19 novembre. Un soir 3 bien ordinaire.

Licenciés à cause de Facebook, ou pour faute grave ?
lundi 22 novembre 2010 à 11:23, par Le plumitif arcandier

Connerie ou incompétence ? Désinformation systématique préparée par la hiérarchie de la rédaction ? En tous cas du mauvais journalisme, si on peut appeler ça du journalisme.

19 novembre. Un soir 3 bien ordinaire.

Une entreprise d’ingénierie de la région parisienne licencie deux employés "pour faute grave". Les deux salariés contestent et portent l’affaire devant le Conseil des Prudhommes, qui, après avoir examiné les faits et entendu les parties, donne raison à l’employeur. Les deux salariés avaient critiqué leur patron auprès de leur réseau (15 personnes environ dit-on), sur Facebook.

Le sujet est présenté par Francis Letellier (le présentateur aux grandes oreilles que les télés du monde entier nous envient), sur Soir 3, le 19 novembre.

Francis Letellier va-t-il nous apprendre ce que les deux licenciés ont dit ? L’employeur avait-il ou non le droit de les licencier pour faute grave, ou pour cause réelle et sérieuse ? On ne connaîtra pas les causes de cette affaire. Ce soir là Francis Letellier ne le dira pas.

Les deux licenciés ont-il médit de leur direction, et en quels termes ? Était-ce sur un tract distribué à la porte de l’entreprise ou encore dans la presse ? Ont-ils posé une affiche pleine de fiel sur le panneau d’affichage maison ? Ça, ça n’aurait pas été croustillant, Soir 3 n’aurait pas trouvé ça digne d’un sujet.

Non, en guise d’information ce que les téléspectateurs ont entendu, c’est un nouveau show alignant les banalités et les propos de café du commerce sur l’Internet et Facebook.

Petit échantillon. "Que le meilleur comme le pire circule sur Internet, tout le monde le sait, mais on se méfie moins de Facebook". "Sur Facebook, les utilisateurs sont censés discuter entre eux, mais la règle est la même, tout ce qui circule sur la toile peut être diffusé largement". "Facebook a pris de l’ampleur, Facebook s’est imposé partout, chacun s’y montre comme une star au monde entier". Un autre journaliste : "Maintenant rebaptisé réseau social, Facebook s’ouvre à toutes les dérives, les rendez-vous organisés par le réseau tournent au débordement, les entreprises espionnent leurs employés et vont même jusqu’à leur faire signer une charte de bonne conduite. Ailleurs c’est la délation ou l’usurpation d’identité". Et de citer "1984" le roman de Georges Orwell qui "décrit un monde géré par un ordinateur, Big brother. Big brother contrôle tout et va même jusqu’à transformer la liberté en esclavage". Et, clou de la soirée : "coïncidence, Mark Zukerberg, le fondateur de Facebook est né en 1984." Quel scoop !

> Conclusion. Francis Letellier n’informe pas les téléspectateurs sur cette affaire, il se place à côté du sujet et recherche le sensationnel. De plus, il confond internet, le web et les réseaux qui l’utilisent. C’est à dire qu’il mélange tout, et induit en erreur ceux qui l’écoutent. Les deux salariés n’ont pas été licenciés parce que Facebook a transmis des informations à leur patron. Il n’y avait pas non plus d’employé espion payé par Facebook !

Pour un professionnel de l’information, ça n’est pas très professionnel ; car on attend des professionnels de l’information qu’ils éclairent le public.

Dans ce cas, et une fois encore, le "journaliste" aura répandu la confusion chez les téléspectateurs. Il mélange les tuyaux avec ce qui circule dedans, comme si on devait dénigrer le réseau du téléphone parce que certains y disent des grossièretés.

Enfin, on a tout de même appris ce soir la que les deux salariés et leur avocat ont fait appel du jugement des prudhommes.

Un jour peut être on saura précisément quels étaient les motifs du litige.... dans un vrai journal.

Post scriptum.

> Si vous n’avez pas vu ce journal, allez sur le site web de FR3 et regardez la video : http://jt.france3.fr/soir3/

> Avant de présenter le journal national sur FR3, Francis Letellier a créé à l’antenne de FR3 Normandie, une émission politique, "Forum". À FR3 Rennes il a lancé deux émissions mensuelles," À vous de décider" (rendez-vous économique), et "Et si on parlait politique" (rendez-vous politique et économique).


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