A propos du collège de Sancerre

Un gâchis démocratique et sociétal

Reconstruit ici ? Ailleurs ? Sur place ? Rénové !
jeudi 1er octobre 2009 à 08:26, par bernard_collot

Pendant 10 ans, devant la nécessité de reconstruire un collège, un long feuilleton où se mélangent intérêts divers, luttes politiques, luttes de prestige, incompréhension de la population, pour se conclure par une décision unilatérale du président du Conseil Général du Cher : il sera simplement rénové !

10 ans pour savoir si on allait donner aux jeunes d’une région un collège neuf sur place, ou ailleurs, pour finir par le même rénové, n’a jamais été la bonne question. La seule qui méritait réflexion, cela aurait été « quel collège pour le demi-siècle à venir » ?
Ce qui est dramatique, c’est que la nécessité de ne pas conserver ce collège vétuste a toujours été considérée comme un embarras, une source d’ennuis, de luttes politiques, d’enjeux financiers ou de prestige. Ouf ! nous voilà débarrassés ! on ne va pas faire durer le jeu plus longtemps, et il faut bien qu’il se termine, au bout de 10 ans, avant que nos enfants reçoivent un plafond sur la tête. Responsabilité nous dit notre président… du Conseil Général.

Tout un territoire, par la circonstance d’un bâtiment délabré, avait l’occasion de se pencher et de pouvoir agir sur la vie quotidienne et l’avenir de sa jeunesse, donc du sien. Et tout un territoire est resté silencieux et passif.
Oh ! Bien sûr ! Tous nos édiles nous dirons à quel point ils se sont pris la tête, se sont réunis, « engueulés » pendant 10 ans. Nous avons eu droit à quelques comptes-rendus et contre comptes-rendus, déclarations enflammées ou outragées. Mais il n’a jamais été question d’autre chose que de mètres carrés de terrains qu’on imaginait pouvoir acquérir tout en sachant qu’ils ne seraient pas achetables, de mètres carrés qui étaient offerts mais pas constructibles, de problèmes techniques, etc.
Mais, pour quel collège ? pour quelle future vie de nos enfants ? la question n’a jamais été posée, comme si elle allait de soi : un collège, c’est un collège, point ! comme un silo à grain est un silo à grain, un cuvage est un cuvage, une tour HLM est une tour HLM… encore que l’on ne construira jamais un nouveau silo ou un nouveau cuvage semblable au précédent sans se poser les questions de l’évolution, ou des évolutions à anticiper, des techniques et des pratiques, des nouveaux besoins, de ce qui était néfaste dans les précédents ; quant aux tours HLM, les urbanistes commencent seulement à faire une relation avec des conceptions qui datent du temps… de notre collège, et les conséquences qu’elles ont eu sur la vie des habitants des cités. Et quand on les démolit, ce n’est pas pour le reconstruire à l’identique.

Peut-on penser que cette réflexion a eu lieu ? Si oui, elle n’a pas dépassé le cercle fermé d’un ou deux bureaux. Entre qui ? Certainement pas avec les personnes directement concernées, enseignants, futurs parents d’élèves, élèves, population. Si oui, « on » ne leur a même pas fait part de cette hypothétique réflexion qui aurait pu, peut-être…enthousiasmer. A mon souvenir, il n’y a eu qu’une réunion publique, et encore, il fallait être au parfum et « gonflé » pour s’y introduire, et encore c’était pour présenter un projet bouclé (reconstruction sur site).
Mais voyons !S’il fallait demander l’avis à tout le monde, où irait-on mon bon monsieur ! Dans notre bonne démocratie, appeler à la réflexion collective pour qu’un projet, dont la vie de tous dépend, devienne l’affaire de tous, soit porté par tous, c’est incongru, inimaginable, voire dangereux ! Vous nous avez élu, nous savons où est votre bien. Dites merci. Sauf que dans toute concertation, il s’agit de faire émerger les besoins, faire exprimer les envies, les idées, les problèmes qui passent inaperçus ou qui peuvent être considérés comme importants seulement par ceux qui les subissent, pointer ce que l’on appelle habituellement « dégâts collatéraux », envisager les conséquences, etc... Et tout notable, tout expert, tout technicien, aussi altruistes soient-ils, ne vit pas quotidiennement ce que chacun de ses concitoyens, chacun des enfants, ados, vivent, eux, vont avoir à vivre.

