France, vers la privatisation de l’Etat

Ou quand le capitalisme étend son hégémonie sur l’ensemble de la société.
lundi 1er décembre 2008 à 12:06, par B. Javerliat

Flash back.

France, vers la privatisation de l'Etat

Au soir de son élection, une soirée regroupe au Fouquet’s le gratin des affaires et de la finance autour de Nicolas Sakozy. Le lendemain, croisière sur un yacht de luxe « gracieusement prêté » par Vincent Bolloré. D’aucuns n’y ont vu que la manifestation de la tendance « bling-bling » de Sarko et sa fascination pour l’argent. En fait, cela ressemble plus à un « débriefing » du candidat Sarkozy par ceux qui l’ont mené à la magistrature suprême : « Maintenant que tu es élu, rappelle-toi pourquoi nous t’avons fait Président. »

Les libéraux, maîtres du monde occidental.

Au début des années 80, alors que la France se donnait un Président socialiste, les Etats-Unis et l’Angleterre étaient déjà aux mains des libéraux via Ronald Reagan et Margaret Thatcher. 20 ans plus tard, ces pays ont vu leurs structures d’Etat démantelées et la plupart des services publics privatisés. Les riches y sont devenus de moins en moins nombreux et de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus nombreux et de plus en plus pauvres. En Europe, ces mêmes libéraux ont réussi à imposer un marché unique, où la seule loi est la « concurrence libre et non faussée ».

Un ilôt de résistance : la France.

Dotée d’un Etat encore structuré, avec des services publics à peu près protégés, la France faisait tâche dans le tableau idéal rêvé par les libéraux. Le travail de dépeçage avait bien été commencé (privatisations de la SNCF, de France Télécoms, des autoroutes, et plus récemment d’EDF-GDF ou de la Poste.), mais globalement l’éducation, la santé, les retraites, la sécurité restaient dans la sphère publique. La raison principale était que la droite française républicaine a toujours eu une aversion profonde au pouvoir de l’argent et s’en était tenue éloignée. Du Général de Gaulle («  La politique de la France ne se fait pas à la corbeille ») à Jacques Chirac («  Le libéralisme comme le communisme sont des perversions de la pensée humaine »), tous n’avaient que mépris pour l’argent et la finance. Les ors de la République suffisaient à satisfaire leur ego.

Nom de code : « La Réforme ».

Avec Sarko, plus de garde-fous. Sarkozy n’a pas de conviction, il n’a que de l’ambition. Sarkozy n’a pas d’idéal, il n’a que de la fascination pour l’argent. Et pour s’approcher de ce qu’il considère comme le pouvoir absolu, il est prêt à tout. Maintenant qu’ils l’ont porté au pouvoir politique, les libéraux ont un boulevard devant eux, et cinq ans pour desserrer l’étreinte de l’Etat qu’ils jugent nuisible à leurs intérêts et s’accaparer de ce qui reste des services publics. Ce hold-up, les libéraux l’appellent « la Réforme ».

La méthode.

Tout d’abord, neutraliser l’opposition.
Au lendemain de sa troisième défaite consécutive lors des présidentielles, elle en sortait très divisée et affaiblie. Le coup de grâce fut porté par la constitution du gouvernement d’ « ouverture ». Quelques traîtres récupérés à gauche, trop contents d’occuper un poste dont ils rêvaient, et dont la défaite avait brisé les espoirs. Quelques postes attribués aux « minorités visibles », et le tour était joué : l’opposition était ringardisée. De toutes façons, les ministres ne sont là que pour le décor, tout est décidé à l’Elysée.

Ensuite, réduire les impôts des plus riches.
Les bailleurs de la campagne de Sarkozy en veulent pour leur argent. Les premières lois édictées n’ont qu’un objectif, alléger voire supprimer l’impôt des plus riches. Loi TEPA, quasi suppression des droits de succession,… les réformes fiscales s’enchaînent les unes à la suite des autres. Seul l’impôt sur la fortune est maintenu, car politiquement trop dangereux à supprimer. Mais le bouclier fiscal le videra de sa substance.

