Vivement la droite libérale !
Selon nos amis libéraux, le marché s’autorégule. Mais dès qu’il ne se régule plus dans le bon sens, il faut prendre des mesures afin de sauver des entreprises agonisantes. Je serais mauvaise langue, je dirais que les socialistes nous ont déjà aussi écrit cette histoire ...
Mais savons nous si les faillites à venir ne sont pas comme des coupes claires dans un bois ? Saines, utiles, et permettant d’éviter le pire ?
Flashback sur les années Mitterrand
Il était une fois un monarque du nom de Mitterrand. Il était socialiste, et pour lui les ouvriers étaient un symbole. Alors que la crise arrivait [1], les industries tombaient, aciéries, mines de charbons ... alors notre souverain, pour le bien du monde ouvrier, décida de montrer que le capitalisme n’était pas Roi, et sauva ces industries.
Les libéraux (dont un certain Raymond Barre) dirent : « à quoi bon sauver les canards boiteux : cela coûtera cher et de toutes façons ces entreprises disparaîtront ». Ces entreprises furent recapitalisées, nationalisées. Mais malgré la bienveillance du gouvernement disparurent...
Retour sur les années Sarkozy
Il était une fois un nouveau monarque qui ne supportait pas l’idée même du socialo-communisme du sus-cité Mitterrand.
Alors que la crise [2] éclosait comme une rose au printemps, notre monarque qui aimait beaucoup ses amis patrons décida qu’il était temps de les sauver.
Mais comme il était libéral, il n’y eut aucun libéral pour lui dire, sommes nous sûrs que chaînes de télévision, banques, groupe de presse, industries du disque, et groupes automobiles ne sont pas des canards boîteux ?
Le retour des canards boiteux
Voilà. Comme il n’y a plus de libéraux, je me fais leur avocat, et je me demande à haute voix si nous ne revivons pas les années 80. Les industries que M. Sarkozy essaie de sauver ne sont-elles pas déjà condamnées par leurs inadaptation au marché ?
Le Cas Renault
Renault fait des voitures. L’époque est à l’écologie, et à la vie urbaine. On peut se demander si les voitures phares à 30 000€ proposées sont bien en adéquation avec l’époque :
– les français n’ont plus les moyens de s’endetter ;
– les embouteillages sont plus casse-pieds que les transports en commun ;
– on ne sait pas quand le prix de l’essence refera le yoyo, mais on sait que son coût d’extraction augmente ;
– les voitures sont sales ;
Et si l’époque était aux transports en commun et au vélo ?
Le succès de ces savonnettes à repasser que sont les vélos en libre service (à Lyon, Paris, Strasbourg) n’a rien à voir avec le plaisir de rouler sans freins ni contrôle.
Il y a 10 ans Peugeot arrêtait de faire des super vélos, peut-être Peugeot a-t-il eu tort, tout autant que Renault ?
Nous pouvons constater qu’aucun constructeur automobile n’a innové depuis 50 ans : ils ne construisent que des automobiles à essence (ce qui est essentiellement la même chose que les autos du début du XXème siècle). Ont-ils oublié que l’on a tous besoin de se déplacer, mais que l’on est peut-être prêt à se faire séduire par un moyen de locomotion qui refléterait notre époque ?
Le cas des marchands de musique
Il est dit que la musique est gratuite quand on la pirate. C’est faux. Tous les 3 ans, par mode, où pour des raisons de nouvelles lois, les flibustiers musicaux doivent tout ré-apprendre, ils doivent chercher patiemment des anciens et nouveaux morceaux et aussi ils rangent patiemment leurs morceaux. Entre nous, si le temps c’est de l’argent, monter une musicothèque de 10000 morceaux et la maintenir représente quasiment autant de travail que d’acheter ses CD.
Ooops, c’est vrai, maintenant on achète de la musique sur internet. Et comme au passage du vinyle, puis du CD, on doit racheter une nouvelle fois les mêmes morceaux de musique pour être dans la légalité.
Je suis étourdie, j’ai oublié les cassettes. Bref, du haut de mon âge vénérable (la trentaine) pour être dans la légalité, il faut acheter quatre fois les mêmes morceaux pour les écouter. Du moins, si les majors nous permettaient en plus d’y avoir accès, et si les changements de supports ne s’accompagnaient pas de dégradation du son au prétexte du progrès.
