Sévices au service public

La Poste de Bourges devient une supérette

mardi 6 juillet 2010 à 09:54, par Cyrano

Durant presque un mois, de fin mai à fin juin 2010, le bureau de Poste principal de Bourges, rue Moyenne était en travaux pour se moderniser. Moderniser ? Holà, méfiance...

La Poste de Bourges devient une supérette

On peut lire ça dans deux articles : dans le bulletin municipal Les Nouvelles de Bourges, de juillet-août 2010, "Louis XI s’offre une nouvelle jeunesse avec la Poste" ; et dans le Berry Républicain du mardi 29 juin 2010 (page 10), "Il est pas cher mon colis, il est pas cher !" (article non en ligne, désolé !). On peut lire aussi dans le Berry républicain du 21 mai 2010 (page 9) "La métamorphose de La Poste de la rue Moyenne"

Voici à peine quatre ans, l’enfilade de guichets à l’ancienne avait disparu : fin des protections en verre par dessous lesquelles on glissait son courrier. Y’avait écrit : « Vous l’avez demandé, la Poste l’a fait ». Nous, les clients, on demandait rien, sinon des tarifs moins élevés et un courrier arrivant plus rapidement – et si possible, moins d’attente. Pour faire encore plus chic, y’avait même un grand écran télé suspendu faisant défiler des pubs que personne ne regarde. Une grosse dépense, déjà. Puis eurêka ! quelques temps après, encore des travaux : y’avait eu la mise en place d’une borne ticket à l’entrée : comme à la Sécu, on prenait son ticket et on attendait qu’un panneau appelle votre numéro à un guichet. Ça n’empêchait pas un peu d’attente malgré 6 guichets actifs.

Mais ce bureau pratiquement neuf a été cassé et eurêka à nouveau ! et nouvelle ardoise : 160.000 euros pour se retrouver avec un bureau de Poste déprimant. « On a un peu l’impression d’entrer dans une épicerie. » écrit le Berry Républicain. Ce qui existait déjà (présentoirs avec vente de cartes postales, livres, DVD, cartouches d’encres) prend de l’ampleur, de plus en plus d’ampleur.

Et le courrier dans tout ça ? Démerdez-vous avec les machines automatiques : pesez vous-même votre courrier, collez la vignette, et cherchez où vous débarrasser de votre lettre ou de votre paquet. Hyper pratique pour une vieille personne venant poster, pour un petit neveu, un courrier dans lequel sera glissé en douce un billet de 10 euros : après être restée 5 minutes devant la machine, avoir appuyé sur divers boutons, il ne reste plus au vieux monsieur ou vieille dame qu’à chercher désespérément du regard un ou une employée de la Poste. La prochaine modernisation de la Poste : porter soi-même son courrier ? on indiquera destination, on aura un bout d’papier avec un plan et un billet de train.

Si on poste plusieurs objets ? là, le progrès se fait sentir... On pèse, on pèse, on pèse et v’lan, on se retrouve avec un paquet de vignettes à coller. Ah ? euh ? mais quelle vignette va sur quel paquet ou grosse enveloppe ? Facile : il suffit de... repeser et comparer avec le poids imprimé sur la vignette. Si vous payez en liquide, pas de problème : la machine automatique n’accepte pas les billets mais seulement les pièces...

Et pendant ce temps ? eh bien, la file d’attente continue, comme avant, avec les 2 ou 3 guichets qui restent opérationnels. Au fait, c’en est fini des guichets, on dit des "îlots", c’en est fini du fantasme sur la guichetière à l’aisselle moite, on dit maintenant des "collaborateurs" (comme à McDo). Même si ce ne serait plus soi-disant du face à face, mais du côte à côte. En voilà une innovation. Le côte à côte comme dans une boutique de téléphonie ? Oui, justement : ce qui intéresse les p’tits chefs de la Poste, ce n’est pas le courrier que la guichetière-collaboratrice aura traité mais combien de recharges de cartes téléphoniques vendues ? d’abonnements téléphoniques placés ? de cartouches d’encre vendues ? etc.

