Une fois n’est pas coutume, nous allons nous pencher sur la programmation de ce 34ème Printemps de Bourges. Comme habituellement à Bourges, il y en a pour un peu tout le monde, chacun peut y trouver son bonheur...mais au final, tout le monde restera sur sa faim : le grand public sera frustré de ne pas y trouver plus de gens "connus" ou se heurtera à des spectacles complets ; ceux qui se déplaceront pour des artistes ou concerts plus pointus seront souvent frustrés par la durée des concerts ou par les conditions d’écoute. Rien de nouveau sous l’hypothétique soleil berruyer ? Justement si, comme chaque année, les découvertes resteront certainement le seul véritable intérêt du festival.
A mort le Phénix !
Le Printemps de Bourges s’enorgueillit d’être un des rares festivals à proposer des concerts en salles et donc de proposer des conditions d’écoute plutôt très bonnes par rapport à d’autres festivals qui se déroulent en plein air...et donc parfois sous la pluie et dans la boue. C’est vrai, mais pas totalement. La principale salle, le Phénix, celle qui attire globalement le public le plus nombreux, qui programme les artistes les plus connus et qui donc fait rentrer le plus d’argent dans les caisses du festival, est un chapiteau. Certes, un chapiteau pas trop calamiteux mais un chapiteau quand même. Donc pas de pluie, pas de boue mais des conditions d’écoute très loin d’une salle classique. Est-il bien raisonnable de faire jouer des artistes comme Rodrigo y Gabriela dans un tel endroit ? Outre les conditions, il y a aussi la durée des concerts qui, s’ils s’avèrent beaucoup moins chers que dans la plupart des salles, sont aussi souvent amputés de façon très importante au niveau de la durée. Un spectacle de 2h30 ailleurs se réduit très souvent à 1h30 à Bourges. C’est le cas de spectacles de nombreux artistes qui se produisent au Phénix, il vaut mieux le savoir avant de venir sous peine de ressortir plutôt déçu. Vous l’aurez compris, on vous déconseille les spectacles du Phénix même si certains artistes qui s’y produisent valent le détour. De toute façon, la plupart sont complets, la question ne se pose donc pas.
Une création et l’Afrique du Sud à l’honneur
L’intérêt d’un festival, c’est de découvrir des artistes que l’on a pas eu l’occasion de voir durant l’année ou d’aller voir des spectacles que l’on ne pourra certainement pas voir ailleurs [1]. Cette année, le gros ramdam de la programmation du Printemps de Bourges a été réalisé autour du spectacle "Les Françoises" qui regroupe six chanteuses plutôt connues : Olivia Ruiz, Jeanne Cherhal, Emilie Loizeau, La Grande Sophie, Camille et Rosemary de Moriarty. Sur le papier, cela a de la gueule, mais attention, comme au football, l’alignement des noms ne fait pas forcément un grand spectacle, même si la présence d’Édith Fambuena (Les Valentins) aux manettes fournit un a priori favorable. De toute façon, là aussi, c’est complet. Puisque l’on parlait football, en cette année de coupe du monde l’Afrique du Sud est à l’honneur dans la programmation de ce Printemps 2010. La pointe d’audace de la programmation 2010 se situe certainement là. Une occasion presque unique de découvrir des artistes comme BLK JKS, Gazelle, Ben Sharpa, 340ML ou encore Nibs van der Spuy.
Les découvertes
Même si, bien souvent, il faut relativiser les découvertes du Printemps de Bourges qui ont parfois une (longue) histoire voire même une maison de disque bien avant d’arriver à Bourges, il faut bien reconnaître que pour tous les passionnés de musique, c’est l’occasion de découvrir des groupes ou artistes dont on a parfois entendu parlé, mais que l’on a rarement vu ou entendu. Cette année, ce sera le cas pour une trentaine de groupes et artistes venus de toute la France, avec entre autres nÄo, The Popopopops ou encore L. Ils bénéficieront tous potentiellement d’une énorme couverture médiatique, qui, sait-on jamais, peut les faire connaître à un plus large public.
Conclusion
Ce rendez-vous du Printemps de Bourges est incontournable pour de nombreux professionnels puisqu’il ouvre la saison des festivals et que tout ce beau monde ne s’est souvent pas croisé depuis les Transmusicales de Rennes qui ont eu lieu en décembre. Pour le public, là, les choses sont différentes ; pour les locaux et les habitants de la région qui aiment la musique, c’est l’événement de l’année puisque le reste du temps, ils sont à la diète. Ils mangent ce qu’on veut bien leur donner à manger autour de ces 4 grosses journées de festival. Pour les autres et notamment les parisiens, le Printemps de Bourges n’a d’intérêt que pour ses découvertes et aussi éventuellement pour les groupes qui joueront hors programmation officielle, dans divers lieux de la ville [2]. Cette année ne fait pas exception. On a là une programmation pas racoleuse, une programmation d’équilibriste qui au final tient debout. C’est déjà pas si mal.
