Darcos t’es foutu... les lycéens sont dans la rue...

mercredi 24 décembre 2008 à 12:22, par Pascal Goudy

Au-delà du sourire ou du souvenir... que nous arrache cette formule, on peut légitimement se poser la question : pourquoi ce recul de Xavier DARCOS et du gouvernement sur la réforme des lycées ?

Interrogation légitime car c’est au rouleau compresseur et sans tenir le moindre compte des oppositions que les réformes du travail le dimanche ou de l’audiovisuel, par exemple, avancent.
Alors pourquoi ce recul, et en échos, pourquoi cette mobilisation importante des lycéens ?

Sous prétexte d’adéquation entre l’école et la société on fabrique pour les universités des pôles d’excellences à l’américaine. Sous prétexte de performance on réduit de façon drastique les postes d’enseignants.

La réforme proposée ne porte pas sur la façon de former de nouveaux citoyens « bien dans leur siècle », mais sur la façon de « sortir » l’école des responsabilités régaliennes de l’état, pour la livrer toute nue aux exigences du CAC 40…

Autrement dit, prendre à l’échelle de la nation, la responsabilité de former des générations pour lesquelles le rapport à l’entreprise est substitué aux repères civiques.
C’est donc profondément une question de société qui se joue avec ces réformes.

Si la question de l’échec scolaire, de l’accès de tous aux plus hautes études est posée de façon cinglante, si une adéquation entre l’école et l’entreprise est nécessaire, c’est vers l’efficacité des moyens mis en oeuvre, plutôt que dans leur réduction, qu’il faut aller chercher les solutions.

Cette mobilisation ne tient donc pas du folklore lycéen, elle n’avait rien d’évident, on peu même dire qu’il était plus probable dans le contexte ambiant qu’il ne se passe rien ! Et pourtant voici la première grève qui fait reculer le gouvernement Sarkozy !

Certains « experts politologues » que l’on connaît trop vont même à dire dans leur “clairvoyance habituelle” que nous voici revenu au temps de Chirac. Autrement dit que la rupture Sarkozy c’est fini !

Cette analyse n’est selon moi pas plus juste que celle tendant à dire que la France s’enflamme. Mais il serait tout aussi faux de minimiser cette mobilisation.
Elle porte sur le contenu, la qualité même de l’enseignement, sur le devenir du système scolaire. Elle témoigne donc d’une prise de conscience LOURDE de la jeunesse vis à vis du sort qu’on lui réserve. Comment sinon interpréter ce recul gouvernemental ?

En ce sens cette mobilisation est un vrai virage, elle met à nu, face à l’opinion, face à la jeunesse, les véritables intentions du pouvoir sarkosien.
Quelles en seront les implications pour les mouvements à venir comme le maintien de la poste dans le service public ?
Je tiens le pari que nos enfants nous ont fait entrevoir le soleil.

commentaires
La logique du pire... - Mister K - 5 janvier 2009 à 01:10

Finalement, peu importe que ce recul, qui n’est que provisoire, marque ou pas un tournant dans la logique politique de Sarkozy. Il est évident que la situation sociale devient très chaude et que depuis plus d’un an et demi, les français ont beaucoup encaissé, sûrement trop. Dans le contexte d’un spectacle plus que lamentable d’un sauvetage sans scrupule de gens qui s’en sont mis plein les fouilles pendant 30 ans (banquiers, financiers, traders...) juxtaposé aux licenciements en chaînes un peu partout en France, il paraissait difficile de rajouter un conflit lycéen.

Non, l’important, c’est bien la logique qui prévaudra : considérons-nous, oui ou non, que l’éducation, la recherche sont un investissement pour l’avenir de la France et des français ? Pour l’instant, la logique gestionnaire de bas étage du gouvernement Sarkozy semble plutôt considérer l’éducation nationale comme un coût qu’il faut diminuer. D’où le fameux slogan choc des 30 000 fonctionnaires en moins dans l’éducation nationale en 2009. C’est, évidemment, une très mauvaise façon de faire. Si l’on voulait réellement une éducation nationale plus efficace, on commencerait par réorganiser sans objectif de diminution du nombre de fonctionnaire, mais avec l’objectif d’augmenter l’efficacité du système dans le but de permettre une meilleure éducation des français, point. Et ensuite seulement, on regarderait les effectifs nécessaires...

Globalement, si l’on additionne la désindustrialisation de la France en marche depuis les années 80, l’absence d’investissement dans la recherche et l’innovation depuis trop longtemps, l’absence de volonté réelle d’améliorer concrètement l’éducation en France et pire, une logique comptable qui se traduira inévitablement par une dégradation continue des résultats, on peut dire que l’on est très mal barré. Mais c’est aussi cela la rupture de Sarkozy : oublier les scrupules et foncer dans une logique où seuls "les plus forts" s’en sortiront...en partant à l’étranger.


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