Enfin, la captation des services publics par le privé.
« Le problème que nous avons en France, c’est que les gens sont contents des services publics ». (Renaud Dutreil, octobre 2004). Autant les privatisations des entreprises publiques avaient pu se faire sans trop de difficultés, autant le démantèlement des services publics s’annonçait plus délicat. Pour parvenir à privatiser les services publics sans trop d’opposition, il fallait d’abord les rendre impopulaires auprès de la population. La méthode est simple : les fragiliser de l’intérieur (baisse des effectifs, baisse d’investissements, désengagement de l’Etat, etc.) pour les rendre inefficients, et s’appuyer sur l’antienne populaire : il y a trop de fonctionnaires (le fameux « ne pas remplacer un fonctionnaire sur 2 dans les 5 ans à venir »). C’est l’étape que nous vivons actuellement : regroupements (Assedic/Anpe, DGI/DGCP,…), transfert de compétences de l’Etat vers les collectivités territoriales, des dizaines de milliers de non-renouvellement de départs en retraite dans les administrations, tout cela dans le seul but de les rendre inefficaces. Le privé pourra alors s’en accaparer, en arguant que si le service public est déficient , il faut bien que le privé s’y substitue.

La technique du leurre.

« La plupart des mesures que je prends servent surtout d’habillage aux suppressions de poste » (Xavier Darcos, octobre 2008)
S’il est un pouvoir qui est passé maître dans la technique du leurre, c’est bien celui qui nous gouverne actuellement. Il ne se passe pas une journée sans qu’une idée ou un projet plus ou moins polémique ne soit lancé (Le prêtre supérieur à l’instituteur, affaire Guy Môquet, remplacement du bac par des médailles, etc.) Immédiatement repris dans les médias, (comment pourraient-ils ne pas en parler ?), le bruit de fond généré par les polémiques masquent la mise en place des vraies réformes, beaucoup plus discrètes. Si par hasard, l’une d’elles était malgré tout remarquée, un contre-feu est immédiatement allumé pour détourner l’attention.

Contrôler l’opinion

Bien que disposant de tous les pouvoirs politiques (légalement acquis par ailleurs) pour parvenir à leurs fins, le contrôle des médias est un enjeu stratégique pour les libéraux. Si la presse d’opinion n’est pas un danger à cause d’une trop grande dépendance à la publicité et une forte concentration dans les mains des financiers, l’audiovisuel public reste un problème de par ses statuts qui lui assurent une relative indépendance. Il est donc impératif d’assujettir les chaînes publiques au pouvoir. Le procédé est simple : retour à l’ORTF par la suppression de la publicité et la nomination des dirigeants par le Président de la République. La surveillance des citoyens aussi est indispensable. On assiste donc à la multiplication des fichiers informatiques, le croisement et le regroupement des fichiers existants, le développement de la vidéosurveillance, etc. L’argument fallacieux est toujours le même : assurer la sécurité de la population.

Des citoyens atones.

Il peut paraître surprenant que les citoyens ne réagissent pas. C’est que le terrain a été préparé de longue date, et les consciences soigneusement endormies par deux décennies de « pensée unique » (« Ce n’est pas par la loi qu’on va réguler l’économie », Lionel Jospin, septembre 1999) et de programmes débilitants sur TF1/M6 (« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, juillet 2004).
Ajoutez à cela une opposition minée par des luttes intestines, des syndicats qui ne représentent guère plus qu’eux-mêmes, une précarisation de l’emploi toujours plus prégnante, le démantèlement patient mais continu du droit du travail et de la protection sociale, une stigmatisation des populations défavorisées comme source de tous les maux, il n’est alors pas étonnant que chacun se replie sur soi en essayant de protéger le peu qui lui reste. La politique du « diviser pour mieux régner » fonctionne à plein.

Un intrus, la crise.

Fin 2008, un événement « imprévu » est venu perturber ce programme : la crise financière. Non pas qu’elle soit gênante pour les libéraux (dans toutes les situations, il y a de l’argent à prendre), mais elle risque de réveiller les consciences. La fameuse phrase « Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite » de François Fillon, si pratique pour faire avaler les couleuvres ne fonctionne plus. Avec les milliards déversés sur les banques, la population découvre que l’argent coule à flot. Alors que les délocalisations s’accélèrent, que les mesures de chômage technique se généralisent, que les licenciements se multiplient, elle découvre que c’est à ceux-là mêmes qui ont provoqué la débâcle que ces milliards sont destinés. La crise financière sera-t-elle le grain de sable qui va gripper la mécanique libérale ? Ou bien, au contraire, sans réaction des populations, va-t-elle accélérer la réalisation de leur projet : la privatisation de la France ?

commentaires
France, vers la privatisation de l’Etat - 28 septembre 2009 à 18:47

La crise financière sera-t-elle le grain de sable qui va gripper la
mécanique libérale ? Ou bien, au contraire, sans réaction des populations,
va-t-elle accélérer la réalisation de leur projet : la privatisation de la
France ?