[1] Pour les habitants de Bourges ou de la région, il est certain que c’est le cas pour la plupart des artistes vu la pauvreté de la programmation musicale dans le coin...
Une programmation d’équilibriste
- papagayo- 11 avril 2010 à 05:35
Comme le Printemps a oublié d’être idiot, il prend comme argument la prestation écourtée des artistes pour payer des cachets moindres : il suffit d’y penser.
Une programmation d’équilibriste
- papagayo- 11 avril 2010 à 05:34
Tout d’abord, c’est un détail, c’est le Phénix et non le frère du groupe Phoenix.
Ensuite,, l’acoustique du Phénix est déplorable et les conditions d’accueil peu enviable pour un festivalier qui se tape les quatre concerts sans pouvoir bouger du périmètre pendant des heures, obligés de faire la queue pour pisser, pour consommer des bières très chers et coupées.
Enfin, la programmation est à l’image de la Samaritaine, de tout pour tous, sans véritable choix comme aux Transmusicales qui font le même nombre de public avec juste une "vedette" : Gaëtan Roussel...
Dire qu’un hommage est rendu à l’Afrique du Sud, l’année de la Coupe du Monde, quelle originalité, c’est se moquer du monde vu le peu d’artistes et l’éparpillement...
PS : La fréquence de retour de certains artistes frise le copinage voire le dépasse mais ne soupçonnons pas la bande à Colling d’être une mafia...
Une programmation d’équilibriste
- Mister K- 11 avril 2010 à 09:34
Tout d’abord, c’est un détail, c’est le Phénix et non le frère du groupe Phoenix.
Oui ;-) Merci, c’est corrigé.
Dire qu’un hommage est rendu à l’Afrique du Sud, l’année de la Coupe du Monde, quelle originalité, c’est se moquer du monde vu le peu d’artistes et l’éparpillement...
Le thème de l’Afrique du Sud n’est pas original, c’est sûr. Mais les artistes le sont.
PS : La fréquence de retour de certains artistes frise le copinage voire le dépasse mais ne soupçonnons pas la bande à Colling d’être une mafia...
Bon, c’est le petit monde des professionnels de la musique et comme dans la mode ou le cinéma, on a des amis avec qui on travail plus souvent. Il y a donc évidemment du copinage.
Une programmation d’équilibriste
- Charles-Henry Sadien- 11 avril 2010 à 12:41
PS : La fréquence de retour de certains artistes frise le copinage voire le dépasse mais ne soupçonnons pas la bande à Colling d’être une mafia...
Bon, c’est le petit monde des professionnels de la musique et comme dans la mode ou le cinéma, on a des amis avec qui on travail plus souvent. Il y a donc évidemment du copinage.
A la question « Votre coup de cœur musical du moment ? », M. Daniel Colling, répond, sans rire : « Izia ». Il ne précise pas qu’il est le producteur de Izia. Que Izia est la fille de Jacques Higelin. Que Jacques Higelin a pour producteur... Daniel Colling. Qu’il est écrit partout qu’Izia a fait ses débuts et a été « révélée » au... Printemps de Bourges. Dont le directeur est... Daniel Colling. La boucle est bouclée.
Après ça, je ne m’étonne pas que l’on trouve encore des gens qui banalisent l’affaire Jean Sarkozy, pistonné par son papa, en invoquant le fait que « mais tout ça, c’est comme partout ! ». Moi, je n’excuse pas ou ne banalise pas ce genre de pratiques sous prétexte que c’est partout pareil.
Par ailleurs, il n’est pas évoqué dans cet article le changement radical d’esprit de la programmation qui s’est opéré depuis bien longtemps. A l’origine, le PdB avait pour vocation de révéler les artistes de demain. Aujourd’hui, il se contente de vouloir "refléter les tendances du moment". Il en résulte une programmation racoleuse (contrairement a ce qui est estimé dans l’article) qui se contente de réunir d’une part ce qui a été encensé par les quatre ou cinq magazine musicaux professionnels "leaders d’opinion" (encore qu’il y aurait beaucoup à dire sur le professionnalisme de ce type de presse, et je sais de quoi je parle) et d’autre part ce qui a recueilli un succès auprès du public.
