7 septembre : l’ambiguïté

dimanche 5 septembre 2010 à 14:38, par bombix
7 septembre : l'ambiguïté
1886 : Grève à la Société Française de Matériel agricole, à Vierzon

Pour qui, pour quoi, les salariés se mettront-ils en grève mardi 7 septembre ? Pour faire reculer Sarkozy et Woerth sur la réforme des retraites. Pourquoi Sarkozy reculerait-il en 2010, après une journée d’action, alors que Raffarin n’a pas bougé en 2003 après plusieurs semaines de grèves ? Perlées, il est vrai. A quoi servent ces journées d’actions uniques, dispersées, qui ne menacent en rien le fonctionnement économique du pays, qui préservent les intérêts des possédants ? Quels résultats tangibles après les manifs monstres de 2009 ? La grève ponctuelle, la « journée d’action » sont-elles les réponses adaptées aux agressions subies par les salariés ? Ces fameuses journées d’actions reviennent comme un rituel. On ne peut pas ne rien faire, serinent les responsables syndicaux. Alors, oui, on fait « quelque chose », mais qui ne sert à rien, sinon à désespérer davantage ceux qui n’y croient déjà plus beaucoup.

Dans l’histoire du mouvement ouvrier, grèves et manifestations impliquaient un rapport de force. Il y avait un objectif clair, et la détermination de le faire aboutir.

Les manifs d’aujourd’hui sont pacifiques. Elles théâtralisent l’affrontement plutôt qu’elles ne le traduisent en acte. « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère … on n’en veut pas de cette société-là ... ». On n’en veut pas, mais on ne fait rien de concret pour empêcher de nuire ceux qui nous la concoctent à coup de réformes et de décrets. Quel que soit le sort de Sarkozy après 2012, il est clair qu’il aura rempli son contrat. Il est probable même qu’il accélèrera la machine, s’il sent sa fin approcher. Après lui viendront une droite plus lisse, ou une gauche bien molle. Avec un style différent, mais poursuivant les mêmes objectifs.

Aujourd’hui, du côté du PS, il est très tendance de parler du « care ». C’est la nouvelle doctrine morale et politique à la mode. [1] A toutes les gueules cassées, à tous les laissés pour compte de la concurrence « libre et non faussée », à toutes les victimes de l’individualisme sauvage, à toutes les solitudes reliées au réseau et à leurs milliers d’amis virtuels, on promet « le soin ». Nouvelle figure de la « caritas » chrétienne, le « care » dit : soignons-nous les uns, les autres. « Je hais la charité parce qu’elle retarde la venue de la justice » aurait déclaré un jour Albert Camus. Plutôt que de parler de soin, on ferait sans doute mieux de se pencher sérieusement sur un projet politique qui permette aux gens de vivre à peu près correctement. Un projet politique qui mise sur un contrat social viable, et qui ne se satisfait pas de l’état de nature et du darwinisme social du capitalisme post-moderne dérégulé.

Après les retraites, en viendra-t-on à mettre en question les congés payés ? La question n’est pas absurde, puisque le patronat allemand en a fait très sérieusement récemment la proposition [2]. Et si nous n’avons pas su nous organiser pour défendre nos retraites, comment défendrons-nous nos congés ?

Pour la défense des retraites, le mot d’ordre devrait être simple : 60 ans, pas un jour de plus, pas un euro de moins. Or les choses ne sont pas claires du tout du côté des organisations syndicales et des partis de gauche. Dans un journal local qui tente de couvrir l’actualité de Bourges et du Cher [3], on peut lire, émanant des responsables syndicaux locaux : « Nous exigeons d’autres propositions, conscients que le système de retraite doit évoluer. » Traduire : il s’agit bien de réformer, mais pas de cette façon-là. Or on sait qu’il n’y a pas eu une seule réforme favorable aux travailleurs dans les vingt-cinq dernières années. On sait aussi à quel parti on confiera l’alternance politique si Sarkozy est défait dans un proche avenir. A propos des retraites, le dernier tract du PS, relevé dans ma boîte aux lettres il y a quelques jours, parle de 41,5 annuités. Gérard Filoche fait remarquer : « On ne peut faire une proposition pareille et refuser à la fois la « baisse du niveau des retraites » ! La moyenne de cotisation des salariés français dans la vie réelle est actuellement de 36,5 annuités et vouloir imposer 41,5 cela reviendrait à faire sauter les salariés à la perche sans perche, car 2 sur 3 sont licenciés, malades, inaptes, bien avant 60 ans… et le seul résultat serait donc de baisser le niveau de leurs retraites puisqu’ils n’atteindront pas, dans l’immense majorité des cas, les annuités nécessaires, ils auront des décotes et devront travailler, où chômer jusqu’à 67 ans. »

