Élections primaires du Parti Socialiste

Montebourg, le hacker du libre-échange ?

lundi 20 juin 2011 à 15:35, par Mister K

Les primaires du Parti Socialiste auront lieu les 9 et 16 Octobre 2011. Et Arnaud Montebourg, candidat à ces primaires, est en pleine campagne. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il tente de mettre du contenu dans sa campagne. C’est certainement le sens du livre qu’il publie, « Votez pour la démondialisation ! » qui se veut accessible au plus grand nombre en terme de contenu et de prix.

Montebourg, du décevant au réjouissant et vice-versa

En préambule, il faut préciser qu’Arnaud Montebourg a, par le passé, beaucoup déçu. Lui, le chantre de la VIème République, celui qui combattait le cumul des mandats, cumule depuis 2008 un mandat de député et de président de du Conseil général de Saône-et-Loire. Autre déception, le soutien d’Arnaud Montebourg à Ségolène Royal bien au-delà de la présidentielle 2007, alors que l’ex-candidate s’était très largement discréditée en affirmant qu’elle n’était pas convaincue elle-même par certaines de ses propositions lors de la campagne [1]. A coté de cela, la posture combattante du député socialiste a souvent été réjouissante comme lorsqu’il a ferraillé seul ou presque contre Jacques Chirac proposant de l’envoyer devant la Haute Cour de Justice en 2001, et ce, sans le soutien de la majorité des socialistes. Ou plus récemment, quand il n’a pas hésité à dénoncer Jean-Noël Guérini dans un rapport qui mettait gravement en cause le président socialiste du Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Des positions clairement de gauche

Arnaud Montebourg n’est donc pas un nouveau, ni en politique ni au PS. Mais il reste finalement assez peu connu du grand public. Pourtant, le "quadra" bientôt "quinqua" se distingue au sein du Parti Socialiste par des positions souvent très à gauche. Il s’est notamment distingué en 2005 en se prononçant contre le TCE. Pas étonnant dans ces conditions qu’il s’attaque à la mondialisation dans un livre de campagne dans lequel il prend des positions tranchées et clairement de gauche, ce qui n’est pas si fréquent ces derniers temps au sein du PS. Pourtant, Montebourg est bien socialiste, comprendre qu’il n’est pas révolutionnaire. Là où un révolutionnaire exploserait un bâtiment, lui le déconstruit. D’où la démondialisation et non la fin du capitalisme [2].

Un constat accablant

Montebourg, le hacker du libre-échange ?

Les premiers chapitres du livre font le bilan, plutôt accablant humainement, de décennies d’emballement du système de libre-échange et de mondialisation : « pour tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre, la mondialisation n’est rien d’autre qu’un système extrémiste ». Montebourg cite le philosophe allemand Jurgen Habermas pour qui « la mondialisation, c’est l’effondrement du pouvoir d’achat des bulletins de vote » en constatant que le libre-échange « a pris en otage la souveraineté des peuples » par un politique de chantage économique permanent. Pour Arnaud Montebourg, « si l’on voulait résumer les quinze dernières années écoulées, il ne serait pas excessif de dire que la mondialisation a fabriqué des chômeurs au Nord et augmenté le nombre de quasi esclaves au Sud, détruit les ressources naturelles partout, donné le pouvoir aux financiers et retiré aux peuples les moyens qu’ils avaient conquis de s’autodéterminer ». Il n’hésite pas a fustiger la trahison des élites économiques et politiques « enfermés à double tour dans leur confort, dans leur mondialisation heureuse, protégés par leur culture, leurs professions, leur mobilité et leurs voyages, leurs sécurités financières ». Et il met très clairement le Parti Socialiste dans ces élites qui ont trahi, évoquant Jospin et sa fameuse phrase « l’État ne peut pas tout », il fustige le socialisme redistributif, celui des rustines sociales ainsi que le socialisme d’ajustement qui veut nous adapter à la mondialisation. Au final, dans ce constat de la situation économique et politique en France en 2011, Montebourg ne nous apprend rien. Tout cela, chaque français a pu le constater par lui-même depuis bien longtemps. Mais il est l’un des premiers politiques non révolutionnaires, issu d’un parti dominant ayant été longtemps au pouvoir, à l’exprimer clairement et donc, on l’espère, l’un des premiers à avoir compris ce que ressentent de nombreux français. En cela, il se rapproche de Mélenchon qui sera le candidat du Front de Gauche en 2012.

