« Comment on fait pour causer dans le poste ? »
Reprise de notre petite enquête sur le milieu culturel berruyer... Mais qui cause donc dans le poste sur la fréquence 96.9 ? C’est dans les récents locaux de Radio Résonance que Stéphane Chambord, actuel président de l’association et Christian Fève, co-fondateur de la radio berruyère, ont bien voulu répondre à nos questions.
L’Agitateur : Stéphane Chambord quels sont vos liens avec Bourges ?
Stéphane Chambord : Je suis arrivé à Bourges en 1999 lorsque j’étais encore étudiant. Après avoir obtenu mon bac puis mon BTS j’ai trouvé un travail ici et je pense que je ne suis pas près d’en repartir.
L’Agitateur : Quels furent vos premières expériences radiophoniques ? Est-ce votre passion pour la musique qui vous a incité à franchir le pas ?
Stéphane Chambord : C’est vraiment un ensemble. Je fais de la radio depuis une quinzaine d’années. J’ai également d’autres activités qui ont un lien étroit entre elles. La radio diffuse de la musique. Je fais aussi de la musique. J’ai fait de la promo pour des artistes, pour des labels indépendants. Je suis également DJ. Je fais des chroniques de disques pour des magazines spécialisés… [1]
L’Agitateur : Mais qu’est-ce qui vous a conduit à entrer un jour dans une radio et à réaliser une émission ?
Stéphane Chambord : C’est une démarche personnelle. J’ai toujours été intrigué par la radio. « Comment on fait pour causer dans le poste ? » C’est la question que je me posais depuis qu’on m’avait offert une radio à l’âge de 5 ans. À 14 ans j’ai contacté une radio locale sur Lyon pour découvrir l’envers du décor. On m’a accueilli et laissé ma chance mais cela n’a pas trop bien marché ! (rires)
L’Agitateur : Et votre premier contact avec Radio Résonance à Bourges ?
Stéphane Chambord : J’ai d’abord envoyé un courrier resté sans réponse. J’ai pris ensuite un rendez-vous téléphonique. J’ai proposé des maquettes et j’ai finalement obtenu une place sur la grille.
L’Agitateur : Et vous Christian Fève, quels sont vos liens avec Bourges ?
Christian Fève : Ce sont des liens naturels. Je suis Berrichon d’origine et j’ai travaillé sur Bourges presque toute ma carrière.
L’Agitateur : Vos débuts à Radio Résonance ?
Christian Fève : C’est une longue histoire ! (rires) J’ai commencé à Recto Verso lorsque cette radio était encore associative. Quand elle a perdu volontairement ce statut, je suis allé à Radio Culture Bourges située dans les locaux du GMEB. Radio Résonance est en quelque sorte une « petite fille » de cette dernière.
L’Agitateur : Qu’est qui vous a poussé à faire de la radio ?
Christian Fève : Avec un copain on avait constitué une équipe de reportage autour du Printemps de Bourges en 1984 ou 1985 autour de la musique et de la chanson. J’ai également réalisé des émissions autour du sport. Ce furent toujours les deux pôles de mes activités radiophoniques.
L’Agitateur : Et qu’est-ce qui a conduit à la création de Radio Résonance ?
Christian Fève : C’est tout d’abord l’arrêt de Radio Culture Bourges vers 1990. Nous étions un petit groupe de sept ou huit personnes de Radio Culture Bourges pour lancer Radio Résonance en 1991-1992. Cela a été difficile car il a fallu tout reconstruire pour trouver des locaux, du matériel, sans aucun moyen technique.
L’Agitateur : Comment vous êtes vous débrouillés ?
Christian Fève : Il y a eu un peu de jonglage et des recherches de fond. On a monté un studio dans les combles du théâtre Jacques Cœur pendant un moment. C’était une époque où il y avait encore les disques noirs et les cassettes. (rires)
L’Agitateur : Quelle fut la teneur des premières émissions ?
Christian Fève : Une constante de Radio Culture Bourges puis de Résonance fut de proposer un volet culturel (permettant de promouvoir un certain nombre de manifestations et de faits culturels dans les domaines tels que le théâtre, la chanson, etc…), un volet d’ouverture sur les communautés et un volet d’ouverture sur le milieu associatif. Les associations ont toujours eu un créneau dans la grille. À une époque des associations de quartiers faisaient des émissions.
L’Agitateur : J’imagine qu’il a fallu se faire connaître.
Christian Fève : Cela passe effectivement par le contact. Quand on est déjà bien implanté dans le milieu associatif, on connaît du monde. Le réseau s’est construit progressivement comme ça.
L’Agitateur : Actuellement, quels types d’émissions proposez-vous et quelles sont les associations qui participent aux activités de la radio ?
Stéphane Chambord : Les émissions sont classées en quatre catégories : les émissions d’infos, les émissions culturelles, les émissions musicales et les émissions communautaires. Certaines associations interviennent effectivement. Emmetrop réalise son émission le mardi soir, le CMRB qui intervient le samedi matin.
L’Agitateur : le CMRB ?
