Une fois de plus, les travailleurs se réveillent avec la gueule de bois : la bataille des retraites est perdue, nous pouvons faire nos adieux au système par répartition. Les manifestations d’hier, samedi 6 novembre 2010, étaient pathétiques, quasiment désertées par les salariés, principalement animées par les militants de la base. Évidemment, au niveau du PS, on se félicite. De quoi, on ne sait pas, mais on se félicite.
Aussi, la CFDT déclare « on va s’éloigner petit à petit malheureusement du sujet des retraites ». On sent Chérèque au bord des larmes. Allez, vous reprendrez bien d’un petit pain suédois, ça ira mieux.
Et la CGT « ira jusqu’au bout, quitte à faire cavalier seul s’il s’avérait impossible de continuer la bataille sur les retraites avec un engagement unanime de tous les syndicats afin de créer le rapport de forces pour obtenir des négociations d’ici juillet 2011, date d’application de la réforme ». Voilà, c’est dit.
Alors, l’Unsa « met en garde ses partenaires les plus déterminés contre des modalités d’action qui ne correspondraient pas à la situation et risqueraient de provoquer un effondrement de la participation ». En effet, la détermination est une position syndicale qui inquiète l’Unsa.
Donc, Jean-Claude Mailly « ne cache pas une certaine amertume, notant que les défilés vont réunir moins de monde, signe », selon lui, qu’« il y a eu un certain gâchis dans la conduite du mouvement par les syndicats ». CQFDire. (Source : Libération du 7 novembre).
Pour la Fsu et Solidaires, à l’heure où j’écris cet article, je n’ai pas trouvé de déclarations.
Mais, positivons. La bataille des retraites aura permis aux français de mieux connaître les 12 raffineries, les ports, l’acheminement de l’essence dans les pompes et la gourmandise insatiable des stations. Devant leur écran TV, ils ont pu également vivre par procuration le suspens de la fameuse issue du conflit... à ne pas confondre avec un conflit issu de... Quoique l’issue du conflit est issue du conflit,
non ?
Sur un morceau de Jean-Louis Aubert Voilà, c’est fini, passons donc aux conflits d’intérêts financiers que suscite la contre-réforme des retraites. Il a fallu un buzz [1] autour de Sévriena filiale de Malakoff-Médéric dont Guillaume Sarkozy, « le frère de l’autre », est délégué général [2], afin de combler le vide, que dis-je, le trou noir, l’abysse d’informations journalistiques, syndicales, politiques sur les véritables « zenjeux » de la réforme des retraites c’est-à-dire la retraite par capitalisation. Et finalement, on a vu très peu d’informations sur l’article 32 de la loi sur les retraites instaurant leur capitalisation.
L’amendement 730 du 8 septembre de cette même loi en profite sournoisement également pour détruire la médecine du travail pour la transformer en médecine d’entreprise. Par décret, cet amendement vise à abroger dans le Code du Travail :
– L’article L. 4622-2 : « les services de santé au travail sont assurés par un ou plusieurs médecins qui prennent le nom de médecins du travail ».
– L’article L. 4622-4 : « les services de santé au travail font appel soit aux compétences des CRAM […] soit à des personnes ou organismes […]. Cet appel aux compétences est réalisé dans des conditions garantissant les règles d’indépendance des professions médicales et l’indépendance des personnes ou organismes associés ».
remplacés par l’article L. 4622-1-2 « un transfert des missions du médecin du travail s’opérera au directeur du service de santé au travail, au sein duquel les médecins du travail travaillent en lien avec les employeurs et les salariés désignés pour s’occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels ou les intervenants en risques professionnels ».
En d’autres termes, le médecin du travail perd son indépendance et est sous l’autorité d’un directeur de service, lui même sous ordre hiérarchique de l’employeur. De plus, cet article intègre la notion non négligeable d’intervenants en risques professionnels. Et c’est là qu’on retrouve nos chers financiers de l’assurance, de la prévoyance du risque etc.... En effet, en 2009, suite à la médiatisation des suicides chez Télécom, Jean-Marc Boirond, Président du Directoire d’Itelis, une société de services détenue par Axa déclarait « La santé au travail est un marché en devenir. Il y a un business, j’ose le dire ».
