Sacré Cosyns !
Le député Louis Cosyns croit utile de rappeler sur son blog le communiqué de presse qu’il avait envoyé à l’occasion de la déclaration de SCALP18 mettant en cause feu Serge Vinçon, sénateur du Cher à la fantaisie militaire et aux tendresses vichystes.
Ça commence très fort, avec ce titre : « Le SCALP18 : un délateur ignoble ». Si l’idée de délation comporte un sens négatif, car on suppose au délateur des intentions viles et méprisables, il n’en reste pas moins qu’une délation est une dénonciation, c’est à dire une déclaration par laquelle on signale une faute. Une délation suppose, de plus, outre des motifs peu avouables, un procédé dissimulé. Une délation est secrète. En quoi le communiqué d’une organisation politique est-il secret ? Reste l’essentiel : si le SCALP18 dénonce, c’est qu’il a une accusation à porter. Ce que la formule de ce pauvre Cosyns reconnaît d’ailleurs implicitement. Ainsi, par sa maladresse dans le choix de son vocabulaire, faut-il supposer que le Président de l’UMP du Cher n’est pas loin d’avouer lui-même, secrètement, la faute morale de Serge Vinçon ? Rappelons quand même que celui-ci refusa toujours de reconnaître, malgré l’évidence, la responsabilité et la culpabilité de Maurice Papon — son mentor en politique — qui participa activement à la déportation de juifs, aux heures sombres de l’occupation, et fut jugé et condamné pour ces faits.
Vinçon eut beau être, de son vivant, selon Cosyns, considéré par beaucoup (ses amis politiques, on suppose), et respecté par tous (ses collègues politiciens, on imagine, solidarité sainte de la corporation) — cela ne suffit pas toutefois à faire oublier ça.
Passons rapidement sur les insultes aux « insulteurs », elles ne forment pas argument. Plus cocasse est la référence à la « philosophie patriotique de l’humanisme ». On rappellera simplement que patriotisme et humanisme ne font pas forcément bon ménage. Le patriotisme n’est le plus souvent qu’une bonne excuse pour satisfaire la vocation des hommes au meurtre, dans la « vacherie » de la guerre, cette joyeuse boucherie qui transforme les hommes en « fous vicieux devenus incapables soudain d’autre chose, ... que de tuer et d’être étripés, sans savoir pourquoi » ...
Et puis Vinçon humaniste et héritier des idéaux de la Révolution française, on veut bien. Mais la fidélité à un homme d’extrême droite impliqué dans les crimes nazis laisse quand même planer un doute. Il n’y a pas de respect à avoir pour ces faiblesses-là.
Notre Cosyns national finit aussi fort qu’il avait commencé. Citant Photin, dans La mort de Pompée de Corneille [1], il écrit
Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre,
Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd,
Fort bien.
Que ne cite-t-il pas alors le vers suivant :
Et voler sans scrupule au crime qui lui sert.
Monsieur Papon devait connaître son Corneille. Des scrupules, pour commettre ses crimes, il n’en eut pas beaucoup.
On aurait apprécié en tous cas que Serge Vinçon en eût davantage, des scrupules, quand il évoquait son ancien patron. Par respect du fameux « devoir de mémoire » dont on nous rebat les oreilles, que l’on mobilise systématiquement pour rappeler des héroïsmes, mais qui, curieusement, se fait moins loquace lorsqu’il s’agit d’évoquer les lâchetés et les ignominies commises, même celles qui furent jugées et condamnées par la justice de la République.
En ligne : Communiqué de presse de Louis Cosyns
[1] Le droit des rois consiste à ne rien épargner :
La timide équité détruit l’art de régner.
Quand on craint d’être injuste, on a toujours à craindre ;
Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre,
Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd,
Et voler sans scrupule au crime qui lui sert.
Pierre Corneille, La mort de Pompée (1644), Acte I, scène I