Filoche est au PS. Dans le même PS que Michel Rocard qui, invité du MEDEF, a déclaré récemment (Marianne2.fr) : [4] : : « Le seul milieu qui connaisse quelque chose au monde extérieur c’est vous les patrons. Vous n’avez pas de substituts. Vous êtes la seule expertise en connaissance du monde extérieur par rapport à ce qu’il s’y passe ». « Atterrant. Comme si les patrons n’avaient pas leurs intérêts propres », a commenté Henri Weber, lui aussi membre du PS.

Les salariés aussi ont leurs intérêts propres. L’ancien trotskiste n’a pas oublié cela, à la différence de l’idole de la deuxième gauche qui, décidément, aura orchestré tous les renoncements.

Peuvent-ils en confier la défense à des organisations qui partent déjà vaincues à la bataille, persuadées qu’elles sont « qu’il faudra réformer ». En clair, que la casse des acquis sociaux va continuer.

En douceur, et avec un peu de « care » pour se consoler.

[1« Care » ? En anglais, le mot signifie « soin » ? (Take care of you, « prenez soin de vous »), « attention » (Take care !), mais aussi « souci des autres, sollicitude, penchant à prendre soin d’autrui, à veiller sur lui ». Il est le signe de ralliement d’un vaste courant de philosophie morale et politique, né aux États-Unis il y a vingt-cinq ans. Carol Gilligan (In a Different Voice, (trad. française : Pour une éthique du care), 1982), initiatrice de ce courant de pensée, est une féministe qui, après avoir fait une carrière de danseuse moderne, s’est tournée vers la psychologie. Son livre examine la formation de la personnalité. Il soutient qu’elle est différente chez les garçons et chez les filles. Alors que les premiers se bâtissent en s’opposant aux autres, et d’abord à leurs mères, « en s’en séparant », les secondes se sentent exister avant tout dans l’« attachement ». Selon l’auteur, ces différences entre garçons et filles expliqueraient leurs conceptions divergentes de la morale : les garçons jugent en fonction d’une « loi » abstraite ce qui est bien et ce qui ne l’est pas ; les filles sont plus souples, ou plus confuses. Elles évaluent les choses en fonction des situations. Elles ne réfèrent pas le bien à une norme idéale ; elles cherchent à sauvegarder dans leur vie morale les relations qu’elles tissent avec les autres. «  Les femmes se définissent non seulement dans un contexte de relations humaines mais se jugent en fonction de leur capacité à prendre soin d’autrui (care).  » (Carol Gilligan) La notion de « care » a été mise à l’honneur par Martine Aubry lors de la dernière convention du PS. Dans un entretien au site internet Mediapart, elle brosse la perspective d’une « société du "Care" » (« soin mutuel »), où, explique-t-elle, « la société prend soin de vous, mais vous devez aussi prendre soin des autres et de la société. » « Nous ne sommes pas en train de faire le programme du candidat » pour 2012, tient-elle à préciser. Elle souhaite que son parti élabore « une philosophie générale, qu’il faudra approfondir avec les partenaires sociaux. »


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commentaires
Le miroir aux alouettes socialiste - bombix - 14 septembre 2010 à 06:54

Entendu sur RTL. Bon, c’est RTL. Bon, c’est Serge July. Mais à mon avis, c’est quand même pas mal vu.
Le miroir aux alouettes socialiste.


Le miroir aux alouettes socialiste - Eulalie - 14 septembre 2010 à  09:57

Le miroir aux alouettes communiste, parti de gauchiste, front de gauchiste : lire la pétition sans âge et durée de cotisation.

Ce qui est interessant également c’est cette expression : pour une réforme juste et efficace. Efficace, pourquoi pas, je dis pas, taxer les finances c’est dans un premier temps en effet efficace, mais juste.... alors là !!!

Répondre à ce message #29448 | Répond au message #29447
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - Eulalie - 11 septembre 2010 à 11:35

Lu dans le numéro 1 de l’hebdo La Mèche de cette semaine : depuis 1993 avec la réforme Balladur et 2003 la loi Fillon (+ les accords sur les complémentaires du privé et les régimes spéciaux ) les besoins des financement des retraites ont été réduits de 70 pour cent. Dans 40 ans la pension moyenne représentera 45 pour cent du revenu contre 65 pour cent au début des années 80.
On revient à 1970, où 35 pour cent des retraités étaient pauvres contre 7 pour cent aujourd’hui.