Du vinyle à la cassette, au CD au mp3 la qualité se dégrade en ce qui concerne les basses. Et que les enquiquineurs mélomanes du 40Hz à 22KHz ne viennent pas m’expliquer que le son est identique. Le même morceau en vinyle et en CD sonne jamais à l’identique... Les basses sont souvent plus douces et rondes en vinyles [3].
Progrès accompagné par les bases de données, où l’on trouve rarement ni les anciens groupes que l’on aimerait bien ré-écouter, ni les nouveaux qui ont le malheur d’avoir signé sur un petit label...
Croyez-vous que les marchands de musique ne sont tout simplement pas à coté du marché ? Pourquoi essaient-ils par la violence de contraindre les clients à des modes de consommation qui les exaspèrent ? Une taxe royale sur internet n’y changera rien, les majors n’offrent pas aux consommateurs ce qu’ils veulent, les consommateurs essaient de trouver des modes alternatifs d’écoute. Et si eux aussi étaient les canards boiteux de notre époque ?
Les soutenir coûtent de l’argent, et je ne suis pas sûr que les contribuables veulent les voir continuer à terroriser les auditeurs à acheter leur étronesque production.
La presse
Tiens vous lisez l’Agitateur avec plus d’intérêt que Libé ou Le Monde ? Normal, Libé, Le Monde, Le Figaro, Charlie, Le canard enchaîné sont chiants.
Aucun article avec un minimum de sens critique, ça ronronne, aucun écho sur vos préoccupations, sauf peut-être dans le Nouvel Obs où la page shopping nous propose des montres à 15 000 €.
Et la télévision ? Des journalistes qui se disent critiques qui considèrent les questions pertinentes comme non déontologiques.
Que les presses écrites et télévisées sont ennuyeuses.
Plutôt que d’accuser les méchants syndicalistes les journalistes devraient peut-être se dire que leur heure est proche : ils sont ennuyeux, prévisibles, et soporifiques. Quand on achète un journal le matin c’est pas pour se rendormir aussitôt.
Ont-ils vraiment un avenir ? Avez-vous vraiment envie de continuer à les lire ?
Les banques
Les banques de dépôt sont devenues banque de finance. Nous tous aurions peut être préféré qu’elles gèrent en priorité les comptes courants et réduisent leurs frais au minimum ?
Non, elles se sont spécialisées dans la roulette russe financière, sans nous demander notre avis. L’argent investi est par définition de l’argent dont on peut se passer. Avec X millions de pauvres en France, c’est clair que l’urgence consistait à nous faire jouer à la roulette russe avec de l’argent qui était, dans le cas le plus optimiste, épargné pour avoir une retraite.
Alors que l’informatique diminue le temps passé à gérer nos comptes, nos frais augmentent pour des raisons fallacieuses tous les jours. Et on nous apprend que ces entreprises sont le nec plus ultra de l’Europe...
Un peu comme les acieries en 1980 ?
Conclusion
Quand le fond stratégique sera monté, il sera peut être temps de se demander si nous ne revivons pas le temps du scandale du Crédit Lyonnais ; celui d’un fonds qui se refuse de voir la réalité en face : si des industries sont menacées, c’est peut être tout simplement parce que leurs stratégies ont été mauvaises. Il est peut être temps de laisser les canards boiteux mourir du fait de la libre concurrence et de ce merveilleux marché auto-régulé.
Peut être que les Cassandres des années 90 avaient raison en disant que si tout le monde délocalisait, et que le pays perdait son savoir faire alors les entreprises françaises même en étant les plus futées du monde deviendrait des coquilles vides.
Il est temps, avant de contracter une dette immorale pour sauver des patrons sans morale, de nous demander, si, les aider aujourd’hui au prix de dettes que nous légueront à nos enfants, sera plus bénéfique que de laisser émerger de nouveaux acteurs ?
Il est peut être temps —après avoir piqué à tous les rateliers politiques— que notre bon président se souvienne qu’il est de la droite capitaliste et libérale et agisse en tant que tel.
Parce que franchement, alors que comme le pékin moyen j’ai plus une thune, je l’ai un peu en travers que des millionnaires incompétents qui plantent leurs boîtes me prennent pour l’armée du salut.