Et bien voilà, la loi sur les retraites leur a définitivement ouvert les portes de feu la médecine du travail. Ce sera le management, le business, de la santé au travail. C’est à dire celui-là même qui est la cause des suicides, de la souffrance au travail. Mais heureusement, Guillaume, le simple mutualiste comme le prétend la good story du groupe [3], ose également le dire : « Malakoff-Médéric érige la prévention en entreprise en axe stratégique, avec une approche « triple gagnant ». Les marchés sont ouverts, faites vos jeux.
Ici, patrons, on vous soigne
[1] du PS ? En tous cas de Mediapart et de Politis
[2] Pour ne pas dire PDG ; DG ça fait plus mutuelle, cool avec les prolos...
[3] Mederic-Malakoff affirme être une mutuelle à statut associatif sans but lucratif actions, dividendes, stock-options
communiqué de presse de la FSU après les manifestations du 6 novembre
- bombix
- 11 novembre 2010 à 18:25
Ce que vous avancez est faux : la FSU ne "rectifie" pas "le tir" : elle a toujours défendu la position du retrait. Regardez le site. Je ne suis pas toujours d’accord avec ma fédération, mais là-dessus, si.
Pas d’écran de fumée, svp. On parle ici d’une chose bien précise. L’appel de l’intersyndicale pour la manifestation du samedi 6 novembre. Ce texte, cosigné par la FSU, n’appelait pas à la non promulgation du texte voté par l’assemblée. Le jour même, après les manifs, la FSU publiera un communiqué que vous mettez en lien, pour dire qu’elle demande à Sarkozy de ne pas promulguer le texte de loi sur les retraites. Vu les circonstances (la position de la CFDT dans l’intersyndicale), vu la date (le 6) je dis, et je répète, que le communiqué du 6 est une pratique de double langage. Le courage aurait consisté à ne pas signer le texte de l’intersyndicale et à publier un texte appelant à manifester le 6 pour demander à Sarkozy de ne pas promulguer la loi.
Mais il ne s’agit pas de double langage quand il s’agit de communiqués COMMUNS.
Parce que votre signature au bas d’un texte commun ne vous engage à rien ? La belle valeur de votre signature. Quel partenaire fiable vous êtes !!!
Les actions, la lutte, continuent sous de multiples formes, que ça vous plaise ou non.
Et pourquoi ça ne me plairait pas ? Et de quoi parlez-vous précisément ?
Oui, l’élargissement à d’autres revendications devient urgente
Non. Dans les circonstances, et étant donné la mobilisation importante, il fallait concentrer sur un objectif : retrait de la loi, et se donner les moyens de gagner. La CFDT ne demandait pas le retrait. Solidaires, FO, une partie de la base cégétiste, certains syndicalistes de la FSU demandaient le retrait. Vous (c’est un vous générique. Je parle de votre organisation, puisque vous parlez pour elle) êtes restés prisonniers de l’intersyndicale. En élargissant, vous confortez à nouveau la stratégie de la CFDT, qui cherche une porte de sortie honorable. Et vous lâchez la proie pour l’ombre.
Vous mettez tout le monde dans le même sac. Et votre obsession, ce sont "les orgas" et "les chefs syndicaux"
Je n’ai pas d’obsession. Je constate simplement à nouveau un désastre. Et je ne pense pas être le seul. Et comment nier qu’il n’y a pas une responsabilité des "orgas" et des "chefs" dans ce désastre ? Ils n’ont pas demandé le retrait, ils n’ont pas organisé la grève reconductible, ils n’ont même pas, en tant de semaines, fait un vrai boulot de pédagogie à destination du public, sur le problème du passage à la capitalisation. Pas même une grande manif à Paris, qui aurait pu rassembler des millions de personnes. Je rappelle quand même que c’est la manif parisienne de la droite qui a fait reculé Mitterrand sur le projet de loi Savary en 1984 (550.000 personnes selon la police. Comparer avec les chiffres de l’automne 2010 ;-((( ). Mais il aurait fallu vouloir le retrait. Ils ne voulaient pas le retrait. Ils voulaient renégocier la loi, ce qui est bien différent. Et Sarkozy les a envoyer chier parce que dans cette partie de poker, il savait bien qu’ils avaient plus de gueule que d’atouts en mains. Point barre.
