Inquiétudes globales et locales
En ce mois de novembre 2008, il est légitime pour les citoyens français et bien au-delà, de s’inquiéter de l’avenir. On s’inquiète de ce qui peut nous toucher directement mais aussi de ce qui peut nous toucher indirectement. L’avenir à court terme et moyen terme qui nous touche tous directement, c’est la situation socio-économique, c’est le pouvoir d’achat, c’est le chômage. L’avenir à plus ou moins long terme [1] qui nous touche tous également, ce sont les
retraites. L’avenir à long terme c’est également l’épuisement des ressources naturelles de la planète et les catastrophes que cela peut engendrer.
On peut être inquiet de ce que l’on comprend, mais aussi et surtout de ce que l’on ne comprend pas. La crise des crédits à risques, mieux connue sous le nom de la crise des subprimes, qui a touché les États-Unis à l’été 2007 était le début de la crise financière qui touche le monde entier depuis octobre 2008. En 2007, les subprimes, les berruyers, berrichons, citoyens français et du monde entier n’y comprenaient rien. Nos hommes politiques non plus de toute évidence. On avait d’ailleurs beaucoup de mal à nous expliquer cette crise. On sentait que la situation n’était pas sous contrôle. En octobre 2008, là, c’est la tempête financière mondiale qui a généré une panique monstre au sein des plus grands états du monde au point de faire perdre leurs repères idéologiques à tous nos dirigeants. En France, en Europe, sous nos yeux ébahis, on a vu défiler des milliers de milliard d’euros sans qu’on puisse bien comprendre d’où ils sortent et surtout sans totalement comprendre les conséquences pour l’avenir. En réalité, on a bien peur de comprendre, mais on ne veut pas vraiment y croire tellement c’est énorme. Après la chute du mur de Berlin en 1989, le système économique capitaliste et libéral, vainqueur par KO, s’est senti pousser des ailes. Les dérégulations se sont multipliées, les états n’avaient plus aucun contrôle réel sur l’économie (d’où la fameuse impuissance du politique) et le pouvoir était aux mains des financiers. La phrase précédente est au passé, mais j’aurais pu tout aussi bien la conjuguer au présent, car, bien évidemment, rien n’a changé à ce jour.
Donc, forcément on est inquiet quand on suit l’actualité mondiale. Le réflexe naturel, c’est alors de se tourner vers une cellule plus proche de nous, celle de l’Europe et de l’état français. Malheureusement, l’action du Président de la République Nicolas Sarkozy qui a distribué d’une main les milliards aux banques, tout en sortant sa grosse voix et en faisant semblant de houspiller les milieux financiers n’est pas bien crédible. Il creuse l’endettement tout en prenant des risques monstrueux au nom de la France et des Français : car si en théorie l’argent mis sur la table sera récupéré, que se passera-t-il si ce n’était pas le cas ? La situation n’est, de toute évidence, pas plus sous contrôle en France que dans le reste du monde. Et tout cela est réalisé en dépit du bon sens : aucun contrôle réel de l’État français n’est réalisé sur les sommes prêtées aux banques françaises, situation ubuesque quand on sait que c’est l’absence de règles et de contrôles des flux financiers qui a généré cette crise. On n’est donc pas rassuré par l’État qui pense aux banques, aux entreprises, aux entités virtuelles, mais pas aux citoyens directement. Et le citoyen n’a rien a dire, il a voté en mai 2007, point. Il est pourtant d’autant plus inquiet qu’on le prépare déjà à devoir payer tout cela. Un premier signal a été lancé par l’Assemblée Nationale qui, dans le cadre de la loi sur le financement de la sécurité sociale, a adopté le 31 octobre 2008 un amendement qui repousse à 70 ans l’âge maximum du départ à la retraite. En soit et en apparence, cela ne change rien ; sauf au niveau psychologique où le signal est fort et le message plutôt clair...
Agir local, penser global. La ville est la cellule ultime du citoyen, c’est le cocon administratif ultime, celui que l’on peut toucher du doigt. À Bourges, les berruyers ont de la chance [2], le pouvoir municipal est de la même couleur politique que celle du gouvernement français. Le conseil municipal, lieu institutionnel de la démocratie locale, peut donc être l’occasion d’exprimer ces inquiétudes à propos de l’impact du contexte global sur le contexte local. Le conseil municipal peut être l’occasion d’inciter le pouvoir municipal à prendre en compte les inquiétudes mais surtout à anticiper les effets de cette crise qui ne manquera pas de nous toucher tous. La municipalité de Bourges pourrait donc, en tenant compte bien entendu
de son domaine de compétence, prendre des mesures qui pourraient rassurer les citoyens. Tout cela c’est du conditionnel. Parce que dans les faits, au dernier conseil municipal, le maire de Bourges a coupé le sifflet à un élu de l’opposition qui s’inquiétait un peu trop de la situation nationale. Et nous, forcément, ce genre d’actes, cela ne nous rassure pas.
En tout cas, au niveau local aussi, le signal est fort et clair : silence dans les rangs, tout doute ou critique de l’action du gouvernement ou de la municipalité ne peut être l’œuvre que de gauchistes. L’inquiétude du citoyen n’est pas permise et ne doit pas
s’exprimer. Tout doit être cadré, beau, sans un poil de cul qui dépasse. On paie très cher des campagnes et des agences de communication pour cela. Et on vous le dit : tout va bien ! Celui qui dit le contraire est un socialo-communiste, crypto-gauchiste.
C’était peut-être cela, la rénovation de la démocratie dont parlait Serge Lepeltier lors de la campagne municipale de mars 2008. En tout cas, cela fait froid dans le dos et ne fait que rajouter de l’inquiétude démocratique à l’inquiétude économique et sociale. Et l’inquiétude, c’est l’inverse de la confiance. C’est elle qui nous fait rentrer plus profondément encore dans le cercle vicieux de la dépression économique. L’objectif de tout responsable politique, quel que soit son niveau de responsabilité, devrait être d’agir afin de restaurer la confiance. Pas de faire taire les critiques, ce qui ne peut qu’amplifier le malaise général.