Et quid du courrier et des délais ? On s’en branle, c’est pas le sujet : le sujet, c’est le tape à l’œil de l’accueil pour 160.000 euros. Tout ça pourquoi ? Parce que la concurrence arrive... La concurrence pour revendre les merdiques produits des gondoles ? pour le courrier ? Déjà la concurrence se fait sentir : les préposés facteurs-factrices durant leur tournée prenaient parfois le courrier d’un client qui ainsi économisait un trajet à la poste. Un courrier d’une vieille dame, un courrier d’un usager connu : un petit service sympa et inscrit dans une relation humaine. Tss, tss, interdit ! Et plus qu’interdit : des sbires vont contrôler au retour de la tournée si y’a pas du courrier à poster qui a été rapporté. Faut pas rigoler avec de tels manquements au devoir...

Poste-scriptum :
Le bulletin municipal Les Nouvelles de Bourges, paru déjà depuis plusieurs jours, est aux taquets pour annoncer le nouveau bureau bordélique de la Poste rue Moyenne - et ses nouveaux horaires. Mais hélas, la comm’ internet patine : sur le site ville-de-Bourges.fr et sur le site Bourges-tourisme.com, on a toujours les anciens horaires, sans aucune mention de l’ouverture nouvelle du samedi après midi. Amusant d’ailleurs ! pour ces anciens horaires, ces 2 services ne sont même pas foutus d’indiquer... les mêmes horaires !... L’info, ça bloque dans les services. Monsieur Bensac devrait encore plus fibrer. Donc oui, vous qui... non, pas vous, l’autre, oui, vous, là... qui nous lisez, voyez ce qui vous reste à corriger... Mais non, je vous en prie, pas merci, y’a pas d’quoi.


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commentaires
La Poste de Bourges devient une supérette - anatolem - 7 juillet 2010 à 15:28

C’est bien malheureux à dire mais la belle entreprise "la Poste" est en train de devenir un "souk" http://fr.wikipedia.org/wiki/Souk et la machine qui est en marche ne semble pas vouloir s’arrêter de suite, bientôt c’est bien des "services" qu’elle vendra contre quelques piécettes sonnante et trébuchante, pourvu qu’elle ne se casse pas la "gueule", mais là elle ne pourra pas dire que je ne l’avais pas prévenue.
Cordialement.


La Poste de Bourges devient une supérette - 7 juillet 2010 à 07:48

Dans le journal de la municipalité, Les Nouvelles de Bourges, ce qu’on peut lire relève du publi-rédactionnel. Ils se sont contentés de prendre pour argent comptant ce que leur ont dit les chefs.

Par exemple, l’article commence par une billevesée qui hélas ! montre que nos élus municipaux ne savent même pas comment ça se passait avant les travaux ! « Qui n’a pas râlé dans une file d’attente à La Poste, en attendant derrière un client engagé dans une opération longue alors qu’on ne souhaite qu’un timbre ? Ce genre de désagrément fait désormais partie du passé au bureau Louis XI, rue Moyenne. » Bin, y’a une flopée d’années déjà que il y avait une machine à affranchir automatique à la Poste de Bourges. Dans le passé au bureau Louis XI, on n’avait pas besoin d’attendre pour uniquement un timbre.

Il y a aussi un tour de passe-passe pour masquer les dépenses renouvelées et l’argent gaspillé, en rappelant qu’il y avait eu des travaux voici quatre ans. Ce premier chantier « concernait la rénovation » alors que là, maintenant, c’est pas pareil, mais non, il est question « de modernisation et d’agencement  », zappant aussi le mise en place récente de la borne à tickets et des panneaux d’affichages des numéros qui était intervenu après les travaux de "rénovation".

Le Berry Républicain, au contraire, ironise sur ces travaux à répétition : « A moins que dans trois ans, une tête pensante de l’entreprise trouve que cette nouvelle organisation est déjà dépassée. » et aussi sur les agents de la poste qu’on appelle maintenant des « collaborateurs ».

Si chaque article du bulletin Les Nouvelles de Bourges est aussi superficiel que celui sur la poste, autant dire qu’il faut vraiment prendre avec des pincettes tout ce qui y est écrit.

