Daniel Colling : conflit d’intérêt ?
La presse nationale s’émeut que la secrétaire d’Etat à l’Ecologie ait été nommée à l’économie numérique par le petit jeu des chaises musicales. Le motif : le frère de Nathalie Kosciusko-Morizet serait le PDG de PriceMinister et Président de l’ACSEL, une association de lobbyisme pour l’économie numérique. Il y aurait donc un conflit d’intérêts. Pourtant, les situations de conflits d’intérêts ne sont pas exceptionnelles en France. Elles sont parfois même instituées par l’Etat. A Bourges, Daniel Colling, Directeur du Printemps de Bourges, en serait un exemple banal qui ne suscite que de l’indifférence ou une indulgente cécité.
Composé de juristes et d’avocats spécialistes du secteur culturel, le site Nodula [1] édite depuis plusieurs années sur internet un « Béviaire de la corruption au ministère de la culture et de la communication et dans ses dépendances ». Ce bréviaire vise à « attirer l’attention sur quelques cas de manquements graves aux règles de probité de la fonction publique »... parmi lesquels figure... Daniel Colling, Directeur du Printemps de Bourges, de la Société Coulisse, du Zénith de Paris et d’une nébuleuse de sociétés satellites [2]
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Si l’on en croit Nodula, M. Daniel Colling en ayant été nommé en 2002 Président du Centre National de la Chanson des Variétés et du Jazz, pourrait encourir les sanctions de l’article 432-12 du code pénal : cinq années d’emprisonnement. D’autres membres du Conseil d’Administration du CNV étant dans la même situation, le site Nodula estime que le délit d’association de malfaiteurs pourrait être constitué.
L’explication est relativement simple. Le CNV est chargé de percevoir une taxe parafiscale sur les spectacles de variété et de la redistribuer sous forme de subventions et d’aides financières, pour la production, la diffusion et la promotion de spectacles. En tant que Président, Daniel Colling est investi d’une mission de service public au sens de l’article 432-12 du code pénal. Or, il est toujours directeur d’un nombre important de sociétés privées de spectacles (dont le Printemps de Bourges) qui perçoivent ou qui sont susceptibles de percevoir des fonds importants du CNV.
Ainsi, l’article L.432-12 du Code pénal énonce clairement cette incompatibilité : « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, de recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 Euros d’amende ».
Certes, M. Colling a été nommé tout à fait légalement et en toute connaissance de cause par un décret (Décret du 16 septembre 2002, Jo du 17 septembre 2002, p. 16319). On pourrait le croire à l’abri de poursuites puisque protégé par un Etat qui contrevient à ses propres lois. Un arrêt de la Cour de Cassation en date du 4 novembre 2004 confirme cependant que « le fait d’être nommé à une fonction dans le domaine de la culture ou de la communication par un acte émanant du gouvernement (décret ou arrêté), et prévu dans les statuts d’association ou de sociétés créées ou financées par les pouvoirs publics ne saurait exonérer un agent public de la responsabilité qu’il encourt si cette nomination le met en situation d’infraction avec la loi pénale ».
En résumé, pour accepter ce poste de Président, sans être dans une situation d’illégalité, M. Daniel Colling aurait dû démissionner des sociétés qu’il dirige et dont il perçoit des fonds du CNV. Ou tout simplement refuser de faire partie du CNV.
L’exemple du cas de M. Daniel Colling semble être loin de constituer une regrettable exception dans le domaine de l’industrie du spectacle. Le site Nodula a en effet dressé une liste non exhaustive de situations identiques et parfois même plus graves, mais qui ne suscitent que très peu d’émoi. « L’institution culturelle française a un énorme problème avec le juridique et l’état de droit », déplore Nodula.
Le Président de la République qui a toujours plaidé pour « une République exemplaire et impartiale » saura-t-il réagir ?
[1] Nodula est un site créé par un réseau européen de juristes reconnus, libres et indépendants. Son rédacteur en chef se nomme Roland LIENHARDT. Il est avocat inscrit au barreau de Paris, titulaire d’un DEA de droit de la propriété littéraire, artistique et industrielle. Roland Lienhardt est par ailleurs l’auteur d’un ouvrage intitulé "Cultivez-vous ! il m’en restera toujours quelque chose" dans lequel il développe "un réquisitoire explosif contre tous les abus qui émaillent la gestion de la culture en France où affairisme et tentation totalitaire se cumulent".
[2] La fiche concernant M. Daniel Colling sur Nodula : http://www.nodula.com/COLLING_Daniel.html