Caricatural
Souvent, un édito de rentrée se tourne vers l’avenir. Normal, c’est la rentrée, une sorte de printemps administratif qui se déroule à l’automne. Mais en cette rentrée 2010, une étrange odeur, pas très agréable, nous pousse à regarder un peu derrière nous. Tout en n’oubliant pas qu’il nous faudra avancer.
Les derniers mois de l’été 2010 ont été terribles pour les valeurs qui fondent la France. Incontestablement, une nouvelle étape a été franchie par Sarkozy et ses sbires. Une étape honteuse. Une étape qui consiste à stigmatiser une partie de la population afin d’avoir les faveurs d’une autre partie de la population. Assimiler insécurité et immigration comme l’a fait Nicolas Sarkozy le 30 juillet 2010, seul Jean-Marie Le Pen et le Front National avaient osé le faire jusqu’à présent. Et Sarkozy ne recule devant rien, n’hésitant pas à susciter une stigmatisation des roms ou des gens du voyage, alors que ces sujets étaient initialement très éloignés des préoccupations quotidiennes de la plupart des Français. Alors évidemment, l’image de la France dans le monde en prend un coup. Désormais, la France de Sarkozy est rabaissée au niveau de l’Italie de Berlusconi. Les protestations internationales se multiplient. Mais au delà de l’image de la France dans le monde, ce sont beaucoup de français qui sont heurtés. Les protestations viennent de partout, y compris de droite. A Bourges, on attend toujours que nos élus locaux, soutiens de Sarkozy, se démarquent de leur président qui vire à l’aigre.
Pourtant, il n’y a strictement rien de surprenant à ce qui s’est passé cet été, tous les ferments sont là depuis avril 2002 : Nicolas Sarkozy a été élu en Mai 2007 sur un programme qui cachait volontairement mal des thèses de l’extrême droite française. Qu’il en vienne à adopter certaines de ces thèses ouvertement n’a rien d’étonnant. D’ailleurs, il n’a pas fallu attendre cet été afin que de nombreux Français protestent contre la politique d’expulsion des étrangers, jugée souvent comme inhumaine. Rien qu’à Bourges, en février 2010, l’expulsion d’une famille Russe avait suscité de nombreuses protestations. Dans la mêlée de ces protestations, une caricature du Berry Ripou. Et comme on est dans la France de Sarkozy en 2010, ils devront répondre de cette caricature devant la justice le 17 Septembre 2010 [1]. Encore un bon test afin de mesurer la liberté d’expression en France et vérifier l’existence réelle du droit à la caricature. Là encore, comment s’étonner de réponses caricaturales face à une politique caricaturale qui cherche à masquer ses échecs flagrants par une surenchère droitière ?
Ces odeurs nauséabondes vont-elles motiver les citoyens à participer en masse à la manifestation 4 septembre 2010 et à celle contre la réforme des retraites le 7 septembre 2010 ? Ce n’est pas certain mais on ne peut que l’espérer. Là, se joue certainement l’avenir de nombreux Français. Et la rentrée, c’est forcément le moment de penser à l’avenir, à Bourges comme ailleurs. Normalement, c’est à partir de ce moment là que cet éditorial doit devenir caricatural.
Bonne rentrée à tous.