Quelles solutions ?

Après le constat, on attend, si ce n’est des solutions, du moins des propositions crédibles. Arnaud Montebourg se dit lui-même le candidat de la transformation « de ce système ». Son programme politique, c’est la démondialisation qu’il résume comme la possibilité de « retrouver le pouvoir de choisir ». La première proposition consiste en un « protectionnisme nouvelle vague », un protectionnisme vert, comprendre tourné vers l’environnement. Montebourg se défend de proposer le même protectionnisme que le Front National de Marine Le Pen : « ce n’est pas le protectionnisme haineux et revanchard de l’extrême droite, qui stigmatise l’étranger pour mieux laisser tranquille les multinationales ».
Alors, pourquoi un protectionnisme "vert" ? Tout simplement parce qu’Arnaud Montebourg, déformation professionnelle oblige [3], a cherché la faille dans le système actuel du libre-échange. Et il se trouve qu’actuellement, tout en suivant les règles du système mondial, il est tout a fait légal [4] de mettre en place des mesures de protectionnisme. Mais l’Europe et les États ne s’en servent pas. Bon, jusque là, le système n’a pas été modifié d’un iota. Mais un frein au libre-échange devient possible. Pour Montebourg, c’est le début de la démondialisation. Reste à convaincre l’Allemagne, partenaire incontournable de la France pour convaincre l’Europe entière.

Les propositions

En conclusion de son livre « Votez pour la démondialisation ! », Arnaud Montebourg fait 17 propositions [5]. Parmi ces propositions, outre le "hack" de l’OMC, on notera la proposition d’instaurer une taxe carbone extérieure aux frontières de l’Union Européenne, fonds qui seraient destinés à permettre la conversion écologique des industries du sud ; l’instauration de traités bilatéraux de préférences commerciales au profit « de pays s’adaptant au mieux et au plus vite aux normes sociales et écologiques internationales » ; la mise en place d’une taxe européenne sur le transport maritime ; la mise en place pour les consommateurs d’une information « du contenu social et environnemental des produits qui leur sont proposés » ; mettre la convergence sociale et fiscale à l’agenda immédiat de l’Union Européenne.

Conclusion

Arnaud Montebourg veut nous persuader que l’on peut transformer le système mondial. A l’image d’un hacker informatique, il a étudié le système et il croit avoir trouvé une bidouille qui devrait, selon lui, nous permettre de le transformer en douceur en le déconstruisant de l’intérieur. Si vous avez lu « Des idées et des rêves », vous n’apprendrez rien de nouveau sur idées de l’auteur sur le sujet. Pour les autres, il s’agit là d’un bon début de réflexion. Cependant, le "hack" de l’article XX du GATT parait fragile et une évidence transparaît dans les propos d’Arnaud Montebourg : sans nos partenaires européens, les actions de la France seraient limitées. Au delà des propositions qu’il formule, c’est avant tout une volonté politique extrêmement forte qui serait nécessaire pour atteindre le but d’un système plus juste qui prenne en compte l’humain. La question est : Montebourg trouvera t-il des partenaires politiques en France et en Europe, avec cette même volonté politique, au sein du PS ou ailleurs ? Pour l’instant, il apparaît relativement isolé au sein du Parti Socialiste...il lui reste un peu moins de quatre mois pour retourner la situation. Et c’est certainement l’une des raisons de la publication de son livre « Votez pour la démondialisation ! » qui a l’avantage d’être efficace.

Votez pour la démondialisation ! par Arnaud Montebourg
Édition Flammarion, 2011, 93 pages, 2 euros.

