Présidentielles 2012

Une gauche des primaires

mercredi 16 septembre 2009 à 08:30, par Mister K

Pas de candidat indiscutable, pas de programme, mais une méthode pour obtenir un candidat avec son programme. Voilà comment l’on pourrait résumer l’idée des promoteurs des primaires ouvertes à gauche. Olivier Ferrand président du Terra Nova [1] et Arnaud Montebourg [2] ont orchestré une belle opération de promotion de ce processus, allant jusqu’à sortir un livre à la gloire de cette "idée révolutionnaire" [3] le 27 Août 2009, la veille de l’université du PS qui avait lieu à La Rochelle les 28,29 et 30 août 2009.

Le PS est de gauche

Une gauche des primaires

C’est le premier scoop du bouquin : le PS est de gauche. Peut-être l’aviez vous oublié, peut-être n’avez-vous jamais eu la chance de le constater, mais le livre l’affirme dès son titre. Alors qu’il est évident que le processus de réflexion de ces fameuses primaires à gauche a eu lieu exclusivement à l’intérieur du PS, Ferrand et Montebourg n’hésitent pas à ouvrir les portes de ces primaires à toute la gauche même s’ils ne se font pas d’illusions sur une éventuelle participation du PCF, du Parti de Gauche ou du Nouveau Parti Anticapitaliste. Au moment où j’écris ces lignes, seuls le Parti radical de gauche de Jean-Michel Baylet, le MDC de Jean-Pierre Chevènement et à la limite les Verts de Cécile Duflot pourraient participer à des primaires à gauche. Ces primaires sont donc pensées par le PS pour le PS. Si d’autres le rejoignent tant mieux, sinon tant pis. Il est très drôle d’ailleurs de consulter la liste des personnes qui ont participé à la commission des primaires au sein du parti socialiste : Guillaume Balas représentant de Benoit Hamon, Emeric Brehier représentant de Pierre Moscovici [4], Jean-Pierre Mignard représentant de Ségolène Royale etc. Dites donc Guillaume, Emeric, Jean-Pierre et les autres, vous n’êtes pas assez grands, vous ne pourriez pas vous représenter vous même, faire preuve d’indépendance ? On a là le parti socialiste dans toute sa splendeur. Au final, nous aurons donc deux gauches, d’un coté une gauche plus ou moins révolutionnaire et de l’autre une gauche des primaires.

Le PS se fait tailler un costard

Et dans ce livre, l’appareil du PS s’en prend plein la gueule, à juste titre. Le livre nous explique tout simplement que vous avez bien fait de ne pas élire Ségolène Royale car son programme, ou plutôt le programme du PS, c’était un peu n’importe quoi, le tout à cause d’un fonctionnement abracadabrant de l’appareil politique. Même si l’exercice d’auto-critique permanent [5] existe bel et bien au sein du PS depuis 2002, il faut bien constater qu’en 2009, rien n’a vraiment changé au sein de la première formation politique de gauche : le PS est aux mains de quelques-uns, les fameux éléphants, et ce depuis 1971. Le livre le démontre bien, les militants du PS valident le plus souvent les décisions venues d’en haut...et quand cela n’arrive pas à se décider en haut et que les égo poussent aux déchirements internes, les militants de base se déchirent eux aussi [6]. Alors les primaires, selon Ferrand et Montebourg, avant de renouveler la démocratie en France, pourraient déjà renouveler la démocratie au sein du PS en permettant à des inconnus de se présenter, en leur laissant une chance de faire leur trou. Au dernier congrès du PS, Benoit Hamon avait été la révélation...il en a perdu son mandat européen.

Une compétition politique ou une Star’Ac ?

Quand on regarde Ségolène Royale qui cherche à hypnotiser les caméras, on pourrait s’interroger. Mais l’idée que défendent les promoteurs des primaires à gauche, c’est bien l’idée d’une compétition à l’américaine. L’objectif, c’est de faire commencer ces primaires en Septembre 2010 sur 10 départements limitrophes, puis sur 20 départements puis sur le reste des départements. À la fin du processus, ne devraient rester que 6 candidats maximum ayant atteint 15% des voix. Ensuite après ces pré-primaires auraient lieu des primaires à 2 tours de janvier à juin 2011. Plusieurs objectifs dans ce long processus : capter l’attention des médias, permettre aux candidats de défendre leur programme, leurs idées tels qu’ils devront le faire lors de la campagne présidentielle. De là doit émerger un programme porté par un homme ou une femme. Chacun son programme, chacun pour sa gueule donc. On se souvient très bien du "Mon programme n’est pas socialiste" de Lionel Jospin en 2002. Avec les primaires telles que proposées par Montebourg et Ferrand, le candidat pourra le dire en toute liberté puisque dans les faits, ce sera le cas. Le candidat sera porteur de son programme plus ou moins de gauche, avec évidemment des aménagements inhérents aux alliances...

