Juju la recrue veut une voiture

vendredi 2 juillet 2010 à 09:30, par B. Javerliat

Julien Debord, fan de Twitter rendu célèbre dans le microcosme berruyer par sa prise de bec avec l’adjoint au maire Bensac qui l’accusait d’usurpation d’identité, a de vrais problèmes existentiels. Nouvelle recrue d’Europe Écologie, après avoir quitté le MoDem [1], il est en pleine introspection. Placé devant un cas de conscience quasi insurmontable, il en appelle aux internautes sur son blog : « Peut-on être écolo et rouler en V8 ? »

On s’attend à une attaque en règle contre les bêtes noires des écolos, ces gros 4x4 pour bobos qui sillonnent nos « urban jungles » en crachant des tonnes de CO2. Pas du tout ! Juju veut juste changer de voiture. Et Juju veut « un V8 des années 60 », de préférence « une américaine », idéalement une « Mustang de 1965 » Ah, le rêve américain ! Steeve Mc Queen pourchassant les criminels au volant de sa Mustang Fastback dans les rues de San Francisco dans le film « Bullitt » !

Mais comme tous les rêves, confronté à la réalité celui de Juju pose problème : « J’aimerai vous soumettre un cas de conscience : pensez vous qu’il est raisonnable, pour un type qui veut se la jouer écolo, de rouler dans un bon vieux V8 bien polluant ? » Mais oui, Juju, si c’est juste pour « se la jouer écolo », y’a pas de problèmes, va-s-y ! Tu serais vraiment écolo, ça serait vraiment embêtant, mais là, tu veux juste « te la jouer écolo », fonce ! Et puis comme tu dis, « être écolo, ça ne veut pas forcément dire être un masochiste recherchant en permanence la frustration ! » T’as raison Juju, ils sont chiants, ces écolos ! Tu vas leur faire voir, toi, que « l’écolo est un jouisseur, un vrai de vrai ! »

Bon, y’aurait bien un problème, quand même. Je sais pas ce que tu gagnes, mais une Mustang ça coûte bonbon ! Alors nous, à l ‘Agitateur, comme on aime bien les gens qui rêvent tout haut, on va se cotiser. On va lancer une souscription pour que Juju puisse se payer sa grosse américaine. Oh, pas une Mustang, parce qu’on n’est pas très riches [2]. Mais une Ford Thunderbird de 1966 comme dans "Thelma et Louise", ça irait ? Ou mieux, tiens : une Ford Gran Torino comme dans Starsky et Hutch ! Non ? T’as raison Juju, mieux vaut « Rouler au volant d’une Chevelle SS, c’est le pied ! »

[2Quoique j’en connais à l’Agitateur qui roulent en Mercos de 82 et partent en vacances avec une Rapido Export de 76, mais bon, on n’est pas là pour dénoncer les copains.


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commentaires
Juju la recrue veut une voiture - Julien Debord - 5 juillet 2010 à 01:52

En fait, ma préférence irait plutôt pour une anglaise, genre Austin Healey Forgeye, Triumph TR5, Spitfire, ou une MGB-GT.

Le souci, c’est que l’anglaise, c’est mignon, mais ça tombe en panne tout les 100kms. En plus, c’est plus difficilement modifiable pour tourner avec du GPL. L’américaine, elle a l’avantage de la fiabilité et supporte sans problème une conversion GPL. La Mustang, ce serait plus un choix de raison qu’un choix de coeur.

Mais enfin... En terme de bagnole, j’avoue que la raison, j’ai du mal à la garder. Du coup, je vais peut être me laisser tenter par une Honda s800 (si j’arrive à en trouver une). C’est une chianlie mécanique, certes, mais j’ai du mal à résister à ses attraits. En plus, ce n’est pas un V8, ce n’est qu’un petit 4cylindres de 70 chevaux ! Ce n’est presque pas polluant !
Je pourrai continuer de me la jouer écolo tranquillement. Ouf ! L’image serait sauve…

Et merci pour la collecte, mais je pense pouvoir faire sans. En effet, l’avantage des vielles voitures, c’est qu’elles gagnent en valeur avec le temps. Du coup, il s’agit là d’un réelle investissement, en non d’une perte pure d’argent.
D’ailleurs, si l’expérience vous tente, j’ai une mini 1300 à vendre...


Être ou se la jouer écolo ? - Mister K - 2 juillet 2010 à 11:35

En sortant du cas particulier de Julien Debord, on peut à la lecture de sa réflexion (dont l’honnêteté l’honore) se poser une question : les français sont-ils devenus réellement écolos ou sont-ils seulement en train de se la jouer écolo ?

Vous allez me dire, quelle différence si au final, leur mode de vie va dans le bon sens ? Et bien à mon avis, c’est très différent. Dans un cas, on a des gens convaincus et qui agiront donc certainement sur la durée. Dans le second cas, on est dans un cadre d’image ou de mode, et là, on peut s’attendre au pire et donc à un retournement de situation.

