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« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini

vendredi 11 septembre 2009 à 08:30, par Charles-Henry Sadien

Le quotidien « La Nouvelle République » n’est pas le seul média agonisant à Bourges. Le journal du comité des habitants des quartiers nord de Bourges, « Vivre ici j’aime », vient probablement de sortir son dernier numéro.

« Vivre ici j'aime » : c'est (probablement) fini

Dans son édition de septembre 2009, le comité des habitants explique être confronté au désengagement de l’Etat mais aussi à l’absence de soutien de la mairie de Bourges et du Conseil Général, qui, malgré les promesses et les messages d’espoir, n’ont pas déserré les cordons de la bourse.

Avec un déficit de 7000 euros en 2008 causé par la suppression de la subvention de l’Etat via le secrétaire général de la Préfecture, la rédaction du journal semble avoir pris la résolution de jeter l’éponge. En « une », le journal annonce sa disparition mais en page intérieure, un article évoquant cette disparition comporte un titre interrogatif : « Le dernier numéro ? ».

« Nous sommes en période de rentrée. Paradoxalement pour notre journal, ce sera une période de sortie », peut-on lire dans l’éditorial du numéro 72.

Chaque édition du journal, distribuée à 6000 exemplaires, représentait un coût de 2500 euros correspondant aux frais d’impressions. Les rédacteurs, habitants du quartier, étaient tous bénévoles. La recherche de partenaires privés, notamment auprès des banques s’est révélée infructueuse : « nous nous sommes heurté à un non catégorique », expliquent les rédacteurs du journal.

Amer, le journal a renoncé à organiser une « cérémonie » pour son enterrement, dénonçant les « larmes de crocodile » de Madame la Préfète, du Maire et de ses adjoints mais aussi du Conseil Général du Cher.

Avec de nombreux articles rédigés par les citoyens eux-mêmes traitant de la vie des quartiers nord de Bourges, « Vivre ici, j’aime » était pourtant souvent jugé comme un outil précieux d’expression de la démocratie locale. Les élus et la préfecture reprochaient cependant au journal de ne pas y avoir assez la parole et de laisser une trop grande place à la critique des habitants.

« Ils sont d’une logique implacable. Ils ont démolis les lieux de vie et il ne leur reste plus qu’à tenter d’étouffer l’expression de la colère des habitants » estime dans "Vivre ici j’aime" un acteur de la vie du quartier qui a été au centre d’un véritable procès en sorcellerie au moment de la demande de renouvellement de son contrat d’adulte relais.

Pourtant le journal ne remet pas seulement en cause les institutions : « Combien parmi vous seraient prêts à manifester votre mécontentement et votre désapprobation ? Combien d’associations qui ont bénéficié des pages du journal seraient prêtes à manifester leur solidarité ? », s’interroge le comité des habitants. Entre des lecteurs en situation souvent économiquement précaire et des associations étranglées et terrorisées à l’idée de voir leurs dernières miettes de subventions supprimées en représailles, il est fort probable qu’ils seraient bien peu, en effet...

Au sommaire de ce numéro 72 : un sujet sur les énergies nouvelles, des informations légales sur le smic ou les minimas sociaux, un reportage avec témoignages de journalistes en herbe sur la vie au Hameau de la Fraternité, des comptes rendus de manifestations dans le quartiers, la préparation de « Lire en fête », un dossier santé...

Preuve récente de l’utilité de ce journal : « Vivre ici j’aime » a été par exemple le seul média (avec L’Agitateur) à pointer du doigt la suppression par la municipalité, du feu d’artifice du 14 juillet à la Chancellerie, ce qui représente une marque sans doute flagrante de la volonté des élus locaux de casser tout ce qui a été construit dans le quartier depuis des dizaines d’années et de broyer du lien social. Les deux quotidiens professionnels « Le Berry Républicain » et « La Nouvelle République », ont passé sous silence cette information démontrant leurs insuffisances en matière de liberté d’expression et de relais de la parole citoyenne mais aussi leurs limites en matière de pluralisme de l’information. Quant aux élus, mis à part le conseiller municipal d’opposition Yannick Bedin et le vice-président du Conseil Général Yann Galut sur son blog, ils ont été absents.

