"Nous avons la volonté d’essayer de toucher le plus grand nombre."
L’Agitateur : Savez-vous qui sont vos auditeurs ? Est-ce que vous arrivez à les fidéliser ?
Stéphane Chambord : Difficile de répondre de manière synthétique à cette question. La logique de notre grille des programmes est claire. On peut s’y retrouver. Les émissions culturelles sont par exemple toutes incluses dans le bloc 18h-20h. C’est plus difficile en ce qui concerne les émissions musicales. Avant la grille était organisée selon les arrivées et les départs des animateurs d’émissions. On attribuait une place en fonction des disponibilités. Depuis trois ans toutes les émissions musicales sont organisées par thématiques le soir. On fait également en sorte d’organiser les émissions de manière progressive. Le mercredi par exemple, c’est la soirée « Rock & Beats », qui débute avec Novorama, une émission pop rock électro relativement calme. Sourdoreille ensuite un autre webzine qui propose une émission du même genre en plus dansant. Ces émissions sont importées et diffusées par une trentaine de radios. Puis il y a ma propre émission, DeeJay Academy et enfin une autre qui démarre à minuit.
Christian Fève : Les émissions sont alignées horizontalement et verticalement sur notre grille car elles correspondent en principe à une thématique. Le bloc 18h-20h est composé de magazines quelquefois associatifs mais essentiellement culturels. Il y a donc une logique.
Stéphane Chambord : On a des difficultés à fidéliser l’auditeur car nous n’avons pas une thématique précise. On a des réactions très positives concernant la programmation automatique. On reçoit énormément de mails pour nous demander des références de disques par exemple. On sait pertinemment que le public d’une émission de théâtre ne sera pas le public d’une émission d’électro , qui ne sera pas le public d’une émission d’accordéon etc… Donc notre difficulté c’est de fidéliser sur l’ensemble d’une journée mais notre force c’est la multiplicité des publics. Une autre particularité, depuis cette rentrée c’est que nous collaborons avec Radio Balistiq qui est en fait la radio associative de Châteauroux. Tout en restant dans le Berry on s’échange un certain nombre de programmes entre antennes. De plus nous partageons la même philosophie. On a donc une émission de BD qui est arrivée le mercredi à 11h. Ils ont par exemple réalisé une interview du programmateur du festival Bulle Berry. Cela reste de l’actualité locale et nos rayonnements de diffusion ne s’empiètent pas.
L’Agitateur : Quel est votre rayonnement de diffusion ?
Christian Fève : Ce qui est réglementaire d’après la loi c’est à peu près une trentaine de kilomètres de rayonnement mais comme c’est difficile à contrôler, cela va parfois jusqu’à 60 km et à d’autres endroits, on est à la limite des 30 km.
L’Agitateur : Vos auditeurs sont donc essentiellement des habitants de Bourges et de son agglomération ?
Christian Fève : On va aussi largement jusqu’à Vierzon et jusqu’à Issoudun. Par contre la zone Nord est plus difficile à atteindre. Le cercle d’audibilité de 30km n’est jamais parfait.
L’Agitateur : Quels ont les retours des auditeurs par rapport aux émissions que vous proposez ?
Christian Fève : On n’a pas les moyens de faire un sondage d’écoute, ça coûte extrêmement cher. Les seuls moyens à notre disposition sont les retours sur internet.
Stéphane Chambord : Les gens réagissent parfois sur des artistes assez peu connus, sur des autoproductions… Quelque-part ça fait plaisir.
Christian Fève : Je crois que ce sont les choix musicaux qui caractérisent notre radio en dehors de la grille des programmes. Nous avons la volonté de diffuser des artistes pas ou moins diffusés ailleurs. Le fait qu’ils soient moins exposés ne signifient pas qu’ils soient moins bons ! On procède à des choix mais c’est un peu compliqué car on reçoit entre 70 et 80 albums par mois qu’on se partage à nous deux. On en sélectionne environ une vingtaine par mois et on participe à notre échelle à leur promotion. On ne rêve pas, on ne va pas les faire connaître par des millions de gens... mais on les aide.
L’Agitateur : Qui vous envoie tous ces albums ?
Christian Fève : On entretient de bonnes relations avec un certain nombre de maisons de disques, de distributeurs et d’artistes qui s’autoproduisent.
Stéphane Chambord : Nous adressons spontanément notre playlist [1] aux maisons de disques. Cela les incite en retour à nous envoyer régulièrement leurs nouveautés.
Christian Fève : Cette liste définit assez bien le sens que l’on veut donner à la radio.
L’Agitateur : Quel est votre pourcentage de chanson francophone ?
Christian Fève : 60%. C’est un minimum. C’est le contrat que l’on a passé avec le CSA pour la diffusion. On passe une convention en donnant le type de programmation qu’on va mettre en place.
Stéphane Chambord : Ce quotat est de 40 % normalement. Beaucoup de radios nationales à thématique musicale sont bien en dessous.
L’Agitateur : Quels sont vos rapports avec les autres associations culturelles de Bourges ?
Christian Fève : Globalement c’est plutôt positif. Les associations ont toutes un peu le même mode de fonctionnement et la même envie. Dans les milieux associatif et culturel il y a souvent la volonté d’aller vers les autres. Si on enveloppe ça d’un grand mot, on dira qu’il y a un aspect un peu « humaniste » derrière nos activités. Donc je ne vois pas où l’on pourrait avoir de problèmes.
L’Agitateur : Que pensez- vous du contexte local ? Est-ce plutôt satisfaisant d’être à Bourges pour animer une radio telle que Radio Résonance ?
