Ferrat est mort

jeudi 1er avril 2010 à 06:23, par bombix

« On est malgré soi frappé par l’optimisme de cette génération. Aujourd’hui, le penseur le plus influent, ce serait plutôt Cioran. À l’époque, on écoutait Vian, Brassens ... Amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, baby-boom, construction massive de HLM pour loger tout ce monde-là. Beaucoup d’optimisme, de foi en l’avenir, et un peu de connerie. À l’évidence, nous sommes devenus beaucoup plus intelligents. »
Michel Houellebecq

Ferrat est mort
Chanson sans mémoire
Amour imité
Comme un vin sans boire
Comme un coeur jeté

L’avouerai-je ? Je n’ai jamais été un « fan » de Jean Ferrat. Quand ils trépassent, les gens, même les plus communs parmi les mortels, sont en général parés de toutes les qualités. Alors les artistes ... Que n’a-t-on pas entendu à propos de Jean Ferrat ? On l’a comparé à Brel, à Brassens, à Ferré. Cela semble nettement exagéré. D’abord pour cette raison simple : Ferrat n’était pas toujours l’auteur de ses chansons. Ce n’est pas une tare. Prenons garde cependant à ne pas confondre les interprètes qui chantent des textes écrits par d’autres, et les chanteurs auteurs compositeurs. Que l’on fasse la comparaison avec Brassens. Chaque chanson de Brassens est un morceau, un élément expressif de son génie propre. Certes, Brassens s’est risqué parfois à mettre d’autres poètes en musique. Il a toujours choisi les très grands : Villon, Hugo, Verlaine, Aragon ... Ce ne fut pas, reconnaissons-le, ses plus belles réussites [1]. Le meilleur dans Brassens vient de Brassens lui-même, quand son verbe, son ironie, sa mélancolie méditative et surtout sa poésie — parfois très haute et très pure — viennent se mêler au chant de sa guitare.
Tandis que Brassens, ou Ferré, étaient des poètes chanteurs, Jean Ferrat est plutôt à placer dans la catégorie des artistes de variété. Au reste il appartint, il faut l’admettre, parmi les plus honorables — et peut-être parmi les meilleurs — représentants du genre.
Une chose caractérisait les chansons de Ferrat. Leur « engagement ». « Un poète ne doit pas faire de politique » a dit un jour Léo Ferré. Il avait raison. Et dans son cas personnel, c’est sa poésie tout entière qui était une forme d’engagement. « A l’école de la poésie, on n’apprend pas, on se bat. » [2] Le poète peut bien rejoindre ceux qui luttent, il ne confond pas pour autant son combat et leur combat. La poésie est chez elle dans l’imaginaire, elle parle au désir, évoque et convoque les lointains. La politique a les pieds sur terre, elle calcule (toujours), elle renonce (parfois) ; elle s’appuie sur des forces bien réelles et tente de les mettre à son service. Désir contre volonté. Principe de plaisir contre principe de réalité. On n’imagine guère de conciliation possible. Quand la poésie ou la chanson servent la politique le résultat n’est jamais très heureux, quelle que soit la cause. Ferrat, chanteur « officiel » [3] du Parti, agaçait. Pas parce qu’il était le compagnon de route du Parti Communiste. Parce qu’il était le chantre d’un parti. La poésie advient quand à partir du plus singulier on accède à l’universel. Une poésie partisane est une incongruité. Chez Ferrat, cela se traduisait par des messages simples, sans nuances : bons contre méchants, ombre contre lumière, salauds contre justes. Saïgon vs ville Hô Chi Minh ... Il y avait là une sorte de naïveté manichéenne un peu bornée — certes utile quand on veut formater des militants, ou remplir des carnets de chansons pour boys scouts — mais qui laisse insatisfait.

Néanmoins, et quelles que soient les réserves que l’on peut formuler aujourd’hui à propos de l’oeuvre de Jean Ferrat, il faut reconnaître que celui qui a chanté La Montagne fait partie de notre histoire. J’appartiens pour ma part à une génération, issue des « milieux populaires » comme l’on dit, qui fut en partie éduquée par la chanson. Sans Jean Ferrat, nombre d’entre nous n’auraient peut-être pas connu Aragon. Sans Ferré, Baudelaire et Rimbaud.
Aussi je ne puis m’empêcher de penser que nous avons une dette vis à vis de lui, vis à vis d’eux. Dans la chanson française de cette époque, à textes comme on disait pour souligner son ambition culturelle, on trouvait de la poésie et on trouvait de la politique. La chanson parlait du monde et de la vie, sur un mode différent de ce que l’école nous enseignait.

Où trouve-t-on de la poésie aujourd’hui ? Qui s’intéresse encore à la politique ? On apprenait la semaine dernière que plus de soixante dix pour cent des 18-25 ans ne se sont pas déplacés pour les dernières élections régionales. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a un rapport à établir entre ces deux retraits. La poésie rêve la vie. La politique entend la changer. Un peu. Notre époque est persuadée que jamais rien ne changera, fondamentalement. Peut-être sommes-nous — et les plus jeunes en particulier — plus lucides, au fond.
Plus désespérés aussi. Car dans un univers de marchandises où la politique ne cherche qu’à ménager un fragile équilibre des intérêts, où nul grand rêve ne transcende la grisaille du quotidien, c’est tout simplement la possibilité de donner un sens à la vie qui, petit à petit, est rongée de l’intérieur.

Pourtant ...

La souffrance enfante les songes
Comme une ruche ses abeilles
L’homme crie où son fer le ronge
Et sa plaie engendre un soleil
Plus beau que les anciens mensonges
 [4]

[1Avec pourtant une exception, Les passantes, d’après un texte d’Antoine Pol, poète inconnu, trouvaille de Brassens chez un bouquiniste des bords de Seine à Paris.

[2Léo Ferré, dernier vers de Préface, Il n’y a plus rien, 1973

[3Il faut maintenir le mot, et les guillemets. Martin Pénet, dans l’article du Maitron, me semble bien résumer les choses quand il écrit : « Son œuvre, tissée d’élans généreux, de coups de gueule, de harangues, mais aussi d’idéologie manichéenne, est représentative d’une certaine époque du monde communiste français, entre Waldeck Rochet et Georges Marchais. La popularité de Ferrat résonnait, sans qu’il en eût peut-être lui-même conscience, comme un écho des intentions des directions collectives du PCF des années 1960-1970. Elle permettait notamment de maintenir le lien symbolique avec les poètes-phares chers au parti, car Ferrat les fit descendre dans la rue. [...] Simple passeur, Ferrat posait moins de problèmes au PCF qu’Aragon ou les intellectuels. Il n’était pas l’un d’eux, il ne s’adressait pas d’abord à eux. Il s’attachait à faire des chansons compréhensibles par le grand public et les jeunes gens. Jacques Duclos convint qu’il vivait à l’époque de De Funès, Georges Marchais à celle de Johnny Hallyday ; ils tenaient en Jean Ferrat un efficace antidote. »

