Le Berry bientôt nouvelle poubelle nucléaire ?
Le Berry n’aura pas de TGV, mais il pourrait devenir dans les prochaines années une poubelle nucléaire de première importance.
Un projet de stockage de déchets radioactifs en Berry ?
Le 05 juin 2008, le Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) a lancé un appel à candidatures « afin d’identifier des sites susceptibles d’accueillir un centre de stockage de déchets radioactifs ». Le MEEDDAT a mandaté l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) pour dénicher le site qui permettra de se débarrasser de ces déchets en les enfouissant.
Un certain nombre de régions françaises sont d’ores et déjà susceptibles d’accueillir ces sites. Elles ont été déterminées en fonction de leur caractéristiques géologiques. Il s’agit des régions Centre, Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne, Midi-Pyrénnées — en particulier les départements du Lot et du Tarn-et-Garonne.
Pour la région Centre, le secteur visé forme un haricot qui commence vers le sud-est de l’Indre (au-dessus de la Châtre jusqu’à Ardente) et se développe sur tout le sud du département du Cher en remontant vers l’Est au-delà de Nérondes, entre les latitudes de Chateauneuf-sur-Cher pour le nord de la zone, et Saint-Amand-Montrond pour le sud. C’est la nature des sols de cette région qui nous vaut l’honneur d’être retenus – le sous-sol du Boischaut étant composé de marnes et d’argiles propices à l’accueil de ces encombrants « cadeaux ». Le centre de stockage devrait ouvrir en 2019.
Nature des déchets et méthode de stockage
D’où proviennent les déchets ? Selon l’Autorité de Sureté Nucléaire, il s’agit de déchets provenant du démantèlement des centrales nucléaires de la filière « uranium naturel-graphite-gaz (UNGG) et de réacteurs du CEA [1], ainsi que de déchets radifères [2]
Quelles quantités ? Les quantités de déchets à stocker sont estimées à environ 60 000 tonnes pour les déchets radifères et à environ 23 000 tonnes pour les déchets de graphite.
Quelle méthode de stockage ? : la méthode de stockage retenue est l’enfouissement à des profondeurs allant de 15 mètres jusqu’à 200 mètres.
Quelle radioactivité ? : les déchets en question sont classés FAVL, soit de faible activité, mais à vie longue. La radioactivité des produits stockés se prolonge pendant plusieurs dizaines de milliers d’années. Cela signifie que les communes qui accepteront de les prendre en charge empoisonnent leur territoire à jamais.
Quels sont les enjeux ?
Les enjeux : selon le réseau « Sortir du nucléaire » : « Pour justifier leurs projets de construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France, Edf, Areva et l’Etat entendent démontrer qu’ils savent quoi faire des réacteurs déjà arrêtés. Ils veulent donc enfouir les déchets issus du démantèlement de ces réacteurs pour pouvoir dire "vous voyez, il n’y a pas de problème avec les vieux réacteurs, on peut donc en construire de nouveaux". C’est aussi sérieux que de mettre la poussière sous un tapis et de prétendre que la maison est propre [...] Pendant des années, les déchets nucléaires ont été jetés dans l’océan atlantique, mais ces méthodes sont devenues indéfendables devant l’opinion publique. Il alors été décidé de les enfouir sous terre : c’est tout aussi criminel mais, en dépensant de fortes sommes en communication, ce projet est présenté comme un exploit scientifique de haut niveau. Un tel subterfuge ne pouvait évidemment tromper personne lorsqu’il s’agissait de jeter des fûts par-dessus bord. Par contre, creuser des galeries souterraines, prétendre y mener des expériences scientifiques et annoncer pouvoir y stocker les déchets radioactifs, cela fait beaucoup plus sérieux. »
Transparence ?
Du côté du Ministère de l’Ecologie et de l’ANDRA, on assure que les seules communes volontaires seront retenues, et que l’ensemble de l’opération se fera dans la transparence. En fait de transparence, il n’est pas possible actuellement de se procurer la liste des 3115 communes de France pressenties, dont certaines sises en Berry, et qui ont déjà fait l’objet d’une démarche. Les antinucléaires redoutent une consultation bidon en surface, et d’efficaces démarches souterraines pour convaincre des élus qui pourraient être tentés par la manne financière considérable dont ils bénéficieraient pour le développement de leur territoire en échange du service rendu.
De l’art de « communiquer »
En tous cas, l’ANDRA ne ménage pas ses efforts de « communication » pour convaincre de l’intérêt du projet. On appréciera par exemple cette prose digne de la novlangue de Georges Orwell, pour « vendre » le projet aux élus et aux populations : « Un centre de stockage reste une installation "rare", en ce sens qu’il n’existe que peu d’installations industrielles de ce type en France ou même dans le monde. Il est donc possible de proposer une offre de parcours de visite adaptée à différents publics et en lien avec les acteurs du territoire. Le site peut ainsi contribuer à la notoriété du territoire. Il peut aussi faire l’objet d’échanges entre experts et chercheurs nationaux et internationaux.
L’installation peut également contribuer à la vie citoyenne locale par la création de nouveaux partenariats : actions pédagogiques pour expliquer la gestion des déchets, organisation d’une vigilance partagée de l’environnement, ou encore appui à la vie associative par le partage d’équipements (salle de conférence...). »
On imagine déjà la pub d’une agence de tourisme vantant les mérites du Boischaut : « Vous recherchez des vacances originales, venez visiter la poubelle nucléaire de la France en Berry ! »
Du coté des élus, pour l’instant c’est non
Pour l’instant les élus du Cher restent réservés. Le dossier est délicat, mais certains maires pourraient être tentés par la manne financière proposée. Du côté du Conseil Général, aussi bien Rémy Pointereau (UMP, Président de l’association des maires du Cher) à droite, qu’Alain Rafesthain (PS, Président du Conseil Général du Cher) à gauche semblent opposés au projet. « Il faut arrêter de prendre le Cher pour une poubelle » a déclaré sans ambages le Président du Conseil Général : « On pense surtout au Cher quand il s’agit de boues [3] et de déchets. Mais quand on évoque le TGV ou la nomination d’un préfet, là on nous ignore. »
Sources : La Nouvelle République, édition du 24 juin 2008,
Le site internet de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA),
Réseau Sortir du Nucléaire.
Télécharger le dossier envoyé aux communes préssenties.
[1] Déchets composés essentiellement de graphite, minéral de la famille du carbone. Ils sont notamment issus de l’exploitation et du démantèlement des premières générations de réacteurs nucléaires, de la filière « UNGG » (Uranium Naturel Gaz Graphite), où le graphite avait pour rôle de ralentir les neutrons émis par la fission du combustible. source : ANDRA
[2] Déchets qui proviennent essentiellement du traitement de différents minéraux, tels que le zircon, le minerai d’uranium, la monazite... Les industriels extraient de ces minerais les terres rares utilisées pour la fabrication de composants électroniques, de pots catalytiques dans l’industrie automobile et dans la métallurgie fine. Les résidus conservent, voire concentrent, la radioactivité naturelle des minéraux. D’autres déchets peuvent également provenir de l’assainissement des sites historiquement pollués au radium ou au thorium. source : ANDRA
[3] Un projet d’épandage sur des terres agricoles de boues issues du traitement d’ordures de la région parisienne est en cours actuellement et concerne le nord du département du Cher