WikiLeaks. Alors la transparence menace la démocratie ?
Les 250 000 dépêches secrètes de la diplomatie américaines en cours de publication par Wikileaks constituent un événement qui fait couler beaucoup d’encre. On éprouve en général de la sympathie pour WikiLeaks, et Julian Assange semble être un Robin des Bois des temps modernes qui joue un bon tour au gouvernement américain. La nomenklatura médiatique s’exprime en propos de café du commerce, pardon, de Flore. De nombreux commentateurs officiels des médias officiels et des hommes politiques perdent leur sang froid à cause de quelques hackers un peu anarchistes. Nos dirigeants et les vizirs des médias s’indignent et critiquent cet "excès de transparence qui (pour eux) est une menace pour la démocratie " !
C’est le moment de collectionner des perles...
"Ces fuites ne nous apprennent rien de nouveau, ce ne sont que de vieilles coupures de presse" disent les grands Mamamouchis des médias. Et ils affirment dédaigneusement "il n’y a rien de nouveau là-dedans". Un nouveau record mondial est battu, les "journalistes professionnels" ont fait en quelques heures la lecture des 250.000 messages piratés par WikiLeaks, c’est à dire avant leur publication ! Plus fort que WikiLeaks ! Battu WikiLeaks ! Résultat, il n’y a rien dedans, mais c’est une menace pour la démocratie !
"Publier des documents secrets, c’est pas moral et ça pourrait mettre en danger certaines personnes". Mais publier des documents secrets, obtenus d’une "source généralement bien informée", "haut-placée" ou "proche du gouvernement" et qu’on retrouve au club du Siècle, c’est bien.
Le coup du doute maintenant "attention, ce sont des fuites organisées, et qui dit fuites organisées dit manipulation". On attend avec impatience que quelqu’un nous démontre cette révélation !
Le 2 décembre, Libération se joint au concert et titre sur "wikileaks la dictature de la transparence" et entonne le couplet anti-conspirationiste "Tout en contrebalançant le pouvoir des Etats, les révélations du site internet alimentent les thèses conspirationistes et donnent aux médias un pouvoir sans précédent". "Depuis qu’Internet a acquis un pouvoir de divulguer tout et n’importe quoi, des pirates surdoués peuvent se prendre pour les nouveaux Robin des bois d’un altermondialisme pour le moins suspect, consistant à faire croire à leurs internautes que tous les Etats du monde auraient organisé un vaste complot visant à asservir les pauvres citoyens. Ces derniers seraient ainsi les victimes inconscientes d’une puissance obscure et antidémocratique fondée sur le règne du crime et de la corruption. Telle est en tout cas l’idée fixe de cet étrange hacker australien - Julian Assange - qui se croit un bienfaiteur de l’humanité".
Sur France Inter, le 29 novembre 2010, Bernard Guetta dénigre Wikileaks et l’information quand elle est diffusée sur le web, et comme Libération, il met tout dans le même sac : internet, journalisme d’investigation, sites d’opinion, blogs, sites porno ou de voyance ! C’est l’argument idiot et manipulateur que de trop nombreux journalistes "professionnels" emploient pour semer la méfiance envers l’investigation, les informations, analyses ou commentaires, publiés sur des sites ou des blogs. Les esprits taquins (qui sont nombreux à lire l’Agitateur), y voient surtout une preuve d’ignorance et une certaine incompétence.
La palme revient sans conteste à François Baroin qui déclare sur Europe1 le 29 novembre, "une société transparente est une société totalitaire". On croirait une formule de George Orwell (vous savez, "la liberté c’est l’esclavage" comme dit Big Brother dans 1984). François Baroin (nouveau ministre et ancien journaliste), ne mesure pas l’énormité de son propos et dépasse allègrement la gaffeuse Christine Lagarde dans le style Neuilly-Auteuil-Passy, genre émigré de Coblence (canal historique).
À entendre tous ces experts et grands vizirs, la faute dans une démocratie c’est que la dénonciation d’un scandale est plus grave que le scandale lui-même. Et pendant ce temps là on évite le vrai sujet en parlant d’autre chose...
Une révélation publique dont les experts ne parlent pas (ou si peu).