Paraitrait que l’intersyndicale nationale nous appellerait au 23 septembre......


7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - bombix - 11 septembre 2010 à  12:08

Paraitrait que l’intersyndicale nationale nous appellerait au 23 septembre ...

C’est sans doute la « mobilisation rapide » que même Irène Félix, grande révolutionnaire, appelait de ses voeux. ;-) Non, il est clair que les grandes centrales syndicales ne jouent pas le bras de fer avec le gouvernement. Même au niveau local, ni la CGT, ni la FSU, ni la CFDT bien entendu, ne réclament le retrait du projet de loi. Le but de ces grèves, pour ces organisations, est simplement d’être reconnues comme partenaires et de négocier quelques miettes de la réforme.

Le 23 septembre est à peu près la date la plus tardive qu’on pouvait imaginer. C’est nettement pire qu’en 2003. Donc, il est aisé, dès maintenant, de deviner l’issue de tout cela.

Monsieur Galut nous annonce que Ségolène Royal a promis le retour au 60 ans, si le PS gagne l’Elysée. Il oublie de dire aussi que le PS promet 41,5 annuités. Il oublie enfin la volte-face de la dame, après les présidentielles, sur le smic à 1500 euros. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, c’est bien connu.

Répondre à ce message #29407 | Répond au message #29403
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - Eulalie - 11 septembre 2010 à  12:52

Oui, et Mélenchon et sa révolution citoyenne par le vote (vu dans la vidéo que l’Agitateur dans la revue du Web), uniquement par le vote. Allez, aujourd’hui c’est le 11 septembre, une pensée pour Allende et le peuple Chilien qui se battaient.

Répondre à ce message #29411 | Répond au message #29407
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - pascale - 11 septembre 2010 à  20:43

Effectivement, le 23 septembre, c’est un peu tard ... c’est le moins qu’on puisse dire.

Mais je dois rectifier : ajoutons cependant qu’au niveau national, des actions sont prévues le 15 septembre, jour du vote à l’assemblée, que mercredi, jeudi et vendredi dernier, des actions locales ont été menées au niveau local (délégations, blocages d’autoroutes à Bourges et Vierzon), et que la FSU (dont je fais partie) et la CGT font partie du Comité de défense des retraites (CDR), qui, sur le plan départemental, demande le retrait du projet Woerth Sarkozy. Je suppose que cela doit se passer aussi ailleurs que dans le Cher.

Répondre à ce message #29424 | Répond au message #29407
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - bombix - 11 septembre 2010 à  23:20

Je viens de visiter le site de la CGT 18. Je ne vois nulle part apparaître explicitement la demande de retrait pur et simple de la loi Woerth. L’appel pour le 15 septembre est libellé ainsi : "L’intersyndicale départementale réunie jeudi 9 septembre appelle à un rassemblement le mercredi 15 septembre à 16 h 00 Place Cujas, afin de montrer encore une fois à ce gouvernement et à l’UMP la détermination des salariés à défendre notre régime de retraite par répartition."

La pétition dit : « il est primordial de ... » et se termine par « Je serai très attentif(ve) aux mesures que vous allez proposer et vous montre, par ma signature, ma détermination à vouloir assurer l’avenir de ma retraite ainsi que celui de notre système solidaire. » Ca ne ressemble pas à une demande de retrait, ou alors je ne sais pas lire le français.

Est-ce que le CDR du Cher a rédigé et signé un document, et est-il publié ?

Répondre à ce message #29427 | Répond au message #29424
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - bombix - 12 septembre 2010 à  08:09

Et j’ajoute pour être complet, qu’au niveau national, seuls FO et Solidaires demandent le retrait. Mais FO ne veut pas entendre parler de grève générale.
Hier, Jacques Cotta faisait paraître un article qui résume fort bien l’essentiel de la question.

1. Pourquoi dans un état de crise généralisée du sarkozysme, aussi peu de pugnacité de la part de ses adversaires ? « Comment et où le gouvernement trouve-t-il les ressors pour présenter une réforme qui sur le fond ne satisfait personne ? »

2. Parce que la stratégie est l’« accompagnement », et le « syndicalisme responsable ». « Dés le début, Bernard Thibault et François Chérèque ont annoncé, au nom d’un « syndicalisme de proposition » ou encore d’accompagnement, une série de "revendications" compatibles avec le maintien de la réforme, et donnaient ainsi à Nicolas Sarkozy, François Fillon et Eric Woerth une marge de manœuvre inespérée. »