[2Dans son livre-programme "Des idées et des rêves", Arnaud Montebourg se prononce pour un capitalisme coopératif

[3Arnaud Montebourg est avocat de profession

[4Montebourg invoque l’article IX.03 de l’accord instituant l’OMC et l’article XX du GATT "qui octroie des dérogations aux obligations du traité de l’OMC, si sont en jeu « la protection de la santé et de la vie des personnes et des animaux ou la préservation des végétaux et la conservation des ressources épuisables »

[5A noter que sur ces 17 propositions, la plupart sont déjà présentes dans son livre paru en 2010, « Des idées et des rêves » au chapitre 13 « Démondialisation » et chapitre 14 « La chute du rêve européen »


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commentaires
Montebourg le mou - bombix - 16 octobre 2011 à 05:38

Lui, le chantre de la VIème République, celui qui combattait le cumul des mandats, cumule depuis 2008 un mandat de député et de président de du Conseil général de Saône-et-Loire. Autre déception, le soutien d’Arnaud Montebourg à Ségolène Royal bien au-delà de la présidentielle 2007, alors que l’ex-candidate s’était très largement discréditée en affirmant qu’elle n’était pas convaincue elle-même par certaines de ses propositions lors de la campagne

On apprend que finalement il soutient Hollande. C’est ça qui est bien avec Montebourg : à défaut d’être cohérent, il est régulier : il se prononce toujours le lendemain pour l’option inverse de celle qu’il a prise la veille.


Montebourg le mou - B. Javerliat - 16 octobre 2011 à  08:46

Bah, je sais pas s’il est mou - ni si c’est une gauche molle, je suis pas intime avec Audrey Pulvar - mais c’est sûr que c’est un vrai socialiste pour agir comme ça. Ses 17% de fans viennent de prendre leur première leçon de socialisme à la française en se faisant bien Montebourrer le mou. Maintenant on est sûr d’une chose, tout le PS hait Martine Aubry. Comme l’inverse doit être vrai aussi, ça promet une saine ambiance durant la campagne...

Répondre à ce message #33780 | Répond au message #33779
Montebourg le mou - bombix - 16 octobre 2011 à  09:56

Lu sur Démocratie et Socialisme : « Elle [MA] a dit qu’il y en a assez que les banques dictent leurs lois et que la puissance publique devait en prendre les commandes. Ce qui devrait plaire à Arnaud Montebourg, alors que François ne le concède, disons, qu’avec un ton modéré. » Pouf pouf ... manqué. Ca lui a pas plu à Arnaud. Ce qui plaît à Arnaud, c’est d’investir au mieux ses 17 pions pour la suite de sa carrière. Même édito, vers la fin : « Des millions d’électeurs ont le 16 octobre, la possibilité de donner un coup de pouce à la gauche, en choisissant Martine Aubry comme candidate à la présidence. » Donc, si c’est Hollande qui gagne, ce sera la droite qui l’emportera. Logique. Mais en acceptant le principe des primaires, les amis de Filoche ne pourront que faire allégeance, et faire campagne pour Hollande. Pas question de changer les règles du jeu quand celui-ci tourne mal, ce serait trop facile. Filoche va pouvoir paraphraser l’apôtre : je fais le jeu de la droite que je n’aime pas, et je travaille contre la gauche que j’aime. Nouveau mystère d’iniquité. ;-)

Répondre à ce message #33781 | Répond au message #33780
Montebourg le mou - Mister K - 16 octobre 2011 à  11:55

C’est ça qui est bien avec Montebourg : à défaut d’être cohérent, il est régulier : il se prononce toujours le lendemain pour l’option inverse de celle qu’il a prise la veille.

Je ne suis pas d’accord avec cela. Montebourg est, sur ce coup, extrêmement cohérent. Il soutient le socialiste arrivé en tête du premier tour face au second. Il n’y a pas de logique d’idées là-dedans, seulement une logique militante. Il s’est engagé, quoi qu’il arrive, à soutenir le ou la socialiste qui gagnera cette primaire. Montebourg, dans cette logique, a signifié que si Martine Aubry était arrivé en tête, il l’aurait soutenu à titre personnel (pas de consignes de vote). Bref, Montebourg est d’accord avec Mélenchon : quand on est militant, on est discipliné...Si par hasard, Martine Aubry gagnait la primaire, on peut être sûr que Montebourg serait derrière elle.

