Petit et Berrichon

mercredi 22 septembre 2010 à 22:03, par B. Javerliat

Quelques semaines après « La République », c’est un nouveau journal qui paraît en Berry. Nous avons rencontré Christophe Matho, directeur de la publication du « Petit Berrichon »

Petit et Berrichon

L’Agitateur : Le premier numéro du « Petit Berrichon » sort ce mercredi. Que va-ton y trouver ?

Ch. Matho : Des infos sur les gens qui vivent en Berry ; notre ligne éditoriale s’intéresse essentiellement aux gens qui vivent chez nous. L’information que nous proposons traite des événements, des manifestations, des rencontres avec les hommes et les femmes, les associations, les institutions qui y participent grâce à des interviews, reportages, des comptes-rendus, de la gastronomie régionale et des petites annonces. Un journal d’hyper proximité, qui parle de vous et dans lequel vous vous exprimez ; c’est l’un des traits forts de notre modèle, les lecteurs peuvent écrire dans notre journal car ils peuvent nous proposer leurs articles, s’ils correspondent à notre ligne éditoriale nous les publierons, il suffit de nous les proposer par mail.

L’Agitateur : Le « Petit Berrichon » est une émanation du « Petit Solognot ». Pourquoi avez-vous décidé de vous implanter en Berry ?

Ch. Matho : Parce que notre équipe est composée pour une grande partie de berrichons. Je suis moi-même berruyer. Nous avons surtout un pied dans le Berry en étant installé à Romorantin. Le « Petit Solognot » est un bimensuel gratuit et est tiré à 52 000 exemplaires, il est lu par plus de 300 000 lecteurs par mois. Il est déjà largement diffusé dans le Berry car nos distributeurs l’installent dans les commerces des cantons de Chabris, Valençay, Graçay, Vierzon, La Chapelle-d’Angillon, Argent-sur-Sauldre et Aubigny. Des lecteurs et des annonceurs sollicitent même « Le Petit Solognot » jusqu’à Vatan ou Mehun, bien au-delà de notre zone de distribution. Entre 1988 et 1989, l’équipe du « Petit Solognot » avait encore plus investi le territoire berrichon en publiant un nouveau titre « Le Petit Berrichon » un mensuel gratuit qui fut diffusé dans l’Indre et dans le Cher le temps de 15 numéros. Mais l’entreprise dut faire des choix dans son développement et l’ancrage du « Petit Solognot » dans l’Orléanais fut préféré au développement du « Petit Berrichon » qui ne connut pas les années 1990. Le « P’tit Bé » n’est donc pas une création, mais juste un retour avec son 16e numéro, 22 ans après le n°15 !

L’Agitateur : Pourquoi créer un nouveau journal local à l’heure où ceux qui existent ont des difficultés, à l’instar de la fermeture de la NR dans le Cher ?

Ch. Matho : Le gratuit d’information est une niche dans la presse. Nous connaissons bien ce modèle car le « Petit Solognot » est le plus ancien des gratuits d’information en France. A l’heure où la presse de petites d’annonces est en difficulté à cause d’Internet et au moment où les quotidiens sont confrontés à une sur information, nous offrons un modèle particulier qui est gratuit et qui propose une information que l’on ne peut pas trouver ailleurs gratuitement.

Nous sommes très lus. Je m’en suis rendu compte il y a quelques mois, avant même que je ne prenne la direction de cette entreprise ; ma fille est née au bord de l’autoroute il y a 18 mois, un vendredi 13, dans la neige. L’information a fait la une de deux quotidiens. 3 ou 4 personnes m’en ont parlé. Elle a fait la troisième de couverture du « Petit Solognot » 8 jours plus tard. 30 ou 40 personnes m’en ont parlé...

L’Agitateur : Le « Petit Berrichon » est gratuit. Quelles sont vos ressources ?

Ch. Matho : Exclusivement la publicité.

L’Agitateur : Ce financement exclusivement publicitaire ne risque-t-il pas d’entrer en conflit avec le contenu rédactionnel ?

Ch. Matho : Pour ce qui nous concerne, nous ne touchons rien et ne demandons rien ni à l’Etat, ni aux collectivités. Je pense que c’est un gage d’indépendance bien supérieur à tous ceux qui touchent de l’argent public, même si je ne les critique pas car leur modèle économique en a besoin. Si nous voulons prendre une position publique sur un dossier, personne ne peut nous rappeler qu’il contribue directement à la santé financière du journal. Maintenant, il faut être honnête, il est certain que nos annonceurs ne s’attendent pas à nous voir exposer des positions extrémistes, cela ne devrait pas poser de problème, ce n’est pas notre ligne éditoriale. Il faut bien dire que la seule garantie d’une indépendance totale serait d’être financé à 100 % par les lecteurs, cela n’existe plus dans la presse papier. Mediapart tente ce modèle avec succès en presse électronique, l’Agitateur est un des rares exemples de réussite de ce modèle au niveau local. C’est tout à votre honneur, mais cela fonctionne parce que vous avez fait le choix de vous affranchir de la plupart des contraintes "économiques" grâce à un réseau d’auteurs qui ne vivent pas de leur rédaction.