[4Louis Aragon, Les poètes, mis en musique et chanté par Jean Ferrat dans ce qui restera sans doute son plus beau disque, Ferrat chante Aragon, en 1971


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commentaires
Ferrat est-il réactionnaire ? - Mister K - 13 août 2016 à 12:23

Une chronique de Bertrand Dicale de ce matin sur France Info pose une question simple : Jean Ferrat est-il réactionnaire ? Cette chronique m’a rappelé cet article de Bombix d’il y a plus de 6 ans maintenant, un 1er Avril, et les réactions qu’il avait suscité.
Bon, nous sommes en plein mois d’août mais France Info est une radio quand même pas mal écoutée... J’ai peur que Bertrand Dicale en s’attaquant à Ferrat, reçoive beaucoup de courriers... ;-)


Ferrat est-il réactionnaire ? - bombix - 21 août 2016 à  20:00

Salut Mister K. Oui, c’est assez tendance la chasse au réactionnaire. Sans être nouveau. Lindenberg en 2002 avait donné le ton, et cette chronique est tout à fait dans cette lignée. La question qui n’est jamais posée par ces gens est pourtant de savoir si certaines choses mériteraient d’être conservées, et pourquoi au fond il faut toujours, impérativement, que "tout" change. "Il faut que tout change pour que rien ne change", avait répondu un italien célèbre. Pour que les dominants continuent à dominer.
Sinon, en relisant mon article, j’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi il avait suscité une telle polémique ...

Répondre à ce message #42779 | Répond au message #42778
Post-scriptum : la femme est l’avenir de l’homme - bombix - 31 mai 2010 à 18:23
Le poète a toujours raison
Qui voit plus haut que l’horizon
Et le futur est son royaume
Face à notre génération
Je déclare avec Aragon
La femme est l’avenir de l’homme

Jean Ferrat, L’homme.

Trouvé dans le dernier bouquin de Christian Godin, Petit lexique de la bêtise actuelle, ce petit texte dont la méchanceté acerbe m’a réjoui :

« La femme est l’avenir de l’homme
Il est rare que la citation d’un écrivain, poète qui plus est, atteigne une telle popularité. La phrase a été tant de fois répercutée que son pouvoir de vérité est hors de tout soupçon. Il faut dire qu’elle a pour elle le bon sentiment du politiquement correct. Belle revanche des humiliées sur les humiliants !
Maintenant, si nous nous demandons ce qu’une telle phrase peut bien vouloir dire, nous risquons fort de faire buisson creux. Pour le sens, il faudrait d’abord que « la femme » en eût un. On voit bien qu’elle est ici opposée à l’homme, mais quant à savoir quel contenu il convient d’accorder à ce terme !... Le faire, c’est retomber dans les pires stéréotypes dont on croyait être débarrassé : la douceur, la patience, la féminité, quoi ! Et telle est la contradiction interne où se débat cette phrase idiote : tout en opérant une promotion sans pareille (quoique jamais personne, parmi les plus obtus des machistes, n’ait prétendu que la femme était le passé de l’homme !), elle retombe implicitement dans les plus éculés stéréotypes (l’homme est la guerre, la femme est la paix, l’homme est le pouvoir, la femme est l’amour, l’homme est la mort, la femme est la vie...). De Sémiramis à Indira Gandhi et Margaret Thatcher en passant par Christine de Suède et Catherine de Russie, l’histoire passée nous a assez montré qu’en matière de pouvoir la différence ne passait pas entre un homme fort et une forte femme mais entre un homme faible et une femme déterminée.
La seule façon de sauver le sens de cette citation serait de la rapporter à son auteur, Louis Aragon. Membre du parti communiste jusqu’à sa mort, ès qualités justificateur du pire, Aragon est un homme qui a cru aux lendemains qui chantent de la dictature du prolétariat. Cette phrase de la femme qui est l’avenir de l’homme est une manière discrète et polie d’envoyer balader ce fatras marxiste. Deuxième chose : chantre amoureux fou d’Elsa sa femme, dont le visage sans jamais sourire faisait police à lui seul, Aragon changea comme on dit d’orientation sexuelle après sa mort. Elsa était son surmoi sexuel comme le Parti était son surmoi politique. L’un lui disait d’aimer le prolétariat, l’autre lui disait d’aimer les femmes. En fait, Aragon n’aimait ni le premier ni les secondes. C’est cela que veut dire « la femme est l’avenir de l’homme », du moins si nous avons à coeur de sauver la phrase de son évidente imbécillité. »

Il est vrai que cet horrible macho de J. Brel avait déjà répondu, de façon plus lapidaire :

Il est vrai que souvent
La mer se désenchante
Je veux dire en cela
Qu’elle chante
D’autres chants
Que ceux que la mer chante
Dans les livres d’enfants
Mais les femmes toujours
Ne ressemblent qu’aux femmes
Et d’entre elles les connes
Ne ressemblent qu’aux connes
Et je ne suis pas bien sûr
Comme chante un certain
Qu’elles soient l’avenir de l’homme

L’honnêteté veut que l’on cite les vers qui précèdent immédiatement, car la mer qui se désenchante, qui chante d’autres chants que ceux que la mer chante dans les livres d’enfants, c’est peut-être le lointain souvenir d’une certaine Fanette ...

La différence entre notre époque et celle de Brel, c’est que Jef, autre figure de l’amoureux ridicule si souvent chanté par Brel (qu’il attende Madeleine, Mathilde ou Marieke), abandonné par une demi-vieille, une fausse blonde, une trois quart putain et vidant son chagrin sur le trottoir où les gens se paient sa tête y resterait sans doute bien seul ; ou consulterait un psy qui lui prescrirait des anti-dépresseurs ; ou s’assommerait devant les derniers jeux vidéos de sa toute nouvelle play-station...


Post-scriptum : la femme est l’avenir de l’homme - Pascale - 31 mai 2010 à  23:27

Ah ! cette manie de donner une phrase enlevée de tout contexte ! Et d’en écrire quarante pour la commenter.

J’en ai d’autres à vous fournir, et la liste est très loin d’être exhaustive. On pourrait en faire, des interprétations fallacieuses, abusives, amusantes, méchantes, réjouissantes, chagrinantes, grinçantes.

"Les hommes et les femmes sont ensemble, ça ne les empêche pas d’être chacun de son côté" (Lacan, Séminaire XIII, 6 mai 1972)

"C’est en tant que la jouissance est radicalement Autre que la femme a davantage rapport à Dieu", Lacan, 13 mars 1973

"Que veut la femme ?" Freud

La Femme, la femme, La femme, la Femme, les femmes, une femme...

... ça n’existe pas, on le sait

mais le mythe a la vie dure, et Brel n’y échappe pas plus que les autres.

Pour notre plus grand plaisir ?

