Tribune libre

La campagne de vaccination contre la grippe A : un non sens de santé publique ?

Deux médecins généralistes d’urgence et de permanence de soins s’expriment
samedi 30 janvier 2010 à 19:17, par J-J Coulon

Aux vues des données sur la pandémie de grippe A accessibles à tous sur internet, et de mon expérience de médecin généraliste d’urgence et de permanence de soins, cette question me semble opportune. Si en début d’année 2009, certaines inquiétudes pouvaient justifier une campagne médiatique un peu alarmiste, le moins que l’on puisse dire c’est que le déroulement de cette pandémie mondiale aurait dû permettre aux gouvernements et au nôtre en particulier de garder le sens de la mesure.

La campagne de vaccination contre la grippe A : un non sens de santé publique ?

En effet nous sommes passés assez rapidement du “la grippe aurait une mortalité directe plus élevé que la grippe saisonnière” [1] à “la mortalité de la grippe A est identique à celle de la grippe classique” [2].

Pas de syndromes grippaux alarmants

Cette meilleure appréciation du taux de mortalité se retrouve dans un bilan australien [3] qui confirme l’inutilité des fermetures scolaires, ainsi que dans une étude mexicaine publiée dans le Lancet qui confirme la virulence du virus pour les enfants, c’est-à-dire une diffusion rapide en milieu scolaire, mais qui infirme ce qui était supposé, à savoir une plus grande fragilité des enfants et donc une mortalité plus élevée.

Tout cela correspond précisément à ce que j’ai constaté depuis le mois de mai sur le terrain. Nous avons été amené à traiter, dés le mois de mai 2009, des syndromes grippaux légers “grippettes”. Je reprends volontairement l’expression du professeur Debré, conscient qu’elle peut choquer ceux et celles qui auraient été gravement victimes de ce virus, mais c’est pourtant ainsi qu’il convient d’évoquer les premiers cas de cette grippe, qui ne correspondaient pas aux critères retenus par l’OMS pour une grippe. En effet, une grippe est suspectée devant toute personne qui présente une température supérieure à 38°, ou des douleurs musculaires ou une fatigue, associées à une toux ou des signes respiratoires. Mais la température prise systématiquement au domicile du patient ou au cabinet était la plupart du temps inférieure à 38, avec ou sans traitement, seuls existaient dans la plupart des cas une fatigue isolée, une toux, parfois des douleurs musculaires. Donc, pas de syndromes grippaux alarmants.

Début Décembre 2009, fin du pic épidémique

A partir du 15 novembre dans notre département du Cher, nous avons observé une augmentation des cas syndromes grippaux « vrais » mais sans augmentation de cas justifiant une hospitalisation. Les formes très très bénignes restaient majoritaires chez les enfants. Ces données ont été communiquées aux autorités sanitaires quasiment en temps réel.
Puis début décembre nous avons assisté à une décroissance des cas de symptômes grippaux, informations transmissent là aussi aux autorités sanitaires, tout comme le fait que nous pensions que nous avons dépassé le pic épidémique.

Toutes ces données ont donc été transmises au ministère de la santé, et en raison de leurs concordances avec celles d’autres secteurs, nous espérions donc une réorientation de la prise en charge de cette pandémie ainsi que de la campagne de vaccination.
Or, nous avons constaté que le gouvernement persistait à gérer cette épidémie de manière alarmiste et démesurée. Cela m’a conduit à penser que la médiatisation de cette campagne de vaccination s’apparentait de plus en plus à un « non sens » de santé publique.

Pourquoi lancer une vaccination de masse ?

En effet, compte tenu des informations transmises régulièrement aux autorités sanitaires, tant au niveau national qu’international :

— Pourquoi lancer une vaccination de masse puisque l’on savait que :

1) Sauf mutation (risque qui pour cette année s’éloigne de plus en plus et qui existe également pour la grippe saisonnière) on s’acheminait vers une pandémie de niveau 1 ?

2) Qu’il faut au minimum 3 semaines pour obtenir une immunité, mais que nous étions (début décembre 2009) en phase décroissante de la pandémie (comme aux États-Unis). L’éventuel effet protecteur attendu n’aura donc été efficace qu’après le passage du pic épidémique, et il n’aura donc eu qu’une incidence négligeable sur le nombre de décès. D’autant que l’immunité du vaccin n’est pas acquise dans 100% des cas, et que cette immunité n’a été évaluée que par les laboratoires pharmaceutiques.

3) Pourquoi, alors que l’on a fermé des établissements scolaires, [4] concentrer des gens dans des centres de vaccinations ?

4) Pourquoi priver d’une immunité naturelle des générations d’enfants scolarisés et d’adultes, qui pourrait leur être très précieuse dans les années à venir, alors que cette grippe se révèle bénigne.

