« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini
Le quotidien « La Nouvelle République » n’est pas le seul média agonisant à Bourges. Le journal du comité des habitants des quartiers nord de Bourges, « Vivre ici j’aime », vient probablement de sortir son dernier numéro.
Dans son édition de septembre 2009, le comité des habitants explique être confronté au désengagement de l’Etat mais aussi à l’absence de soutien de la mairie de Bourges et du Conseil Général, qui, malgré les promesses et les messages d’espoir, n’ont pas déserré les cordons de la bourse.
Avec un déficit de 7000 euros en 2008 causé par la suppression de la subvention de l’Etat via le secrétaire général de la Préfecture, la rédaction du journal semble avoir pris la résolution de jeter l’éponge. En « une », le journal annonce sa disparition mais en page intérieure, un article évoquant cette disparition comporte un titre interrogatif : « Le dernier numéro ? ».
« Nous sommes en période de rentrée. Paradoxalement pour notre journal, ce sera une période de sortie », peut-on lire dans l’éditorial du numéro 72.
Chaque édition du journal, distribuée à 6000 exemplaires, représentait un coût de 2500 euros correspondant aux frais d’impressions. Les rédacteurs, habitants du quartier, étaient tous bénévoles. La recherche de partenaires privés, notamment auprès des banques s’est révélée infructueuse : « nous nous sommes heurté à un non catégorique », expliquent les rédacteurs du journal.
Amer, le journal a renoncé à organiser une « cérémonie » pour son enterrement, dénonçant les « larmes de crocodile » de Madame la Préfète, du Maire et de ses adjoints mais aussi du Conseil Général du Cher.
Avec de nombreux articles rédigés par les citoyens eux-mêmes traitant de la vie des quartiers nord de Bourges, « Vivre ici, j’aime » était pourtant souvent jugé comme un outil précieux d’expression de la démocratie locale. Les élus et la préfecture reprochaient cependant au journal de ne pas y avoir assez la parole et de laisser une trop grande place à la critique des habitants.
« Ils sont d’une logique implacable. Ils ont démolis les lieux de vie et il ne leur reste plus qu’à tenter d’étouffer l’expression de la colère des habitants » estime dans "Vivre ici j’aime" un acteur de la vie du quartier qui a été au centre d’un véritable procès en sorcellerie au moment de la demande de renouvellement de son contrat d’adulte relais.
Pourtant le journal ne remet pas seulement en cause les institutions : « Combien parmi vous seraient prêts à manifester votre mécontentement et votre désapprobation ? Combien d’associations qui ont bénéficié des pages du journal seraient prêtes à manifester leur solidarité ? », s’interroge le comité des habitants. Entre des lecteurs en situation souvent économiquement précaire et des associations étranglées et terrorisées à l’idée de voir leurs dernières miettes de subventions supprimées en représailles, il est fort probable qu’ils seraient bien peu, en effet...
Au sommaire de ce numéro 72 : un sujet sur les énergies nouvelles, des informations légales sur le smic ou les minimas sociaux, un reportage avec témoignages de journalistes en herbe sur la vie au Hameau de la Fraternité, des comptes rendus de manifestations dans le quartiers, la préparation de « Lire en fête », un dossier santé...
Preuve récente de l’utilité de ce journal : « Vivre ici j’aime » a été par exemple le seul média (avec L’Agitateur) à pointer du doigt la suppression par la municipalité, du feu d’artifice du 14 juillet à la Chancellerie, ce qui représente une marque sans doute flagrante de la volonté des élus locaux de casser tout ce qui a été construit dans le quartier depuis des dizaines d’années et de broyer du lien social. Les deux quotidiens professionnels « Le Berry Républicain » et « La Nouvelle République », ont passé sous silence cette information démontrant leurs insuffisances en matière de liberté d’expression et de relais de la parole citoyenne mais aussi leurs limites en matière de pluralisme de l’information. Quant aux élus, mis à part le conseiller municipal d’opposition Yannick Bedin et le vice-président du Conseil Général Yann Galut sur son blog, ils ont été absents.
L’annonce de la probable disparition de « VIJ » n’est donc sans doute pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde...
Contact : Comité des Habitants des Quartiers Nord de Bourges. Hameau de la Fraternité, 29, rue Louise Michel - 18000 BOURGES. Permanences : mardi, mercredi et jeudi de 9h à 10h30. Tél : 02.48.24.75.27 - Courriel : vivre-ici@wanadoo.fr