3. Nulle part, dans les argumentaires, on ne voit apparaître la question cruciale « La question des retraites est celle des salaires. Elle concentre en l’occurrence la question du capital et du travail. Le recul de 60 à 62 ans pour l’âge légal de départ à la retraite ou encore de 65 à 67 ans pour faire valoir ses droits, le passage de 37,5 années à 40 ans et demain à 41, puis 42 ans puis plus de cotisations, n’a de sens qu’au regard du montant des pensions. Le but de l’opération n’est évidemment pas de mettre des bataillons de troisième âge au travail. Passé 57 à 58 ans, les entreprises rejettent leurs salariés qui pointent au chômage. Le but est uniquement de ne plus avoir à payer les pensions. »

La question du capital et du travail, c’est la question même du système capitaliste. La question du temps de travail était et reste le noeud du conflit entre capitalistes et travailleurs. Ce pourquoi Marx considère que la première est la plus importante des luttes ouvrières porte sur la limitation de la durée de travail (Le Capital, Livre I, ch. X) Mais entre « partenaires sociaux », cette question ne se pose plus. Car il faudrait alors poser la question de l’exploitation (*), et réfléchir à un autre système pour la combattre. D’où :

4. « La différence concrète, matérielle entre les propositions de la gauche et le plan de la droite au pouvoir est bien ténue. Le rétablissement de l’âge légal de départ à 60 ans est indissociable, pour être lié au versement des pensions complètes, donc à l’aspiration générale, sinon au rétablissement de 37, 5 annuités de cotisations, du moins au non allongement des 40 aujourd’hui requises. »

« Dés lors quelle position unificatrice qui pourrait créer un véritable rapport de force face à un gouvernement qui affirme qu’il « ne reculera pas sur l’essentiel » ? Sinon prendre le projet de loi comme un tout non négociable précisément, et en demander le retrait intégral pour aborder ensuite la question du financement –donc de l’emploi notamment qui conditionne le montant des cotisations versées- afin de dégager les moyens nécessaires. »

Et Jacques Cotta de terminer sur la nécessaire reconduction de la grève du 23 le 24 et suivants, jusqu’à satisfaction. Satisfaction de quoi ? D’exigences qui ne sont même pas posées ! Faisons confiance, comme il le dit, à la détermination, à la démocratie - à l’organisation d’assemblées générales qui respecteront les décisions prises en bas- dans l’action.

Quel humoriste, ce Jacques Cotta !

(*) Il arrive parfois aux leaders du PS de le rappeler, et même de se rappeler que les choses vont en enpirant. C’est ça sans doute qu’on appelle « la double pensée »(**). Par exemple, Benoit Hamon, le 16 janvier 2009 sur Canal+ : « En trente ans, la part de la richesse produite, qui est passée de la rémunération du travail à la rémunération du capital, surtout les dividendes, c’est 10 points de PIB. »

(**) Jean-Claude Michéa, La double pensée.

Répondre à ce message #29428 | Répond au message #29427
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - pascale - 12 septembre 2010 à  09:45

Le texte "originel" du CDR (dont la CGT et la FSU, et d’autres organisations syndicales, politiques et associatives font partie) demande le retrait du projet. Je n’ai pas le texte sous les yeux, mais oui, il a été rédigé en commun et signé en commun. Je le sais car j’y étais. Que je sache, aucune organisation précitée n’a remis ça en question, mais il est vrai que je n’ai pas assisté à toutes les réunions. Nous en saurons un peu plus cette semaine je pense... L’important à l’heure actuelle étant de continuer à essayer (que de précautions je prends dans la tournure des phrases, malheureusement !!!) de "mobiliser" pour éviter la résignation.

Répondre à ce message #29429 | Répond au message #29427
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - Eulalie - 12 septembre 2010 à  12:29

Bonjour Pascale, surtout ce post n’est pas contre vous, mais juste pour dire que suis d’accord avec ce que montre Bombix : pour me mobiliser, moi aussi j’ai attendu un message clair et net du CDR, de l’Intersyndicale locale, et comme d’habitude, je n’y comprends "rien". Et, je ne crois pas pour le coup que c’est que je sois plus bête qu’un-e autre, c’est que ça reste encore inaudible et incompréhensible. Ou alors, il faut savoir lire entre les lignes. C’est dégueulasse. A quoi bon se mobiliser quand on ne sait pas pourquoi on se mobilise. Les gens ne sont pas forcément que résignés, ils en ont juste marre d’être pris pour des cons par la "gauche", me semble t-il. En tous cas, pour moi, c’est la raison qui fait que je ne me mobilise pas. (alors qu’à la base, je serais plutôt du genre à me mobiliser). Hier j’ai lu, je ne sais plus où, dans un journal national me semble t-il, que les syndicats avaient décidé de ne plus utiliser le terme de grève générale, mais de reconductible, car grève générale ça fait insurrectionnel. Quelle misère !