Le simple exemple de notre Juju prouve que les choses ne sont effectivement pas simple : l’offre automobile actuelle ne satisfait pas tout le monde, rien n’est prévu pour les vieilles auto entre le contrôle technique ou la casse. Il y a certainement "un marché" afin de mettre les vieilles voitures aux normes actuelles. Reste qu’en France, on ne fera rien pour aller dans le sens de la réparation/réhabilitation des voitures pour la simple raison que Renault, Peugeot, Citroën sans compter les sous-traitants représentent beaucoup beaucoup d’emplois... Pour l’instant, on a visiblement un gouvernement qui se la joue écolo, mais qui est très loin de prendre de véritables mesures. Bref, on a peut-être un gouvernement à l’image des français...


Être ou se la jouer écolo ? - bombix - 2 juillet 2010 à  18:00

les français sont-ils devenus réellement écolos ou sont-ils seulement en train de se la jouer écolo ?

Il faudrait s’entendre sur ce que cela signifie « être réellement écolo ». Le dilemme me semble être le suivant : soit on prend au sérieux l’écologie politique, et alors, cela implique une sortie du système actuel — caractérisé par l’imaginaire de la marchandise (S. Latouche emploie la très expressive formule : « décoloniser l’imaginaire ») et la loi du profit ; soit on choisit de rester dans ce système, mais alors on pratique un écologisme cosmétique, qui est à la véritable écologie politique ce que le sifflotement de "pom pom pom pom" est à la Cinquième de Beethoven. Sans parler d’élus de droite qui comme Lepeltier (et jusqu’à Bensac qui affirme désormais se mettre au vert !) revendiquent l’écologie comme leur « petite différence à eux » dans un système de plus en plus homogène qui ne propose que le Même, on ne peut qu’être dubitatif sur la naïveté des Verts et autres « écolos » (mais c’est tellement gros qu’il vaudrait mieux parler ici d’opportunisme de petits politiciens) qui jouent la carte électoraliste. Car d’une part, on ne peut que constater que la machine électorale est construite pour ne permettre qu’à ceux dont on est assuré qu’ils vont maintenir et faire prospérer le Système d’accéder aux responsabilités ; d’autre part (c’est complémentaire), on ne voit pas comment, en passant des accords avec des partis à la ligne ouvertement productiviste et qui jouent la carte de la croissance (UMP ou PS, sur ce terrain, c’est tout un), on peut avancer en direction d’une société respectueuse des équilibres naturels et ordonnée à des valeurs non marchandes. Pour s’en persuader, il suffit par exemple de prendre connaissance du bilan de Voynet
Pour une critique approfondie de la notion de « développement durable », voir encore une fois les analyses de Latouche.

Bien. Est-ce qu’il faut pour autant s’en remettre aux propositions de la "deep ecology" (écologie profonde) ? Je pense qu’il faut d’une part accorder que l’homme n’est pas "maître et possesseur de la nature" comme l’affirmait orgueilleusement le programme cartésien, et/mais qu’en revanche on doit lui assigner une place particulière dans l’univers. Sans la référence à cette spécificité, on récuse par avance tout humanisme. (Toujours se rappeler que l’Angleterre de la révolution industrielle qui voit s’épanouir un capitalisme sauvage au XIXème siècle vote des lois sur la protection des animaux avant de se préoccuper du sort des enfants qui travaillent dans les fabriques ou dans les mines). Il faut construire une écologie politique qui permette à l’homme "d’habiter" son milieu. L’écologie électoraliste m’en semble très loin.

Je voudrais citer pour terminer le début d’un beau texte de Jean Zin : l’écologie politique à l’ère de l’information. Zin propose une thèse particulière qui lie l’écologie politique et l’information. La distinction dont il part, entre économie et écologie, me semble primordiale.

« Le terme écologie a été forgé par Haeckel en 1866, à partir du grec oikos et logos, pour désigner l’étude des habitats naturels des espèces vivantes. En effet oikos, qu’on retrouve dans économie, signifie habitat. Ce qui distingue l’éco-nomie domestique de l’éco-logie, c’est que l’économie calcule alors que l’écologie relie, l’une est quantitative quand l’autre est qualitative. L’économie est la science des équivalences alors que l’écologie est la science des différences et des complémentarités (sexuelles, alimentaires, etc.), l’économie réduit tout à l’individu alors que l’écologie réinscrit les corps dans leurs interdépendances mutuelles et leur relation à l’environnement global. On ne peut pas dire que l’écologie n’a rien à voir avec l’économie, c’est plus précisément l’insistance sur la réalité biologique qui lui manque. L’écologie est d’une certaine façon la réfutation de l’économie, sa critique radicale comme pure abstraction mathématique, la réintégration du temps long et des cycles naturels dans la productivité immédiate et les calculs d’intérêt à courte vue.