Mais Montebourg n’a certainement pas changé d’avis : Hollande et Aubry sont les deux faces d’une même pièce. Faire un choix ***politique*** entre les deux est un leurre. Il fait donc un choix militant dans un moment, qui, de toute façon, est un moment militant.

Montebourg cherche à changer le PS de l’intérieur comme Mélenchon l’a fait à une époque. Montebourg n’est pas spécialement apprécié par les cadres passés et actuels du PS. Même si il y a quelques petites incohérences dans son parcours (quel homme politique n’en a pas ?), il a globalement le même discours depuis 1997, un discours original au sein du PS.

Montebourg ne fait pas un choix de carrière en choisissant Hollande puisque au cas où Aubry ou Hollande gagne en 2012, Montebourg est presque certain d’être au gouvernement comme les 5 autres concurrents de la primaire. Et si le PS se plante en 2012, là, il deviendra certainement un des nouveaux leaders du PS sauf si il fini par faire le même choix que Mélenchon et qu’il quitte le PS...

Répondre à ce message #33784 | Répond au message #33779
Montebourg le mou - bombix - 17 octobre 2011 à  11:33

Faire un choix ***politique*** entre les deux est un leurre.

Donc, la primaire, c’est le choix d’une personnalité. Pas un choix politique. Dans ce cas, comment peut-il affirmer que ces primaires sont un progrès pour la démocratie ? Comment peut-on affirmer que la démocratie progresse quand s’efface le débat d’idées ? Ce n’est pas cohérent. La vérité, c’est que lorsqu’on sacrifie une logique d’idées à une logique militante sans idées — or il fut un temps où l’on croyait que militer dans un parti politique, c’était militer pour des idées, et l’organisation même du PS en courants avait pour motif profond d’éviter le "centralisme démocratique" aux nettes tendances totalitaires — on transforme le débat politique en spectacle vide. Je ne vais pas revenir là-dessus, je l’ai déjà exprimé. Les déclarations de bonnes intentions sur la transformation du PS de l’intérieur ne sont alors pas crédibles. En revanche, on comprend bien les différentes postures contradictoires au gré du vent et des sondages.

Hollande lui doit en tout cas une fière chandelle.

Répondre à ce message #33789 | Répond au message #33784
Montebourg le mou - Mister K - 19 octobre 2011 à  23:22

Donc, la primaire, c’est le choix d’une personnalité. Pas un choix politique. Dans ce cas, comment peut-il affirmer que ces primaires sont un progrès pour la démocratie ?

Dans la primaire, il y a eu deux temps. Un premier tour où des options politiques étaient ***relativement*** différentes. Entre Valls et Montebourg, il y avait un relatif écart même si tous les deux s’affirment socialistes et ont voté le même programme, ils ont défendu des options différentes. On avait un peu Bayrou contre Mélenchon. Royal était difficilement classable. Baylet dans sa voiture. Mais cette primaire a donné un second tour entre Aubry et Hollande où, de l’aveu même de Hollande, les options politiques, héritées de Delors, étaient plus ou moins les mêmes. On a eu, entre les deux, surtout une différence d’image ou de personnalité. Et donc faire un choix entre les deux ne pouvait être un vrai choix politique. Au premier tour, il y a eu un vrai débat d’idées. Pas au second.

Alors, doit-on réduire la primaire au second tour ? Je ne crois pas. Après, progrès la primaire ne pouvait réellement être un progrès démocratique pour la France. Pour la gauche ou le PS, peut-être. Mais, ce n’était pas là le premier objectif de l’exercice. L’objectif était de choisir le candidat d’un parti qui soit légitime au delà des simples militants du PS.

Hollande lui doit en tout cas une fière chandelle.

Pas si sûr. Il est probable qu’une bonne partie des électeurs de Montebourg aient fait le choix d’Aubry...ou de ne pas se déplacer.