: regardez aussi en bas, près de chez vous. Ca continue à bouger, sans doute plus que vous ne le pensez.
C’est vrai. En bas de chez moi, y a plein de syndicalistes de la FSU avec leur drapeaux qui sont toujours en grève reconductible. Je leur apporte du café chaud le matin.
cette société, il faut la changer.
Avant de changer la société, si on était au minimum capables de conserver ce qui dans cette société imparfaite la rend un peu vivable pour les moins bien lotis, par exemple la protection sociale, l’assurance maladie, la retraite par répartition d’un niveau convenable et à un âge décent, ce serait déjà pas mal.
communiqué de presse de la FSU après les manifestations du 6 novembre
- 13 novembre 2010 à 15:06
Vous ne me ferez pas défendre la CFDT, Eulalie, sinon, je serais adhérente de ce syndicat ...
Je suis adhérente à la FSU, qui est un syndicat réformiste et non révolutionnaire, qui possède en son sein des tendances plus radicales que d’autres. C’est cette fédération qui compte le plus grand nombre d’adhérents dans l’Education nationale (dont je fais partie) et c’est donc là que le travail militant a peut être le plus de chances d’aboutir dans les temps qui viennent. Pour ce qui concerne la bataille (ou la lutte ou le combat ou la bagarre ... j’utilise les termes indifféremment) contre la loi sur les retraites, je trouve que la direction de la FSU a été correcte. Et quand je suis en désaccord, je le dis à l’intérieur : jusqu’ici, personne ne m’a exclue ;-)
Pour le moment, ce syndicat ne lâche pas sur les retraites, non plus que le CDR dont je donne l’adresse :
http://cdr18.overblog.com
Si on cherche à élargir le mouvement, c’est que tout se tient. Fort d’avoir "gagné" sur les retraites, Sarkozy va maintenant s’attaquer à la Sécu. Tout ça a des incidences sur le chômage, le pouvoir d’achat, l’emploi, les conditions de travail, les salaires ... tout ça est organisé par l’Union européenne (voyez comment ça se passe dans les autres pays de l’U.E) dont le pouvoir est encore plus illégitime que le gouvernement Sarkozy. 70% de l’opinion en a marre de ce gouvernement. Je trouve normal et nécessaire d’élargir la lutte : donc de ne pas attendre les présidentielles de 2012.
Je suis convaincue qu’il vaut mieux être "organisé" : c’est le plus sûr moyen d’obtenir quelque chose. Tout seul dans son coin, on n’arrive à rien et je ne veux pas être celle qui vocifère contre les syndicats sans avoir aucun pouvoir sur eux. Etre adhérent ou militant dans une organisation n’implique pas d’être le petit doigt sur la couture du pantalon et d’obéir à toutes les injonctions, heureusement. Un syndicat, un parti, est un OUTIL, pas une fin en soi. Je l’ai déjà dit il y a longtemps sur ce site : si l’outil ne convient plus, on cherche à le réparer ou on en change. Je n’en suis pas encore là.
J’ai trouvé sympa ce site des petits contes. En regardant sur "Nos fondamentaux" et "Qu’est ce que le pavé ? Comment ça marche ?", j’y ai trouvé les organisations (ben oui) avec qui il travaille. J’y ai trouvé ATTAC, la FSU, le PC, la CGT, même le PS... Je n’y ai pas vu la CFDT...
Quant à votre jugement sur la pauvreté des manifs et leur "management", ben ... chacun son point de vue. Je ne partage pas le vôtre.
Cordialement.