Revue de web du 01 au 07 Février 2010

Indésirables

lundi 8 février 2010 à 10:30, par B. Javerliat, bombix, Mister K

Des frais inutiles, un voile très politique, le social dans l’économie, des internautes qui l’ouvrent un peu trop, voilà, à tort ou à raison, quelques indésirables. Reste à savoir ce qui est défendable et ce qui ne l’est pas. Tout le monde ne sera pas d’accord sur ces sujets. Et c’est certainement une très bonne nouvelle et cela le sera tant que les pensées hétérodoxes, critiques ou poétiques pourront s’exprimer.

Société

Coût du voyage de Sarkozy à La Réunion

La visite de 24 heures de Sarkozy à La Réunion le 18 janvier dernier a coûté plus d’1,6 million d’euros :
 Transport : 815 000 euros (deux A319, un A 310, un Falcon 50)
 Raout présidentiel (Invitations, frais de bouche, hébergement... ) : 785 000 euros.
 Dont 50 000 euros pour la climatisation de l’estrade présidentielle !

Le coût du voyage est révélé par clicanoo.com, “le Journal de l’Île de la Réunion”. Curieusement, la presse métropolitaine n’en n’a pas pipé mot.

Politique

Le NPA présente une candidate voilée dans le Vaucluse

« Une femme peut être "féministe, laïque et voilée". »
Olivier Besancenot, 2010

« La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. »
Karl Marx, Critique de "La philosophie du droit" de Hegel, 1844

et confirmation :

« Sans être un militant d’aucune religion, je pense que l’on peut reconnaître la religion comme une source d’apaisement utile au fonctionnement de la République. »
Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l’espérance, 2004

Culture

Poésie sur le net

Jean-Michel Maulpoix est poète et professeur d’Université. On trouvera sur son site de la poésie bien-sûr, des notices sur des écrivains, des textes critiques. La poésie a-t-elle encore une place dans le monde d’aujourd’hui ? Sur internet ? M. Maulpoix pose ces questions, et apporte des réponses. Il se trouve aussi que J.M. Maulpoix a été happé dans une sombre affaire de diffamation via internet, pour avoir relayé le texte d’une personne en détresse. On trouvera donc aussi sur son site de précieux documents qui nous invitent à réfléchir sur la liberté d’expression sur internet. En particulier ce texte remarquable d’un juriste.

Education

Les sciences économiques heureuses du ministre Luc Chatel

Le ministre de l’éducation l’a dit. Il faut po-si-ti-ver. Il faut présenter aux élèves « les aspects positifs de l’économie ». La réforme du lycée, qui sera effective en seconde en septembre 2010, prévoit en seconde générale, entre autres joyeusetés, un enseignement obligatoire de sciences économiques et sociales. Au programme « Comment produire et combien produire » « Comment les entreprises adaptent-elles leur organisation à leur environnement ? » « Consommer ou épargner ? » etc. On l’aura compris : il s’agit, avant tout, de produire un bon producteur-consommateur docile et compréhensif. Si le consommateur a des droits, le chef d’entreprise a ses contraintes. Ah bon ? Les sciences-éco, c’est donc maintenant seulement ça ? Mais oui ! Avant les SES, c’était triste comme tout. On y parlait : du chômage, de la précarité, des catégories sociales, de la valeur ajoutée et de sa répartition, des salaires et des profits, des inégalités de revenus, des conditions de travail, des syndicats , et même, même … des services publics !
Mais heureusement, Luc Chatel a « toiletté » tout cela. Expulsée, la presque totalité critique du contenu de cette discipline ! L’ordre sarkozyste, ça commence dans les têtes. Plus on les prend jeunes, plus on sera efficace.

Médias & Multimédia

Indésirables

Les internautes sont la nouvelle chienlit. « Pas tous les internautes, certes : ceux qui se contentent d’y faire leurs courses n’ont rien à craindre. Ceux qui, par contre, s’en servent pour s’exprimer sur les réseaux sociaux, blogs, forums, et y témoigner, notamment, de leurs mécontentements, ceux-là font peur. Parce qu’ils osent s’attaquer de front à ceux dont le métier, ou la fonction, est de porter la parole publique, sinon de maîtriser, voire façonner l’opinion ». Finalement, le but du politique pourrait bien être « d’empêcher l’expression de pensées hétérodoxes ou critiques. »

Google et la fin de l’ère Gutenberg

Décidément, Google occupe les esprits. C’est d’abord un article du Monde, qui nous apprend le divorce entre le célèbre moteur de recherches et « le monde libre ». Un indice parmi d’autres : Canonical, la société qui distribue la célèbre distribution linux Ubuntu, distribution qui a rendu linux accessible à monsieur-tout-le-monde, a décidé de remplacer Google par Yahoo ! dans son installation par défaut. Détail ? Sauf que Yahoo ! s’est associée à Microsoft pour développer le nouveau moteur de recherches d’icelui, Bing. "Culturellement, nous étions dans un univers où il y avait un bouc émissaire : Microsoft symbolisait tout ce qui nous semblait aller dans la mauvaise direction. Aujourd’hui, la situation est bien plus complexe", résume Alexis Kauffmann, président fondateur du réseau Framasoft.
C’est vrai que la puissance grandissante de Google a de quoi inquiéter. Si les choses continuent dans le sens qu’elles ont pris, la quasi totalité des informations qui circulent dans le monde passeront bientôt nécessairement par le carrefour Google. Enjeu capital dans un monde où l’accès à l’information sera numérique ou ne sera pas. Un article de Jean-Christophe Feraud met l’accent sur la disparition prochaine — moins de dix ans ! — de l’imprimé. «  La révolution numérique est en train de mettre fin à la civilisation du papier en dématérialisant nos échanges »