Répondre à ce message #33826 | Répond au message #33789
Montebourg s’explique - Mister K - 22 octobre 2011 à  22:39

Montebourg s’est expliqué de son soutien personnel à François Hollande lors du second tour de la primaire PS dans un texte titré Lettre à celles et ceux qui m’ont fait l’honneur de me soutenir

Répondre à ce message #33864 | Répond au message #33789
Montebourg s’explique sur la lutte des places - B. Javerliat - 23 octobre 2011 à  08:07

Je résume pour ceux qui n’auraient pas le temps : je les déteste autant l’un que l’autre (« Dépouillé de toute préférence personnelle »), mais j’ai choisi Hollande pour ne pas diviser le PS (« J’ai donc choisi d’accomplir un acte unitaire »). Et tout ça pour quoi ? « la victoire de la gauche », qu’importe le programme. Et d’ajouter narquois : « Tous ceux qui m’ont reproché de voter à titre personnel François Hollande, le feront eux aussi bientôt parce qu’ils voudront l’emporter ». Un argumentaire pour la lutte des places, quoi. Seul intérêt de ce texte : Montebourg reconnait qu’il n’est pas gagné d’être au second tour : « la campagne est loin d’être gagnée, il faudra vaincre au premier tour l’extrême droite ». C’est sûr que se battre pour les places et pas pour les idées, ça fait le beurre de Marine !

Répondre à ce message #33865 | Répond au message #33864
Montebourg s’explique - Mister K - 23 octobre 2011 à  12:59

La traduction est toute personnelle. Mieux vaut aller lire le texte directement.

« Tous ceux qui m’ont reproché de voter à titre personnel François Hollande, le feront eux aussi bientôt parce qu’ils voudront l’emporter ». Un argumentaire pour la lutte des places,

Euh...ben, non. Il dit juste qu’au second tour, si le candidat de gauche, Hollande dans son esprit, y participe, tout le monde votera pour lui histoire de se débarrasser de Sarko. Comme je l’ai déjà dit, l’argument de lutte des places ne tient pas. Quelque soit le candidat PS, s’il l’emporte, tous les candidats de la primaire PS auront un rôle à jouer, c’est évident. Pas besoin de marchandage ou de lutte des places.

Seul intérêt de ce texte : Montebourg reconnait qu’il n’est pas gagné d’être au second tour : « la campagne est loin d’être gagnée, il faudra vaincre au premier tour l’extrême droite ». C’est sûr que se battre pour les places et pas pour les idées, ça fait le beurre de Marine !

Non, UMP ou PS n’ont aucune garantie d’être au second tour. J’allais dire, heureusement, il y a une élection, avec des citoyens qui votent librement. Mais en déduire que cela entraîne forcément une lutte des places plutôt qu’une lutte d’idées, là, je ne suis pas d’accord. D’autant que celle qui est censée en faire son beurre, la miss Le Pen, n’a plus vraiment d’idées qui lui sont propre, puisque l’UMP lui a à peu près tout piqué.

En fait, je pense que si quelqu’un peut y gagner dans la désignation de Hollande comme candidat du PS, ce n’est pas Le Pen mais bien Mélenchon, c’est évident. Et il n’est pas impossible que Mélenchon ramène d’ex électeurs de gauche passés au FN vers la gauche.

Bref, une campagne va se jouer. Pas sûr que Montebourg y jouera un grand rôle. Mais il est à peu près certain que Mélenchon, lui, risque d’exploser les scores s’il fait une bonne campagne. Et donc si le risque pour l’UMP, c’est le FN, pour le PS, c’est clairement Mélenchon.

Répondre à ce message #33866 | Répond au message #33865
Montebourg s’explique - bombix - 23 octobre 2011 à  17:51

Euh...ben, non. Il dit juste qu’au second tour, si le candidat de gauche, Hollande dans son esprit, y participe, tout le monde votera pour lui histoire de se débarrasser de Sarko.

