Yann Galut : "Je propose une méthode pour faire gagner la gauche"
C’est le 12 mars qu’est sorti le premier livre de Yann Galut, Demain sera un autre jour. Dans cet ouvrage, le vice-président du Conseil Général du Cher revient sur son parcours politique, tente de se définir politiquement, propose une réflexion sur la gauche d’aujourd’hui et de demain en dressant un bilan tant local que national de la situation. Rencontre.
L’agitateur : Pourquoi avoir fait ce livre, alors que les municipales sont derrière nous et qu’il n’y a pas dans l’immédiat d’élections majeures ?
Yann Galut : J’ai eu la chance d’avoir été élu député très jeune en 1997. J’ai vécu un mandat passionnant, notamment en ayant beaucoup travaillé sur le phénomène de la mondialisation. Puis, j’ai été battu et j’ai connu une traversée du désert de six années. Fin 2007, je voulais arrêter électoralement la politique. Il a fallu toute la force de persuasion d’Alain Rafesthain et de Jean-Pierre Saulnier pour que je reparte aux élections cantonales. Cela fut très dur. J’y suis allé la peur au ventre et j’ai fini par l’emporter, mettant fin à un cycle de défaites. Peu de temps après mon élection à la vice-présidence du Conseil Général, je suis tombé malade. Pendant ma convalescence, j’ai lu beaucoup d’ouvrages sur l’état de la gauche, j’ai alimenté mon blog et j’ai commencé à écrire. J’ai ressenti le besoin de prendre du recul, faire le bilan pour pouvoir repartir. Je voulais exprimer quelque chose, à la fois sur Bourges mais aussi sur l’analyse de la gauche. D’où je viens ? Quelle est ma gauche ? En résumé, la genèse du livre, c’est « où j’en suis ? »
L’agitateur : Justement, vos détracteurs vous reprochent votre manque de cohérence dans votre positionnement. Comment peut-on appartenir à l’aile gauche du PS, voter non au traité pour la constitution Européenne et voter pour Ségolène Royal qui soutenait le « oui » et qui veut travailler avec le Modem ?
Yann Galut : Je me sens plus à gauche que Ségolène Royal et Martine Aubry. Pour les présidentielles, il n’y avait pas de candidat de l’aile gauche du PS. On parlait de Strauss Khan, de Fabius et de Royal. Ségolène me paraissait être celle qui, au niveau du discours et de la forme, apportait le plus face aux « éléphants ». Mon choix s’est donc porté sur elle. Beaucoup de membres de l’aile gauche ont fait ce choix. Aujourd’hui, j’appartiens au courant « Espoir à gauche » de Vincent Peillon (clan Royal) et je me sens proche de Benoît Hamon (clan Aubry). Je ne fais pas partie d’une écurie présidentielle. Sur le fond, il n’y a aucune différence entre Ségolène Royal et Martine Aubry. Elles ont le même parcours, la même idéologie, la même analyse. Seulement, elles sont concurrentes et cherchent donc à se différencier. Je suis inquiet pour 2012.
L’agitateur : Comment définissez-vous votre gauche ?
Yann Galut : Ma gauche met en avant le rôle régulateur et protecteur de l’Etat, l’utilisation de l’impôt comme outil de juste répartition des richesses, la justice sociale, la reconnaissance de l’utilité des services publics. Ma gauche met en avant la volonté de régulation au niveau international. Si l’on avait appliqué la taxe Tobin, il n’y aurait jamais eu de crise financière, ou du moins, ses effets auraient été beaucoup moins douloureux. Engageons le dialogue collectivement sur la défaite pour imaginer une méthode qui nous permette de ne pas refaire les mêmes erreurs, notamment en partant trop tard. Attention ! Au niveau local, la faute n’incombe pas à Irène ! La trame de ce livre, c’est de savoir quel est l’avenir de la gauche. J’ai voulu contribuer au débat. Ma gauche n’est pas révolutionnaire. Mais elle n’est pas sociale-libérale.
L’agitateur : Vous écrivez que si c’était à refaire, vous ne voteriez pas non au traité européen. Vous seriez prêt à renier vos convictions pour contribuer à la paix au PS ? [1]
Yann Galut : Non, je n’ai pas écrit cela. Ou alors cela a mal été compris. J’ai voulu dire qu’en votant non, je pensais que cela allait débloquer les choses pour une autre Europe. Or, le non de gauche n’a pas trouvé de traduction politique. Une partie de la gauche est tombée dans la radicalité, l’autre a rejoint la direction du PS.