Hélas, la grande braderie continue : Dans une indifférence médiatique
presque totale, Nicolas Sarkozy et le gouvernement s’apprêtent à lancer la
deuxième phase de la "réforme de l’Etat", baptisée "RGPP 2", pour "révision
générale des politiques publiques 2".

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’affaire, ou qui ne s’y retrouveraient
pas dans ce jargon administratif, la "RGPP 1" avait été inaugurée en juillet
2007, déclinant largement les orientations libérales de l’Europe de
Bruxelles.
Elle s’est traduite, à travers plus de 370 mesures, par la suppression
d’administrations d’Etat et de services publics dans tous les domaines de la
vie publique (...)

La suite : Le Vrai Débat


#23923
France, vers la privatisation de l’Etat - 11 décembre 2008 à 19:37

La régulation du marché au profit du plus grand nombre existe-t-elle
vraiment ? Et de fait peut elle exister dans un pays indépendamment d’un
autre ?

Les "faux" libéraux, comprendre ceux qui ne régulent pas le marché au profit
du plus grand nombre mais au seul profit du profit, ont d’ores et déjà
trouvé la parade, ça s’appelle mondialisation.
Je crois même que ça avait commencé avec Mitterrand : des nationalisations ?
OK on se barre avec notre blé.

De fait maintenant et dans l’attente d’un soulèvement populaire mondial, un
gouvernement de gauche n’a plus beaucoup de marche de manœuvre "gauchisante"
sauf à s’isoler, voire sortir de l’union européenne.
Les pays supposés à gauche qui ne sont pas complètement isolés sont ceux
dont les ressources naturelles sont incontournables pour les capitalistes
libéraux, c.f. Venezuela. Les autres peuvent crever.
Lula au Brésil a dû prendre un virage.

Dans l’hypothèse d’un mouvement populaire d’ampleur, il est à peu près
certains que les libéraux prendront un virage humaniste, en attendant des
jours meilleurs. De là à dire que Bayrou incarne cette position et est de
fait potentiellement dangereux...


#15012
France, vers la privatisation de l’Etat - 4 décembre 2008 à 20:31

nomination des dirigeants par le Président de la République

Les députés ont adopté en fin d’après-midi l’article 8, qui prévoit que les présidents de France Télévisions et Radio France soient désormais nommés en Conseil des ministres.

42 parlementaires (UMP) se sont prononcés pour et 21 contre (PS, PCF, Verts).

L’ORTF est de retour 34 ans après sa suppression. L’UMP, le partie de l’avenir et du progrès.


#14939
France, vers la privatisation de l’Etat - alain maronani - 3 décembre 2008 à 02:32

Pour la première fois depuis longtemps la France est dirigée par un VRAI gouvernement de droite...qui applique un programme de droite....Rien de surprenant à tout ceci. Bling Bling applique un programme néo-libéral pour le profit d’une petite minorité. Il est bon de rappeler, quand même, au passage que tout ceci avait été largement démarré par Jospin qui a été le premier ministre qui a le plus dénationalisé ou privatisé. Le vers était déjà dans le fruit.

Je crains hélas que la crise ne fasse que rendre la majorité encore plus disons silencieuse à moins qu’une révolte populaire ne mette fin à la récréation.

L’avenir de Sarko s’annonce brillant surtout lorsqu’on assiste aux pantalonnades du PS....


#14925
France, vers la privatisation de l’Etat - Croa - 2 décembre 2008 à 23:03

Bonsoir,

Votre article a été sélectionné par le rezo, bravo !

Vos explications semblent en effet très justes. Toutefois c’est encore un peu compliqué alors que la situation est simple. « les libéraux » sont tout simplement des ploutocrates déguisés en démocrates et le libéralisme leur faux nez. Oui Sarko est au monde politique ce que qu’une reine est au jeu d’échec et cette pièce est bien à eux.