5) Pourquoi organiser une vaccination de masse alors que la saison hivernale de pathologies infectieuses commençait juste, et qu’il y a un fort risque d’interférence avec les effets secondaires de la vaccination et des pathologie infectieuses. Il nous a été très difficile de différencier certains effets secondaires dus à la vaccination et les signes cliniques d’une pathologie infectieuse [5].

6) Pourquoi, enfin, organiser une vaccination de masse pour une pandémie de stade 1 alors qu’elle risque d’accélérer la mutation du virus et d’avoir des répercussions dans les années à venir pour l’ensemble de la planète. La santé comme le respect de la planète exigent des réponses mondiales, pas uniquement pour le bénéfice des pays riches mais solidaires avec l’ensemble des habitants de la planète.

7) Le problème se pose également avec le recours massif aux antiviraux (dont l’efficacité n’est pas démontrée) qui favorisent eux aussi la mutation des virus, rassurent faussement les médecins et les patients, et retardent parfois les diagnostics et la prise en charge de surinfections bactériennes. Combien de décès pourraient être imputé à ce retard. Ce sera très difficile à déterminer. Pour notre part nous suspectons ce retard d’être responsable d’au moins 3 hospitalisations sur les 6 qui ont été nécessaires depuis le mois de septembre 2009, sur plusieurs centaines de patients que nous avons été amené à voir au cours de notre activité professionnelle.

8) Pourquoi ce comportement méprisant du ministère par rapport aux professionnels de santé ; non utilisation des généralistes en terme de santé publique, réception d’un courriel de la DGS [6] et un courrier nous imposant la prescription du Tamiflu pour vider les stocks de l’armée, les URML [7] ont insisté pour dire que si nous le faisions pas nous risquions des suites juridiques, toutes informations sans référentiel validés. Voir la lettre compte rendu auprès du ministère : http://www.formindep.org/.

Est-ce à dire que le gouvernement a eu tort sur tout ?

Non.

On ne peut pas lui reprocher d’avoir voulu anticiper les effets possibles de cette pandémie et donc d’organiser un plan de prise en charge qui sera peut-être utile si nous sommes confronté à une pandémie de stade supérieur donc plus grave.

On ne peut pas lui reprocher non plus, la commande préventive d’un certain nombre de lots de vaccins au début de l’été. Mais la vaccination des sujets à risques aurait due être la priorité dès que les premiers bilans de l’hémisphère sud ont été connus, en particulier ceux de la Réunion et de la Nouvelle Calédonie sud.
La réorientation de la vaccination a été rendu possible, car on a su (le gouvernement aussi) très vite que les services et les professionnels de santé pourraient faire face.

Le gouvernement a dérapé, passant d’un objectif de santé publique à un objectif politique

On peut estimer, au vu du déroulement et des informations mondiales disponibles sur cette pandémie, que le gouvernement a dérapé, passant d’un objectif de santé publique à un objectif politique.
Cela aura des conséquences pour l’instant non connues. Mais surtout une telle campagne de sur-médiatisation, si elle avait eu lieu au cours d’une pandémie de stade supérieure, aurait entraînée probablement, à la fois une désorganisation de notre système économique et social mais surtout du système de santé.

Tel n’a pas été pas le cas car, fort heureusement, cette pandémie de stade 1, a pu être prise en charge par l’ensemble des professionnels de santé et en particulier les médecins généralistes (qui auraient dû être intégrés dès le début dans la vaccination) et les réseaux de permanence de soins compte tenu de la bénignité globale.

Conclusion

On peut considérer qu’une fois de plus, que le lobbying des grands laboratoires a été efficace. Pour eux, ce fut une expérimentation grandeur nature sans risque, puisque les parents sont invités à donner ou refuser leur accord en toutes connaissances de cause (en particulier des effets secondaires potentiels de la vaccination) et que certains gouvernements les ont dédouané par avance pour les effets secondaires
C’est une vaccination tous bénéfices puisque nos états sont solvables.
Il est donc grand temps de s’interroger sur les liens entre nos gouvernants, l’OMS [8] et les laboratoires pharmaceutiques, comme va le faire la commission européenne, créée entre autre par le professeur en virologie et député européen Wolfgang Wodarg [9].

Il est certain que les fonds publiques engagés pour la grippe A représentent un vrai gâchis, eu égard aux autres pathologie du reste du monde :

« Alors qu’une pandémie de grippe a occupé ( partiellement,) les hôpitaux et les médias, tandis que les laboratoires chargés de la vaccins se frottent les mains, les vielles et peu rentables pathologies restent en pleine forme. Elles ont pour nom dengue, trypanosomiase africaine, leishmaniose, bilharziose, choléra....Et sont dites “tropicales”, comme les zones où elles sévissent, et “négligées”, car elles ne constituent pas une priorité pour la santé publique. Elles touchent environ un milliard de personnes dans les pays les plus pauvres, considérés comme non solvables par les laboratoires pharmaceutiques. » - Géo décembre 2009

Docteur Jean Jacques Coulon et Docteur Nicolas Dedieu Anglade, Médecins généralistes.