Répondre à ce message #29430 | Répond au message #29429
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - pascale - 12 septembre 2010 à  18:42

Moi non plus, Eulalie, ce n’est pas contre vous et je mesure, pour l’avoir ressenti aussi, la part de déception que cet appel tardif à la grève peut signifier.

A mon avis, une manière de ne pas être pris pour des cons, c’est de garder en tête que cette réforme des retraites, si elle est mise en place, sera suivie d’autres régressions sociales : c’est ce que veut le gouvernement actuel.

C’est pour ça que je soutiens les actions mises en place par le CDR et que j’y participerai si je le peux. J’en suis là. Le CDR sur le département se réunit la semaine prochaine, il est ouvert à tous ceux, encartés ou non, qui sont contre ce projet de réforme et fonctionne avec les moyens qu’il peut. Mais c’est déjà ça.

Après ... il faut faire attention à ce que disent les journaux, qui ont tendance à ne dire qu’une partie des choses selon leur sensibilité politique. Et aussi qui englobent dans le terme fourre tout : "les syndicats", ce que disent seulement quelques syndicats. Peut être vaut il mieux aller voir sur le site même de ces syndicats. Vous serez ainsi informée plus sûrement ... même si certains d’entre eux utilisent "la langue de bois". Mais tout de même, la meilleure des choses, mais ça n’engage que moi, reste l’offensive, qu’on ne va pas confondre avec l’agitation. Et le retrait momentané - provisoire - si on n’est pas d’accord. Chacun fait ce qu’il peut.

Amicalement.

Répondre à ce message #29432 | Répond au message #29430
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - Eulalie - 12 septembre 2010 à  20:42

Oui, je suis d’accord, l’offensive, c’est ça qu’il faut ( et je ne mélange pas avec agitation) : mais avec quelles armes ? C’est bien tout le problème de la "bataille des retraites" et d’ailleurs pas uniquement. Toutes les attaques du gouvernement n’ont rencontré que mollasserie "de gauche". Sinon, je ne comprends pas pourquoi vous parlez de retrait momentané.

Je ne connais pas les actions mises en place par le collectif départementale des retraites. Mais j’ai bien peur que ce collectif, qu’il soit départemental ou national, soit encore tenu de main de fer par le PC, comme l’ont été par le passé proche, les collectifs dont j’ai oublié le nom, avant les présidentielles. A la différence que maintenant, peut-être, on parle plus de "Front de gauche". C’est bientôt les cantonales non ? et puis, après tout, il ne reste plus qu’un an en gros avant de lancer la campagne des présidentielles. Et on dirait que ça a déjà commencé, d’ailleurs.

Cordialement,

Répondre à ce message #29433 | Répond au message #29432
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - pascale - 12 septembre 2010 à  21:11

Retrait momentané quand on n’est pas d’accord : je parlais de ceux qui, individuellement, sont en désaccord avec certains : syndicats, partis, associations, comités de défense, discussions sur le web... Ca me paraît être une bonne solution pour ne pas se rendre malade, individuellement : c’est ça que je voulais dire, on prend de la distance pour mieux réfléchir, ce n’est pas une tare. Je le fais parfois. Mais on peut aussi essayer de construire autre chose. Encore une fois, chacun fait comme il peut. Je ne suis pas en train de juger.

"Ce collectif" n’est pas tenu "d’une main de fer par le PC", je peux vous l’assurer : en tout cas, pas à Bourges.

Sinon, vous pouvez aller sur le site de Bellaciao pour voir quelles sont les positions des différents "collectifs" : ce sont parfois des intersyndicales, qui se positionnent contre le retrait du projet, par exemple en Ardèche ou en Loire atlantique ...Ce n’est pas partout pareil, mais dans de nombreux endroits, la résistance existe.

Bref, tout ça pour dire que rien n’est encore joué. Mais libre à chacun de penser ce qu’il veut.

Bonne soirée.

Répondre à ce message #29434 | Répond au message #29433
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - bombix - 12 septembre 2010 à  22:09

ce sont parfois des intersyndicales, qui se positionnent contre le retrait du projet

Petit apsus, je suppose ... ;-)

Ce n’est pas partout pareil, mais dans de nombreux endroits, la résistance existe.

