De l’eau dans le gaz
« D’abord, ils ont mis de l’eau dans le gaz. Maintenant, nous avons du gaz dans notre eau ». Telle est, en résumé, la situation de nombreux américains à cause du nouvel eldorado du gaz de schiste.
Les réserves de gaz naturel se raréfiant, les compagnies pétrolières recherchent de nouveaux filons pour assurer leurs bénéfices. La dernière trouvaille (2007/2008) consiste à extraire le gaz de schiste.
Au contraire de l’extraction conventionnelle du gaz, où l’on perce une poche de gaz souterraine pour la vider de son contenu, l’extraction de ce gaz dit « non conventionnel » est beaucoup plus compliquée sur le plan technique. Le gaz recherché est prisonnier dans des couches de schiste souterraines sous forme de « bulles ». Il faut donc fracturer ces couches minérales pour libérer le gaz. Mais alors, pourquoi utiliser une technique si onéreuse pour obtenir du gaz ? Simplement parce que les réserves de gaz de schistes sont immenses (entre + 50 et +250 % selon les estimations) et réparties sur toute la planète, au contraire du gaz conventionnel qui s’épuise et qui est présent en quantité dans quelques pays seulement (Russie, Iran, Qatar, Arabie Saoudite, Algérie, essentiellement).
Ça paraît beau, comme ça, il y a du gaz partout et on ne va donc pas en manquer avant longtemps. On va donc pouvoir tranquillement continuer à rouler en bagnole et se chauffer pendant des décennies, voire des siècles. Et aussi rejeter des milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Mais si ça se trouve, c’est même pas grave, les spécialistes ne sont pas tous d’accord sur les conséquences des émissions de gaz à effet de serre. Sauf que, un problème pourrait bien surgir avant. Car pour extraire ce gaz de schiste, on a vu qu’il faut fracturer la roche. Et à plusieurs milliers de mètres sous terre, on n’y va pas avec une pelle et un pioche ! Les ingénieurs, qui s’ingénient à trouver des réponses à des problèmes qui n’existent pas, ont la solution. Pour fracturer les roches, on injecte à très haute pression d’énormes quantités d’eau et de sable. Cette pression fracture la roche, le sable empêche les fractures de se reboucher... et le gaz part !
On voit tout de suite l’aberration du système : pour obtenir du gaz, on utilise des quantités d’eau astronomiques : plusieurs milliers de milliards (!) de litres d’eau en 2009 aux Etats Unis, où ont déjà été installés dans l’anarchie la plus complète des dizaines de milliers de puits. Il y en a tellement que les Etats Unis ont ravi en 2009 la première place de producteur de gaz aux Russes ! Il va sans dire que les nappes phréatiques sont vite asséchées autour des puits. Bah, c’est pas grave, quand il n’y a plus d’eau, on va forer plus loin ! Sauf qu’il y a des gens qui vivent autour des puits. Et qu’à peine les opérations de « fracturation » ont commencé, les habitants se retrouvent avec du gaz dans leur eau, qui devient ainsi impropre à la consommation humaine et animale. Eux aussi, ils vont plus loin ? Sans compter que chez certains, leur alimentation en eau a carrément explosé !
Mais il y a pire. Si, si, c’est possible. L’eau et le sable, ça n’est pas suffisant pour l’extraction. Il faut en plus y ajouter des « additifs » dont personne ne connaît la composition. Une espèce de secret industriel évoqué par les compagnies exploitantes. Ces même compagnies qui, quand les habitants rouspètent, leur répondent que si ça donne un mauvais goût et une mauvaise odeur à leur eau, ça ne la rend pas toxique pour ça. Mais, quand ces mêmes habitants leur proposent d’en boire un coup, ils refusent systématiquement ! Et il vaut mieux qu’ils ne la boivent pas : des analyses de l’eau du robinet ont montré la présence de centaines de produits tous plus toxiques les uns que les autres et dans des quantités incroyables. Pour avoir la paix, certaines compagnies livrent à grand coup de camions-citernes de l’eau potable aux habitants. C’est pas beau, l’american way of life ?
Reportage de la télévision publique "Radio Canada"
Vous me direz, on s’en fout, on est pas américain. Erreur ! Dès que les américains font une connerie, on ne met pas longtemps à la reproduire en France. Juste avant d’être débarqué par Sarko, en 2010, Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie (!) a signé une concession de 5000 m² en Moselle à Eurenergy Resource, et de plus de 4000 km² à Total, entre Montpellier et Montélimar. Le nougat devrait prochainement sentir le gaz…
On trouve sur internet de nombreux témoignages, documentations ou études qui traitent de l’exploitation des gaz de schiste. Un site a été ouvert sur le sujet : http://www.deleaudanslegaz.com/ L’actualité du gaz de schiste est très riche. Si on veut se faire peur, on peut visionner le reportage de l’américain Josh Fox, réalisateur d’un film anti-gaz de schiste intitulé « GasLand » : http://www.dailymotion.com/video/xg7g0q_danger-gaz-de-schiste-1-7-doc-choc_webcam Il est entièrement sous-titré en français.
Article écrit en grande partie d’après le dossier de Eric Delhaye consultable à cette adresse : http://cluster010.ovh.net/~deleauda/wp-content/uploads/2011/01/gaz_non_conventionnel_1.pdf S’y référer pour plus de détails.