Répondre à ce message #26921 | Répond au message #26916
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - Cyrano - 1er juin 2010 à  00:21

Même en replaçant cette citation dans son contexte, on pourrait en tartiner quelques lignes :

L’avenir de l’homme est la femme
Elle est la couleur de son âme
Elle est la rumeur et son bruit
Et sans elle il n’est que blasphème
Il n’est qu’un noyau sans son fruit
Sa bouche souffle un vent sauvage
Sa vie appartient aux ravages
Et sa propre main le détruit

C’est dans "Le fou d’Elsa" qu’on trouve ça. Ne pas confondre bien sûr avec "le Con d’Irène" (attribué à Aragon). Amusant : Jean Ferrat a transformé l’écriture de la phrase (peut-être pour des raisons mélodiques). Si on glose sur le vers d’Aragon, autant le citer tel quel : "L’avenir de l’homme est la femme"

Répondre à ce message #26923 | Répond au message #26921
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - bombix - 1er juin 2010 à  07:00

Si on glose sur le vers d’Aragon, autant le citer tel quel : "L’avenir de l’homme est la femme"

Oui, enfin, ça ne change pas beaucoup le sens. D’autre part, c’est le vers de Ferrat qui est entré dans la mémoire collective. C’est donc bien lui qui doit être commenté.
Je suis toujours amusé par cette astuce rhétorique qui consiste à invalider un commentaire au nom du contexte. "Le contexte", "le contexte vous dis-je !" Bon. Il est certain que certaines phrases ne sont intelligibles qu’à la lumière du contexte dans lequel elles s’insèrent. Mais dans ce cas, c’est au contradicteur de rappeler ce contexte, d’évoquer une totalité de discours qui permet d’avoir une perception juste de son sens. Mais hurler "le contexte, le contexte" sans plus, c’est ni plus ni moins que de l’intimidation.
Dans un autre contexte — c’est le cas de le dire ! — on avait vu Bensac manipuler le "contexte" devant Sabine Blanc et Julien Debord, dans un mémorable débat vidéo au Berry Républicain. Non sans succès d’ailleurs ... puisque Monsieur 1Go avait ainsi fermé la bouche à sa contradictrice en faisant un usage terrorisant de ce mot magique, "le contexte", ce qui lui permettait de ne pas assumer publiquement des déclarations par ailleurs fort claires et intelligibles.
Car il faut le dire, certaines paroles sont parfaitement intelligibles par elles-mêmes. "La femme est l’avenir de l’homme", c’est une formule, un mot d’auteur, une sentance ... voire un apophtegme. On peut tout à fait légitimement la prendre pour point de départ d’un commentaire puisque le propre d’une formule de ce type, c’est d’énoncer un jugement, de ramasser en quelques mots un point de vue sur une question.
Dans le cas précis, on est plutôt en présence d’un slogan d’ailleurs. Une formule qui bouche la pensée, plutôt qu’elle ne la provoque.

Répondre à ce message #26928 | Répond au message #26923
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - Pascale - 1er juin 2010 à  12:59

En complément d’information, voici simplement le texte de la chanson, qui date, ne l’oublions pas, des années 70 si ma mémoire est bonne (contraception admise depuis peu, avortement puni par la loi, épouse n’ayant pas le droit de prendre un appartement sans l’autorisation de son mari, ne parlons pas des salaires, et des métiers carrément interdits aux femmes, Yourcenar et l’Académie française etc, etc, j’ai connu ça). Les lecteurs en font ce qu’ils veulent, de cette chanson, avec leurs jugements et préjugés favorables ou défavorables. A mon avis, la situation ne s’est pas tellement améliorée en ce qui concerne le sort réservé à bien des femmes, c’est même plutôt en régression.

Je renvoie également au commentaire d’Aragon lui-même qui peut sans doute éclairer aussi le sens de la chanson, dans mon avant dernier post (en gros, c’est en se défendant ELLES MEMES que les femmes arriveront à changer non seulement leurs propres situations d’inégalité, mais que du coup elles feront avancer les relations entre les hommes et les femmes).

Le poète a toujours raison/
Qui voit plus haut que l’horizon/
Et le futur est son royaume/
Face à notre génération/
Je déclare avec Aragon/
La femme est l’avenir de l’homme/

Entre l’ancien et le nouveau/
Votre lutte à tous les niveaux/
De la nôtre est indivisible/
Dans les hommes qui font les lois/
Si les uns chantent par ma voix/
D’autres décrètent par la bible/

Le poète a toujours raison/
Qui détruit l’ancienne oraison/
L’image d’Eve et de la pomme/
Face aux vieilles malédictions/
Je déclare avec Aragon/
La femme est l’avenir de l’homme/

Pour accoucher sans la souffrance/
Pour le contrôle des naissances/
Il a fallu des millénaires/
Si nous sortons du moyen âge/
Vos siècles d’infini servage/
Pèsent encore lourd sur la terre/

Le poète a toujours raison/
Qui annonce la floraison/
D’autres amours en son royaume/
Remet à l’endroit la chanson/
Et déclare avec Aragon/
La femme est l’avenir de l’homme/

Il faudra réapprendre à vivre/
Ensemble écrire un nouveau livre/
Redécouvrir tous les possibles/
Chaque chose enfin partagée/
Tout dans le couple va changer/
D’une manière irréversible/

Le poète a toujours raison/
Qui voit plus haut que l’horizon/
Et le futur est son royaume/
Face aux autres générations/
Je déclare avec Aragon/
La femme est l’avenir de l’homme/

Répondre à ce message #26933 | Répond au message #26928
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - Pascale - 1er juin 2010 à  12:18

En réponse à Cyrano :

Louis Aragon (1897-1982) a théorisé son travail, comme la plupart des écrivains bien sûr : il se situe, après son passage remarqué au surréalisme, dans les traditions croisées de l’amour courtois, de l’épique, du pétrarquisme et de la défense de la langue française (à la manière des écrivains de la Pléïade par exemple). Le "je" qui parle n’est évidemment pas toujours le "je" de la réalité, quoique parfois si. En réalité, et il faudrait peut être fouiller dans le passé du poète pour en trouver quelques raisons, mais je me garderai bien de faire de la psychologie à deux balles, Aragon joue avec "je", il en fait un jeu, si j’ose dire. Beaucoup de métaphores et d’amplifications, c’est fait exprès (aller voir un site spécialisé, je ne me lancerai pas dans des explications sans fin).

Bien entendu, ne pas confondre l’homme et le poète.
Bien entendu, admettre que l’homme, comme tout homme, est parfois contradictoire.

Commentaire d’Aragon lui-même à propos de sa phrase si souvent commentée : "Je suis l’ennemi du règne de l’homme qui n’est pas encore terminé. Pour moi, la femme est l’avenir de l’homme au sens où Marx disait que l’homme est l’avenir de l’homme."

