"Procès du viol du PdB 2007" : éviter un nouveau cauchemar
Jusqu’à présent, l’Agitateur s’est toujours refusé à s’associer à la meute des journalistes de Faits Divers de la presse quotidienne régionale qui fait trop souvent du malheur des gens un fonds de commerce. Il nous est pourtant apparu utile de revenir sur le procès de la semaine dernière, aux assises à propos du « viol du Pintemps de Bourges 2007 » qui s’est déroulé dans un contexte bien particulier. Car il y avait des absents de poids à ce procès : le lobby des alcooliers et leurs irresponsables diffuseurs. Ce drame a permis néanmoins une certaine prise de conscience. Sera-t-elle suffisante ? La question mérite d’être posée. Pour que plus jamais, la fête d’une ville et d’un département, ne se transforme en insupportable cauchemar.
Le procès en Assise du viol du PdB 2007 ressemble bien aux blessures indélébiles qui font souffrir trop longtemps les victimes dites de "dégâts co-latéraux" dans les circonstances de guerres et de conflits... Mise à part le fait que les circonstances de ce viol n’ont rien à voir avec un état de guerre. Il s’agit plus simplement d’un festival bon enfant de musique moderne qui s’apprête à refleurir dans quelques jours.
Lors de ce procès, la pauvre femme ivre avec plus d’1,65g d’alcool dans le sang, violée sur le capot d’une voiture en plein centre-ville, un soir de folie, n’était pas la seule victime. Ses quatre violeurs, complètement perdus dans le box des accusés ont vu leurs vies basculer. De citoyens irréprochables, ils sont devenus, l’espace d’un soir d’alcoolisé et décadent, de véritables monstres.
En plein débat sur OrelSan pour qui les filles sont toutes des « putes » et à quelques jours d’un nouveau « Printemps dans la ville », ce procès a raisonné comme un sérieux appel à la vigilance. Trois accusés ont été condamnés à sept ans de prison. Le quatrième a été acquitté. La victime, elle, devra vivre avec le lourd fardeau d’un traumatisme dont elle peinera sans doute durant de longues années à se délivrer. Cinq vies bousillées.
Nuit de folie
On peut se demander si le contexte du déroulement de ce drame a été suffisamment pris en compte dans les peines prononcées. Car il y avait des absents dans la salle d’audience : le lobby des alcooliers, les patrons de bar, la direction du PdB et du « Printemps dans la ville » qui auraient pu témoigner de cette terrible ambiance « Orange mécanique » qui s’est emparée du centre-ville, durant cette sinistre nuit.
Comment, en effet, passer sous silence cette « nuit du non droit » qui s’est déroulée ce samedi 21 avril 2007 ? Au cours de l’audience, un témoin glissera : « Je ne sais pas pourquoi, mais je sentais ce soir là que tout était prêt pour qu’arrive ce malheur » [1].
Ce soir là, il n’y avait plus aucune force de police après minuit. Des actes de violences inouïes en pleine rue Moyenne, de l’alcool à gogo revendu au noir à chaque recoin. Quelques heures plus tôt, les sociétés des alcooliers se sentant concurrencés, en avaient rajouté, en veux-tu en voilà, avec des jeunes filles en mini-jupe offrant des milliers de fioles gratuites. Et puis, il y avait eu le business aveugle et irresponsable des bars du « Printemps dans la ville » - surtout ceux équipés d’une guinguette extérieure avec d’énormes fûts de bière trônant en pleine rue. La bière, soldée à 0,50 centimes d’Euros, très tôt dans la soirée. Ce cocktail explosif ne pouvait aboutir qu’à une soirée défonce pour des centaines de festivaliers, avec tous les débordements que cela induit : ratonnades, viols, dégradations...
Prévention et répression
Actuellement, la loi rend pénalement responsable les diffuseurs d’alcool ou les organisateurs d’événements proposant de l’alcool dans le cas d’un accident ou d’un délit, à fortiori d’un crime… Seulement voilà : comment appliquer cette loi dans le cadre d’un événement où des milliers de personnes sont alcoolisées dans la rue, sollicitées par des centaines de points de vente d’alcool, y compris les supérettes ? L’article 121-7 du Code Pénal définit le complice comme la personne, qui, sciemment, par aide ou assistance, a facilité la préparation d’un crime ou d’un délit. Ainsi, un débitant de boissons pourra être déclaré coupable en qualité de complice des délits d’homicides volontaires et/ou de blessures involontaires dans les hypothèses où soit il a servi sciemment une personne présentant déjà tous les signes extérieurs de l’ivresse, soit il a vendu à un client une quantité d’alcool telle qu’il ne pouvait ignorer que celui-ci se trouvait au-delà du taux de 0,8 g/l dans le sang.