L’argument est sophistique. On ne peut pas faire la comparaison entre le second tour de la primaire et le second tour de la présidentielle. Au second tour de la primaire, quel que fût le choix de Montebourg, c’était un(e) socialiste qui aurait été choisi. Il pouvait donc, même au nom du vote utile, choisir Aubry, qui semble-t-il, correspondait mieux à ses orientations politiques. Son choix pour Hollande relève de la bataille des égos, pas de la bataille des idées, qui n’existent plus au PS.

Quelque soit le candidat PS, s’il l’emporte, tous les candidats de la primaire PS auront un rôle à jouer, c’est évident.

Pas du tout évident. Le nombre des places est limité. On privilégiera qui a fait allégeance. Le PS, c’est pas le pays des bisounours.

il y a une élection, avec des citoyens qui votent librement

D’un point de vue formel, c’est vrai. D’un point de vue réel, si on considère la puissance des protagonistes, sur les médias en particulier, il faut beaucoup nuancer.

D’autant que celle qui est censée en faire son beurre, la miss Le Pen, n’a plus vraiment d’idées qui lui sont propre, puisque l’UMP lui a à peu près tout piqué.

Bon, attention, l’UMP c’est quand même pas le FN. Le FN aimerait bien être si fréquentable qu’on en viendrait presque naturellement à l’assimiler à un UMP un peu radical. Mais l’UMP est encore un parti républicain — enfin, on voudrait croire ! — quand le FN a des tendances très nettement fascisantes, là pas d’ambiguïtés.

En fait, je pense que si quelqu’un peut y gagner dans la désignation de Hollande comme candidat du PS, ce n’est pas Le Pen mais bien Mélenchon, c’est évident

Et donc si le risque pour l’UMP, c’est le FN, pour le PS, c’est clairement Mélenchon.

Il n’y a pas d’homologie possible entre Le Pen/Sarkozy et Mélenchon/PS. 1) Il y a une différence de nature entre les partis républicains et les partis fascistes 2) Mélenchon vient du PS, et y retournera. Il l’a théorisé toute sa vie politique ; le Parti de gauche est une parenthèse. Selon que Mélenchon fera ou pas un score honorable au 1er tour, il aura un tout petit ou un petit strapontin, une louche, ou deux louches de lentilles. Le PC aura besoin de faire des accords aux législatives, Hollande peut compter sur le soutien du FdG au second tour, il n’aura même pas besoin de négocier quoi que ce soit. Il y aura bien quelques rodomontades. Le public veut un peu de spectacle, on lui donnera. Alors Mélenchon expérimentera cette vérité enseignée par son maître François Mitterrand : les communistes, on ne peut rien faire sans eux, mais on ne peut rien faire non plus avec eux. 3) Les gens se souviennent de 2002 et veulent virer Sarko. Ils savent qu’il n’y en a qu’un qui peut le faire désormais, c’est Hollande. Donc, le vote utile jouera à plein, dès le 1er tour. Pour preuve, la position pro-Hollande de gens aussi radicaux que ceux du site La Sociale.

D’une manière générale, l’organisation de ces primaires renforce le bipartisme des institutions de la Vème, « l’alternance du même ». Les communistes ne s’y sont pas trompés. Ils ne peuvent qu’être perdants à ce jeu.

Quant au FN, c’est un danger social, pas un danger politique, parce qu’il n’est pas capable d’élargir autour de lui. Si on regarde l’histoire, on peut discerner au moins quatre facteurs nécessaires pour l’arrivée au pouvoir des nazis : l’humiliation de l’Allemagne, la haine de la démocratie parlementaire, la complicité de la bourgeoisie, et la peur du communisme. L’humiliation a engendré le ressentiment, puissant moteur pour manipuler les masses. La haine du parlementarisme a laissé la bourgeoisie penser que Hitler serait seul à même d’endiguer le flot bolchevique, dans le chaos créé par la crise économique. En gros, on a donné les clefs à Hitler, seul, il ne pouvait pas les prendre. Personne aujourd’hui ne songe à donner les clefs à Le Pen, pour nous protéger de Pierre Laurent ;-).