Moi, ces quelques vers, je les aime bien. Mais j’aime la poésie lyrique en général...

Répondre à ce message #26930 | Répond au message #26923
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - Cyrano - 2 juin 2010 à  09:23

"L’avenir de l’homme est la femme" ou "La femme est l’avenir de l’homme", je suis bien d’accord avec bombix, ça ne change pas beaucoup le sens (peut-être la façon de ressentir la formule) : « Oui, enfin, ça ne change pas beaucoup le sens. D’autre part, c’est le vers de Ferrat qui est entré dans la mémoire collective. C’est donc bien lui qui doit être commenté. »

C’est donc le vers de Ferrat qui est dans nos mémoires, maintenant. Pour la petite histoire, on peut remarquer comment le génie d’un musicien peut aussi donner à un texte un chatoiement qui n’existait pas tel quel dans le poème initial. Un exemple avec "Est-ce ainsi que les hommes vivent...", célèbre chanson de Léo Ferré, adaptée d’un poème d’Aragon : "Bierstube Magie allemande".

Léo Ferré n’a repris que 7 strophes sur les 11 que compte le poème initial d’Aragon. Il a décalé la dernière strophe en la faisant remonter à la cinquième position. Le petit refrain lancinant
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
est une idée à Léo Ferré. Ces 2 vers ne sont pas utilisés ainsi par Aragon (ils ne figurent que dans une seule strophe - non reprise par Ferré - et ces 2 vers ne sont pas le final de cette strophe). Cette façon de faire a donné au poème une puissance frémissante : Est-ce ainsi que les hommes vivent

Répondre à ce message #26937 | Répond au message #26930
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - bombix - 2 juin 2010 à  09:54

Pour la petite histoire, on peut remarquer comment le génie d’un musicien peut aussi donner à un texte un chatoiement qui n’existait pas tel quel dans le poème initial.

On trouve de pareils montages chez Brassens. Par exemple dans Les Passantes, d’Antoine Pol, ou dans Les oiseaux de passage de Jean Richepin, et on pourrait trouver d’autres exemples.

Cette façon de faire a donné au poème une puissance frémissante : Est-ce ainsi que les hommes vivent

Tout à fait. On peut signaler la très belle interprétation de Bernard Lavilliers également.

Mais parfois, on trafique les poèmes pour ne pas choquer. C’est ainsi qu’une chanteuse — dont on taira charitablement le nom — avait cru bon de supprimer, sans doute parce qu’elle trouvait cela vulgaire, dans une reprise de La complainte de Rutebeuf : "Et droit au cul quand bise vente" ... ce qui avait provoqué l’ire du grand Léo.

Répondre à ce message #26938 | Répond au message #26937
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - Mercure Galant - 2 juin 2010 à  10:23

Merci à Cyrano pour le lien ! Formidable interprétation de Marc Ogeret qui mériterait vraiment une plus grande reconnaissance. Une voix qui vous prend aux tripes à chaque fois qu’on l’écoute....

Répondre à ce message #26940 | Répond au message #26937
Post-scriptum : l’avenir de l’homme est la femme - Pascale - 2 juin 2010 à  13:02

Oui, il y a l’interprétation. Certains chanteurs mettent leur voix et leur corps même au service du poème et ça peut donner des choses bouleversantes. Ferré est maître en la matière : son interprétation de "L’affiche rouge" me fait toujours monter les larmes aux yeux. Mais même chose pour l’interprétation de Colette Magny de "Richard II quarante". Et celle de Charlebois, tiens, du poème de Rimbaud, "Sensation",celle de Montand dans "La Butte rouge"... je radote, je parle des chanteurs de ma génération. Ferrat ou Francis Lemarque s’effacent davantage derrière les poèmes. C’est encore autre chose.

Répondre à ce message #26943 | Répond au message #26940
Ferrat est mort - Pascal Goudy - 18 avril 2010 à 08:57

Une foi n’est pas contume, j’ai décidément du mal avec votre article sur la mort de Jean Ferrat, mais c’est azuusi avec une certaine gourmandise que j’entretien la polémique..si nous étions toujours d’accord quelle tristesse ce serait...N’est ce pas ? Vous terminez donc votre article en vous demandant où ce trouve la poésie aujourd’hui et en vous interrogeant sur la fibre "poétique" de la jeunesse...Les vieux cons se mettraient-ils en esquadrille ? Allons ! Ecoutez donc un certains nombre de rappeurs ou de slammeurs leurs vers parfois sont de pures oeuvres poétitiques. Bien amicalement encore une foi


Ferrat est mort - 18 avril 2010 à  18:37

Ecoutez donc un certains nombre de rappeurs ou de slammeurs leurs vers parfois sont de pures oeuvres poétitiques

Alors là, je veux bien des exemples...

Répondre à ce message #26602 | Répond au message #26598
Ferrat est mort - Pascal Goudy - 26 avril 2010 à  18:58

C’est bien LA question, et ce qui donne toute la validité à votre point de vue... et au mien ! Tout ceci, n’est heureusement que personnel...

Répondre à ce message #26736 | Répond au message #26602
Ferrat est mort - 26 avril 2010 à  20:08

Tout ceci, n’est heureusement que personnel

Ca s’appelle botter en touche !

Toujours pas d’exemple de pure oeuvre poétique de rappeur ?

Répondre à ce message #26737 | Répond au message #26736
Ferrat est mort - Pascal Goudy - 18 avril 2010 à 08:33

Apprecier un chanteur ou un poète, c’est aussi et peut être d’abord émotionnel non ? C’est un vers ou une chanson qui rencontre à un moment de votre existence votre réalité profonde. Quoi d’intellectuel là dedans ? Si ce n’est la magie du mot et du verbe. Je vous invite à réécouter un certain nombre de chansons de Jean Ferrat, avant de le ranger au rayon des artistes de variétés. Nuits et brouillards Son hymne à Brassens ,ou encore Comprendre, ma France bien sur, Je vous aime, mais aussi Camarades et bien d’autre encore. Une chose également me semble très spécifique à JF, c’est la manière casi fusionnelle avec laquelle il a mis en musique les poèmes d’Aragon. Réinventant véritablement par sa musique une oeuvre nouvelle. Et puis Jean Ferrat c’est aussi cet amour qu’il communique autour de lui. Un vrai poète populaire qu’il serait bien manichéen de ranger dans le tiroir communiste... Ecoutez donc J’imagine... Un seul "tiroir" lui va bien...humaniste... je vous dédie celle ci "Je ne suis qu’un cri" c’est bien sur un poème... de Jean Ferrat Amicalement PG.