À ce jour, une des principales révélations de WikiLeaks est la consigne donnée par Hillary Clinton à ses employés et aux ambassadeurs de récolter des informations sur leurs homologues. Des directives secrètes de 2009, signées par Hillary, demandent aux membres du Département d’État de collecter les "données biométriques", les "empreintes, photos d’identité, l’ADN et les scans rétiniens" de dirigeants africains. Elle demande aussi aux diplomates américains de se procurer les mots de passe, les numéros de carte de crédit, ceux de leurs comptes de billets d’avion ainsi que d’autres données liées à des diplomates proches.
Les esprits taquins (encore eux) penseront que c’est Hillary Clinton, en incitant à l’espionnage, qui met en danger la démocratie... c’est au moins aussi scandaleux que pirater les télégrammes des ambassades. Mais pas un de nos "professionnels" des médias ne commente la directive de madame Clinton !
Entièrement gratuit sur l’Agitateur, et sans obligation d’achat : un Scoop, et en prime la révélation d’un complot.
En fait de conspirateurs, pendant ce temps là il y en a qui rigolent, mais qui rigolent... ! Ce sont les gars qui entendent tout ça, parcequ’ils sont payés depuis des années pour écouter toutes les conversations téléphoniques et tous les messages du monde qui transitent par les satellites !!!
Et nos grands vizirs des médias et nos gouvernants ne le savaient même pas ! Sans doute parce que WikiLeaks ne l’avait pas dit. "Quoi de neuf aujourd’hui monsieur le directeur des médias ? "je sais pas, j’ai pas consulté mon Wikileaks".
Eh bien voila, l’Agitateur est encore plus fort que Wikileaks, et vous révèle aujourd’hui ce qu’est "Echelon".
Echelon est le nom d’une vaste opération mondiale d’écoutes (on peut dire aussi d’espionnage), permettant d’intercepter toutes les communications téléphoniques venant des fixes et des portables, les e-mail et les fax. Ce système est une surveillance électronique mise au point par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Il a été créé pendant la guerre froide, mais depuis la chute du mur de Berlin, il peut espionner tout.
La première base Echelon a vu le jour dans les années 1970 aux USA. C’était le début d’un réseau qui couvre aujourd’hui la terre entière et qui est resté inconnu du grand public pendant plus de 40 ans. Mais, un beau jour de 1988, un journaliste écossais nommé Duncan Campbell, dévoilait le projet Echelon dans la presse de son brumeux pays....
Les stations du réseau Echelon sont installées aux Etats-Unis, au Canada (Leitrim), en Allemagne, en Nouvelle-Zélande (Waihopai), en Australie (Pine Gap), et en Grande-Bretagne (Morwenstow). Il y a aussi de petites stations dans les ambassades, et sur le sous-marin USS Jimmy Carter. Des ingénieurs, linguistes et informaticiens travaillent jour et nuit au décryptage des communications. Ce sont eux les gars qui rigolent.
Le système Echelon est placé sous le contrôle de la National Security Agency (NSA), une agence de la CIA, créée en 1948 et qui oeuvre avec la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Canada. La NSA dispose d’un budget quatre fois supérieur à celui de la CIA elle même. La France aussi à son système, il s’appelle Frenchelon (si, si).
En fait de révélation et de scoop, tout ça est dans wikipédia depuis un bail. Et c’est justement ça qui fait la transition qui mène à la conclusion....
Tout ça pour en venir à une comparaison.
D’un côté, WikiLeaks qui dérobe et dévoile une partie des petits secrets et des vilaines pratiques du gouvernement des USA.
De l’autre côté, le gouvernement des USA qui depuis des années et des années nous espionne tous et sait tout sur nous, mais qui garde les petits secrets de ses vilaines pratiques pour lui.
Les politiques et les vizirs des médias qui s’indignent de la publication des fuites de la diplomatie US par WikiLeaks ne sont pas indignés par l’existence d’un outil énorme qui espionne tous les citoyens les entreprises et les états de la terre. En tous cas, ils ne peuvent pas prétendre qu’ils ne savaient pas : l’assemblée nationale a publié un volumineux rapport sur Echelon le 11 octobre 2000 !
Bref, la comparaison est instructive, à vous, esprits taquins, d’en tirer une conclusion.
Au moment de la publication de cet article, WikiLeaks n’est plus accessible sur http://wikileaks.org. Mais il est possible d’y accéder sur http://wikileaks.nl ou http://wikileaks.ch par exemple...