Poste-scriptum pour Eulalie : si vous avez l’occasion, aller vous esbaudir sur le nouvel agencement, ça vaut le détour. Que du bling-bling.


La Poste de Bourges devient une supérette - Eulalie - 7 juillet 2010 à  10:13

Ce ne serait qu’ostentatoire, ce ne serait pas si grave. Ca pourrait faire rire, se moquer, et rien de plus. Mais c’est dangereux pour les employés. Pour les usagers, non (sauf en effet pour les petites mémés et pépés qui ne sont plus adaptables à cette organisation du changement incessant). "Nous", si, on y est adaptables. Ensuite, faut voir si on accepte de s’y adapter ou non. Nous ne sommes pas des abrutis, même si on veut nous abrutir. Nous avons le choix de refuser en tant qu’usagers ou clients. Pour les employés, c’est beaucoup plus dur de refuser. Tous les jours je vois "mon" facteur.... Nous n’avons pas le temps de nous dire ne serait-ce que 2 mots....Il pédale, il pédale, il pédale. Là, sous mes yeux, chaque jour, je vois quelqu’un qui n’en peut plus dans son travail. Qu’est-ce que je fais ? je laisse continuer en me disant "chacun sa merde, moi, après tout, je suis l’usager, et tout ça ne me regarde pas, du moment que je sois bien servie " ?

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La Poste de Bourges devient une supérette - Cyrano - 8 juillet 2010 à  08:39

Oui, ce n’est pas qu’ostentatoire. Mais ce bling-bling témoigne de pseudo-préoccupations qui sont récurrentes depuis quelques années. Dans le Berry Républicain du 21 mai dernier, il y avait un petit billet dans la rubrique Atout-Cœur : "Une rénovation en chasse une autre". L’auteur remarque que la Poste avait bel et bien fait de gros travaux il y a peu de temps et malgré tout on cassait tout, on recommençait.

La poste de Bourges, rue Moyenne, avait organisé une réunion avec les utilisateurs professionnels : on y causa que d’accueil, de produits qu’on aimerait trouver dans le bureau de poste, etc. L’acheminement du courrier, des paquets ? Même pas un mot, pourtant c’est bien le métier principal de la poste. Ou encore : une jeune femme, voici quelques mois, alpaguait les clients pour leur poser un questionnaire de plusieurs pages sur l’accueil, ce qu’on y trouve, etc.

Et pendant ce temps, eh bien, le courrier déposé après 17 heures ne part que le lendemain, maintenant. On pourrait croire que ça devrait être le contraire, que l’heure limite d’expédition soit plus tardive, avec le progrès des transports, mais non. Vous voulez expédier un colis ? gaffe, faut qu’il soit dans un carton, pas dans un emballage souple, sinon vous avez une surtaxe : pasque dans un emballage souple, ça ne passe pas dans une machine à trier automatique. Bon, alors, OK, on se débrouille pour mettre notre expédition dans un carton, on cherche le tarif économique : il n’y en a plus, zou ! c’est uniquement du colissimo, le tarif coliéco a disparu. Bon, bon, tant pis, on va poster ses paquets tarif colissimo. Oh ? y’a affichette : une BD en cadeau avec 30 euros d’achat. Super, vos 3 paquets font plus de 30 euros d’affranchissement, vite, vite, ma BD ! ah nenni, tss, tss : ça concerne 30 euros d’achat en... téléphonie.

Tout ça avec un régiment de chefs qui se la pètent grave, qui répètent que la poste à papa c’est fini, qu’il faut que la poste vive avec son temps. Du bla-bla bling-bling. Dans le dernier numéro du Canard Enchaîné, il y a la chronique d’un livre de Jérôme Duhamel, "C’était mieux avant". Ce n’est pas un livre de vieux con, ah-de-mon-temps... c’est un bouquin qui ironise sur un monde qui sous prétexte de modernité devient irrespirable. Ce n’est « pas une plainte de vieillard, c’est un cri d’adulte ». Le bouquin cite Claude Lévi-Strauss qui disait, peu de temps avant sa mort, en 2009 : « Le monde dans lequel je finis mes jours n’est pas un monde que j’aime... »