Ferrat est mort - R.I.P. - Cyrano - 2 avril 2010 à 11:40

Ça commence moderato : « j’ai du mal à comprendre. [...] Je ne partage absolument pas votre point de vue sur Ferrat. » (franck, 1er avril 2010 à 08:48). Ça s’enchaine un peu plus andante : «  je vous trouve irrespectueux . » (danielle, à 14:47), « Un peu de respect pour ce grand poète disparu. » (Cath, à 18:15). La tension monte con fuoco : « bravo à tous pour vos réponses à cet article provocateur. » (michel, à 20:59). Ça se termine en vivace : « Ce que je vous reproche, ce sont les mots qui sonnent comme des insultes » (pascale, à 22:20). Du coup, après une première remarque moderato, franck, gagné par l’ambiance revient, mais en vivacissimo : « c’est énervant (ecoeurant) ce genre d’article [...] C’est un peu minable et bête ». (franck, 2 avril 2010 à 09:47).

C’est amusant de constater comment ça s’alimente la polémique, comment ça grossit. L’avis personnel de bombix n’est d’abord pas partagé, ok, chacun son idée - puis il devient irrespectueux - et pire, ça devient provocateur ! et même plus : c’est un article insultant. Pour finir : c’est un article minable, article de crétin. Tout ça parce que bombix a benoitement, en toute honnêteté, donné son avis sur Jean Ferrat (et on peut avoir un autre avis) :

« L’avouerai-je ? Je n’ai jamais été un « fan » de Jean Ferrat. [...]
« On l’a comparé à Brel, à Brassens, à Ferré. Cela semble nettement exagéré. [...]
« Jean Ferrat est plutôt à placer dans la catégorie des artistes de variété. [...] parmi les plus honorables – et peut-être parmi les meilleurs –— représentants du genre. [...]
« Une poésie partisane est une incongruité. Chez Ferrat, cela se traduisait par des messages simples, sans nuances : bons contre méchants, ombre contre lumière, salauds contre justes. Saïgon vs ville Hô Chi Minh ... [...]
« il faut reconnaître que celui qui a chanté La Montagne fait partie de notre histoire. [...]
« Sans Jean Ferrat, nombre d’entre nous n’auraient peut-être pas connu Aragon. Sans Ferré, Baudelaire et Rimbaud. Aussi je ne puis m’empêcher de penser que nous avons une dette vis à vis de lui, vis à vis d’eux.

Ça mérite le goulag - disons-le tout net.


Ferrat est mort - R.I.P. - Charles-Henry Sadien - 2 avril 2010 à  12:10

Ça mérite le goulag - disons-le tout net.

Non mais c’est incroyable ! Est-ce que les gens ont le droit de critiquer un article sans se faire traiter de stalinien ou de nazi, de copain de Bensac, de Félix ou de Galut ????

Il me semble quand même que les personnes qui ont réagi à cet édito n’ont pas cherché à polémiquer ou foutre la merde mais ont ajouté leur point de vue en désaccord avec celui de Bombix, tout à fait respectueusement, non ?

Perso, ce sujet ne l’intéresse pas. comparer the Beattles aux rolling stones, Oasis à Blur ou Ferrat à Brassens, savoir qui était le meilleurs, "qui c’est qu’à la plus grosse", même en citant Houellbeque et je ne sais pas quel historien renommé ou grand esprit éclairé, il n’en reste pas moins que le sujet c’est "ferrat a une plus petite kekette que brassens". Pourquoi pas. Mais dans ce cas, faut accepter que d’autres disent "ben non, c’est Ferrat qu’à la plus grosse" !

bon, bombix dit que Ferrat c’était de la variété (de qualité), que c’était bien mais que ça valait pas Brassens. Je préférais aussi brassens mais ça ne veut pas dire qu’il était "meilleurs que ferrat". D’autres préféraient ferrat mais aimaient bien brassens aussi etc... Bref, elle est où la polémique là-dedans ? A chacun ses mauvais goûts et à chacun le droit de les exprimer. Personne dans les messages de contributeurs n’a dit "c’est scandaleux, bombix au goulag, il faut censurer cet article etc".

Je n’ai lu que des messages de personnes qui n’étaient pas d’accord avec l’argumentation et qui expliquaient pourquoi, en toute sincérité et en toute bonne foi. tirer des phrases de leur contexte pour en conclure qu’il y a une sorte de lynchage qui réclamerait le goulag pour bombix, c’est quand même aller un peu loin, non ?

Répondre à ce message #26467 | Répond au message #26464
Ferrat est mort - R.I.P. - Cyrano - 2 avril 2010 à  12:39

Bah, enlevons "ça mérite le goulag", et écrivons, "ça mérite le goudron et les plumes", ou n’importe quoi d’autre - je m’en fous – ce n’était qu’une expression (peut-être inappropriée vue les fréquentations de Jean Ferrat).

Ce qui m’a amusé, c’était de voir comment au fur et à mesure des messages, la mayonnaise montait, montait dans les termes employés - c’était frappant. Et finalement, du coup, la moutarde montait au nez d’un intervenant qui après avoir rédigé le premier message manifestant un désaccord avec l’article de bombix revenait à la charge dans des propos nettement moins mesurés.

Je ne trouve pas, justement, que dans les réactions à l’article de bombix, les points de vue soient exprimés « tout à fait respectueusement. » comme vous le dites, cher sadien. Dire qu’un article est provocateur, ok, à la rigueur... mais lorsque on trouve l’article insultant, déjà on passe à l’orange... Et dire qu’un article est minable et bête, là, on passe au feu rouge. Je ne vois aucunement l’intérêt d’en arriver là. Bombix a exprimé son point de vue - ce n’est pas le mien, et je m’en branle : les gouts et les couleurs, ça se discute sinon on s’ennuierait. Il me semble qu’il y a un monde entre exprimer un point de vue différent (même avec vivacité) et s’exprimer comme des catho intégristes se sentant insultés parce qu’on aurait ironisé sur la religion chrétienne.

Répondre à ce message #26470 | Répond au message #26467
Ferrat est mort - R.I.P. - Charles-Henry Sadien - 2 avril 2010 à  13:08

Je ne trouve pas, justement, que dans les réactions à l’article de bombix, les points de vue soient exprimés « tout à fait respectueusement. » comme vous le dites, cher sadien. Dire qu’un article est provocateur, ok, à la rigueur... mais lorsque on trouve l’article insultant, déjà on passe à l’orange...

faut pas jouer les vierges folles non plus ! J’ai déjà vu des prises de positions, y compris de bombix, mister k ou moi même, mais aussi d’anonymes dans les forums qui étaient beaucoup plus hard à l’égard des bensac, narboux et compagnie ! Les "fans" ben faut comprendre qu’ils puissent être indignés même si y’a pas de quoi. Surtout que là encore, je le répète, si on prend en compte la globalité des réaction sans retirer des petites phrases, on voit bien que les réponses étaient argumentées, crédibles, et respectables.

Répondre à ce message #26471 | Répond au message #26470
Ferrat est mort - R.I.P. - Mister K - 2 avril 2010 à  13:56

faut pas jouer les vierges folles non plus !

