Les petits Kerviels sont partout

mardi 9 décembre 2008 à 08:52, par Miss J

Responsable mais pas coupables !

La plupart des salariés sont responsables des pertes qu’ils génèrent en entreprise, sauf une petite minorité, qui comme un Kerviel peuvent faire couler leur boîte. On pourrait croire qu’après les mésaventures de la Société Générale les entreprises auraient compris qu’il était dans notre intérêt à tous de faire disparaître les salariés qui peuvent tuer nos entreprises, et bien non, en ces temps de vaches maigres, on les favorise encore plus.

Qui sont nos petits Kerviels ?

Il y a longtemps, je travaillais dans une boîte où nous réalisions souvent des missions qui coûtaient plus qu’elles ne rapportaient, et avec d’autres employés, nous nous disions : mais comment une entreprise peut-elle survivre si chaque prestation qu’elle fait lui coûte plus qu’elle ne lui rapporte ?.

Nous nous en inquiétâmes de manière plus ou moins ouverte, et nous n’eûmes pour nos remarques que dédain ; en effet qui étions nous pour comprendre les rouages du capitalisme moderne ?

Alors nous nous demandâmes comment cela était possible, et nous découvrîmes le mode de rémunération de nos commerciaux qui en tout point était semblable à celui de Kerviel : une commission sur le chiffre global de vente, et non sur l’excédent réalisé.

Ainsi, un commercial gagnait-il 10% de commission sur une prestation que celle-ci fit gagner ou perdre de l’argent à notre entreprise. Et pour gagner le marché, le commercial amputait systématiquement 20% des estimations des techniciens. Ce qui amenait systématiquement notre entreprise à vendre à perte.

En effet du point de vue du commercial : vaut-il mieux faire 10% de 100 000€ ou parce que l’entreprise n’est pas la mieux-disante faire 0% de 120 000€ ?

Du point de vue de l’entreprise valait-il mieux gagner 0€ ou perdre 20 000€ par mission ?

Les rares curieux fûmes d’abord les Cassandre d’une entreprise qui allait bien, et du jour au lendemain, l’entreprise découvrit qu’elle était déficitaire et nous devînmes les heureux désignés du plan de licenciement économique.

Entre nous je fus soulagée, car je croyais que cette boîte là était complètement dénuée de bon sens. Pourquoi donc rémunérer des salariés qui coulent des boîtes ? Quel était donc ce système ou les gens étaient responsables des gains, mais jamais des pertes ?

Voilà qui sont nos petits Kerviel : tous les employés qui sont rémunérés à la commission, non sur les bénéfices mais sur le chiffre.

Existent-ils encore aujourd’hui ?

Dix ans d’activité professionnelle, et un Kerviel plus tard je n’ai trouvé aucune boîte qui rompe avec ce dogme. Ah si ! Une entreprise d’éditique où les commerciaux seraient rémunérés m’a-t’on dit quasi uniquement au fixe pour les raisons soulevées précédemment. Résultat me dirent-ils nous n’avons plus de bon commerciaux. Mais la règle dans les entreprises où je suis passée ces dix dernières années (et comme je suis à mon compte ça en fait 2 par ans minimum) reste que les commerciaux sont tous rémunérés au chiffre brut et non au bénéfice. Et depuis 10 ans, les mêmes causes entraînant les mêmes effets je rencontre des commerciaux qui ont plus d’intérêts à vendre à perte qu’à faire des bénéfices.

Après il est vrai que je ne suis pas une pro de l’économie, mais pour moi, ce système ne peut pas marcher. Pour les têtes bien remplies des petites et grandes entreprises que j’ai rencontrées je suis juste trop idiote pour comprendre l’économie.

Et vous, croyez vous vraiment que cela peut marcher ?

En ce qui me concerne j’ai ma réponse depuis que j’ai choisi de penser avec ma tête et pas avec mon cul.

À vous de faire votre choix, et si vous ne voulez pas que votre activité économique disparaisse je vous conseille de demander des précisions à votre entreprise sur le mode de rémunérations des commerciaux, car il me semble qu’une l’entreprise doit vivre de ses excédents et non de ses pertes.