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La Poste de Bourges devient une supérette - Eulalie - 8 juillet 2010 à  09:29

"Tout ça avec un régiment de chefs qui se la pètent grave"
Oui, je vois bien le tableau : j’ai les mêmes à la maison. ;-)

Répondre à ce message #27446 | Répond au message #27445
La Poste de Bourges devient une supérette - et un self ! - Cyrano - 9 juillet 2010 à  13:52

Donc, y’a plus de guichetiers ni guichetières, ce sont des "collaborateurs". D’ailleurs, y’a plus de guichets, ce sont des "îlots". Avec cette nouvelle organisation, le directeur de la poste de Bourges le disait, dans Les Nouvelles de Bourges : «  Comme il s’agit d’îlots et non plus de guichets, la relation avec le client est différente. Ce n’est plus du face à face séparé par un guichet mais du côte à côte, instaurant une relation plus agréable »

Pour les clients de la poste de la rue Moyenne, aussitôt, aussitôt fait ! On peut le lire dans Le Berry républicain d’aujourd’hui : Un berruyer venait chercher son RSA et il a trouvé comment se servir des fameux îlots : « Il s’est glissé derrière un îlot d’accueil de clients, a trouvé la clé, ouvert le tiroir et a pris 150 euros. » Plus de face à face, c’est indiscutablement une relation plus agréable... Trop fort la poste !

Pour celles et ceux qui ne savaient pas : ce sont les caméras qui ont permis d’identifier celui qui prenait au mot le nouveau mode relationnel. Les caméras de la poste ? qui ne serviraient donc pas uniquement à fliquer les guicheti... non : les collaborateurs ?

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La Poste de Bourges devient une supérette - Eulalie - 6 juillet 2010 à 12:03

Bonjour Cyrano, vous m’avez piqué sans le savoir mon idée d’article pour l’Agitateur ;-). Oui, j’ai appris ça hier par les Nouvelles de Bourges papier. Moi, ça me rappelle le changement d’accueil à Telecom quand tout est devenu axé sur Orange, il y a quelques années : "des îlots" avec des personnels pas assis de toute la journée, ne sachant plus à quel client se vouer (et non plus usager) entre une demande d’achat de portable, de forfait trucmuche, de problèmes de factures etc...Corvéable à merci. Et les personnels de la Poste doivent être contents de devoir travailler le samedi AM. J’ignore les conditions dans lesquelles ont été "négociées" ces nouvelles conditions de travail (travailler plus) et si les guichetiers sont des précaires dans leur majorité. Mais j’imagine bien l’ambiance de la pression....
Le samedi Am, faut pas y aller !!! Les horaires étaient très bien quand ça allait le soir jusqu’à 19h, tout le monde pouvait y aller. Leurs horaires d’ouverture respectaient les usagers dans leur besoins. Qu’on ne vienne pas nous dire que ça n’allait pas.

Et les "longues files" d’usagers évoquées dans les Nouvelles de Bourges, faut se demander à quoi c’est dû : moins de guichets ouverts tout simplement, moins de personnels. Quand il y avait suffisamment de guichets, de personnels, on faisait pas la queue comme ça, depuis la première transformation en supérette comptable de tout geste des guichetiers.

Maintenant, y’a les machines pour les remplacer : ouah, quel progrès.... Comme les caisses automatiques dans les supermarchés, comme les services à distance ( internet) dans les services publics, la Redoute (qui a fermé sur Bourges, licenciements, parce que maintenant on peut "tout" faire à distance, sauf qu’on ne peut plus parler avec un être humain) etc...

Y’en a marre de cette société là, on n’ en veut pas !


La Poste de Bourges devient une supérette - Eulalie - 6 juillet 2010 à  12:59
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Souffrance au travail : la Poste sur les traces d’Orange - 7 juillet 2010 à  09:17

Le rapport dont il est question.

Un article de l’Expansion, qui élargit le problème à l’ensemble du service public.

PS : On parle toujours de France Telecom pour les problèmes de souffrance au travail, alors que toute la campagne de pub de la société est axée sur le label Orange. Pourquoi vouloir faire oublier France Télécom quand il s’agit de vendre Orange ?

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