L’annonce de la probable disparition de « VIJ » n’est donc sans doute pas une mauvaise nouvelle pour tout le monde...

Contact : Comité des Habitants des Quartiers Nord de Bourges. Hameau de la Fraternité, 29, rue Louise Michel - 18000 BOURGES. Permanences : mardi, mercredi et jeudi de 9h à 10h30. Tél : 02.48.24.75.27 - Courriel : vivre-ici@wanadoo.fr

commentaires
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - 23 septembre 2009 à 17:42

Le Berry républicain n’a jamais passé l’affaire de "Vivre ici j’aime" sous silence. Moi qui vis dans les quartiers nord, je n’aurais jamais accepté de passer cette info sous silence. En fait, nous en avons parlé dès que le comité des habitants a su que l’Etat se désengagerait...c’était, il y a quelques mois déjà.


#23856
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - jmp - 23 septembre 2009 à  19:01

En comparaison avec la pleine page dans la Nouvelle République, la place accordée à cette info essentielle a pour le moins été limitée... Nous avons également rédigé une brève il y a plusieurs mois pour évoquer les incertitudes, mais cela mérite un coup de projecteur beaucoup plus important surtout pour les raisons quasi explicites qui justifient ce désengagement de l’Etat qui prouve que le journal est victime d’une pure décision politique, un véritable procès sarkozien où l’on voit que l’expression citoyenne est considérée avec une grande méfiance par les représentants de l’Etat.

#23858 | Répond au message #23856
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - anne-marie guillonneau - 19 septembre 2009 à 10:38

Vivre ici, j’aime, la fête du val d’Auron, voila deux créateurs de liens sociaux en difficulté dans notre ville. Pour Vivre ici, j’aime, il s’agit clairement d’un désengagement de l’Etat, voulu par un gouvernement que la municipalité actuelle soutient.
C’est le sens de mes interventions au nom de l’oppposition, au conseil municipal du 20 mars 2009 dont voici la teneur, avec un rappel au conseil municipal du 29 mai 2009. Nous savons quelle suite leur a été donnée.

Anne-Marie Guillonneau
Parti Socialiste

Subventions 2009- action sociale – page 48

Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,

Ces subventions entraînent de ma part un questionnement, mais je voudrais commencer par planter le décor de la situation locale, forcément locale, qui sous-tend mon questionnement.

Je vais d’abord vous citer un document qui émane du CCAS, et qui donne, page 10, le pourcentage de personnes n’ayant que les minimas sociaux pour vivre. J’invite chacun dans cette assemblée à imaginer ce pourcentage. Je cite maintenant le document du CCAS :

« Si l’on additionne le nombre de personnes couvertes par les minimas sociaux de la CAF et les allocataires du minimum vieillesse, nous avons un total de 13 665 personnes. Fin 2005, la population de la commune de Bourges était estimée à environ 69 000 habitants.
En pourcentage nous aurions 19,5 % des habitants de Bourges qui relèveraient des minimas sociaux. »

Je précise que ces chiffres portent sur 2006, qu’ils ne tiennent pas compte de la MSA, et que la situation ne s’est sans douter pas arrangée depuis 2006.
Il s’agit donc là d’une fourchette basse. A Bourges, près d’un habitant sur cinq est pauvre.

C’est dire l’importance, dans cette situation grave, de maintenir la solidarité, le vivre ensemble, le lien social.

Traditionnellement, la fête du Val d’Auron est un moment fort de convivialité.
L’an dernier, il semble y avoir eu un désengagement du CCAS, ce qui a fait que la fête a été moins belle. Cette année, les 45 bénévoles de l’Association ACCROVAL sont décidés et investis dans la préparation de cette fête, dont le public se chiffre en milliers.