Personne ne joue aux vierges folles. Le message de Cyrano était plutôt humoristique. Enfin moi, je l’ai compris comme cela.

Les "fans" ben faut comprendre qu’ils puissent être indignés même si y’a pas de quoi. Surtout que là encore, je le répète, si on prend en compte la globalité des réaction sans retirer des petites phrases, on voit bien que les réponses étaient argumentées, crédibles, et respectables.

Personne n’a dit le contraire. Nous sommes là dans le domaine des goûts personnels. Bombix peut ne pas être fan de Ferrat et à coté de cela, de toute évidence, plein de gens aiment sincèrement l’oeuvre de Ferrat et cela peut très bien s’expliquer.

Personnellement, ce que je trouve intéressant dans cet article, c’est qu’il est sincère. Et dans les nombreux hommages à Ferrat, on en a vu un grand nombre qui ne l’étaient pas. Pour beaucoup, c’était des hommages (incroyablement nombreux sur la toile !) mais de circonstances (électorales). Pour moi, la première chose nécessaire pour rendre hommage à quelqu’un, c’est d’être sincère. Sur ce critère, je pense que cet article est un véritable hommage qui interroge sur l’homme et son oeuvre.

Répondre à ce message #26473 | Répond au message #26471
Ferrat est mort - R.I.P. - pascale - 2 avril 2010 à  17:37

Merci Charles Henry.

Répondre à ce message #26479 | Répond au message #26471
Ferrat est mort - R.I.P. - franck - 2 avril 2010 à  12:35

Bonjour,

Puisque vous parlez de mes réactions à l’article et à Danielle permettez-moi de vous répondre.

Le sujet est comme vous avez pu le lire particulièrement sensible pour moi et d’autres, de là à parler de Goulag.... hum ! c’est pas ce qu’il y a de plus judicieux, mais ce n’est que mon avis. Il faut faire attention aux mots que l’on emploie...

Premièrement j’ai répondu "moderato" à Bombix parce qu’à mon avis (mais ce n’est toujours que le mien) il ne maîtrise pas vraiment son sujet tout simplement parce qu’il ne s’y est véritablement jamais intéressé, alors pourquoi éprouver la nécessité de publier un article sur Ferrat.

Un seul exemple que vous reprenez : « Une poésie partisane est une incongruité. Chez Ferrat, cela se traduisait par des messages simples, sans nuances : bons contre méchants, ombre contre lumière, salauds contre justes. Saïgon vs ville Hô Chi Minh ... [...]

Donc si l’on suit ce raisonnement, un poète (qu’il ait tort ou raison) devrait se contenter de parler des fleurs et des petits oiseaux. Donc, Hugo (contre Napoléon III) ou Aragon (contre les nazis et les collabos) n’auraient pas du évoquer les drames de leurs temps... je dois vous avouer que cela me renverse.

Concernant mon 2ème message il est adressé à Danielle qui a eu la gentillesse de me remercier de mon 1er message. Vous interprétez mes propos, ce n’est pas Bombix (l’auteur sur lequel je ne porte heureusement aucun jugement) qui est crétin et minable c’est bien son article.

Chacun de nous à son histoire et pour des raisons qui m’appartiennent, je vous l’ai déjà dit le sujet Ferrat est particulièrement sensible. Je voudrais terminer par une petite anécdote pour que vous compreniez pourquoi je réagis sans doute exagérement.

Il y a environ 4 ou 5 ans, Jean Ferrat a été accusé de revisionnisme et de négationisme, dans une revue judaique qui s’appelle l’arche à cause de sa chanson "Nuit et Brouillard" qui selon l’auteur nie la Shoah...
Jean a écrit à l’auteur de cet article pour lui dire sa façon de penser et lui conseiller dans une lettre assez ironique de consulter un psy.
Loin de lacher l’affaire l’auteur a répondu qu’il était typique d’un communiste comme Ferrat de vouloir envoyer les gens en hopital psychiatrique...comme en URSS...

Bref vous voyez ce que l’on peut laisser entendre sur un homme de son vivant...alors après sa mort... Chose "amusante", il y a quelques jours, voila qu’un blogueur (léon-marc lévy) sur le site internet du journal le monde (vous pouvez toujours le consulter en ligne) a commis un article avec exactement le même argumentaire sur "nuit et brouillard", malheureusement Jean n’est plus la pour se défendre....

Amicalement, Franck

Répondre à ce message #26469 | Répond au message #26464
Ferrat est mort - R.I.P. - Cyrano - 2 avril 2010 à  19:19

Je prends un temps pour répondre à franck.

«  il [bombix] ne s’y est véritablement jamais intéressé [à jean Ferrat], alors pourquoi éprouver la nécessité de publier un article sur Ferrat. » Ma foi, à chacun ses arcanes. « Je suis totalement dénué de sens critique. [...] Avoir le sens critique c’est porter le plus vif intérêt à un ouvrage qui, justement, vous paraît en manquer. » C’est Sacha Guitry qui écrivait ça, en préambule à son livre "Des merveilles". Et il ne parla jamais que de ce qu’il aimait (j’aime assez cette façon de voir les choses). Mais puisque bombix a eu envie d’écrire ça, il a donc eu raison de le faire ; et ça peut nous permettre d’échanger sur ce sujet (si les échanges restent de bon aloi) - ou tout simplement avoir envie de dire son ressenti ou son non-ressenti à la disparition du chanteur-poète.

« Le sujet est particulièrement sensible ». Ça ne m’avait pas échappé. Mais diantre, justement, il faut alors peut être tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de donner une réaction émotive. Le sujet est sensible, je comprends bien, il est lié à une sensibilité politique : sur les rayonnages, les œuvres croisées d’Aragon et d’Elsa Triolet, sur la table basse une pochette d’un 33 tours de Jean Ferrat. Mais est-il besoin de riposter comme si Jean Ferrat était une icône qui ne souffre discussion ? Est-il besoin de monter sur ses grands chevaux comme dans l’bon temps, lorsque on recevait une bordée d’injures (voire pire) si on émettait des doutes sur la patrie socialiste ?

Le chanteur, dans ses textes, ne mettaient pas ses idées dans sa poche. Certes, il y eut des titres malheureux : "Hou hou méfions-nous", et "Pauvres petits c...", par exemple. Mais là, on est dans les années 1968. Jean Ferrat épousait pratiquement tel quel dans certaines chansons les fantasmes du PCF sur le monde gauchiste. Bah ! Y’a largement prescription. Ça ne l’a pas empêché d’être lucide. Georges Marchais avait salué « le bilan globalement positif » de l’URSS. Ce n’était pas l’avis de Jean Ferrat. Il le chante avec ironie et amertume dans une belle chanson courageuse. On peut le voir chanter "Le bilan", en 1980, dans une émission télé de Michel Drucker. Dans cette chanson, on trouve en fin de chaque couplet, un merveilleux petit refrain obsessionnel :
« Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre,
Et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui. »

Ah, ce putain d’idéal, eh bien, Jean Ferrat continuera à le garder en lui. Ce qui fait qu’il a plutôt bien vieilli (que l’on pense à cet acteur "engagé" que fut Yves Montant et son émission "Vive la crise"). Il faut se souvenir d’une émission de télévision "La Marche du Siècle" en 1997, avec pour sujet le "Livre Noir du Communisme". Robert Hue s’emberlificotait en ex-stalinien honteux. Jean Ferrat était exceptionnellement sorti de sa grotte en Ardèche pour participer à cette émission : il fut le seul intervenant à porter, avec panache et sincérité, des valeurs de révolte contre le capitalisme. Pour les curieux, on peut voir la vidéo de la fin de l’émission.