« Google construit d’ailleurs déjà son meilleur monde numérisé sur les ruines de l’imprimé : début 2009, la firme californienne a carrément racheté une usine de pâte à papier au finlandais Stora Enso pour la modique somme de 50 millions de dollars... Pas pour alimenter les rotatives des « Echos » ou fournir les pages du prochain Goncourt. Non, cette fabrique située au milieu des forêts septentrionales de Summa Mile a été rasée pour construire un nouveau « data center » ! L’une de ces fameuses « fermes » de serveurs informatiques que Google essaime aux quatre coins de la planète pour indexer sans relâche la Toile et faire tourner son moteur de recherche à plein régime. »

Tout un symbole.

Futur

Désirable, ou indésirable ? Le monde de Minority Report est en tout cas très proche. Bluffant !

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commentaires
Indésirables internautes-citoyens... - Mister K - 8 février 2010 à 14:22

Arte diffusera le mardi 9 février 2010 à 20h35, un reportage nommé "les effroyables imposteurs" dont le blog Demain tous journalistes ? fait un petit résumé. A priori, ce reportage rentre tout à fait dans le cadre de l’offensive politique d’un plus grand contrôle d’internet, comme par hasard juste avant l’examen du projet de loi LOPPSI 2. Le titre est pour le moins évocateur du ton prévisible du reportage...

On va attendre de voir le reportage, réalisé par un journaliste professionnel, pour juger. Ensuite, on saura certainement qui sont ces "effroyables imposteurs"...


Indésirables internautes-citoyens... - bombix - 8 février 2010 à  15:58

Se battre contre l’effroyable amateur en brandissant le sceau divin de sa carte de presse, ce n’est pas à l’honneur d’une profession qui, au fil du temps, a toujours sur prouver qu’elle était capable de s’adapter au bouleversement permanent du monde et des usages.

En tous cas, elle prouve aujourd’hui une effroyable difficulté à s’adapter. Il n’est peut-être pas indifférent que les coups les plus rudes viennent aujourd’hui d’un journal comme Le Monde. Le Monde, qui était une référence en terme de journalisme de qualité, est en crise depuis des années. Plus il veut se rapprocher de ce qu’il suppose être le goût du public, plus il tombe dans la banalité et la médiocrité. En témoigne jusqu’à la caricature son magazine de week-end, d’abord le Monde II, puis aujourd’hui le Monde magazine ...
Mais il faut dire aussi que le Monde a opéré dans le même temps un sérieux virage idéologique. Il a milité avec tous les bobos pour le TCE en 2005, alors qu’internet organisait la résistance. Gens sérieux contre petits rigolos ... l’électeur a préféré l’analyse des petits rigolos. Les gens sérieux ne s’en sont pas remis. Depuis cette date, à gauche(*) comme à droite, ils n’ont qu’une chose en tête : prendre leur revanche et mettre de l’ordre dans tout ça. La ratification du Traité de Lisbonne par « les gens sérieux » ne leur suffit pas. Les petits rigolos doivent désormais se taire. Aucun Alain Minc ne présidera jamais la société des lecteurs d’internet. Alors bouclons internet. Première offensive : la calomnie. Deuxième étape : le contrôle du tuyau, comme en Chine ? Monsieur Xavier Bertrand, en signant un protocole d’accord avec le PC chinois, est-il allé prendre des cours ?

(*) cf. Monsieur Jacques Julliard qui s’effraie de l’extension de La démocratie d’opinion Il faut prendre le temps d’écouter cette conférence qui résume à peu près tous les reproches adressés à internet par l’intelligentsia française. Même un Roland Cayrol, qui n’est quand même pas un anarchiste hirsute !, s’amuse des frayeurs de Julliard. Il compare, à juste titre, les reproches adressés à internet aux reproches adressés jadis au suffrage universel. Oui la démocratie est exigeante. Oui la démocratie réclame des citoyens avertis. Donc, oui, la démocratie est difficile. Mais il n’y a pas d’alternative : soit on parie pour cette difficulté là et on se donne les moyens de la surmonter — en particulier par un effort du côté de l’éducation et de la culture ; soit on renonce à la démocratie. La IIIème République de la liberté de la presse fut celle de Jules Ferry et de son école. La Vème République finissante à l’ère de l’internet fut celle de Luc Ferry, philosophe mondain au port altier et à la mèche rebelle pour plateaux de télévisions, qui a décrit son expérience au ministère de l’éducation comme celle d’une impuissance totale ("Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démocraties")
On mesure la perte ...

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