Oui personne n’en doute. Et ce n’est pas ça qui est en question.

tout ça pour dire que rien n’est encore joué.

La la conclusion est un peu rapide. La question est : la résistance de certains militants viendra-t-elle à bout des appareils ? Quand je vois que la motion d’Aubenas est signée par la CFDT, j’« hallucine » comme disent les jeunes. J’écoutais Chérèque sur le site du Figaro exhorter Sarkozy à la négociation, pour « ne pas pousser le mouvement dans la radicalité » (sic !) A vrai dire, il est encore plus effrayé par la radicalité que les gens de l’UMP. D’autre part, la CFDT a perdu quelques bons milliers de militants et baissé aux élections professionnelles après 2003. Il est important que les chefs fassent semblant de se battre un petit peu. Faut pas désespérer Billancourt quand même ... pour qu’ils continuent à bien voter.

Beaucoup de gens étaient dans la rue le 7 septembre pour exiger le retrait de la loi Woerth. Les syndicats qui participent aux négociations ne portent pas cette exigence, à part FO et Solidaires. L’article était intitulé : 7 septembre : l’ambiguïté. Il n’y a rien dans vos déclarations qui lève cette ambiguïté. Mais je lirai avec attention et intérêt la motion du CDR du Cher dès que vous nous en aurez donné connaissance. Ce qui serait bien aussi, c’est de savoir si les signataires parlent en leur nom ou au nom de leur organisation, à qui elle est adressée, et de quel poids ces motions pèsent dans les prises de décisions effectives des organisations. Les motions et les votes qui n’ont qu’une valeur consultative ... c’est du théâtre de démocratie ; une sorte de soupape qu’on actionne pour ne pas faire sauter la cocotte minute ; ça ne vaut pas mieux et même peut-être est-ce pire que l’absence de démocratie tout court.

Répondre à ce message #29435 | Répond au message #29434
7 septembre : l’ambiguïté - Eulalie - 13 septembre 2010 à  11:11

Je suis allée visiter les sites nationaux des syndicats qui sont en intersyndicale, donc c’est pour ça que j’ai écrit " les syndicats". Ce n’est pas la presse qui l’avait écrit comme ça. La presse avait parlé d’un ou 2 syndicats, mais je ne me rappelle plus lesquels. Et au fond, ça n’a aucune importance. Ceci dit, sur leurs sites respectifs aucun ne parle ne serait-ce que de grève reconductible, seul Solidaires a une belle affiche d’appel à la grève générale, comme d’hab. Et d’ailleurs, je fais une erreur, ce ne sont pas des syndicats. Ce sont des unions, des conf, fédé etc... de syndicats.

Certaines appellent au 15, sous forme de rassemblement, , je ne sais plus lesquels. C’est difficile de mémoriser qui appelle au 15 et sous quelle forme, etc..... Au niveau des syndicats proprement dits, n’y aurait-il pas que des syndicats de l’EN qui appellent au 15 ? voire de la FP ? le privé est-il concerné par ces appels ? Bon, c’est probable que vous n’en sachiez rien non plus.

Sinon, à part ça j’ai révisé les 16 organisations qui font partie du CDR du Cher.
Je commence par les partis politiques dans un ordre indifférent :
- le PG
- le PC
- Le NPA
- le PCOF
- les jeunes du PCOF
- Les Jeunes Socialistes
- Gauche alternative 18 (je ne savais pas que ça existait encore)
- Le mouvement républicain et citoyen
- Alternatives Libertaires

Les Fédé, Unions syndicales :
- FSU
- Solidaires
- l’UD CGT

Les assos :
- Attac
- M’pep

Et, qu’est-ce c’est ? connais pas.
- la Fase
- Convergences citoyennes

Répondre à ce message #29439 | Répond au message #29432
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - Eulalie - 13 septembre 2010 à  12:16

Non, il y a 17 organisations, en fait. Le site du PG cite aussi Ecole Emancipée, dont je n’ai jamais compris si c’était un syndicat ou une asso de réflexions sur l’Education. Bon, je crois que c’est une branche minoritaire de la FSU, ou c’était une branche de la FSU. Jamais rien compris.
Mes sources sur les organisations du CDR du Cher sont le Berry republicain et le site du PG. Je n’ai trouvé que ça.
Peut-être y’a t-il d’autres organisations.