L’Agitateur : Le « Petit Berrichon » démarre presque en même temps que « La République », journal créé par d’anciens journalistes licenciés de « La Nouvelle République ». Y’a-t-il la place pour deux journaux ?

Ch. Matho : « La République » a une zone de diffusion plus restreinte, on ne la trouve pas à Bourges et à Châteauroux. En fait la confrontation sera plus nette entre « La République » et le « Petit Solognot  » qui est leader de la vente de surfaces publicitaires depuis 1983 sur l’essentiel de la zone de diffusion du nouvel hebdomadaire payant. Mais à mon avis, il n’existe qu’une concurrence faible entre un payant et un gratuit. La publicité ne représente que 30 % des ressources des payants contre 100 % pour nous. Les annonces légales et la vente du journal sont bien plus importantes chez les payants, avec les subventions publiques. Même du point de vue des lecteurs, 70 % de nos lecteurs n’auraient pas acheté un payant et sur les 30 % qui restent, il semble que la lecture de notre journal ne perturbe pas leur envie d’acheter un payant. « La République » est bien plus en concurrence frontale avec « Le Berry Républicain ».

La cible du « Petit Berrichon » s’oriente plus vers un lectorat qui a déjà deserté la presse écrite car il est rassasié d’informations (internet, radios, chaines TV d’info continue...). Ce lecteur a toute l’info qu’il lui faut en international, national, sport... il a juste un petit besoin d’info locale, mais ce besoin ne l’incite pas à acheter. Nous lui offrons une réponse qui lui convient. Celui qui place l’information locale en tête de ses besoins d’information nous lira, mais il ira aussi acheter « Le Berry Républicain » ou la « La République », mais peut-être pas les deux. J’ai rencontré Patrick Gonin, le fondateur et rédacteur en Chef de « La République ». C’est un ancien cadre de la NR. Il dirige une équipe plutôt sympa, qui entretient la philosophie NR. L’équipe redactionnelle compte avant tout. La carte de presse et la charte déontologique guident leur ligne éditoriale. C’est un gage de qualité. J’avais proposé des mutualisations entre nous et des stratégies commerciales convergentes. Ils n’ont pas donné suite. Je pense que les gratuits ne sont pas vraiment de la presse pour eux. Certains diront qu’ils ont les défauts de leurs qualités, ce sont des journalistes, pas des patrons de presse. Mais, ils sont nombreux à avoir réussi la mutation, comme ce sont des bons, ils vont y arriver. Ils ont déjà trouvé des mécènes à travers le Conseil Général et le Conseil Régional si on en croit le rédacteur en chef.

L’Agitateur : Christophe Matho, merci d’avoir répondu aux questions de l’Agitateur, et longue vie au « Petit Berrichon » !

Ch. Matho : Merci à vous. J’ajoute que le modèle du « Petit Berrichon » est interactif. A l’instar du « Petit Solognot », nous proposons à nos lecteurs de se saisir du journal en nous adressant leurs propres articles sur leurs projets, sur les événements qui les ont intéressé. Nous sommes susceptibles de les publier, avec les précautions d’usage qui veulent que l’article proposé doit « correspondre à notre ligne éditoriale et à la législation sur la liberté de la presse  ». Vous pouvez adresser vos propositions d’articles à : le-petit-berrichon[at]cpe-editions.com.


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commentaires
Petit et Berrichon - 16 novembre 2010 à 11:14

J’ai pas trop aimé l’article intitulé "L’esprit cuisine" sur la première page. Trop engagé ! A la limite insultant pour les salles de bain et les chambres à coucher. Je soupçonne Martinat du BR d’en être l’auteur (il est hyper pointu sur le sujet) !


Fier de son journal ? - Mister K - 23 septembre 2010 à 10:07

C’est assez drôle ce bourgeonnement de journaux papier y compris dans le Cher. Si des journaux naissent, est-ce que cela veut dire qu’il y a une demande ou un besoin ? Où tout simplement, est-ce qu’il y a une envie de faire des journaux papier ? Personnellement, je penche plutôt pour la seconde réponse. Et c’est bien là le hiatus.

