel Colling, évoqué au début de cet article, doit-il être un modèle à suivre ? Si l’on poursuit d’ailleurs cette logique jusqu’au bout, devient-il nécessaire (rentable) de subventionner la Culture ? Finalement, le cas particulier du festival Synthèse nous amène rapidement à nous questionner sur la manière de concevoir la promotion et la diffusion de l’offre culturelle. Toutefois, ne cherchons pas de conclusions trop hâtives dans ce domaine. Ce débat mérite d’être nourri par d’autres réflexions et d’autres éclairages. Nous y reviendrons prochainement...
[2] Le Berry Républicain semble s’être tout de même fendu d’un article quotidien. Quant à la Nouvelle République ou la chaîne de télévision France 3 Centre, j’avoue ignorer comment ils ont traité le sujet...
[4] Le texte en italique est bien évidemment ma transcription toute personnelle d’un discours tenu récemment par certains intervenants sur les forums de ce site.
