Élections cantonales, tous perdants ?
Au delà des gains (ou des pertes) en sièges, en pourcentages, en majorités ou en présidences on pourrait bien ne voir que des perdants à la fin de ces élections cantonales. Si on se penche d’un peu plus près sur les événements, on verra que le sujet est encore loin d’être épuisé....
À tout seigneur tout honneur, le grand perdant de ce scrutin, c’est Nicolas Sarkozy. Les mauvais résultats de son Parti l’UMP sanctionnent une gouvernance détestée des français dans leur ensemble, et le Président lui même, décrédibilisé par sa litanie de déclarations contradictoires, semble avoir perdu la main.
La stratégie de copier les thèses du Front National pour mieux pomper ses voix n’a montré aucune efficacité, si ce n’est au profit du Front National lui même. Plus l’UMP et Sarkozy couraient derrière le vote Front National, plus nombreux étaient les électeurs à tourner le dos, ou plus nombreux étaient ceux qui préféraient l’original à la copie.
Bien sûr, si l’UMP est battue c’est avant tout à cause de la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement. L’augmentation du chômage, les profits insolents des multinationales et des banques, la baisse du pouvoir d’achat, la "réforme" des retraites, les scandales, tout ça c’est leur oeuvre. Il faut ajouter pour faire bon poids, le désarroi des français face à une Europe et une mondialisation (on devrait dire marchandisation du monde), qu’on leur fait avaler de force. Rappelez vous comment on a bafoué leur Non au référendum sur la "constitution" européenne...
Dans ces conditions, Marine Le Pen n’a pas eu de mal à tirer les marrons du feu devant les caméras de télévision. Avec elle, le Front national s’est relooké, il a caché ses nervis et ses réacs des années trente, ses ex collabos et ses ex OAS : il ressemble de plus en plus aux autres partis d’extrême droite d’Europe. Rassurez vous, il est toujours aussi néo-fasciste, toujours aussi xénophobe, mais séducteur dans une version soft, modernisée, débarrassée des gesticulations inutiles, et avec le sourire de Marine, "la fille qui gagne". Pourtant, le FN est aussi perdant.
Oui, car on enregistre une intox de plus : le Front National a perdu des voix entre le premier tour de 2004, et le premier tour de 2011 ! Mais les journalistes pressés de faire des commentaires ne retiennent que les pourcentages (appelez ça du travail bâclé...ou de la tromperie si vous voulez) ! En réalité, il y a eu cent mille électeurs en moins pour le FN en 2011 qu’en 2004 (1 490 315 contre 1 379 902 en 2011, soit 110 413 bulletins en moins).
Évidemment, ça évite aux médias de parler du fond et d’analyser les programmes politiques des uns et des autres.
Ça évite de traiter le fait majeur de cette élection : l’abstention. 33,51 % au deuxième tour de 2004, et 54 % au deuxième tour de 2011 !!!
Ça évite d’analyser véritablement les raisons de la progression de la gauche, les bons côté et les faiblesses.
Ça permet d’embrayer sur la prochaine élection présidentielle (sujet plus glamour et plus vendeur) et de développer tout de suite la notion de vote "utile" en faveur de l’UMP et du Parti socialiste.
Les médias ont une lourde responsabilité dans l’augmentation du nombre d’abstentionnistes, et la médiatisation du Front National. Ils ont additionné toutes les âneries : ne pas intéresser les citoyens aux enjeux des élections cantonales, n’informer que par les "petites phrases", tout réduire à la question de qui sera candidat à l’élection présidentielle, ne jamais organiser de débats véritables, ignorer les programmes politiques des partis en présence, ne pas informer sur ce qu’est l’extrême droite en France et en Europe, pipoliser la politique...
Facteur aggravant, les médias n’ont quasiment jamais donné la parole à la gauche de la gauche, qui pourtant est un adversaire résolu du Front National et développe une véritable argumentation républicaine propre à informer les électeurs (qu’ils soient de gauche ou de droite).
... Et j’en oublie.
Mais si cet ensemble de facteurs résume en partie les choses, ça ne suffit pas à expliquer totalement pourquoi tant d’électeurs se sont abstenus et pourquoi d’autres ont voté "protestataire" pour le Front National. ... Ce qui nous amène à l’autre perdant.
Entre le deuxième tour de 2004 et le deuxième tour de 2011, la gauche gagne des majorités, certes, mais elle perd beaucoup de voix (un million et demi environ, ça n’est pas rien) ! Dans ce tableau, le Parti Socialiste a sa part de responsabilité comme facteur de l’abstention, avec la candidature du baron Dominique Strauss-Kahn du Éfémi, le non candidat qui l’est quand même puisque son épouse ne le dit pas tout en le pensant. Sans parler des éléphants et éléphanteaux qui bavardent beaucoup en vue de primaires qui n’intéressent personne.
En 2002, le Parti Socialiste a été éliminé du deuxième tour de l’élection présidentielle au profit du Front National. Un choc qui aurait dû déclencher une remise en question complète chez les socialistes. Mais depuis, qu’a fait le PS pour reconquérir un électorat ? On cherche encore. Comment compte-t-il créer des emplois ? Où est le projet pour une Europe agissant dans l’intérêt des peuples ? Où est le projet pour reconquérir les couches populaires de la société, qui devraient être le soutien naturel d’un véritable parti de gauche ? Les socialistes ont-ils un programme lisible et enthousiasmant, sont-ils présents sur le terrain des luttes, ont-ils trouvé un leader qui sache parler aux français ?
Autant de questions sans réponse pour le moment.
L’augmentation du pourcentage en faveur de la gauche, le gain de quelques sièges, la présidence de quatre nouveaux Conseils généraux, ne nous éclairent pas plus....
Si on se penche d’un peu plus près sur les événements, on verra que le sujet est encore loin d’être épuisé.... et l’échéance de 2012 approche.