Ce qui explique que lorsqu’on regarde les programmations précédentes, on se remémore une myriades d’artistes qui avaient été présentés comme des révélations et comparés aux plus grands groupes de l’histoire du rock... et qui finissent trois ou quatre ans plus tard aux oubliettes.
Bref, la programmation est volatile, et futile.
De plus, le simple fait de dire que le PdB a pour vocation de refléter les tendances du moment contredit un autre argument qui est mis en avant pour la programmation : celui du raccourcis énorme qui consiste à dire "qu’il y en a un peu pour tout le monde au Printemps de Bourges". Dans le champ des musiques dites "commerciales", il n’y a pas cette année de concert de metal (un groupe sur facebook s’est constitué pour le regretter) et de soirée reggae, par exemple. Mais de nombreux courants musicaux, beaucoup plus marginaux car non commerciaux et n’intéressant pas la presse musicale grand public, sont totalement écartés.
On nous répond que ces courants n’entrent pas dans les cordes et la philosophie du PdB qui se penche sur les musiques dites "populaires" (pas de jugement de valeur : les musiques "populaires" du PdB sont assez souvent aussi intéressantes que celles qui sont plus "pointues" voire "élitistes"). Ok, pas de problème, c’est un choix artistique qui se respecte. Mais dans ce cas, il ne faut pas dire qu’il y en a pour tout le monde. Ce n’est pas un drame de le dire : cette idée préconçue est tout simplement fausse.
Une programmation d’équilibriste
- Mister K- 11 avril 2010 à 14:48
Par ailleurs, il n’est pas évoqué dans cet article le changement radical d’esprit de la programmation qui s’est opéré depuis bien longtemps. A l’origine, le PdB avait pour vocation de révéler les artistes de demain.
Bon, l’article évoque la programmation 2010, pas l’évolution de la programmation depuis 1977. Ensuite, il y a eu plusieurs évolutions dans la programmation du Printemps de Bourges depuis cette époque. La programmation de 1977 était très centrée sur la chanson française. D’ailleurs, le sous-titre du festival était "Festival Chansons". Quand on s’y penche un peu, on s’aperçoit que la programmation évolue dès 1982-83. Et puis, en 1977, on ne peut pas dire que Charles Trenet, Les frères Jacques ou Serge Regiani étaient des inconnus. Et depuis 1983, les découvertes ont pour vocation de "révéler les artistes de demain", elles existent toujours en 2010.
Il en résulte une programmation racoleuse (contrairement a ce qui est estimé dans l’article) qui se contente de réunir d’une part ce qui a été encensé par les quatre ou cinq magazine musicaux professionnels "leaders d’opinion" (encore qu’il y aurait beaucoup à dire sur le professionnalisme de ce type de presse, et je sais de quoi je parle) et d’autre part ce qui a recueilli un succès auprès du public.
Bon, chacun a potentiellement une définition différente de ce qu’est une programmation racoleuse. Mais si on parle en relatif, par rapport à d’anciennes éditions du PdB, je pense par exemple aux années où sont venus à Bourges Patrick Bruel ou Patricia Kaas par exemple, on peut dire que la programmation de cette année est plutôt sobre. Après, on pourrait imaginer une programmation sur le même esprit que les Transmusicales à Rennes par exemple. Mais cela ne serait plus le Printemps de Bourges qui clairement, est en grande partie suiveur et ce depuis très longtemps.
Ce qui explique que lorsqu’on regarde les programmations précédentes, on se remémore une myriades d’artistes qui avaient été présentés comme des révélations et comparés aux plus grands groupes de l’histoire du rock... et qui finissent trois ou quatre ans plus tard aux oubliettes. Bref, la programmation est volatile, et futile.
Oui, comme édition précédente, on peut prendre celle de 1977 par exemple. Clairement, on n’entend plus beaucoup parler de Julos Beaucarne ou Michèle Bernard par exemple. Pourtant, ils font encore des choses. Sérieusement, il est impossible de prévoir "la carrière" d’un artiste. Les groupes ou artistes qui réussissent sont au mieux des artistes de l’année. Rare sont ceux qui réussissent une carrière sur 30, 40 ou 50 ans. Donc, statistiquement, la plupart se retrouvent aux oubliettes un jour ou l’autre. De toute façon, les "musiques actuelles" sont par définition volatiles et futiles.