[1L’article d’Annie Hautefeuille, AFP du 24 août 2009, n’est qu’un exemple

[2Dépêche Reuters du 17 09 2009 déclaration du Docteur Marc Lipsitch

[3Article du Temps du 12/08/2009

[4l’inefficacité de cette mesure est démontrée et est confirmée par mon expérience de terrain

[5les effets secondaires seront vraisemblablement très minorés pour le plus grand bénéfice des laboratoires

[6Diretion Générale de la Santé

[7Union Régionale des Médecins Libéraux

[8Organisation Mondiale de la Santé

[9voir le journal l’humanité des 7 et 27 janvier 2010


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commentaires
La campagne de vaccination contre la grippe A : un non sens de santé publique ? - Sueann - 10 mai 2012 à 19:13

Votre article est passionnant et je vais d’ailleurs le signaler à une amie qui semble être du même avis que vous et je suis convaincue qu’elle m’en sera reconnaissante. Soyez remerciez pour ce billet et l’énergie pour partager ces idées. Je serais enchantée de pouvoir lire vos articles sur ce thème prochainement. Ca m’est extrêmement utile ! Merci 1000 fois

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La campagne de vaccination contre la grippe A : un non sens de santé publique ? - btissam mnari - 31 janvier 2010 à 16:07

Bonjour Monsieur Coulon et surtout à Monsieur Dedieu que je connais pour l’avoir consulté lorsque j’habitais le Prado et que j’ai vu au centre de vaccination... ;-))

Jeune diplômée adepte des cdds mal payés (et qui n’ont rien à voir avec mes études comme beaucoup de mes camarades), j’ai moi même été embauchée en tant qu’agent administratif pour travailler dans le centre de vaccination de Bourges. Ouf, pensai-je alors, je suis tranquille pour 6 mois cette fois, je vais pouvoir souffler un peu.

Je n’ai pas d’opinion tranchée sur l’idée du vaccin contre la grippe A ne possédant à mon sens pas toutes les données, surtout médicales, pour pouvoir me prononcer. Toutefois, au delà du supposé non sens de santé publique, je voulais surtout attirer l’attention sur le non sens des contrats qui ont été faits et qui aujourd’hui risquent de se retrouver au Prudhommes.

Il faut savoir qu’en plus de mobiliser du personnel médical sur leur temps de travail, l’Etat a embauché sur toute la France des personnes sous le statut de "vacataires" dans le cadre de CAE (contrat aidé de 6 mois devant se poursuivre jusqu’au 30 juin 2010.)

Ces personnes dont je fais partie, devaient travailler 3 mois au centre de vaccination (de janvier à fin mars) et 3 mois en association pour faire les statistiques post-vaccination.

Le gouvernement ayant décidé de fermer les centres fin janvier au lieu de fin mars (et à juste titre, cela causait trop de dépenses), nous pensions alors être affectées comme prévu au statistiques dans les bureaux de nos associations (18 CAE dans le Cher réparties sur différentes associations du département).

Or, la semaine dernière, on nous disait (9 des 18 CAE sont concernés sur le Cher) qu’il n’y avait plus de travail à nous faire faire, les statistiques ayant déjà été faites, et on nous mettait la pression pour démissionner.

Hors de question que nous démissionnions, cela reviendrait à perdre nos droits assedics.
De plus le code du travail dispose que l’employeur a l’obligation de nous fournir du travail jusqu’au terme du cdd.
Au pire il nous licencie, mais nous ne pouvons pas démissionner.
Cependant si notre employeur nous licenciait et donc cassait les CAE, il serait obligé de rembourser les aides perçues (salaires versées d’avance et autres exonérations) dans le cadre de ces contrats aidés.

Or, tant que l’employeur ne casse pas les contrats pour nous donner les attestations de fin de travail, nous ne pouvons pas toucher nos droits assedics.

Dans les deux cas, nous sommes lésés. Et on se sait meme pas quand les heures travaillées nous seront payées. Et l’employeur de dire "faîtes ce que vous voulez ! je n’ai aucune solution miracle..."

Que faire alors ? Il semblerait que seul les prud’hommes soient à meme de trancher si ce lundi 1 février, aucune solution amiable n’est trouvée.

Je suis déjà ulcérée de voir que mes études couteuses de commerce ne m’aient rien apporté, je suis encore plus enragée de voir le pétrin dans lequel nous a mis cette campagne de vaccination mal gérée.

Ainsi la grippe A n’aurait pas été qu’un non sens de santé publique, mais aussi une belle entourloupe pour précariser encore plus des personnes au chomage.
Et tous les centres de vaccination de France sont concernés.

Suite Lundi, espérons que la conciliation amiable marchera...sinon le Berry Républicain sera heureux je pense d’en faire ses choux gras.

Btissam M’NARI.