Christian Fève : Le Cercle Musical Récréatif de Bourges. C’est de la diffusion musicale thématique. Il y a soit des fanfares, de la variété instrumentale, comme celle de Paul Mauriat . Il y a aussi des musiques du monde. C’est un champ très ouvert. L’objectif c’est de promouvoir et de faire découvrir ce genre de musique.
L’Agitateur : Comment procédez-vous au choix des émissions ou à la sélection des associations qui souhaitent intervenir sur votre antenne ?
Stéphane Chambord : Il faut tout d’abord proposer un projet qui doit au préalable être défini sur papier afin de savoir clairement quelles orientations donner à l’émission, quels seront les contenus, la proportion de musique et de temps de parole. Y aura-t-il uniquement de la présentation musicale ? Y aura-t-il de l’actualité, des interviews ? Ensuite on propose un rendez-vous pour enregistrer une maquette, c’est à dire une émission « 0 » sous les conditions du direct. 8 projets sur 10 n’aboutissent pas après cette étape car on se rend compte que réaliser une émission de radio, c’est du temps et de l’investissement. Ecrire ça peut être simple mais manipuler les machines ou poser sa voix, ça peut impressionner. Une fois la maquette validée elle est proposée au comité de programmation…( en fait c’est nous deux : Christian et moi). Puis on propose l’émission au bureau qui la place sur la grille. J’ai l’exemple en tête de Romain Deroubaix un ancien bénévole de 18 ans. Il nous a proposé son émission. La partie technique l’effrayait, il est allé au-delà puis pour des contraintes de temps a dû arrêter son émission, mais il a repris la gestion du site internet « I love Bourges ». C’est quelqu’un qui avait plus d’aisance à préparer son contenu par écrit que de passer à l’antenne. Le support Webzine lui correspondait mieux finalement…
L’Agitateur : Le passage par Radio Résonance peut donc impulser d’autres projets…
Stéphane Chambord : On peut tous être intéressés par différents aspects de la diffusion. Que ce soit avec un contenu journalistique ou musical. Par exemple les animateurs de l’émission Verbal Attack, ont commencé à produire des sons qui ont finalement été signés en maison de disque. Le groupe s’appelle les Evadés...
L’Agitateur : En dehors des bénévoles, il y a des salariés à Radio Résonance ?
Christian Fève : Oui, nous avons trois salariés. C’est d’ailleurs l’un de nos postes financiers parmi les plus importants. C’est obligatoire si on veut avoir une réelle permanence à l’antenne car si maintenant il existe des moyens techniques permettant de faire de la diffusion en continu sans grosse difficulté, la radio ça n’est pas avant tout des machines. Il y a forcément quelqu’un derrière le poste.
L’Agitateur : Vos salariés sont-ils essentiellement des techniciens ?
Christian Fève : Ils assurent à la fois technique et animation d’antenne. Les émissions permanentes d’information sont réalisées en partie par eux. Et puis ils assurent la partie technique ainsi que l’enregistrement d’autres émissions qui sont passées en direct. Dans le cadre de la proposition de nouvelles émissions, ils assurent un soutien technique aux gens qui arrivent. Ces derniers viennent surtout avec une idée mais on souhaite qu’ils deviennent autonomes rapidement pour faire leur émission intégralement tout seuls. À cela s’ajoute le secrétariat et toutes les tâches d’intendance…
L’Agitateur : Quels sont vos financements ?
Christian Fève : Notre financement est celui attribué à toutes les radios associatives. On reçoit une subvention d’Etat inscrite dans la loi sur les radios associatives née en 1982. C’est un financement assez particulier car il est le produit d’une taxe qui est due par les radios et les télévisions qui font des recettes publicitaires. Donc de manière abrupte c’est TF1 qui nous paye. (rires) C’est la subvention essentielle.
L’Agitateur : Et au niveau local ?
Christian Fève : Ensuite nous obtenons quelques aides qui sont surtout d’ordre salarial, avec les emplois aidés. Concernant les subventions venant de collectivités, elles sont très minimes voire inexistantes.
L’Agitateur : Concernant le déménagement dans vos nouveaux locaux vous avez bénéficié d’une aide particulière de la Mairie ? [2]
Christian Fève : La tour devant être abattue nous devions de toute manière déménager. Comme tous les locataires nous avions demandé à être relogés. C’est une discussion que nous avons menée avec l’Office de HLM dans le cadre du PRU. On nous a donc trouvé des « mètres carrés sociaux » inoccupés. L’Office de HLM les a mis à notre disposition et a participé très largement à l’installation. Nous avons reçu une aide très sérieuse en terme de logistique, de matériel et d’équipement des locaux.
( à suivre...)
[1] Ndrl : Stéphane Chambord s’occupe entre-autres d’un label pour la promotion d’artistes locaux :T.Rockx Records
[2] Les anciens locaux de Radio Résonance situés dans la tour de la rue Jean Perrin avaient été cambriolés en mai 2010, obligeant la radio à déménager en urgence...(Lire cet article du Berry Républicain et cet autre-ci ou bien encore le très bon article de Gilblog sur le sujet)