Pourtant, la tendance dominante de l’écologie-politique jusqu’à nos jours, sera de se rapprocher de l’économie et de revenir à une version quantitative de l’écologie où c’est tout simplement la circulation de l’énergie qui prend la place de la circulation monétaire comme équivalent général. Ces théories énergétiques de l’écologie sont reliées à l’économie du charbon ou du pétrole. Nous voudrions montrer qu’elles procèdent d’une simplification excessive des écosystèmes. Ceux-ci ne sont évidemment pas réductibles à l’énergie qui les traverse alors que ce qui constitue le vivant c’est bien plutôt la complexification et les échanges d’information. Il faudrait finir par l’admettre, l’écologie est beaucoup plus liée à l’information qu’on ne le croit. Au fond, les théories aussi dépendent inévitablement de leur milieu et changent avec lui, après un temps plus ou moins long d’adaptation. Il s’agirait donc de passer aujourd’hui d’une écologie de l’ère énergétique à l’écologie-politique de l’ère de l’information, plus conforme à son concept initial de logique du vivant.
 » (souligné par moi)

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Être ou se la jouer écolo ? - Eulalie - 4 juillet 2010 à  13:38

" Le mouvement écologique est né bien avant que la détérioration du milieu et de la qualité de vie pose une question de survie à l’humanité. Il est né originellement d’une protestation spontanée contre la destruction de la culture du quotidien par les appareils de pouvoir économique et administratif. Et par "culture du quotidien", j’entends l’ensemble des savoir intuitifs, des savoir-faire vernaculaires (au sens qu’Ivan Illich donne à ce terme), des habitudes, des normes et des conduites allant de soi, grâce auxquels les individus peuvent interprèter, comprendre et assumer leur insertion dans ce monde qui les entoure.

La "nature" dont le mouvement exige la protection n’est pas la Nature des naturalistes ni celle de l’écologie scientifique : c’est fondamentalement le milieu qui paraît "naturel" parce que ses structures et son fonctionnement sont accessibles à une compréhension intuitive ; parce qu’il correspond au besoin d’épanouissement des facultés sensorielles et motrices ; parce que sa conformation familière permet aux individus de s’y orienter, d’interagir, de communiquer "spontanément" en vertu d’aptitudes qui n’ont jamais eu à être enseignées formellement.

La "défense de la nature" doit donc être comprise originairement comme défense d’un monde vécu, lequel se définit notamment par le fait que le résultat des activités correspond aux intentions qui les portent, autrement dit que les individus sociaux y voient, comprennent et maîtrisent l’aboutissement de leurs actes. Or, plus une société devient complexe, moins son fonctionnement est intuitivement intelligible. La masse des savoirs mise en oeuvre dans la production, l’administration, les échanges, le droit dépasse de loin les capacités d’un individu ou d’un groupe. Chacun de ceux-ci ne détient qu’un savoir partiel, spécialisé, que des procédures organisationnelles préétablies, des appareils, vont coordonner et organiser en vue d’un résultat qui dépasse ce que les individus sont capables de vouloir. La société complexe ressemble ainsi à une grande machinerie : elle est, en tant que social, un système dont le fonctionnement exige des individus fonctionnellement spécialisés à la manière des organes d’un corps ou d’une machine. Les savoirs spécialisés en fonction de l’exigence systématique du tout social ne contiennent plus, si complexes et savants qu’ils soient, de ressources culturelles suffisantes pour permettre aux individus de s’orienter dans le monde, de donner sens à ce qu’ils font ou de comprendre le sens de ce à quoi ils concourent. Le système envahit et marginalise le monde vécu, c’est à dire le monde accessible à la compréhension intuitive et à la saisie pratico-sensorielle. Il enlève aux individus la possibilité d’avoir un monde et de l’avoir en commun. C’est contre les différentes formes de cette expropriation qu’une résistance s’est progressivement organisée".
André Gorz, Ecologica, 2008, p.48,49,50

Et plus haut dans le livre, p.15 :
"En partant de la critique du capitalisme, on arrive donc immanquablement à l’écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à appronfondir et à radicaliser encore la critique du capitalisme. Je ne dirais donc pas qu’il y a une morale de l’écologie, mais plutôt que l’exigence éthique d’émancipation du sujet implique la critique théorique et pratique du capitalisme, de laquelle l’écologie poltique est une dimension essentielle. Si tu pars en revanche de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert,à un écofascisme, ou à un communautarisme naturaliste. L’écologie n’a toute sa charge critique et éthique que si les dévastations de la Terre, la destruction des bases naturelles de la vie sont comprises comme les conséquences d’un mode de production ; et que ce mode de production exige la maximmisation des rendements et recourt à des techniques qui violent les équilibres biologiques. Je tiens donc que la critique des techniques dans lesquelles la domination sur les hommes sur la nature s’incarne est une des dimensions essentielles d’une éthique de la libération".

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