Berrypedia.org
Ouverture 1,
« Ouvrir un espace web, qui pourra être enrichi par tous, traitant de Bourges et du Berry, et à vocation encyclopédique, tel est l’ambition de Berrypédia. Il existe déjà la célèbre encyclopédie Wikipédia, dont la taille et la renommée croissent sans cesse. Sur le même principe, et même si internet est par définition un phénomène international, nous avons pensé qu’il était possible de proposer un projet à dimension locale, et réalisé par des acteurs locaux.
L’idée est de mettre en relation des bénévoles qui acceptent de partager leurs connaissances, pour faire oeuvre commune, et rédiger à plusieurs mains un ouvrage de référence, de la meilleure qualité possible, et gratuit » [1].
Ouverture 2,
Au début, l’idée a germé comme un gag, presque comme un canular. Tout le monde connaît maintenant la célèbre encyclopédie Wikipédia, et les principes de l’écriture à plusieurs mains d’un projet encyclopédique. Mais on peut se demander pourquoi un tel projet devrait être a priori concentré sur un seul site, américain de surcroît ?
Bref, si le principe du libre, c’est « le bazar », opposé à « la cathédrale » [2], dans la ville de France qui possède l’une des plus belles cathédrales du monde, pourquoi ne pas jeter les bases d’une petite échoppe régionale qui ne fera pas concurrence à la multinationale de la « connaissance libre », mais développera, sur son créneau, et en pleine autonomie, ses propres ramifications sur la toile ?
Wikipédia existe, alors pourquoi pas ... Berrypédia ? Annoncé comme ça, le projet a bien fait rire les copains. Bah ! ... On a cherché le logiciel, un hébergeur. Quelques semaines de travail pour mettre au point le site et les principes de fonctionnement de la « chose », et voici un joli berceau pour ce qui n’est même pas encore un bébé ! L’édito de septembre 2008 l’annonce : « Berrypédia n’est pour l’instant qu’une coquille vide. Il ne dépend que de vous de l’enrichir pour en faire un instrument au service de tous les berruyers, de tous les berrichons, et au-delà, tous ceux qui s’intéressent à notre ville et à notre région ».
Ouverture 3,
L’idée du projet Berrypédia est née pendant la campagne des municipales de 2008. Avec JMP, nous avons couvert autant que faire se peut (c’est à dire sur notre temps disponible en dehors de nos activités professionnelles) cette campagne. Or nous nous sommes rendus compte qu’il n’était pas facile de trouver une information fiable et rapide d’accès concernant certains points de l’histoire contemporaine de la ville. Par exemple, plusieurs fois, la question est venue dans les débats et les forums : qui a été à l’initiative et qui a engagé le projet de l’École d’Ingénieurs de Bourges ? La gauche, ou la droite ? Les équipes concurrentes se disputaient sur la question, et il n’était pas facile de se faire une idée précise. Qu’un article exhaustif sur l’ENSIB ait été disponible sur le net, avec des sources fiables, rédigé dans un langage clair et précis, le débat aurait été vite tranché. Et les citoyens éclairés. Car les politiques sont oublieux des promesses non tenues, et ont tendance à s’attribuer les mérites de réalisations qui ne sont pas de leur fait. Berrypédia, c’est donc un peu aussi cette idée : écrire notre histoire contemporaine, la plus contemporaine – celle qui n’est pas encore dans les livres d’histoire, justement. D’aucuns nous rétorqueront que nous ne sommes pas historiens. C’est vrai. Nous ne sommes pas non plus journalistes. Mais nous n’interdisons pas plus aux historiens de venir nous donner un coup de mains pour améliorer Berrypédia, que nous n’interdisons aux journalistes de participer à l’Agitateur. Bref, la seule critique constructive en la matière consiste à faire soi-même ce que l’on reproche aux autres de ne pas faire, ou de mal faire. Proposer, plutôt que râler.
