Bourges : le vélo à gogo ?
Quand on prend de la hauteur, que l’on grimpe au sommet de la cathédrale, par temps dégagé, on se rend bien compte que Bourges est une ville au milieu des champs. Quand on redescend sur Terre, on s’aperçoit surtout que Bourges est une ville qui a pris beaucoup de retard dans sa transformation écologique. Le « guide Bourges à vélo » en est une démonstration flagrante.
Un fascicule de 12 pages vient d’être édité à 34000 exemplaires par la ville de Bourges afin d’inciter les berruyers à utiliser la bicyclette plutôt que la voiture. On ne peut que saluer l’initiative. Mais aussi s’interroger sur le décalage entre la communication et les faits d’une part, et la communication et l’action d’autre part.
Les faits
Combien de personnes ont l’habitude de se déplacer à vélo à Bourges ? Sans prendre de risques, et à la louche, on peut dire très peu. Pire, si l’on compare le pourcentage de cyclistes par rapport à de très grandes villes comme Paris et Lyon, des zones urbaines que l’on pourrait considérer comme encore plus hostiles au vélo que Bourges [1], la comparaison est vraisemblablement défavorable à Bourges. Pourquoi cet écart ? Tous les potentiels cyclistes vous répondront : trop dangereux. L’aménagement des routes et de la circulation à Bourges n’a jamais été réalisée dans l’esprit de favoriser le vélo, du coup, les parents déconseillent voir interdisent à leurs enfants devenus adolescents de se déplacer à vélo sur les routes. Quand à ceux qui bravent le danger, ils vous parleront immanquablement de la difficulté de stationner leur vélo à Bourges. Une preuve du faible nombre de cycliste à Bourges ? Pour réaliser le fascicule « Bourges à vélo », il a semble-t-il été plus facile de créer des cyclistes virtuels que de les prendre en photo en situation réelle ! Autre élément troublant, les photos des liaisons douces réalisées par la ville de Bourges sont désertes ou presque.
Du retard à rattraper
Comme souvent, la ville de Bourges a accumulé un énorme retard et le développement réel des pistes cyclables est récent. Pourtant, à la fin des années 90, les bandes cyclables ont fleuri en nombre à Bourges, le tout financé en partie par l’union européenne. Le problème, c’est que ces bandes cyclables qui consistent en une simple délimitation d’un espace réservé théoriquement aux vélos vous obligent bien souvent à rouler dans le caniveau puisqu’ils font assez souvent moins d’un mètre de large. Autres cas, les trottoirs ont parfois été transformés en espace partagé entre vélos et piétons. Il n’était alors pas question semble-t-il de rogner sur l’espace dédié aux automobiles. Ces bandes cyclables et autres espaces partagés, réalisés à l’économie, sont donc souvent impraticables, les cyclistes qui les empruntent devant slalomer entre nids de poules, véhicules en stationnement ou piétons...tout en espérant ne pas être fauché par un véhicule trop habitué à ce que ces bandes cyclables ne soient pas utilisées.
En 2010, quand on observe la carte des pistes cyclables à Bourges, on s’aperçoit qu’une bonne partie des pistes sont en projet, que le circuit du Val d’Auron cache la misère du reste...et que l’hyper-centre est visiblement réservé aux voitures, ce qui ne devrait pas s’arranger avec le futur parking du Centre Avaricum. Quand à la cohérence de l’ensemble, elle se discute...
A noter que, dans un entretien accordé au magazine « Ville & Vélo » de Novembre / Décembre 2009 édité par le Club des villes et territoires cyclables dont il est vice-président [2], Serge Lepeltier affirme que Bourges possède 50 kilomètres de pistes cyclables... [3]. Ah bon ?
Les faits, la communication et l’action
Entre le retard pris par la ville de Bourges, la volonté d’agir qui date de quelques années seulement [4] et la communication, le décalage semble assez important. Serge Lepeltier, maire de Bourges depuis 1995 a beaucoup travaillé son image d’écologiste de droite, avec succès puisqu’il a réussit à devenir un éphémère ministre de l’écologie. Depuis, il n’a cessé d’entretenir cette image à coup de communication. Malheureusement, entre la communication et l’action, on s’aperçoit que les années passent et que l’action traîne. Le fascicule mis à la disposition des berruyers montre clairement cet écart entre l’image du maire, la réalité de la ville et le travail qu’il reste à réaliser. Alors que Bourges aurait dû prendre de l’avance dans ce domaine sur beaucoup d’autres villes grâce à un maire « écolo », la ville a fait du sur-place et en est à devoir rattraper le retard sur les pistes cyclables, sur les espaces de stationnement des vélos et sur les facilités mise en place par la ville pour louer des vélos. Bref, comme dans beaucoup de domaines, Bourges n’est pas une ville leader mais seulement suiveur en matière d’écologie. Dommage...
Dans ces conditions, on peut se poser légitimement la question de l’intérêt d’un guide « Bourges à vélo ». L’objectif est-il de favoriser réellement l’usage du vélo ou seulement d’entretenir l’image d’écologiste du maire UMP Serge Lepeltier, le tout aux frais des contribuables berruyers ? Les berruyers vont-ils se mettre au vélo à gogo ou sont-ils pris pour des gogos par leur maire « écolo » ?