La loi va-t-elle d’ailleurs assez loin pour être suffisamment efficace, malgré la récente loi votée à l’Assemblée Nationale, il y a quelques jours interdisant notamment la vente d’alcool aux moins de 18 ans [2] ? On sait que l’autorisation de publicité pour les fabricants d’alcool est très restrictive en particulier pour les événements sportifs et culturels [3]. Pourquoi cette loi n’est pas appliquée strictement pour les événements destinés à la jeunesse, comme les grands festivals populaires ? Cette loi doit-elle être renforcée ? Et si oui, qu’attendent nos députés pour agir ?
Les habitudes de consommation des festivaliers ont, d’après les spécialistes - notamment la DDJS - changées depuis trois ans. Des mesures législatives pourraient être opportunes pour s’adapter à ces changements et compléter tout le travail de prévention qui est accompli à la fois par les institutionnels mais aussi par les associations.
Un Printemps enfin responsabilisé ?
Suite aux événements tragiques du 21 avril 2007, un « Collectif contre la violence », citoyen et trans-politique, composé notamment de Yann Galut (PS), Jean-Bernard Milliard et Philippe Bensac (UMP), s’était créé à Bourges avec pour objectif de faire des propositions tout en pensant, surtout à l’accompagnement des victimes. Si dans un premier temps la direction du PdB a dénigré et méprisé cette initiative – peut-être parce qu’elle n’avait pas encore pris conscience de la gravité des faits et parce qu’elle se veut toute puissante - force est de constater que des mesures ont été prises pour éviter que ne se reproduise ce terrible cauchemar de l’édition 2007.
Des mesures qui ont été, dans un premier temps, sans doute excessives et nuisibles à l’esprit familial du festival. Car les actes de violence du PdB 2007 ont aussi permis une réponse toujours plus répressive avec l’an passé des moyens démesurés tels que la "sur-présence" de forces de polices et les survols permanents d’hélicoptères de sécurité. Et au delà de cette constation, est-il interdit de penser que les "caméras" qui ont transformé la ville " en big brother" sont aussi le résultat de ces débordements ? Enfin, on peut aussi se demander si le PdB et son cortège d’exactions prévisibles ne sont pas autant de prétextes pour légitimer la politique de la Préfecture et ses zélateurs du tout répressif ?
Heureusement, l’édition 2009 s’annonce plus conviviale. Ainsi, pour la seconde année consécutive, une charte de bonne conduite a été signée entre les débitants d’alcool et la Préfecture du Cher. Un colloque sur la réduction des risques en milieu festif sera organisé au CREPS par la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports du Cher ainsi que par la Fédération des Oeuvres Laïques. Des organismes de prévention auront également droit de cité dans différents lieux du festival. Des personnes référentes sillonneront la ville... bref, les initiatives positives ne manquent pas.
Pourtant, ne faut-il pas y voir là une manière bien hypocrite de se donner bonne conscience et de se protéger face à loi alors que le festival est une véritable champ d’exploitation très lucratif pour les alcooliers... et pour le PdB qui tire des revenus substantiels sur l’alcool et sur la location de stands dédiés ? Le PdB ne fait-il pas un grand écart assez fumeux entre les revenus du lobby des alcooliers et les subventions liées à son action de prévention et de sensibilisation ?
Après une édition 2008 ultra sécuritaire qui a grandement gâché la fête, le cru 2009 s’annonce comme un peu plus équilibré – du moins on l’espère. Mais l’édition 2007 restera longtemps gravée dans les mémoires comme une année où la monstruosité dépassa l’entendement [4].
[1] Merci à lol pour son compte rendu du procès.
[2] Il reste encore aux sénateurs à adpoter à leur tour, cette loi. Elle sera définitivement votée le 11 mai 1009.
[3] Loi dite Evin du 10 janvier 1991. "L’article L.3323-2 du Code de la Santé publique interdit de manière générale le parrainage par les marques de boissons alcooliques, si ce parrainage a pour objet ou pour effet la propagande ou la publicité. Seul le mécénat est autorisé" : voir en ligne le site http://www.etatsgenerauxalcool.fr.
[4] Un constat à mettre en lumière avec le discours de satisfaction assez hallucinant et décalé du Directeur du festival, Daniel Colling lors de la traditionnelle conférence de presse faisant le bilan de cette édition.