Reprendre les mots qu’ils ont inventé est une erreur. Tout le monde devrait voir ce qui crève les yeux : Le régime est carrément ploutocratique et nos élus sont depuis longtemps des fantoches. Bref, nous ne sommes nullement en démocratie. Pour le moment c’est assez doux puisqu’ils nous tiennent par des mensonges. Comme cela ne pourra pas durer éternellement une dictature plus musclée se prépare...


#14924
France, vers la privatisation de l’Etat - B. Javerliat - 3 décembre 2008 à  10:12

Pour le moment c’est assez doux puisqu’ils nous tiennent par des mensonges. Comme cela ne pourra pas durer éternellement une dictature plus musclée se prépare...

C’est vrai qu’il y a quelques signes avant-coureurs :
 Affaire Filippis
 Descentes de stups aux collèges du Gers
 La prison dès 12 ans
 Dépistage de la délinquance dès 3 ans

#14926 | Répond au message #14924
France, vers la privatisation de l’Etat - B. Javerliat - 2 décembre 2008 à 08:16

le contrôle des médias est un enjeu stratégique pour les libéraux.

A la différence des dictatures communistes qui basaient le contrôle de l’opinion essentiellement sur la censure des medias, la dictature libérale utilse les medias à son compte d’une manière beaucoup plus fine et efficace pour contenir l’opinion.

Un exemple caractéristque de la propagande libérale a été l’émission intitulée « La France en faillite ? » diffusée dimanche dernier sur France 5. Présentée par Nicolas Beytout, PDG des Echos et membre du comité d’éthique du Medef, elle était composée d’un docu-fiction intitulé « 2017, chronique d’une faillite annoncée » suivi d’un débat.

Durant 52 minutes de pédagogie de la soumission, on a été abreuvé de discours alarmistes idéologiquement orientés pour aboutir, un jour de juillet 2017, à la déclaration de mise en faillite de la France avec cessation de paiement des fonctionnaires, quasi guerre-civile et mise sous tutelle du FMI ! Une fiction anxiogène où l’idée est de convaincre le spectateur qu’il devra se soumettre, accepter de nouvelles réformes, pour échapper au pire. Bref : « laissez Sarko travailler en paix, sinon voilà ce qui arrivera inéluctablement »

Dans le débat qui s’en est suivi, dans un décor tout aussi anxiogène (avec en fond d’écran, un compteur égrenant inlassablement l’augmentation de la dette et un chronomètre inarrêtable lancé dans une course folle vers une fin fatale), le point d’interrogation du titre de l’émission a été définitivement supprimé. Durant 90 minutes, on a été abreuvé de caricatures sur le thème « La France n’arrive pas à juguler ses déficits. Elle accumule sa dette, telle une boule de neige énorme. Si rien n’est fait, la France sera bientôt en cessation de paiement ». Et « ce qui doit être fait », c’est réduire le nombre de fonctionnaires, réduire drastiquement la protection sociale et les retraites, et bien évidemment baisser les salaires. Les quelques intervenants (invités pour faire croire a un débat) qui tentaient de faire remarquer que si crise il y a, c’est bien une crise du libéralisme, et que le renflouement des banques va encore faire grossir la dette, étaient systématiquement interrompus dans leur développement ou ignorés par des sourires condescendants.

Alors que la dette publique est un problème d’importance qui devrait nécessiter la collaboration de tous, les libéraux en font un épouventail pour promouvoir leur religion : « Le problème, c’est l’Etat, et il faut le réduire au minimum ».

France 5 a été conçue comme « la chaîne du savoir et de la connaissance » Dimanche, durant plus de deux heures, elle s’est transformée en « chaine de la propagande libérale ».


#14920
France, vers la privatisation de l’Etat - 16 avril 2009 à  21:03

Pour ceux qui n’auraient pas vu l’émission, elle est sur dm :
 Partie 1
 Partie 2
 Partie 3

Voir en ligne : La France en faillite
#22857 | Répond au message #14920
France, vers la privatisation de l’Etat - 1er décembre 2008 à 17:13

Le coup de grâce fut porté par la constitution du gouvernement d’ « ouverture ».

Il semble que la bête bouge encore puisque Sarko aurait l’intention d’en remettre une couche :

Sarkozy et Fillon préparent la phase 2 de l’ouverture


#14916