Le capitalisme a compris que dans l’ensemble, la machine tournait mieux dans des régimes démocratiques que dans des régimes totalitaires. Elle tournera encore mieux dans les nouvelles démocraties du totalitarisme mou, spectacularisées et techno-contrôlées. Le FN et le vieux PC stalinien sont des dinosaures à oublier.

Répondre à ce message #33868 | Répond au message #33866
Montebourg s’explique - Mister K - 23 octobre 2011 à  18:52

L’argument est sophistique. On ne peut pas faire la comparaison entre le second tour de la primaire et le second tour de la présidentielle. Au second tour de la primaire, quel que fût le choix de Montebourg, c’était un(e) socialiste qui aurait été choisi. Il pouvait donc, même au nom du vote utile, choisir Aubry, qui semble-t-il, correspondait mieux à ses orientations politiques. Son choix pour Hollande relève de la bataille des égos, pas de la bataille des idées, qui n’existent plus au PS.

Non, il a fait le diagnostique suivant : Aubry-Hollande, les deux faces d’une même pièce...Son choix relève d’une logique de parti. C’est un choix militant.

Quelque soit le candidat PS, s’il l’emporte, tous les candidats de la primaire PS auront un rôle à jouer, c’est évident.

Pas du tout évident. Le nombre des places est limité. On privilégiera qui a fait allégeance. Le PS, c’est pas le pays des bisounours.

Rien n’est jamais évident. Mais il y a quand même un peu plus que "5 places" à prendre. L’argument ne tient pas. A l’UMP non plus ce ne sont pas des bisnounours, et ils arrivent très bien à "caser" tout le monde. Je crois que le problème ne se situe, pour l’instant, pas au niveau des places. Mais bien au niveau de la victoire ou pas. Dans la logique de parti du PS, si Hollande perd, tout le monde perd (même si il faut surtout prendre en compte les législatives que tout le monde oubli).

Bon, attention, l’UMP c’est quand même pas le FN. Le FN aimerait bien être si fréquentable qu’on en viendrait presque naturellement à l’assimiler à un UMP un peu radical. Mais l’UMP est encore un parti républicain — enfin, on voudrait croire ! — quand le FN a des tendances très nettement fascisantes, là pas d’ambiguïtés.

Alors, moi je veux bien, mais quand un ministre UMP se retrouve à la une de minute, on peut se poser des questions. Quand Sarkozy fait son discours sur les Roms à l’été 2010 aussi. Soit on prend une logique de partie, soit une logique d’idées. L’UMP est, sur le papier, un partie républicain. Mais au niveau des idées, il faut voir...Je crois que la distinction entre UMP et FN est, sur un certain nombre de thèmes, très difficile. Il vaut mieux regarder la réalité en face.

3) Les gens se souviennent de 2002 et veulent virer Sarko. Ils savent qu’il n’y en a qu’un qui peut le faire désormais, c’est Hollande. Donc, le vote utile jouera à plein, dès le 1er tour. Pour preuve, la position pro-Hollande de gens aussi radicaux que ceux du site La Sociale.

Je crois que cela, ça dépendra beaucoup de la campagne électorale. 6 mois avant l’échéance, ce n’est pas évident.

Le capitalisme a compris que dans l’ensemble, la machine tournait mieux dans des régimes démocratiques que dans des régimes totalitaires. Elle tournera encore mieux dans les nouvelles démocraties du totalitarisme mou, spectacularisées et techno-contrôlées. Le FN et le vieux PC stalinien sont des dinosaures à oublier.

Il ne faut pas oublier que beaucoup de gens sont dans la merde et n’ont plus beaucoup d’espoir. Dans ces moments là, souvent, on se radicalise. Le risque est d’autant plus grand que la crise est importante, qu’elle n’a peut-être pas encore montré tous ses effets. Et que l’on ne nous promet pas des lendemains qui chantent, bien au contraire. En 6 mois, il peut se passer beaucoup de choses. Il convient donc d’être prudent. L’histoire n’est jamais écrite d’avance.

Répondre à ce message #33869 | Répond au message #33868