Christian Fève : D’abord on est les seuls à faire ça ! (rires) Il n’y a pas d’autres radios complètement intégrées sur Bourges. Ensuite d’un point de vue culturel, il y a quand même beaucoup d’événements ici. On dit souvent que c’est un désert culturel. Mais en fait il existe beaucoup de manifestations et de propositions sur des secteurs très différents qui nous permettent d’alimenter largement notre contenu.
Stéphane Chambord : Quand j’étais à Lyon, il y avait 6 ou 7 radios associatives. Avec cette concurrence c’était difficile de s’imposer. Par rapport à l’activité culturelle de Bourges, beaucoup de jeunes disent que Tours c’est vachement mieux... mais les groupes de Tours prétendent le contraire quand ils viennent jouer ici.
Christian Fève : Le problème c’est que la compétition n’est pas de même nature avec les autres radios qui ont un pouvoir extrêmement fort, c’est celui du réseau. Elles sont connues nationalement, elles ont un impact très puissant. La plupart d’entre-elles sont des radios musicales avec un public extrêmement ciblé qu’on va chercher de manière très spécifique. Selon les spécificités musicales des radios (rap, rock…), la cible est encore plus petite ! Nous avons la volonté d’essayer de toucher le plus grand nombre mais c’est évidemment un peu compliqué quand on ne cherche pas le plus petit dénominateur commun ! On défend cette idée, mais la faire connaître c’est autre chose ! Dans un sens, la communication n’est pas notre spécialité ! (rires)
L’Agitateur : Combien de temps par semaine passez-vous à travailler pour la radio ?
Stéphane Chambord : La préparation de mon émission nécessite beaucoup de temps. Quand j’écoute un disque dans la voiture en allant au travail, quand je réalise une interview, le temps consacré au montage puis au mixage etc… En fait, je suis incapable de l’évaluer !(rires).
Christian Fève : Joker, pas mieux ! Je dirais que ça prend bien deux à trois heures par jour. Les écoutes de disques, l’aspect administratif, l’animation de l’association, les temps de réflexion consacrés à l’organisation… Tout ça n’est pas réellement quantifiable. Cela occupe beaucoup de temps, mais on ne le regrette pas ! (rires)
L’Agitateur : Et pour tous les autres bénévoles ?
Christian Fève : C’est très compliqué de leur demander une émission par semaine. C’est pour cela que l’on s’adapte avec des rythmes un peu différents. Certaines associations ne font qu’une émission par mois, comme Attac et la Ligue des Droits de l’Homme ou le Barreau des Avocats de Bourges. On comprend alors qu’il n’y ait pas un large auditoire. En même temps notre grille n’est pas extensible. On essaie de toucher des secteurs différents et le plus varié possible en se disant que tout ça a quand même du sens.
Stéphane Chambord : Pour une radio de province, on dispose quand même d’une grille assez conséquente qui ne fonctionne pas uniquement sur un système de rediffusion. Nous nous proposons plusieurs émissions en direct ou réalisées dans les conditions du direct.
Christian Fève : Même dans les radios nationales, énormément d’émissions sont enregistrées…
L’Agitateur : Quels sont les freins ou les manques par rapport au développement de votre activité à Bourges ?
Stéphane Chambord : Je serais tenté de dire que l’arrivée de Radio Néo nous a pris de l’auditorat en journée. Musicalement, ils ciblent, comme nous, les nouveaux talents et leur programmation est parfois très proche de la nôtre. Ils diffusent de Paris mais, avec le renouvellement de fréquence du CSA, ils ont pu obtenir d’autres fréquences dont une à Bourges et une à Toulouse… Bizarrement, je dirais que cette concurrence est plutôt une sorte de stimulation supplémentaire.
Christian Fève : Si on peut émettre une critique, je dirais qu’il y a un manque d’attention des structures culturelles par rapport au fonctionnement de notre radio. Même si nous ne sommes pas repoussés, il pourrait y avoir un soutien plus actif de leur part et davantage de communication… Nous savons que ce n’est pas évident à mettre en place puisque nous sommes les premières victimes de ce manque de communication. On s’aperçoit que beaucoup de personnes, encore, découvrent notre radio alors que nous sommes là depuis 18 ans ! Certes nous sommes connus par le milieu associatif et culturel mais nous ne savons pas toujours comment toucher le public de ces structures et ça c’est une vraie gageure !
Stéphane Chambord : En matière de communication, on essaie d’utiliser des moyens actuels. Avoir un site internet, c’est un minimum pour pouvoir communiquer ou pour présenter une vitrine en tout cas. J’ai proposé l’idée de créer un compte facebook [2].. On est pratiquement à 4500 sympathisants. La question qui revient régulièrement c’est : « Vous diffusez quoi sur votre radio » ?
L’Agitateur : Sur votre site internet vous proposez quelques émissions en podcast. Pensez-vous qu’il s’agit là d’un bon moyen d’élargir votre auditorat ?
Stéphane Chambord : Je pense que c’est une question de générations. Les jeunes ont un mode d’écoute qui n’est pas le même qu’il y a 20 ans. Le podcast est encore relativement pauvre sur Radio Résonance. C’est un projet en cours de développement.
Christian Fève : En dehors de la communication, il y a la nécessité d’avoir un meilleur soutien des collectivités territoriales. Pour parler clairement le financement c’est le problème majeur d’une radio comme la nôtre. On est sur la corde raide tous les mois. Si nous étions aidés financièrement, nous pourrions embaucher du personnel, être davantage sur le terrain… Bref, nous pourrions nous développer réellement.
Radio Résonance en quelques infos synthétisées sur une page annuaire du site FRACA MA
Lire la première partie de l’interview :