Cuvée de Printemps sur le stand de la municipalité
Comme chaque année, la ville de Bourges organisait vendredi son cocktail privé dans le salon des professionnels de la Foire aux musiques commerciales à Bourges. Nous nous sommes infiltrés, bravant les barrières, trompant la vigilance des colosses chargés de la sécurité afin de voir comment était dépensé l’argent du contribuable. Verdict : c’était super hyper génial ! On en redemande !
L’étoile de la soirée était, sans contestation possible, le petit roi de Bourges Serge Lepeltier (en l’absence de Dieu le père, le grand directeur du Printemps de Bourges) qui a su se faire désirer en faisant son apparition avec une bonne demi-heure de retard. Y’a pas à dire : Serge Lepeltier, c’est la grande classe. Qu’il soit habillé dans un sac poubelle ou par Jean-Paul Gaultier, c’est kiff kiff bourricot. Petite touche de coquetterie : Serge Lepeltier avait choisi de chausser de belles baskets vertes-olives, qu’il n’a cessé de regarder durant toute la soirée. Une merveille également : son pantalon jean Dean Diesel, attaché avec une ceinture sado-maso que lui avait prêté son ami Erik Noulette de l’association Emmetrop - qui regroupe des punks d’élevage, engraissés par la ville, la DRAC, le Conseil Général, le Conseil Régional, l’Etat, l’Europe, le monde, le système solaire et la galaxie toute entière. Sa chemise blanche Tamagotchi était tout simplement éblouissante et sa superbe veste San Ku Kaï réversible à souhait a encore fait des merveilles auprès des convives présents. En s’approchant un peu du grand Serge pour lui renifler les aisselles, nous avons pu constater qu’il avait opté pour un parfum AXA Assurances aux hormones de croissance phallique, le rendant absolument irrésistible.
Philippe Bensac, maire-adjoint aux nouvelles technologies était présent également à ce grand rassemblement populaire. Il portait une veste un peu trop grande pour lui (cf : notre photo) et après deux verres de « cuvée du Printemps » (un liquide étrangement vert) il a commencé à parler de fibres connectées à des spots sous nos pieds, dans toute la ville, pour remplacer les antennes de téléphonie mobile. « Il vaut mieux que nos doigts de pieds grillent plutôt que ce soit notre cerveau » a-t-il affirmé en prenant un petit four au cannabis. Deux verres plus tard (on en était donc à quatre verres verts de cuvée du PdB), Philippe Bensac a tenté sa chance auprès de plusieurs femmes sur le stand, en employant sa technique de drague favorite : d’abord il dit « oh, vous êtes vraiment une icône ». Ensuite il explique qu’il joue dans une équipe de rugby et qu’il collectionne les ballons. Enfin, il se prend une claque et retourne voir Yann Galut (vice président du Conseil Général) pour lui taper sur l’épaule.
Yann Galut se trouvait en effet juste en face du stand de la ville de Bourges. Il portait un pantalon Cat’s Eye qui n’a pas mis ses belles fesses en valeur. Concis, pertinent, drôle, Yann Galut a néanmoins été littéralement kidnappé par une foule de sales putes avortées à l’opinel par Philippe Gitton, maire-adjoint de Bourges délégué à la culture. En aparté, soulignons que Philippe Gitton était bien présent au cocktail de la ville de Bourges, mais il était tellement disgracieux avec sa veste Babou et son pantalon de chez Tati, que nous avons pris la décision de ne pas publier de photo, par pudeur pour le malheureux élu mais aussi pour ne pas choquer les lecteurs de l’Agitateur. La charmante et sympathique épouse de Yann Galut s’est étonnée qu’il faille au vice-président du Conseil Général, plus d’une demi-heure pour se rendre aux toilettes. « Mais je suis happé ! Je suis happé par mes fans ! », s’est-il défendu, commençant à donner des détails sur la manière dont il leur a fait perdre leurs dents de lait dans les toilettes VIP du festival.