Quant à l’intersyndicale locale je suppose que chaque union, fédé, etc... a son ou ses représentants sur le Cher. Peut-être parler d ’inter-centrales serait plus approprié que d’appeler ça "intersyndicale" (?). Et dans le Cher, quel poids du Privé et quel poids de la Fonction Public émanant de ces orgas ? en matière d’adhérents ? (bon, je suppose que ça craint) , et de résultats aux élections professionnelles. Pour la FP il me semble que les prochaines élections pro sont pour fin 2011. Quoique les dates ne soient pas encore très claires et l’organisation non plus. C’est le gouvernement qui décide en fonction me semble t-il de la réforme sur le dialogue social. Alors je suppose, qu’il faut pas trop le fâcher le gouvernement pour avoir sa petite représentation aux élections pro des 3 versants de la FP.

Répondre à ce message #29441 | Répond au message #29432
7 septembre : l’ambiguïté, quelques chiffres - Eulalie - 12 septembre 2010 à  13:18

D’autres chiffres lus dans "La Mèche", d’après les données de l’Insee de 2008 :
- 12 p/c des hommes et 5p/c des femmes des générations 1940-46 sont morts avant 60 ans.
- pour celles et ceux de 1948-56, 1 sur 12 , je cite " ne verra pas la couleur de la retraite" également.
Par catégorie socioprofessionnelle, sont morts avant 60 ans :
- 30 p/c des inactifs des hommes nés entre 1940 et 46
- 25 p/c de ceux qui étaient au chômage à 35 ans
- 13,6 p/c des salariés du privé sans baccalauréat
- 6,7 p/c des cadres ou chefs d’entreprises salariés à 36 ans
- 14,3 p/c des employés et ouvriers non qualifiés
- 5,5 p/c des ingénieurs et cadres techniques d’entreprise
- 21,3 p/c des agents de surveillance
- 15,7 p/c de ceux qui étaient ouvriers non qualifiés de type artisanal à 35 ans en 1975

Quant aux plus démunis, leur espèrance de vie est de 45 ans selon M. Hirsch.

Répondre à ce message #29431 | Répond au message #29403
7 septembre : l’ambiguïté - Mozi - 7 septembre 2010 à 17:49

Cette fois-ci on a au moins pu lire des tracts un peu plus offensifs :

On a toujours l’âge de déserter.

Vous avez travaillé. Vous vous êtes trompés. C’est pas grave. Une seconde chance vous est donnée. Aujourd’hui, vous manifestez pour conserver votre retraite à soixante ans. Vous ne voudriez plus travailler. Pourtant, vous avez travaillé. Vous avez attendu que ça passe. Finalement, c’est passé. Et vous avec.

Si vous approchez aujourd’hui la soixantaine, en 68 vous n’aviez pas loin de la vingtaine. Vous avez vu, vous avez su que d’autres mondes étaient possibles que celui qui s’est édifié, avec votre participation, avec notre participation. Vous avez oublié, vous avez fait semblant d’oublier. Vous avez fait comme si travailler était digne, supportable, intéressant ou simplement humain. Les générations qui vous ont suivi ont mimé votre résignation, plus grotesquement : votre enthousiasme.

Une seconde chance vous est offerte. Vous savez dans votre chair que vous ne voulez plus travailler. Que vous n’avez finalement travaillé que sous la contrainte, et que vous vous êtes faits, pour certains, les illusions nécessaires. Laissez vos illusions derrière vous, si vous en aviez. Il en est temps. Vous en avez les moyens. A soixante ans, vous n’êtes pas tout à fait tari. Le gouvernement, la domination en conçoit une certaine terreur. Ils voudraient vous faire rempiler pour deux ans, que vous soyez vraiment vidés. Avant de vous lâcher dans la nature.

Les gestionnaires de la société vous redoutent. Ils craignent qu’étant encore vivants, vous désertiez. Vous en avez les moyens. Plus que quand vous aviez vingt ans, peut-être. Vous avez les moyens de déserter, au prix de renoncer à l’adhésion à l’ordre social qui vous a consumés. Déserter veut dire : agencer les conditions d’épanouissement de rapports moins mutilés que ceux que commande la domination marchande (hostilité grouillante, incompréhension systématique des hommes et des femmes, absence de communauté comme d’intimité et d’amitié véritables, forclusion de la violence, de la folie, de la souffrance, etc.)

Vous avez une dernière chance de ne pas vous trahir, de vivre, finalement. C’est celle de quitter le navire. En un sens, c’est notre dernière chance. Un monde qui va au gouffre veut s’assurer qu’il n’y va pas seul. Il veut nous entraîner dans sa course à l’abîme. Il est prêt à tout pour empêcher, pour anéantir toute sécession sociale. C’est pourtant la seule aventure à hauteur de vie qui nous soit ouverte, pour l’heure.