La démocratie participative

Outre l’ouverture sur toute la gauche, les promoteurs des primaires proposent une ouverture du vote à l’ensemble des sympathisants de gauche. L’idée, faire en sorte que les citoyens (de gauche) ne choisissent pas uniquement leur président mais choisissent leur candidat. Outre les difficultés techniques (comment reconnaît-on un sympathisant de gauche ?), cette solution à l’avantage de dépasser l’appareil politique du PS qui n’aura que peu d’influence sur ces fameux sympathisants. Et au lieu des 150000 votants potentiels pour les primaires de 2006 qui étaient limitées aux seuls militants, des primaires ouvertes peuvent tabler sur plusieurs millions de votants. Reste un petit détail, l’organisation de la chose qui verrait les votants payer (1 à 2 euros) pour voter après avoir signé un papier où ils attestent être de gauche.

Nous sauver de Sarkozy

Au final, les promoteurs de ces primaires ouvertes à toute la gauche et à l’ensemble des sympathisants de gauche sont partis d’un constat très simple : si l’on ne fait rien, Sarkozy sera élu triomphalement pour son second mandat présidentiel. Ces primaires sont présentées comme le seul espoir d’éviter cela. Définir un cadre à même de faire émerger un candidat solide et un programme, c’est la seule chance de ne pas se prendre un râteau dès le premier tour des élections pour le PS, en rassemblant au maximum autour du candidat élu de ces primaires et en limitant le nombre de candidatures à gauche. Le tout est inspiré de la méthode Obama avec une transposition en France relativement incertaine. La grosse incertitude est de savoir si un programme cohérent et de gauche sortira de ce processus de près d’un an. Et si ce programme saura mobiliser plus à gauche et au-delà de la gauche.

Le jeu de la démocratie

Avec ces primaires, c’est un véritable coup d’état qui s’organise contre l’appareil du PS qui, s’il s’engage dans ce processus, n’aura plus grand chose à dire face aux millions de sympathisants potentiels. Mais c’est également la perspective d’un grand débat ouvert qui s’annonce, débat qui amènera forcément à réfléchir bien au delà du PS. Reste à savoir si cela passera auprès des militants puisque la plupart des ténors du parti socialiste se sont déjà prononcés en faveur de ce processus. Au moment où j’écris ces lignes, la pétition lancée en faveur des primaires à gauche a recueilli seulement 5244 signatures contre un objectif de 100000...peut-être parce que les jeux sont déjà faits suite à l’université d’été de La Rochelle.

Ce pari des primaires est le pari d’une grosse surprise. Puisque tout est perdu, puisque tout le monde est perdu à gauche, les primaires peuvent être une boussole. L’objectif, c’est l’efficacité bien plus que la tradition socialiste et la tradition de gauche. Au final, même si on est très sceptique au départ sur l’idée "magique" des primaires, on en vient à se demander si effectivement, ce n’est pas là une des rare bonnes idées du PS. Comme quoi, le "petit livre rouge" de Ferrand et Montebourg, que l’on peu qualifier de prêt à penser pour des primaires [7], est très efficace. Espérons que ces primaires, si elles ont lieu, le seront tout autant.