Ouverture 4,
Voilà. Le projet est prêt. L’ensemble est fonctionnel. Nous vous le proposons, et nous comptons sur vous pour le faire vivre. Nous proposons en outre quelques articles en exemples. Pourquoi ces sujets ? Pourquoi pas ? Concernant l’Abbé Moreux, j’ai estimé le personnage particulièrement approprié pour constituer comme une figure tutélaire au projet Berrypédia. Il y a un peu de provocation, bien sûr, dans le choix de ce curé pas spécialement « progressiste [3] ». En réalité, en travaillant un peu la question, j’ai rencontré un personnage curieux et disons-le attachant. « Curieux », le brave abbé Moreux l’était dans tous les sens du terme. Une curiosité scientifique insatiable l’a conduit à la réalisation d’une oeuvre encyclopédique remarquable par ses dimensions et ses qualités. Pour lancer un projet encyclopédique local, il m’a semblé naturel de rendre hommage à ce savant berrichon bien oublié (et d’abord par ses compatriotes [4]) qui fut un vulgarisateur scientifique parmi les premiers du genre, et de grand talent. « Curieux », Théophile Moreux l’était aussi au sens où l’on parle d’un type curieux, original, étrange. Retranché dans son observatoire, l’abbé, infatigable polygraphe, avait quelque chose du professeur Tournesol retiré dans sa tour. Un isolement qui s’explique par son caractère, la nature de son activité, et les turbulences de l’époque : sans doute fut-il profondément affecté par les conséquences de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat – et d’abord matériellement puisqu’il perdit à cette occasion son lieu et ses instruments de travail. Alors, quand dans une boutade amère, il explique que le style mauresque de son observatoire convient bien à Bourges et au Berry, parce qu’ici aussi, il vit et travaille dans le « désert », on devine en filigrane la solitude tragique de cet homme d’église peu ordinaire.
Enfin l’anecdote mérite d’être citée : le premier livre français accessible sur internet est La vie sur Mars de l’Abbé Moreux. L’initiative qui remonte au début des années 90 (c’est à dire bien avant la démocratisation et « l’explosion » du phénomène internet) en revient à Pierre Cubaud, maître de conférence au CNAM, et l’un des initiateurs du projet ABU, équivalent français du projet Gutenberg.
C’est aussi le premier lien que nous avons placé dans la bibliothèque virtuelle. Pour nous, une sorte de symbole en quelque sorte ...
Et maintenant, commençons vraiment
Vous savez tout, ou presque. On espère que Berrypédia rendra des services. On espère surtout que le cercle croissant des contributeurs et leur bonne volonté feront grossir rapidement l’arbrisseau. L’outil existe désormais. À chacun de s’en servir et l’améliorer.
[1] Berrypédia, éditorial septembre 2008
[2] Je fais ici référence à un classique de la culture du « libre », le livre de Éric S. Raymond The Cathedral and the Bazaar ; en gros, la thèse de l’auteur est la suivante : linux et le monde du logiciel libre font la démonstration que de l’ordre peut surgir du chaos (modèle du bazar) alors qu’on considérait traditionnellement que l’ordre ne pouvait naître que d’un ordre préalable (modèle de la cathédrale) D’où la subversion des schémas heuristiques et organisationnels traditionnels : le modèle réticulaire remplace le modèle pyramidal, la dimension horizontale est préférée à la dimension verticale, et d’une manière générale on assiste dans le champ du savoir à la déterritorialisation d’un espace qu’aucun système de coordonnées ne parvient à repérer puisque désormais son centre est partout et sa circonférence nulle part. Cf. sur cette question par exemple La bataille du logiciel libre de Perline et Thierry Noisette, Editions de la Découverte, 2004, p. 31-35
[3] Sur le plan scientifique, Moreux est essentiellement un homme du XIXème siècle. Sur le plan moral et politique, c’est un réactionnaire.« Notre volonté, écrit-il, doit tendre à réaliser la volonté divine ; car faire la volonté de Dieu, c’est respecter l’ordre du monde, la loi conçue, voulue par Dieu et manifestée par cet ordre même. » Et plus loin, il livre ce jugement sans appel : « l’apostasie sociale, je veux dire la suppression par les gouvernements du culte public rendu à Dieu, marque toujours le commencement de l’anarchie, du désordre et de la décadence des nations. » Moreux, comme une bonne partie de la droite catholique française, n’a pas digéré la loi de 1905 qui sépare l’Eglise et l’Etat et fonde notre moderne laïcité. (citations extraites de Pour comprendre la philosophie, Doin, p. 247-249)
[4] Nous n’avons trouvé aucune monographie consacrée à Théophile Moreux. Peu de sources documentaires sont accessibles à la bibliothèque municipale de Bourges, qui ne s’est pas donnée la peine d’acquérir les quelques revues qui parlent, de temps en temps, du savant berrichon, comme par exemple le numéro 118 de juin 2004 de la revue l’Astronomie, qui comporte un dossier spécial assez riche consacré à l’Abbé Moreux, ou la revue Pour la science qui examine le cas Moreux dans sa récente enquête Dieu et la science