C’est un joli nom, camarade...

Répondre à ce message #26485 | Répond au message #26469
Ferrat est mort - R.I.P. - franck - 2 avril 2010 à  21:17

Coucou Cyrano,

Merci d’avoir pris le temps de me répondre, surtout que c’est assez bien tourné et j’ai (même si vous vous en fichez peut-être) apprécié votre message.

Par contre ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Si le sujet est particulièrement sensible chez moi, ce n’est pas (quoique enfin pourquoi pas) pour des raisons politiques mais plus intimes (j’avoue néanmoins avoir les oeuvres croisées d’aragon et elsa, mais pour ma défense j’ai aussi tous les bouquins de Romain Gary et les mémoires de De Gaulle....) .

Amicalement

Répondre à ce message #26486 | Répond au message #26485
Ferrat est mort - R.I.P. - Mercure Galant - 3 avril 2010 à  11:36

Mais puisque bombix a eu envie d’écrire ça, il a donc eu raison de le faire ; et ça peut nous permettre d’échanger sur ce sujet (si les échanges restent de bon aloi) - ou tout simplement avoir envie de dire son ressenti ou son non-ressenti à la disparition du chanteur-poète.

Absolument d’accord avec Cyrano sur ce point. Et je crois que c’est bien là que se situe l’essentiel. je pense que bombix nous a simplement livré ici sa vision de Jean Ferrat, sans fard, ni hypocrisie. Bien sûr, je comprends tout à fait qu’elle puisse heurter, choquer, voire blesser certains à quelques jours de la disparition du chanteur. Beaucoup de lecteurs ont d’ailleurs souhaité réagir dans ce forum et c’est très bien ainsi. Il est aussi possible que beaucoup d’autres se contrefichent des positions de bombix sur le sujet et dans ce cas, ils ne viendront pas lire son article. Mais en aucun cas on ne peut lui reprocher d’avoir "osé" aborder ce sujet comme il l’entendait.

Répondre à ce message #26488 | Répond au message #26485
Ferrat est mort - R.I.P. - L’homme qui change de couleur - 2 avril 2010 à  17:28

Ferrat, il n’a tellement pas traversé les époques et les générations que moi, à presque 30 ans, je n’en avais jamais entendu parlé avant qu’il ne meurt.
Alors, je ne sais pas si Bombix est suffisamment respectueux ou pas de la mémoire de cet artiste, mais en tout cas, sur le fonds, j’ai surtout l’impression qu’il froisse la nostalgie enjolivée de certains.

(PS : désolé pour cet odieux troll)

Répondre à ce message #26477 | Répond au message #26464
Ferrat est mort - R.I.P. - franck - 2 avril 2010 à  18:33

Salut

J’ai 30 ans moi aussi.... donc y’en a un de nous deux qui devrait se poser des questions... (je blague)

Franck

Répondre à ce message #26482 | Répond au message #26477
Ferrat est mort - R.I.P. - Cyrano - 3 avril 2010 à  23:03

Mais... c’est un excellent avis, au contraire - ça replace la discussion dans une certaine réalité. Sans oublier "la nostalgie, camarade..." (mais là, bon, c’est du Gainsbourg). C’est peut-être pour vous l’occasion de découvrir, et si ça vous plait pas, eh bien, pas grave : y’a plein d’autres artistes qui poussent la chansonnette.

Dans Le Parisien-Aujourd’hui de ce matin 3 avril, que je viens juste d’ouvrir, y’a un article (page 26) sur l’engouement pour Jean Ferrat (sur les ventes de cd et sur les téléchargements et ventes internet). Cet article est en ligne : On s’arrache Jean Ferrat

Répondre à ce message #26500 | Répond au message #26477
Ferrat est mort - michel - 1er avril 2010 à 20:59

bonsoir, je ne comprends rien à votre article et je pense que vous ne connaissez ni l’homme ni son oeuvre.j’adore les 3 autres (brel,ferré, brassens) mais il n’est pas dans la meme catégorie......il est largement au dessus dans tous les domaines (mélodie et textes......) et il avait une dimension politique que les autres n’avaient pas.........je suis certain que l’on parlera encore de lui dans plusieurs dizaines d’années........alors que l’on confondera certainement jonnhy avec une marque de lunettes..............bravo à tous pour vos réponses à cet article provocateur.michel.


Ferrat est mort - ISA - 1er avril 2010 à 18:53

De nos jours pas un homme est capable de fédérer une telle admiration, pas un politicien, pas un philosophe, comment peut on ne pas être sensible à la personnalité de Jean Ferrat qui savait faire passer tant de choses, pour qui savait les écouter. S’il vous plait ne comparer pas Brassens Brel Ferré à Ferrat, apprécier.....


Ferrat est mort - Cath - 1er avril 2010 à 18:15

Bonjour,
Un peu de respect pour ce grand poète disparu.
Je suis aussi en désaccord parfait avec votre article. Et lorsque vous écrivez :
"Aussi je ne puis m’empêcher de penser que nous avons une dette vis à vis de lui".
Dommage que Monsieur Ferrat ne soit plus là pour vous répondre.
On ne peut comparer ce qui n’est comparable !!


Ferrat est mort - danielle - 1er avril 2010 à 14:47

J’ai 65ans et J’aime Jean ferrat et je vous trouve irrespectueux .Vous ne devez pas tout connaitre et Jean avait de la pudeur il ne s’imposait pas ,on l’écoutait si on aimait moi je dit respect au poète et merci .


Ferrat est mort - Eulalie - 1er avril 2010 à 10:05

Je viens d’envoyer un post qui n’a pas marché (peut-être pas assez de caractères ?). Je recommence : j’ajouterais à votre liste des grands, Colette Magny


Ferrat est mort - Eulalie - 1er avril 2010 à 09:54
Ferrat est mort - franck - 1er avril 2010 à 08:48

Bonjour,

Je tombe vraiment par hasard sur cet article et je dois avouer que j’ai du mal à comprendre.

Je ne partage absolument pas votre point de vue sur Ferrat et à mon avis si vous n’en faites pas l’égal de Brel, Brassens ou Ferré c’est que vous ne connaissez pas ou mal son "oeuvre".

