Bensac, Président !
C’est passé presque inaperçu. Cela s’est passé un vendredi 13. N’ayez pas peur, ce n’est pas un film d’horreur. Enfin, on ne pense pas. Cet homme qui aime faire parler de lui a dû être déçu du peu de répercutions de cette déclaration qu’il a adressé à la terre entière. Alors, on va réparer cette injustice, encore une. On va parler de la candidature de Philippe Bensac, candidat perpétuel à un siège, et désormais candidat à un siège de député. Rien que cela.
Le personnage
Bensac, c’est une grande gueule avant tout. Le mec qui promet monts et merveilles. Il pourrait en être très sympathique s’il se contentait de nous servir sa prose dans les bars. Mais bon, il ne peut pas. Une force venue d’ailleurs le pousse à sauver le monde. Jusqu’en 2008, il pouvait facilement dire que l’on allait voir ce que l’on allait voir. Et bien depuis Mars 2008, alors qu’il est maire-adjoint NTIC à la ville de Bourges, on n’a pas vu grand-chose. Monsieur 1 giga-octet était largement incompétent dans le domaine avant de prendre ses fonctions. On n’a pas l’impression qu’il ait fait beaucoup de progrès. Mais bon, ce poste d’adjoint au maire n’est pour lui qu’un tremplin vers de plus grandes responsabilités, vers son destin, son grand destin. Celui qui se définit comme Sarkozyste, libéral et social est passé de l’UDF de Giscard à l’UMP de Sarkozy parce qu’il faut toujours suivre le vent. Il est ensuite passé de l’UMP au Nouveau Centre parce que son horizon était un peu bouché à l’UMP. C’est un vrai centriste, avant tout opportuniste. Un homme du siècle précédent qui se pense indubitablement être celui du siècle suivant. Pourtant, celui qui dénonce le passéisme des idéologies communistes et socialistes semble être resté coincé au temps de la guerre froide. Il lutte de toutes ces forces, avec ses petits poings serrés contre les bolcheviques qui ont un jour envahi le Cher. Les médecins ont cherché le remède mais n’ont toujours pas trouvé. Philippe Bensac, c’est Good Bye Lenin ! à l’envers. Un jour, dans les années 70 ou début des années 80, il s’est réveillé et son cauchemar a commencé : il était cerné par les socialo-communistes. Alors depuis, il n’hésite pas à aller au combat dans les fiefs bolcheviques. Par deux fois il s’y est cassé les dents. La prochaine fois, on le sait maintenant, il ira dans un fief de droite, car c’est son destin.
Autre caractéristique du personnage, sa capacité à nous faire rire. Philippe Bensac, c’est un peu notre Frédéric Lefebvre local. Il dit beaucoup de choses et donc forcément, il dit des conneries. Enfin souvent, on ne sait pas exactement ce qu’il veut dire. Dans ces moments là on se sent bête, complètement inculte. Alors on interroge autour de nous : qu’a t-il voulu dire ? On tente, à l’aide de quelques érudits, de décrypter. Mais rien n’y fait. De nombreux textes de Bensac demeurent abscons. On se demande alors de quelle planète il vient. Ses écrits sont souvent surréalistes, hallucinants et hallucinés. Ce qui ne l’empêche pas de se prendre très au sérieux. Philippe Bensac se veut philosophe, ponctuant ses écrits de quelques références afin de nous prouver qu’il n’est pas la moitié d’un con. C’était le cas par exemple dans un livre datant de 2007 dont il est co-auteur, Regards croisés sur la France d’après où les passages qu’il a rédigé sont bien souvent difficilement compréhensibles [1] pour un être humain moyennement constitué, notre "philosophe" cherchant un peu trop à être ce que bien sûr il n’est pas, c’est à dire un intellectuel. Philippe Bensac, c’est un hédoniste altruiste à la frontière entre le terrien et l’habitant d’une exoplanète. C’est pour cela qu’on l’aime bien. Sans lui, la politique dans le Cher, ce serait vraiment moins drôle.
Mais ce comique grande gueule arrive tout de même à se démarquer par son ambition. Pour lui, tout est trop petit dans le Berry, rien ne va assez vite, rien n’est assez moderne. C’est ainsi qu’il est devenu le porte drapeau du TGV et de la fibre optique à Bourges et dans le Cher. Mais s’il porte une ambition pour sa ville et sa région, c’est aussi pour porter sa propre ambition. Depuis Giscard, c’est son destin.
Le siège des ambitions
Alors oui, Philippe Bensac s’est pris une raclée en Mars 2011 dans le canton de Bourges V en réunissant moins de 42% des voix et ce malgré une très longue campagne. Et bien il ne se décourage pas. Il présente sa candidature à la candidature pour la députation pour le Nouveau Centre, son parti politique. L’élection devrait avoir lieu en Juin 2012, il n’est pas en retard. Soucieux de ne pas froisser l’ambassadeur du dodo local, Serge Lepeltier [2], il précise qu’il retirera sa candidature si Serge Lepeltier se présente...ou plutôt, il ira dans une autre circonscription du Cher. Parce que oui, au fond, ce qui semble vraiment intéresser notre élu local, c’est d’avoir un siège, peu importe la circonscription pourvu qu’on est l’ivresse de la République.
Et comme on ne change pas une méthode qui perd, Philippe Bensac précise qu’il aura « l’occasion de développer le sens de [sa] candidature lors du méchoui républicain du 3 juillet prochain ». Là, on meurt d’impatience d’en savoir plus, il va falloir pourtant patienter encore plus d’un mois. Depuis que l’on a appris cette candidature en ce vendredi 13, le suspens est angoissant, insoutenable ! Va t-il faire une campagne « copiée/collée » sur celle des cantonales ? Les spéculations risquent d’aller bon train, quelles vont être les propositions de notre génie local pour la France ? Dans quelle optique se présente t-il ? Qu’est-ce qui fait vibrer sa fibre républicaine ? Faire de la France le premier pays à mettre les pieds sur Jupiter (Mars, c’est dépassé...) ? Faire de la France le leader mondial du pancake (on a les cakes, manque plus que les pan) ? Développer la téléportation (on le propose comme testeur béta) ? Créer le forum inter-galactique du centrisme (il y en a pas un sur cent, mais pourtant ils existent, les centristes, alors autant les confédérer) ? Inventer le premier festival de la pensée qui ne tient pas debout (garantie sans substances illicites, sans alcool et sans cerveaux) ? On s’attend vraiment à des propositions qui sortent de l’ordinaire. Bensac ne peut pas être un député comme un autre. Non. D’ailleurs, Frédéric Lefebvre ne doit pas voir d’un bon oeil l’arrivée potentielle d’un tel concurrent à l’Assemblée Nationale. Pourtant, les comiques, cela marche toujours mieux en duo.
Aucun doute, ce vendredi 13 mai 2011, une grande carrière vient de s’ouvrir pour Philippe Bensac. Un autre destin l’attend. Car député, ce n’est qu’un début, c’est évident. Un siège de député, ce n’est pas assez large pour ce futur pilier de l’Assemblée Nationale. Mais ce sera un bon début. Ses milliers de fans Facebook [3] en sont certains, Philippe Bensac ira loin. Très loin. Finalement, c’est une chance pour la France qu’il n’ait pas été élu au Conseil Général du Cher.
On ne peut donc formuler qu’un souhait : Bensac, député ! Bensac, Président ! Un siège pour Bensac, subito !