[1Qui s’auto-définit comme le nouvel espace intellectuel de la gauche progressiste

[2"Jeune" Lion du PS, député et président du Conseil Général de Saône-et-Loire donc cumulard à l’insu de son plein gré

[3Primaire : comment sauver la gauche - Olivier Ferrand, Arnaud Montebourg - éditions du Seuil, ISBN 978-2-02-101135-7, 124 pages, 12 Euros

[4Lui-même représentant de Dominique Strauss-Kahn

[5Mais sans en tirer de véritables conclusions

[6Sur ce site, tout le monde a souvenir des luttes entre Royalistes "désireurs" d’avenir et les pro-fabius qui ont eu lieu en 2006

[7Il inclut un vade-mecum pour répondre aux critiques

commentaires
Une gauche des primaires - saintgerpets - 1er octobre 2009 à 20:58

heu...dites, peut-on me confirmer l’info ? aujourd’hui j’ai eu vent d’une rumeur sur le fait que le PS présenterait rafesthain en tete de liste départementale pour les régionales pour la troisième fois de suite. Est-ce une blague ? Rafesthain dans le centre, huchon en idf ! Wahoo ça fait rêver, roulez jeunesse !

a l’heure de la renovation, faudrait arrêter le ridicule ! je suis une électrice de gauche mais là hors de question que je vote pour le ps au 2nd tour.


#23947
Une gauche des primaires - berry indépendant - 23 septembre 2009 à 20:35

Julien Bernichon quitte le PS et ses raisons méritent d’être publiées même si ça fait mal à la veille des élections régionales avec le risque du retour de la droite :
“Je me vois mal participé au vote de rénovation qui a lieu le premier Octobre au Parti socialiste alors que celui-ci dans le Cher est justement représenté par celui qui a pratiqué dans sa section le vote cadenassé. Cet homme est Philippe Fournié. Jour après jour, le parti se livre à un jeu permanent de dupe et de supercherie que même l’attachement sentimental pour celui-ci ne pèse plus rien à mes yeux pour ne lui souhaiter que la disparition. Ce parti est à gerber, son élite est à dénoncer. J’ai été l’animateur fédéral du Mouvement des jeunes socialistes du Cher durant l’élection présidentielle de 2002 et donc de la catastrophe Le Pen. Rien, et encore rien et toujours rien n’est fait depuis. Les éléphants et les “quadras” sont incapables de réagir et ne peuvent en aucun cas réagir pour la simple et bonne raison que chacun au PS a mis le doigt dans la confiture et qu’aucun, aujourd’hui, ne peut réellement incarner le renouveau. Car le PS s’est érigé en un système de pouvoir personnel où chacun tente de le confisquer pour sa petite carrière ou au mieux pour son clan. Un exemple de tartufferie ? Irène Félix et Yann Galut sont passés successivement de la gauche à la droite du parti et/ou inversement. Chacun des deux a, à un moment donné, profité des votes de la section de Vierzon pour emporter la fédération. Il n’y a qu’à lire la dépêche minable de Yann Galut sur son blog sur la tricherie au sein du PS où il n’y a pas un seul mot au niveau local pour comprendre l’étendue de la posture et des appels bidons au renouveau etc. Bref, pour toutes ces raisons et pour tous ces louvoiements, je quitte le parti socialiste.”
Julien BERNICHON


#23860
Une gauche des primaires - Mister K - 23 septembre 2009 à  20:55

Oui...enfin, le lien avait déjà été publié (Cf message de Lady Dit ci-dessous). Et nous allons vraisemblablement faire un article sur le sujet. Bref, on va essayer d’éviter de radoter ;-)

#23861 | Répond au message #23860
défection au ps du cher - lady dit - 22 septembre 2009 à 18:58

ben y’en a apparemment un de plus dans le cher qui n’y croit plus ... tant au niveau local que national : communiqué de J Bernichon.


#23849
défection au ps du cher - nico berruyer noir - 22 septembre 2009 à  20:47

c’est un peu brut de décoffrage, mais il a grandement raison ce julien bernichon. dans le cher ou au niveau nationale on sait tous ce qui se passe ou s’y est passé mais personne ne dit rien. c’est triste de voir les jeunes militant comme ça dans une telle rage mais c’est aussi rassurant de les voir se rebeller ! en un sens tant mieux, tout n’est pas foutu

#23851 | Répond au message #23849
Quand Philippe Fournié rénove le PS... - Renovator - 23 septembre 2009 à  10:20

C’est clair que portée par Philippe Fournié, Irène Félix et consorts, la rénovation du PS dans le Cher nous en promet de belles...
Rappellons nous le saut de joie du rénovateur Fabius sur les primaires : "elles sont devenues inéluctables..." Quel enthousiasme !