Le plus vieux directeur de la plus vieille galerie d’Art de Bourges, co-responsable de l’édition de l’oeuvre du divin marquis de Sade dans la prestigieuse collection de chez Gallimard, La Pléiade, était évidemment toutes écoutilles dehors. Il s’est déclaré outré par les propos de Yann Galut et a prôné un retour à l’ordre moral avec le port de l’uniforme à l’école, les coups de règle sur les doigts, la lecture obligatoire de « La philosophie du boudoir » dès l’âge de six ans. Cette vieille baderne défoncée a dénoncé la « Foire aux vanités » organisée en pleine crise. La Mairie fera-t-elle dans le stand haïtien, l’année prochaine ? Le Conseil Général fera-t-il dans le style martien... et c’est chaque année la même comédie. Bah, si on ne peut plus s’amuser et boire du champagne et bouffer des petits fours ! Faut pas être jusqu’au boutiste non plus ! C’est pas des stands à 45.000 ou 75.000 euros qui vont ruiner les collectivités. Faut arrêter la démagogie hein ! Ceci-dit, concédons tout de même que la « cuvée verdâtre du Printemps » était bien dégueulasse. Surtout pour ce que cela coûte. Mais allez, on ne va pas se fâcher, voyons, tout le monde est content. Le Berry Républicain (dont le rédacteur en chef était présent sur le stand) sponsor du festival le dit très bien : « le Printemps bénéficie d’une agréable météo. La musique et la bonne humeur envahissent la ville. La fête est partout. Les bars et les restaurants tournent à plein. Une super semaine pour tous ». Mais non, mais non, ce n’est pas La Pravda...
Retrouvons un peu de zenitude avec le Grand Schtroumpf Alain Rafesthain, Président du Conseil Général du Cher. Très discret, il a demandé la pièce aux people présents. « C’est pour le Conseil Général ! » a-t-il mendié. La plupart lui ont répondu : « désolé, on a déjà donné ». Émus aux larmes, nous lui avons consenti un peu de fausse monnaie en échange de l’une de ses prédictions. Voici ce que cela a donné : « Je vois... je vois... un concert au 22 d’Auron samedi... Il y a une pluie torrentielle. Je vois le Directeur du Printemps, Daniel Colling et sa servante Tina Poulizac, trempés jusqu’aux os, faisant le filtrage de la salle de spectacle. Je vois des dizaines de policiers en uniforme et en civil. Je vois un camion de pompiers. Je vois deux ou trois culs terreux du planning familial de la Région Centre, distribuer des tracts. Je vois Colling leur répondre, survolté, survitaminé, avec un visage haineux. Je vois la sublime Tina Poulizac, en mini jupe, perchée sur ses hauts talons. Elle ressemble à la sorcière des 101 Dalmatiens, perdue dans la nuit humide. Ils sont nerveux, tendus. Je vois la meute des journalistes et télévisions nationales venus filmer l’événement. Mais il n’y a rien à se mettre sous la dent à part les deux ou trois hippies du planning familial. Il ne se passe rien donc tout va bien, sauf pour les journalistes qui vont crier à l’arnaque. » Pfff... complètement gâteux ce pauvre Alain !Laissons-le repartir pour prier au Grand Orient et réciter ses trois Avé César...
Proche des bouteilles vides sur le stand de la ville de Bourges, nous avons aperçu Alain Tanton, premier maire adjoint et Président de l’agglo de Bourges. Il faisait de grands gestes pour se faire remarquer. En vain. Seule une quiche lorraine connue pour sa haine de Jean-Jacques Rousseau a daigné aller à sa rencontre. Ils ont parlé de l’exposition géniale de Tom de Pékin. Toujours en faisant de grands gestes. Mais tout le monde s’en foutait. Allez, dans l’ensemble, il était sympa ce Printemps de Bourges. Et puis, cette année, il n’y a pas eu de mort. Enfin, si. Liberté d’expression : un mort. François Bonneau, Président du Conseil Régional du Centre. Mais quelle idée saugrenue d’avoir voulu dire que le PdB programmait de la grosse daube et qu’il ne voulait pas mettre de l’argent public là-dedans ! On lui aurait menti à l’insu de son plein gré ? Il se prend pour Richard Virenque ou quoi !? Bien fait pour sa gueule !
En quittant ce formidable et inoubliable cocktail privé, nous nous sommes retrouvés, malgré nous, au milieu du cortège d’une obscure ministre et d’une cour flamboyante avec le maire, une grand mère (il paraît que c’était Madame le Préfet) et d’autres personnes très importantes, d’où nous avons été éjectés fermement par un malabar en costard : « veuillez vous pousser et laissez passer le cortège ». Bah, ils ne nous ont pas tapé, c’est déjà ça. En plus, cela nous a fait redescendre sur Terre. Car avec tout ce vin vert comme le sang de Hulk et tous ces petits fours si délicatement engloutis dans nos gosiers de manants et au milieu de cette foule de singes bonobos vachement importants, nous commencions à croire que ça y est, nous aussi avions un pied dans le grand monde de la petite bourgeoisie et des notables locaux. Promis, on reviendra l’année prochaine. Vous allez finir par nous aimer, vous verrez...