Sans filtre
« Enfin, dernière péripétie, la loi Hadopi. C’est la première tentative pour organiser enfin cette jungle inextricable qu’est devenu Internet. Quelles que soient ses imperfections techniques, cette loi a plusieurs mérites. D’abord, d’engager enfin la démarche de régulation d’Internet : faire entrer ce merveilleux outil dans les règles. »
Tout est dit. Contrairement à ce que vous pourriez croire, cette phrase n’a pas été prononcée par le Président de la République, ni par un membre du gouvernement de François Fillon, ni même par un membre de la majorité UMP. Elle a été écrite par Claude Allègre dans une
tribune pour l’hebdomadaire "Le Point". Bon, l’ancien ministre socialiste n’est plus crédible depuis très longtemps [1], n’empêche qu’il met en avant un besoin ou une tentation des gouvernants de tous les pays : celui de contrôler internet.
La première tentative de contrôle, le premier étage de la fusée, c’est donc Hadopi. Le second étage est passé en Conseil des Ministres le 27 Mai 2009 : il s’agit du projet de loi LOPPSI. Sous prétexte de protéger le bon citoyen contre la pédopornographie et tout un tas de maux qui hantent internet comme le monde réel, la loi prévoit l’installation de filtres chez les FAI et même l’installation de mouchards sur les ordinateurs des internautes soupçonnés de cybercriminalité. A noter au passage, que la technique du filtrage d’internet est actuellement utilisée en
Chine, le pays de la répression de Tiananmen dont "on fête" les vingt ans cette année. C’est bien sûr la porte ouverte à toute les fenêtres.
On va tout droit vers une guerre ouverte entre internautes et gouvernants. Et la course au "surarmement numérique" ne fait que commencer. On peut s’attendre à ce que très rapidement, tous les supports numériques soient cryptés de même que les transmissions d’informations sur internet...même les plus anodines. On peut également s’attendre à la multiplication et la croissance des réseaux numériques parallèles. D’un espace relativement pacifié et neutre, l’intervention des gouvernements et leur volonté de contrôle sur internet risque de générer un guerre numérique dont personne ne sortira vainqueur.
Si on en croit un article de
Numérama, Nicolas Sarkozy a véritablement décidé de reprendre la main sur un des rares médias dont il n’a pas les faveurs. En France, il a la main sur toutes les manettes pour agir et "réguler" cet internet frondeur. Reste l’Europe, où son seul allié dans la quête du contrôle d’internet serait Sylvio
Berlusconi... C’est donc sur le terrain de l’Europe que l’on peut
éventuellement, faire en sorte d’éviter cette prise en main de la toile par les états.
Est-ce que le parlement européen issu des l’élections européennes du 7 juin 2009 sera partisan d’un internet sans filtre et pourra peser
concrètement en ce sens sur l’exécutif européen ? Rien n’est moins sûr. C’est aux citoyens européens d’essayer d’agir dans ce sens lors de l’élection...mais aussi et surtout après. Devant l’offensive à laquelle elle devra faire face, il se pourrait bien qu’une Europe numérique informelle naisse avant l’Europe politique ou sociale.