#23852 | Répond au message #23849
Quand Philippe Fournié rénove le PS... - lady dit - 23 septembre 2009 à  19:07

J’avais essayé d’avoir les impressions de galut sur la section de vierzon et fournié en lui laissant un commentaire sur son blog mais c’est bizarre, jai été censurée...

#23859 | Répond au message #23852
défection au ps du cher - jmp - 23 septembre 2009 à  10:49

Extrait d’une chronique de Julien Bernichon sur son blog :

Le problème au PS du Cher, c’est cette tradition de cadenasser le parti. Irène Félix, non pas qu’elle ait une âme de géôlière, strangule trop le parti. Irène ne dynamise pas le parti socialiste, elle est un peu trop enfermée dans une attitude comptable des militants-électeurs, mieux vaut moins de militants que plus dont on ne maitriserait pas le vote ! Yann ayant beaucoup d’autres défauts n’a pas celui là au moins. Il laisse respirer le parti. L’explication est simple, Irène Félix appartient à un clan, celui des fabuisiens. Appartenir à un clan dans le parti mène toujours à une gestion de fer dans la fédération que l’on dirige, car l’enjeu est vital pour assurer un rapport de forces le plus important possible en faveur du clan que l’on défend. Irène ne fait que perpétuer une tradition, finalement mortifère pour l’ouverture du parti. Il me souvient d’ailleurs que Claudine Barbin n’était pas mal non plus dans ce genre-là.

Et puis cette guerre des nerfs entre Yann et Irène est une des raisons de l’enlisement du PS. En 1997, c’était déjà le cas. 12 ans plus tard, c’est encore le cas. Si Irène cravache le parti, Yann accentue la cristallisation du combat de coqs. En effet, son inconstance à trouver une terre de prédilection pour s’y implanter et son retour à Bourges dont on n’ignore les ambitions, maire de Bourges ? député ? futur président du conseil général ? ça fait beaucoup pour un seul homme et surtout ça fait beaucoup, puisqu’il semble dans le Cher n’y a voir de place que pour Irène ou Yann. Tout le monde se regarde, s’observe, et la tension permanente.

Il y a une personnalité qui est aussi responsable. C’est Jean-pierre Saulnier, car à jouer toujours “l’anguille” entre deux rives, coup de mains à Irène coup de mains à Yann, ça finit par faire monter la sauce. Ou bien est-ce une façon, pour lui, de dominer le cours des choses, et de maîtriser le cours de son destin politique dans le Cher ? Il revient de loin le Jean-pierre Saulnier. Il ne l’oublie certainement pas.

adresse : http://jbernhy.unblog.fr/tag/les-coleres/yann-galut/

#23853 | Répond au message #23849
Une gauche des primaires - RICHARD Pascal - 16 septembre 2009 à 17:50

La gauche n’a pas besoin d’une femme ou d’un homme providentiel(le).
Elle a besoin d’engagements clairs pour s’attaquer au Chômage, à la Pauvreté et aux Inégalités.
Notre pays, n’a pas besoin de la dictature d’une majorité manipulée par les télévisions sarkoziennes et les puissances de l’argent.
Bien loin d’être réductible au culte du suffrage universel, la Démocratie, c’est d’abord le service des valeurs démocratiques, sans lesquelles, il ne saurait être question de construire une autre légitimité que celle d’une meute.
Certains ont manifestement oublié qu’Hitler a été élu par un peuple aveuglé par la souffrance sociale consécutive à une grave crise économique.

Le PS n’a pas besoin de dériver toujours plus à droite ; sauf, s’il tient à connaître les brillants résultats de la "gauche" italienne.
Les dirigeants du PS n’ont pas besoin de se déresponsabiliser avec ces primaires.
Ils doivent, au contraire, assumer les erreurs du passé et tenir leurs rôles pour construire un avenir électoral convainquant.


#23808
Une gauche des primaires - 16 septembre 2009 à  17:54

Ouais, et donc ?

#23809 | Répond au message #23808
Une gauche des primaires - 16 septembre 2009 à  18:46

Certains ont manifestement oublié qu’Hitler a été élu par un peuple aveuglé par la souffrance sociale consécutive à une grave crise économique.

godwin-a4957.jpg

Et dès le premier commentaire, en plus. Champion du monde !

#23811 | Répond au message #23808