Cette Association demande une subvention de 6000 €.

La délibération propose de lui allouer 3000 €, et j’en arrive à mon questionnement.

Il y a, à Bourges, 41 664 foyers fiscaux. Il s’agit donc d’utiliser 7 centimes d’€ en moyenne de chaque foyer fiscal pour permette à ACCROVAL de mener à bien ses projets.

Alors, quand la Société Coulisses reçoit près de 50 000 € pour le village de Noël, qui est une manifestation à connotation commerciale, a-t-on le droit de lésiner pour un projet aussi important et convivial pour le Val d’Auron et pour la Ville ? ACCROVAL aura-t-il 6000 € ?

Subventions 2009- CUCS – page 56

Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,

Vous connaissez tous le journal « Vivre ici, j’aime », qui paraît quatre fois par an. Ce journal, c’est la vie même de Bourges Nord, et il touche 6000 foyers. C’est le Comité des Habitants qui le gère, donc le Journal repose sur les habitants eux-mêmes.

Devant les difficultés, le Comité des habitants a cherché des partenariats, en proposant des pages à l’OPAC, à Nature 18 entre autres.

Aujourd’hui, le Journal est en danger et risque d’arrêter de paraître.

Je sais que la Ville propose de maintenir sa subvention de 3000 €. Cela ne suffira pas, si l’Etat se désengage bien que le Journal se propose de répondre à une des deux priorités de l’Etat, c’est-à-dire la santé, en faisant paraître des dossiers santé, ce qui semble avoir l’approbation de M. VERDIER.

Alors, Monsieur le Maire, je vous pose deux questions : Avez-vous assez de poids pour que l’Etat maintienne sa subvention ? Dans le cas contraire, ferez-vous l’effort nécessaire pour sauver « Vivre ici, j’aime » ?

Je veux croire que les habitants de Bourges Nord retiendront votre attention.


#23836
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - 19 septembre 2009 à  18:41

Bien.
Et ensuite ?

#23838 | Répond au message #23836
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - anne-marie guillonneau - 21 septembre 2009 à  08:00

Voila une bonne question à poser à Serge Lepeltier, et à garder en mémoire par les électeurs !

#23840 | Répond au message #23838
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - berry indépendant - 12 septembre 2009 à 07:54

Sans vouloir jeter de l’huile sur le "feu destructeur", on ne peut que déplorer cette éventuelle disparition qui est peut-être encore plus grave que celle de la "NR". Evidemment, la tragédie humaine avec son cortège de licenciements, cela concerne la NR. Cela dit, la liberté de ton et surtout l’énorme rôle de lien social qu’assume "Vive ici j’aime" ne seront jamais aussi évidents. Pour le lâchage de la gauche au Conseil général souligné par JMP dan cet article, il semble bien qu’Irène Félix n’ait guère répondu à l’appel d’urgence de Yann Galut qui était déterminé à tout faire pour sauver ce titre. Dommage mais peut-être est-il encore possible de mobiliser la gauche pour établir un plan de sauvetage ? Après tout, quand on veut trouver 120.000 Euros pour Tom et Jerry ou pour Kung Fu Panda, on les trouve... Alors, un etit effort pour "Vivre ici j’aime", est-ce vraiment impossible ?


#23775
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - encore des limites - 12 septembre 2009 à  10:16

quand on veut trouver 120.000 Euros pour Tom et Jerry ou pour Kung Fu Panda

...ou 90000 euros pour la carte au trésor

#23779 | Répond au message #23775
« Vivre ici j’aime » : c’est (probablement) fini - Jean-Michel Pinon - 13 septembre 2009 à  14:02

quand on veut trouver 120.000 Euros pour Tom et Jerry ou pour Kung Fu Panda

...ou 90000 euros pour la carte au trésor

... ou s’offrir de belles vacances en Chine aux frais du contribuable.

#23786 | Répond au message #23779