L’agitateur : L’Europe est-elle toujours un sujet de fracture à l’intérieur du PS ?
Yann Galut : C’est ce qui a entraîné la défaite de 2007. Aujourd’hui, il y a des tenants du oui dans toutes les motions. Par exemple, Hamon, tenant du non, est avec Aubry, tenante du oui. L’effet de cette coupure est en train de s’estomper. Tout le monde est d’accord pour dire que l’on ne peut redéfinir le rôle de l’Europe que sur les bases de la fiscalité, du dialogue social, de la participation citoyenne.
L’agitateur : l’analyse de la défaite est-elle un tabou au PS, tant au niveau national que local ? A Bourges, on a l’impression qu’il y a une espèce d’omerta.
Yann Galut : L’objet de ce livre est bien de briser ce tabou. Au niveau local, et au niveau national. Le PS s’est laissé impressionner par une droite qui martelait inlassablement le même discours sur notre soit-disant archaïsme. Or, la crise aujourd’hui nous donne raison. Obama est plus à gauche que nous. Il fait tout le contraire de ce que prônait Nicolas Sarkozy il y a deux ans. Obama a gagné parce qu’il tenait un discours de gauche. Il ne faut pas avoir peur d’être de gauche, de défendre la taxe Tobin, etc...
L’agitateur : Vous ne craignez pas que votre analyse sur les élections « imperdables » à Bourges soient interprétée comme l’expression de votre rivalité avec Irène Félix ?
Yann Galut : Je veux avoir un débat. Mais je ne veux pas que la gauche se déchire et qu’on attaque Irène Félix. Le but, c’est de mener une réflexion sur la défaite. Le fait de lancer cela à cinq ans des prochaines échéances municipales écarte tout esprit électoraliste. Mener cette réflexion avant aurait été prématuré car il était nécessaire de prendre du temps pour bien analyser la situation. Irène Félix n’est pas mon adversaire. Nous n’avons pas les mêmes méthodes de travail, nous n’avons pas les mêmes analyses mais nous sommes complémentaires. Je connaissais bien la façon de faire d’Irène Félix au PS, mais pas au Conseil Général. La vraie surprise que j’ai eu, c’est qu’après un an de débats au Conseil Général, je peux affirmer que sur le fond des sujets abordés, je n’ai jamais eu un seul désaccord avec elle. Et c’est pareil pour elle par rapport à moi. Il se peut qu’un jour nous soyons tous les deux en concurrence. Mais nous saurons trouver l’intérêt général pour faire gagner notre camp. Je n’ai aucun adversaire à gauche.
Comment proposez-vous de procéder pour éviter les unions de façade ?
Yann Galut : C’est plus de deux ans avant qu’il faut travailler collectivement pour porter la contradiction à la droite et plancher sur un projet alternatif pour Bourges. Un programme et une campagne ne doivent pas se construire seulement six mois à l’avance pour se résumer dans un tract de quatre pages. Pourquoi ne pas faire des primaires à gauche suffisamment tôt ? C’est valable aussi pour les Présidentielles. Il faudrait des primaires au début de l’année 2010.
L’agitateur : qu’est-ce qu’il manque à la gauche berruyère pour remporter ces élections municipales ?
Yann Galut : Dans une ville comme Bourges il faut ouvrir. Il faut rassembler à gauche, mais aussi s’ouvrir à la société civile, s’ouvrir à toute la population. Le taux d’abstention à ces élections était phénoménal. Nous n’avons pas donné envie aux berruyers de voter pour nous alors même qu’ils n’avaient pas l’intention de voter pour Serge Lepeltier. L’abstention a clairement permis à Serge Lepeltier d’être réélu « par défaut ». Je me souviens que Jacques Rimbault avait un lien très fort avec la ville. Des personnalités comme Jean-Pierre Saulnier et Marguerite Renaudat ont aussi ce lien, contrairement à Serge Lepeltier qui se sert de la ville.
L’agitateur : la question de la gauche « anti parti socialiste », risque de se poser à nouveau. Comment comptez vous construire un pont avec cette deuxième gauche ?