Il est vrai que Ferrat n’a pas écrit toutes les chansons de son répertoire "seulement" environ 80 % par contre il en a composé toutes les musiques (à l’exception d’une) et mélodiquement il est bien au dessus des 3 autres.

Concernant l’écriture d’ailleurs on peut dire que sa mise en musique d’Aragon est une véritable réécriture, cassant les vers, changeant les phrases et les mots, Aragon lui même le disait à Ferrat et je ne vois pas en quoi sa mise en musique d’Aragon est "inférieure" à celle de Ferré (Brassens n’ayant mis en musique qu’un seul poème de lui.

Il a de plus aborder des sujets bien plus difficile et à mon avis plus universels que les autres : la déportation, le stalinisme, la lutte, les révolutions, l’écologie, le capitalisme, mais aussi l’amour, l’amitié, la famille, la nature, les animaux bref la vie d’un être humain de ce temps.

Il n’était pas l’homme d’un parti, mais un homme (discret) engagé dans son monde, ne cédant rien de ce qu’il croyait juste (qu’on soit d’accord ou pas), fidèle toute sa vie aux petits, aux sans grades et c’est bien pour cela que son décès a provoqué une si grande émotion dans le pays.

Ecoutez réellement et sans a priori ses albums, tout n’est pas parfait (notamment au tout début) mais quand même, en quoi Brel, Brassens et Ferré (il me semble qu’il y a quand même beaucoup de "déchets" chez ces 3 là aussi sont-il d’une autre catégorie ?

Pour l’anéctode, il est quand même étonnant qu’un homme qui n’a produit que 3 disques (pour autant d’émission de Télé) en 30 ans, sans compter la censure plus ou moins officielle dont il est l’objet toujours en tête des ventes de disques à chaque sortie d’album devant des machines comme Michael Jackson (en 1991), Madonna (en 1995) ou autres "Enfoirés" (actuellement).


Ferrat est mort - danielle - 1er avril 2010 à  14:52

Bravo pour votre réponse j’ai été plus courte mais je vous rejoins merci .

Répondre à ce message #26443 | Répond au message #26437
Ferrat est mort - pascale - 1er avril 2010 à  22:20

Quand j’ai lu votre article, j’ai pensé à une provocation, une (mauvaise) blague, un poisson d’avril...

Voyons, Bombix, vous saviez - j’espère - que toucher à Jean Ferrat à peine un mois après sa mort, ne pouvait que faire jaillir des réactions affectives de gens blessés. Ou alors, que comprenez-vous au genre humain ?

Pour ma part, Ferrat a accompagné mon enfance, mon adolescence, ma jeunesse pour de multiples raisons, dont des raisons politiques effectivement, mais pas seulement. Et quand j’ai appris ce samedi-là sa mort, j’ai pleuré, comme on pleure un être cher, comme on pleure un de sa famille. Certains peuvent en rire, d’autres ne pas comprendre, mais je dénie à quiconque le droit de juger.

Je ne vous reproche pas de ne pas être un "fan" de Ferrat. Vous en avez parfaitement le droit bien sûr. Ce que je vous reproche, ce sont les mots qui sonnent comme des insultes, ce sont les cautions derrière lesquelles vous vous réfugiez, ce sont les généralisations abusives que vous assénez. Alors que vous pouviez tout à fait dire ce que vous pensiez au moins en assumant vos propos, en disant "Je".

Les mots ? "messages simples" : je comprends "simplistes" quand ils sont suivis de "naïveté manichéenne", "bornée", "formater des militants". Analyse ô combien perspicace, belle idée de l’engagement communiste que je laisse à l’appréciation des lecteurs de cette "sensibilité" et qui s’y retrouveront probablement !

Les cautions ? Léo Ferré : "Un poète ne doit pas faire de politique" ... et pourtant le grand Léo, que j’admire, a chanté "Les anarchistes" et "Ils ont voté et puis après" (et c’était très bien vu).

Caution toujours, Le Maitron. C’est le pompon, la cerise sur le gâteau, le nec plus ultra de l’analyse fine d’historiens (?) qui se mettent à faire de la critique musicale (et un peu politique, n’est-il pas ?). Le Maitron donc, de reprendre le "manichéisme" que vous mettez décidément à toutes les sauces. Pour le Maitron, le pauvre Ferrat, "sans qu’il en eût (appréciez le subjonctif, très littéraire) conscience", était manipulé par le grand méchant PARTI. Faut-il pleurer, faut-il en rire ?.

Les généralisations ? "Ferrat...agaçait" Ah bon ? Qui ça ? Vous ? d’autres ? Oui, sans doute. C’est peut être bien tout à son honneur. "Quand la poésie ou la chanson servent la politique, le résultat n’est jamais très heureux" : belle leçon à mettre sur les tableaux noirs en guise de morale, sujet de dissertation en classe de première, qui reste à démontrer. Je passe sur les "on" : on est un imbécile, c’est bien connu, et votre article en est farci, de ces "on" qui englobent parfois je ne sais qui, parfois je ne le sais que trop.

Réponse "d’humeur", comme on dit, à un article que je juge en partie déplacé et pas honnête. Même si par ailleurs vous reconnaissez - avec une pointe de condescendance tout de même - des mérites à Ferrat, même si je suis en accord avec d’autres parties de l’article, il reste que les "petites phrases", les expressions assassines et perfides restent et laissent à la lecture que j’en ai faite un goût d’amertume et une certaine colère.

Répondre à ce message #26452 | Répond au message #26443
Ferrat est mort - franck - 2 avril 2010 à  09:47

Merci Danielle de votre message,

C’est vrai que c’est énervant (ecoeurant) ce genre d’article sans arguments véritables (vu qu’on ne peut pas en trouver) et avec autant d’a priori. C’est un peu minable (je crois que c’est le mot juste) et bête.

Avec son décès, j’ai ressenti (peut être comme vous) la perte d’un ami, un père, un camarade. Jean ne mérite donc vraiment pas ça, mais heureusement ses amis sont toujours là pour relever le gant et le défendre.

Très Amicalement, Franck

Répondre à ce message #26457 | Répond au message #26443
Ferrat est mort - 2 avril 2010 à  13:23

Je pense que Jean n’aurai pas aimé cette polémique autour de son départ dans ce dernier train, il aurait aimé mourir debout dans un champ ou dans un bois au soleil .JEAN aimerai que l’on profite de la vie qu’il aimait à perdre la raison .

Répondre à ce message #26472 | Répond au message #26437
Ferrat est mort - bernard 1946 - 17 décembre 2010 à  17:32

ferrat le magnifique.je connais toutes ses chansons .pas de polemiques inutiles svp.l’homme de nuit et brouillard merite le respect.pour moi c’est le plus grand ecoutez robert le diable et bien d’autres merveilles.a tout jamais je vous aime.

Répondre à ce message #30655 | Répond au message #26437