IMEB : une agonie en jeu de dupes
Depuis des mois, l’Institut International de Musique Electroacoustique de Bourges souffre en silence. Ses salariés, placés au centre d’un jeu de dupes entre partenaires institutionnels et direction, souffrent aussi. Mais personne n’en sait rien car comme d’habitude à Bourges, une chape de plomb s’est abattue sur ce dossier brûlant.
Après une première baisse de ses subventions de près de 42.000 euros en 2008, l’IMEB a été informé en mars 2009 d’une baisse supplémentaire de 109.000 euros par la Direction Régionale des affaires Culturelles. Une sacrée épine dans le pied car depuis plusieurs années, l’IMEB doit également faire face au désengagement de la municipalité qui a fait le choix de privilégier l’événementiel et les manifestations populaires au détriment de la recherche musicale et de l’excellence. En difficulté pour établir un budget, le Conseil Général du Cher qui affirme avoir longtemps compensé une partie du désengagement des autres partenaires institutionnels, n’amplifiera pas cet effort.
Fondé en 1970 par les compositeurs Christian Clozier et Françoise Barrière, l’IMEB est reconnu « Centre National de Création Musicale » depuis 1997. Ses activités de recherche, de création, de diffusion, d’édition et d’enseignement lui confèrent une notoriété internationale.
Face aux conséquences du désengagement de l’Etat, le député du Cher Jean-Claude Sandrier (PCF) a été le premier à tirer la sonnette d’alarme en mai 2009, dans une question écrite à l’Assemblée Nationale. « Une telle décision ne pourrait aboutir qu’à une « mise à mort » de cet Institut, à la disparition d’un patrimoine et d’une histoire internationale unique ». Depuis, la situation est au point mort.
Il y a seulement quelques mois, il semblait que tous les tenants de ce dossier étaient d’accord pour que l’IMEB puisse être maintenu en vie jusqu’à la 40ème édition du Festival Synthèse. Mais les choses vont très vite. Les dépenses aussi. Les milieux autorisés craignent à présent que l’IMEB ne se retrouve en situation de dépôt de bilan dès la fin du mois de décembre. Certains sont persuadés que la direction veut se faire hara-kiri pour exploser à la figure des institutions qui l’ont lâché.
En réalité, rien ne filtre vraiment. Et pour cause : c’est au mois de juin que devait se tenir l’Assemblée Générale de l’IMEB. On l’attend toujours. Suite à cette absence d’AG, les comptes de l’association n’ont pas été présentés. Dans la mesure où des dizaines de millions d’euros d’argent public ont été injectées dans cette structure depuis plusieurs décennies, l’absence de transparence sur ce dossier démontre une nouvelle fois que la démocratie locale est ici grandement malade.
Officiellement, le silence est de mise car « il ne faut pas gêner les discussions en cours ». Mais pendant ces prétendus palabres, la direction de l’IMEB ne reste pas inactive. Sa politique de gestion des ressources humaines apparaît particulièrement déroutante. Au mois de mai 2009, une personne de l’entretien a été licenciée en raison d’un arrêt maladie de longue durée. Par ailleurs, deux affaires prud’hommales qui traînent depuis de longs mois seront jugées en octobre et novembre 2009. Enfin, au mois de juin dernier, le représentant du personnel s’est fait convoquer et s’est vu notifier l’engagement d’une procédure de licenciement pour faute.
Baisse des subventions, affaires prud’hommales, procédure de licenciement pour "faute" du représentant des salariés (pour éviter un licenciement économique plus coûteux ?), non tenue de l’AG et... non publication des comptes... Toutes les mesures semblent bonnes pour alléger le poids d’un vieux cargo à la dérive au point de prendre la forme d’un véritable sabordage...