A l’opposé total du Petit Berrichon, il y a par exemple le journal Le Tigre : payant et sans publicité. Et hasard des hasards, le dernier numéro qui comporte un seul très grand édito parle de cet envie (et des difficultés) de faire un journal, mais un journal différent dont on puisse être fier. Je conseil à tous d’acheter ce numéro que l’on peut trouver en kiosque à Bourges à la Maison de la Presse (7 rue des armuriers) ou encore à La Gare de Bourges. Ce numéro sera peut-être le dernier du Tigre.

Alors, quel modèle pour un journal papier ? En terme de contenu, il y a de très bon modèles. Mais quand on parle modèle en 2010, il ne faut pas rêver, on parle surtout modèle économique. Et là, ça coince. Car évidemment, un modèle économique type Le Petit Berrichon, ça peut marcher surtout au niveau local. Mais sérieusement, comment peut-on ne pas douter sur la qualité du contenu ? Et puis objectivement, quand on regarde la couverture du Petit Berrichon, on a les yeux explosés : pour moi, impossible de lire un article coincé entre un nombre de publicité impressionnant. Dans l’exemple, à vu de nez, il n’y a pas loin de 75% de pub sur la une du journal ! Désolé, mais pour moi, c’est insoutenable. Même gratuit je ne lis pas un truc comme ça.

Alors évidemment, Le Petit Berrichon n’a pas de subventions (heureusement !). Le Berry Républicain qui est payant mais avec un peu moins de pub est subventionné. C’est un modèle qui bouffe à tous les râteliers. Après, on peut espérer une qualité un peu meilleure. La question est : est-ce que les journalistes du BR sont fiers de leur journal (ou au moins satisfaits de sa qualité), est-ce que les rédacteurs du Petit Berrichon sont fiers (ou au moins satisfaits) de la qualité de leur publication ? Et les lecteurs, ils en pensent quoi ? Ceux du Petit Berrichon n’auront pas grand chose à dire on imagine. Ceux du BR seraient en droit de l’ouvrir un peu plus. La République se rapproche effectivement du BR. Ensuite, il y a le Berry Ripou qui est hors catégorie pour la région mais qui apporte une vraie diversité. Mais là encore, c’est clairement pas évident de faire vivre un journal comme le Ripou qui est payant sans pub et sans subventions. Bon, j’oublie certainement des publications, mais il ne faut pas m’en vouloir ;-)

L’Agitateur lui, n’est pas comparable puisqu’il n’est pas (plus) sur papier. Il s’agit d’un modèle sans argent, à l’énergie, à l’envie. La seule motivation, c’est de proposer des choses de qualité, qui ouvrent le débat, qui font réfléchir...et peut-être qui donne l’envie d’agir. On n’est jamais satisfait de ce que l’on fait. On voit souvent plus les défauts et les limites que les qualités. Mais au final, on n’a pas à rougir je pense. Mais vous êtes les seuls nos seuls juges.


Fier de son journal ? - B. Javerliat - 23 septembre 2010 à  22:20

C’est vrai que la première page fait mal aux yeux. Que de pub ! Mais qu’attendre d’autre d’un journal gratuit ? Le journal est téléchargeable sur le site du journal, ça permet de se faire une idée.

Première chose, il y a de la pub, beaucoup de pub. Et souvent des pleines pages à droite, là où ça se voit bien. Mais les hebdos genre Le Point ou le Nouvel Obs’ font pareil, et depuis logtemps. Sur le contenu rédactionnel, c’est essentiellement de l’évenementiel pour annoncer une manifestation à venir ou faire le bilan d’une manifestation passée, où "le public s’est rendu nombreux". Les "vrais" articles sont rares. La page "les échos de Bourges" n’est que du publi-reportage à la gloire du renouvellement urbain dans le quartier de l’aéroport et sur la "carte famille". Le copié-collé à marché à fond [1]. Idem pour St Doulchard et son "Domaine de Varye". Vierzon pareil. Les seuls "vrais" articles sont une interview du président du Conseil Général, Alain Rafesthain, qui parle des difficultés financières de la collectivité, et un papier sur des entreprises chinoises qui s’implantent à Châteauroux.

Force est de constater que pour le moment, il ne s’agit que d’un support publicitaire. D’un autre côté, ce n’est que le premier numéro qui ne demande sûrement qu’à s’améliorer. Le Petit Solognot, par exemple, est beaucoup plus riche en contenu rédactionnel réellement produit par le journal. Sans doute est-ce l’objectif que s’est fixée la version berrichonne...

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