Conseil municipal du 30 avril 2010 : ça part en fouilles...
L’ordre du jour était léger. Avant de vous livrer quelques brèves de ce conseil, on va tout de suite s’intéresser au point 12 qui va occuper une bonne partie du conseil municipal.
Le point 12 est présenté par Véronique Fenoll : "ZAC Avaricum. Procédure de concertation préalable à la modification du dossier de création de la ZAC". Les découvertes archéologiques ont pour conséquence de modifier le projet initial (surface moindre, on ne fait plus de niveaux en sous-sol) : « Au regard de la durée prévisionnelle de la fouille de ces vestiges restant à réaliser, de son coût et de ses implications juridiques, il est décidé... ». Tiens, au fait, je me souviens pas si ça a parlé des « implications juridiques » ?
| Projet initial | Nouveau projet |
|---|---|
| Parking 1000 places | parking 320-450 places |
| 15.000 m2 surfaces commerciales | 9.000 m2 surfaces commerciales |
| Minimum de 30 logements sociaux | des logements sociaux (nombre non précisé) |
Irène d’Arc boute le maire
Irène Félix prend immédiatement la parole sur ce point. Je m’attends à des circonvolutions byzantines, ah mais non, là, elle y va sans fioritures - et ça va créer une ambiance très, très attentive dans ce conseil municipal. Et puisque il est question d’archéologie, elle commence : « Je me suis lancée dans quelques fouilles. J’ai remonté aux premières lueurs du troisième millénaire... » Après ce début lyrique, elle va implacablement dérouler le fil d’une histoire.
Irène remonte ainsi à la campagne électorale de février 2001 pour les municipales : dans un courrier adressé aux autochtones d’Avaricum, Serge Lepeltier mettait en garde les habitants de ce quartier contre les projets secrets des autres, « contre une démolition à des fins politiques ». Il promettait de préserver les 200 logements du site.
Irène va continuer, imperturbable à rappeler les péripéties du projet : un soi-disant projet de rénovation jeté à la poubelle par des expertises expertes diverses - des réunions d’information, juste pour la forme, avec les locataires - un projet de démolition avec création d’un hôtel, 5000 m2 de surfaces commerciales, un parking de 1100 places. Les locataires seraient relogés sur place ou à proximité immédiate - re-changement de cap, nouveau projet avec 15000 m2 de surface commerciale, parking de 1000 places, et ch’ti lot de 30 logements sociaux. - Et on commence les premiers gros travaux : détournement du lit de l’Yèvrette, reconfiguration des réseaux - Patatras ! on met à jour des vestiges romains. La vente à l’aménageur est repoussée d’un an. Et le projet va donc subir une nouvelle modification (proposée au conseil municipal de ce 30 avril). Il faut lire cet argumentaire complet sur le Blog Irène Félix. Ce n’est pas textuellement ce qui a été dit, mais tout y est.
C’est que notre maire y tient mordicus à son Avaricum. En rappelant cruellement les mésaventures du projet Avaricum-Charybde-Scylla du maire, Irène Félix lui dira : « Votre obstination confine à l’entêtement. » et elle conclura sa longue intervention en demandant : « Où en est le compteur du point de vue financier ? »
Lie to me
L’intervention d’Irène Félix semblait créer un malaise diffus dans les rangs de la majorité municipale. Alain Tanton faisait la grimace en se tenant la tête - on aurait même dit que parfois il opinait du bonnet aux dires d’Irène. Philippe Gitton regardait le maire - comme si il était curieux d’avoir la réponse à des arguments qui semblaient valides. Y aurait-il des fuites d’eau dans le consensus sur le projet Avaricum ?
L’addition, s’il vous plait !
Yannick Bedin interviendra aussi, très brièvement : « Pour compléter... ». et il demandera ce qui semble s’imposer après l’argumentaire d’Irène : « Arrêtons les frais ! On a peu d’informations sur ce que ça coute, sur ce que ça coutera ! » Il demande que le prochain conseil municipal dresse un état des lieux du projet.
La parole est à la défonse
Véronique Fenoll répondra à Yannick : « On ne peut pas arrêter les frais... » Déjà, bon, c’est une réponse qui laisse interrogatif, mais elle aura une autre réponse étonnante. Comme Irène Félix avait ironisé sur les découvertes archéologiques que la ville semblait maintenant minorer, elle dira : « Ce sont des découvertes majeures » et conclusion ? « Nous regrettons ces découvertes ». La municipalité s’empêtre dans le projet au point de regretter... que l’on ait fait d’étonnantes découvertes - à transmettre aux fouilleurs concernés.
La diable, à Bourges, s’habille en Zara
Le maire répond aussi bien sûr à Irène Félix. Une plaidoirie impeccable, magnifique de lyrisme, de hauteur de vue. Ça se résume en trois arguments.
Primo : qu’on soit passé du projet de 1.100 place de parking à un projet de 350 places (puisque on ne peut plus en faire en sous-sol), eh bien, pas de soucis : « Ça correspond exactement aux besoins du centre commercial [qui est prévu pour Avaricum] ». Le maire va virer les experts qui avaient prévu un parking de plus de 1000 places ?
Secundo : « Si vous allez à Aix-en-Provence, c’est le même système ». Par contre, le Lubéron, ce n’est pas comme la plaine de Levet...
Tercio : Il faut faire ces commerces, c’est plus que nécessaire. De grandes enseignes trépignent pour s’installer à Bourges : « Une grande enseigne comme Zara ne peut venir ». Léger murmure dans la salle du conseil, chacun-chacune interrogeant le voisin-voisine pour savoir ki k’est Zara ? Ne pas confondre. Et on savait même pas que c’était aussi vital pour Bourges qu’on ait notre magasin Zara, on était bête, merci m’sieur le maire.