7 septembre : l’ambiguïté - Charles-Henry Sadien - 5 septembre 2010 à 22:35

Dans un journal local qui tente de couvrir l’actualité de Bourges et du Cher

J’avais bien noté la condescendance du Berry Républicain à propos du procès ripou - en rubrique "fais divers" (et après ça, le BR participe à des expo et des conférence sur la liberté de la presse et nous fait croire qu’il est issu de la résistance ! Bah, ça vieilli mal, visiblement) dont le journaliste du parquet expliquait que l’agitateur "tentait" de couvrir l’actualité de Bourges.

pour le reste, lorsque l’on fait part de ce qui est expliqué dans cet article aux organisateur professionnels de grève en essayant de leur expliquer que mimer la contestation sert sans doute leurs intérêts personnels mais pas l’intérêt des causes qu’ils font semblant de défendre... qu’ils faut qu’ils se sorte les doigts du derche, bah c’est le même niveau de condescendance que le BR : laissez faire les pros !

Bin on voit où ils nous mènent les pros à Bourges. Côté presse : disparition dans l’indifférence totale de la nouvelle république... et dans quelques années le BR suivra ou fusionnera avec un autre grand groupe, cela ne fait aucun doute. Côté politiques : 3 mandats Lepeltier ! Laissez faire les pros qu’on vous dit.

La manif contre la xénophobie à Bourges était hallucinante. Ils étaient contents, y’avait du monde. En plus, parait que y’avait beaucoup de profs. Et après, qu’est-ce qu’on fait ? "Bah, à 16h, t’a des tracs pour la manif du 7 à distribuer" ! MDR comme disent les d’jeunes. Bah, s’é pas, on pourrait pt’étre dézinguer toutes les caméras de surveillance par exemple non ? "mais ça va pas la tête ! c’est ILLEGAL !" Bon, ben, allons distribuer des tracts alors !

Vraiment, je remet le lien et le passage que j’ai mis dans un message précédent car tout ce que dit Xavier Renou est encore plus vrai dans notre pauvre ville de Bourges remplie de rien :

http://www.annuel-idees.fr/Une-idee-a-defendre-la.html

"Une partie de la population qui pour n’être peut-être pas majoritaire, n’en constitue pas moins une force capable de peser. Mais qui ne pèse pas. Pourtant, les victimes du néolibéralisme et les gens un peu éclairés continuent de défiler dans les rues, de mener des grèves d’une journée par catégorie professionnelle, de fréquenter les conférences où l’on s’indigne ensemble, en se tenant chaud, et n’oublient évidemment jamais de signer la pétition à la fin. Puis rentrent chez eux, en attendant la prochaine occasion de protester en choeur. Pour rien, bien souvent, mais qui ose se l’avouer ?

Parce que la contestation ne se conteste plus elle-même. Je veux dire qu’elle conteste l’ordre injuste des choses, mais assez peu ses propres méthodes. Elle soumet le monde à l’analyse, mais choisit de protéger de l’analyse ses modes d’action, dont l’efficacité est pourtant criante. Pour une part, cette absence d’auto-critique peut être mise au compte de responsables associatifs et syndicaux aux situations professionnelles confortables. C’est un processus classique, auquel il est difficile d’échapper : on proteste, puis on s’organise, et finalement certains conquièrent des positions, attachées à des rentes (symboliques ou matérielles) qui leur procurent de redoutables satisfactions : payés, travaillant dans des conditions de travail meilleures que la plupart des salariés, ils ont en prime un supplément d’âme, la considération de leurs concitoyens, et la reconnaissance des médias. Bref, ils ont réussi à se mettre à l’abri contre les maux qu’ils dénoncent par ailleurs, et tant mieux pour eux ! Seulement, du coup, ils regardent la possibilité de changer de méthode, de s’ouvrir à de nouvelles tactiques plus radicales comme présentant des risques incompatibles avec leurs sécurités professionnelles et personnelles. Les permanents du changement qui ne vient jamais n’aiment pas le changement quand il s’agit du leur, on peut le comprendre facilement.

Mimer la contestation d’un ordre sans jamais lui désobéir est devenu notre lot quotidien "


7 septembre : l’ambiguïté - B. Javerliat - 5 septembre 2010 à 16:30

« Le seul milieu qui connaisse quelque chose au monde extérieur c’est vous les patrons. Vous n’avez pas de substituts. Vous êtes la seule expertise en connaissance du monde extérieur par rapport à ce qu’il s’y passe ». « Atterrant.

Peut-on vraiment lui en vouloir, à son âge !