Yann Galut : Je ne sais pas si l’on va pouvoir contrer cela. Il faut avoir une explication publique. Est-ce que la solution c’est de continuer à faire élire Serge Lepeltier ? C’est à nous d’être plus forts, plus convainquants et plus ouverts à une liste de gauche radicale. Je suis ouvert au dialogue avec les tenants de cette liste. Mais si le dialogue n’aboutit à rien, il faudra clairement expliquer aux gens de gauche qu’ils prennent le risque de faire élire la droite en votant pour cette gauche-là. Il faut que l’on arrive au second tour. Pour cela, il faut convaincre les abstentionnistes et réunir les autres listes.
L’agitateur : Est-ce que cela sera suffisant pour battre Serge Lepeltier aux prochaines élections municipales ?
Yann Galut : Est-ce que Serge Lepeltier se présentera dans cinq ans ? Le peu d’intérêt qu’il porte à la ville me fait douter de cela. Tout me porte à croire qu’il n’aura pas un meilleur bilan. Bourges est un pis-aller pour lui. Bourges mérite un maire à temps plein. Pas d’un maire qui arrive à Bourges le vendredi matin pour repartir le lundi midi ! Aujourd’hui, il faut le dire : Bourges n’a pas de maire. J’en veux beaucoup à Serge Lepeltier de voir comment il se sert de la ville comme tremplin pour ses ambitions personnelles. On ne peut pas être élu pour six ans et deux mois après tout faire pour aller voir ailleurs. Et puis, il y a aussi la dimension de l’agglo. On ne peut pas partager agglo et municipalité. C’est une escroquerie intellectuelle. Il faut battre Serge Lepeltier en étant meilleur que lui. Mais attention : dans mon livre, je ne présente pas un projet pour Bourges, je propose une méthode pour gagner, qui est aussi valable au plan national. Ma vision pour Bourges, ce doit être une vision partagée. Bien entendu, j’ai déjà des idées en construction dans mon esprit.
L’agitateur : Lorsque l’on lit ce livre, on ne peut s’empêcher de penser que vous avez des ambitions municipales... Vous êtes déjà candidat pour 2014 ?
Yann Galut : Bourges, c’est ma ville. Je veux peser dans le débat des prochaines municipales. Je veux contribuer à définir à gauche une procédure pour désigner celui ou celle qui sera à même de gagner. Etre candidat est une question qui ne se posera qu’en fin de processus. Aujourd’hui, je ne peux pas déterminer si je serai candidat à la candidature. Même si je vois bien le travail formidable qui est accompli avec le Conseil Général , je ne peux que constater à quel point Bourges doit être une locomotive pour le Cher. Oui, je pèserai, avec Irène, mais aussi en essayant de faire émerger une nouvelle génération avec Pierre Dedet ou Mustapha Mousalli. Je ne sais pas à quel niveau, mais oui : je vais m’investir dans la préparation des municipales de Bourges.
L’agitateur : y aura-t-il une suite à cet ouvrage ?
Yann Galut : Oui, dans les trois ans qui viennent. Est-ce que ce sera sous la forme d’un livre ? Est-ce que cela prendra la forme d’un livre de Yann Galut ou d’un livre collectif, je ne sais pas. Mais il y aura quelque chose. Ce livre, n’est qu’un commencement.
Demain sera un autre jour, Yann Galut. Editions Avaricum Média. 200 pages - Format 14x21 - 15 euros. Débats sur le livre : www.yann-galut.com
Les éditions Avaricum Média sont une association loi 1901 pour l’édition d’ouvrages, d’essais, de documents, de livres dans divers domaines dont l’économie, la culture, la politique, le social, l’humanitaire ; organisation de conférences et de colloques ; apport d’une réflexion générale dans le débat public à travers tout type de média dont internet, ainsi que toutes autres actions à caractère culturel. Son Président est M. Régis Mautré.
[1] Page 41-42 : « ... je considère que la réforme constitutionnelle inscrit dans le marbre le caractère libéral de la politique économique européenne ce qui n’est pas le rôle d’une constitution. Je décide donc de m’affranchir des règles du PS. Aujourd’hui, je n’aurais pas la même attitude. Avec le recul, je me rends compte que la division du PS sur cette constitution, en 2005, porte en lui les germes de notre défaite en 2007. De plus, contrairement à ce que je pensais, le front de gauche antilibérale qui est né à cette occasion n’a débouché sur aucune perspective politique. »