Mais dans ce cas, il ne faut pas dire qu’il y en a pour tout le monde.
ll est évident que c’est une formule qui ne peut pas être rigoureusement exacte. Mais fondamentalement, le PdB est un festival généraliste. Cette année il n’y a pas de Métal ni de Reggae, mais d’autres années il n’y avait pas de musique électronique ou de Hip Hop. Maintenant, veux bien que certains n’écoutent que du Reggae ou du Métal...mais dans ce cas, ils ont la possibilité de découvrir plein d’autres choses dans la programmation du PdB :-) Et puis, il n’y a pas que le Printemps de Bourges dans l’année, on peut trouver des festivals orientés Reggae ou Métal.
Une programmation d’équilibriste
- papagayo- 12 avril 2010 à 02:59
Colling a déclaré texto à l’AFP (pas au bistrot du coin) que la programmation de cette année était "un peu plus artistique" que précédemment...
Outre qu’il faut être gonflé pour lancer une telle phrase, cela montre bien qu’il n’y connaît strictement rien en musique mais beaucoup en bizness...
Le menu est concocté en fonction des disponibilités des groupes et artistes, de leurs demandes peu gourmandes en raison des cachets pratiqués...
Rien n’est fait spécialement pour le Printemps hormis Les Françoises (j’attends de voir le massacre éventuel...) ou l’hommage pitoyable à Gainsbourg et les intéressantes résidences au Théâtre Jacques-Coeur, de Camille et Emily Loizeau...
Les artistes jouent deux fois moins de temps que d’habitude ce qui les frustrent autant que le public venu pour eux spécialement mais c’est la rançon de l’économie du PdB qui paie moins cher leur prestation réduite dans le temps...
Parler de direction artistique du festival c’est comme demander la ligne éditoriale d’un rayon de supermarché : l’essentiel c’est que le public paie ses places et que les salles soient remplies, point final.
Enfin, les tarifs pratiqués eux ne sont pas discount et l’argument de dire qu’ils sont moindres qu’à Paris ne tient pas car les concerts n’ont rien à voir... dans la durée et la qualité...
Maintenant qu’il n’y ait ni soirée métal ni soirée reggae, comme il n’y a pas eu avant de soirée techno ou hip hop, c’est juste une question d’opportunité, pas de direction artistique...
Je terminerai juste en évoquant la condescendance extraordinaire dont font preuve les "parisiens" qui débarquent dans le Berry profond.
Ces gens pensent détenir la science infuse et estiment qu’ils viennent évangéliser les foules abruties de la province : pauvres types et nanas. Qu’ils restent dans leur capitale à la con qui tourne en rond...
Une programmation d’équilibriste
- Mister K- 12 avril 2010 à 08:52
Je terminerai juste en évoquant la condescendance extraordinaire dont font preuve les "parisiens" qui débarquent dans le Berry profond.
S’auto-décrire comme Berry profond, c’est déjà se dévaloriser. Vu les moyens de communication actuels, ce terme n’a plus de sens. C’est une caricature du passé.
Ces gens pensent détenir la science infuse et estiment qu’ils viennent évangéliser les foules abruties de la province : pauvres types et nanas. Qu’ils restent dans leur capitale à la con qui tourne en rond...
Ben, il faut être réaliste quand même. L’industrie musicale prend la plupart de ses décisions de Paris. Et à Paris, il vont chercher les artistes et les groupes un peu partout en France et en francophonie. Et où vont-ils chercher ? Là où il y a des scènes musicales, des labels locaux. Clermont-Ferrand, Rennes, Bordeaux, Toulouse ont des scènes musicales avec des programmateurs locaux tout au long de l’année. A Bourges et dans la région, il y a bien des artistes mais rien de super organisé, seul Emmetrop émerge un peu, et pas trop au-delà de Bourges (et plutôt dans les ministères que sur la scène réelle).
De mon point de vu, il est donc paradoxale de parler de "capital qui tourne en rond" alors que de ce point de vu, Bourges et sa région sont bien meilleurs. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité. Construire une véritable scène musicale à Bourges et dans la région afin de promouvoir des groupes, c’est la première étape. Certains y travaillent (Asso des Tontons). Mais bon, il faut aussi un lieu (Il y a le Bikini à Toulouse, la Coopérative à Clermont, l’Ubu à Rennes...), de la matière, de la motivation, du soutien et du temps.
Une programmation d’équilibriste
- edan- 10 avril 2010 à 20:03
Equilibriste est le bon mot ! il en a pour tous les goûts sans trop rendre de risque . Une ambiance festival (phoenix) et intimiste(auditorium/22). Mais c’est ce qui fait l’empreinte du festival, au final très généraliste mais assez varié et pas trop concentré (salle/date).
En festival de rentrée, il est notamment appréciés des professionnels. Certains groupes sont étonnés de l’ambiance , car il y a beaucoup de professionnel dans la salle et pas de temps de jeu (30-40min) au 22.