Mais il faut bien avouer que tout un territoire est resté spectateur passif pendant 10 ans. Les véritables enjeux, autrement plus importants que l’endroit où poser la première pierre, ne nous ont pas effleurés. Ou nous n’avons pas osé nous les poser, assumer notre propre responsabilité de parents, de citoyens. Nous n’avons effectivement plus rien à dire. Nous sommes tous coupables pour n’avoir pas su être responsables.

Et pourtant, il y a bien eu des collèges qui ont été construits après et à partir d’une vaste réflexion collective (La Seyne dans le Var, collège CLISTHENE à Bordeaux qui a même fait le sujet d’un livre, collège Rosa Park à Châteauroux, etc.). Des collèges qui maintenant sont cités en exemple pour leur réussite, dont les populations sont fières et où enseignants et élèves y vivent plus heureux. Là, l’appel à la concertation n’était pas considérée comme devant obligatoirement aboutir à la foire d’empoigne !

La démocratie participative ? Cela fait bien dans les discours !
Si la dynamique d’une région devait être mesurée par autre chose que le PIB, l’histoire du collège ne nous placerait pas bien haut dans l’échelle.

Bernard COLLOT, futur parent d’élève du collège, citoyen, tout aussi coupable que ses concitoyens sancerrois.

commentaires
Un gâchis démocratique et sociétal - berry indépendant - 1er octobre 2009 à 18:05

Cher Monsieur Collot, bravo pour votre courage mais pourquoi se dire "coupable" comme tous "les gens de Sancerre" ? Certes, les petites "guéguerres" locales n’ont pas dû aider et cela rappelle les luttes picrocolines de La Borne qui durèrent des années pour accoucher d’un grand "Centre de céramique". Alors, si à La Borne, "on y est arrivé", qu’est-ce qui a bien pu causer cet échec à Sancerre ? Autrement dit : pourquoi tant d’efforts financiers accordés à la céramique contemporaine et pas grand chose pour le devenir des scolaires du Sancerrois ? Serions-nous désormais dans une société qui préfère "le spectaculaire" aux enjeux de la transmission du savoir ? Après tout, si l’on observe la politique de "grands travaux" du Conseil général (de gauche), il peut s’enorgueuillir d’avoir trouver les financements pour Noirlac, pour La Borne, pour le "Pôle du Cheval de Lignières", pour le futur grand Musée de la résistance, etc.. sans oublier l’énorme politique de créations d’emplois au sein même de la collectivité départementale. Alors, encore une fois : qu’est-ce qui a bien pu motiver cette décision ? Mais, sans aucun doute, c’est le manque d’argent ! Et sans affirmer que le "Conseil général est ruiné", il est évident que Sancerre fait les frais d’au moins 2 "causes malheureuses" : 1. Le désengagement de l’état sarkozyste qui doit une somme rondelette au CG du Cher. 2. Le dossier du collège de Sancerre arrive au plus mauvais moment : avec la crise et les suppressions des taxes locales (encore une décision de Sarko), le Conseil général est dans une situation vraiment délicate.


#23944
Un gâchis démocratique et sociétal - 1er octobre 2009 à  18:39

Le dossier du collège de Sancerre arrive au plus mauvais moment : avec la crise et les suppressions des taxes locales (encore une décision de Sarko), le Conseil général est dans une situation vraiment délicate.

Mouais, il y a dix ans, Sarko était pas là que je sache. Disons que c’est plutôt une excuse opportune ...

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