La crise en thème

La règle en toc

lundi 22 août 2011 à 08:43, par Mister K

On reviendra certainement dans ces pages sur la crise financière permanente que connait la planète depuis plusieurs années. Mais, en France, le sujet de la rentrée risque d’être bling-bling : la règle d’or. On va tenter d’expliquer pourquoi l’or risque de se transformer en plomb.

Le contexte

Nous sommes dans un contexte d’attaque des États par les marchés. Et ce ne sont pas n’importe quels États qui sont attaqués, ce sont des États qui, directement ou indirectement ont les moyens, au final, de payer. En clair, "le marché", ce truc impalpable et indéfinissable, tente de faire cracher les pays riches en prétextant des risques sur les dettes souveraines. Et le pire, c’est que cela marche. Un certain nombre de spéculateurs ont réussi à créer le chaos sur un marché des obligations jusque-là réputé sûr [1] mais, malheureusement pour eux, assez peu rémunérateur par rapport au marché des actions. En prétextant des risques qui en réalité sont quasi inexistants [2], les marchés exigent des taux d’intérêts toujours plus élevés, ce qui dévalorise les obligations en cours [3] et encourage les porteurs d’obligations moins rémunératrices et/ou dont le remboursement pourrait paraître douteux à s’en débarrasser. L’effet boule de neige aidant, la panique gagne tout le monde et les marchés s’effondrent. Et les États s’endettent en subissant des taux d’intérêt toujours plus élevés. Le seul élément tangible est que les États sont effectivement très endettés, bien plus qu’il y a cinq ans. Mais aucun pays à ce jour n’a été déclaré en faillite.

La réaction des dirigeants politiques

La règle en toc

Ils sont tombés dans le panneau : ils cherchent à rassurer les marchés et jouent ainsi sans le vouloir, le jeu des spéculateurs. Et les spéculateurs, tant qu’ils gagnent, ils jouent. La dette fait peur aux marchés ? On va faire en sorte de régler le problème de la dette, peu importe si c’est au détriment des peuples. Les marchés veulent un équilibre budgétaire ? On va leur faire de l’équilibre budgétaire. Ainsi, les gouvernants de nos pays riches, et plus particulièrement ceux de l’Union Européenne, donnent raison aux marchés financiers, et pire, se plient à leurs souhaits supposés. On passe sur les milliards d’Euros injectés dans le système, on passe même sur les consignes "secrètes" données à l’Italie par la BCE [4]. Arrêtons-nous sur une mesure proposée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel : l’équilibre budgétaire obligatoire pour les 17 pays européens de la zone Euro. Autrement dit, la règle d’or subitement chère à Nicolas Sarkozy.

Une mesure de dupe

Première chose qu’il faut souligner, et la plus importante, c’est qu’un budget n’est pas la réalité. Il dépend de l’analyse de la situation économique autant qu’il est un souhait. A travers les décisions budgétaires, on fait des choix politiques. Donc, symboliquement, se faire imposer des règles budgétaires et donc des choix politiques par des marchés, c’est la négation totale de la démocratie, c’est un revers énorme pour la politique et ceux qui l’incarne. Un budget, qui est forcément prévisionnel, tente de se rapprocher le plus possible de ce que l’on s’imagine que sera la situation un an plus tard. Avec, quand on s’occupe du budget d’un État, des milliers de paramètres impossibles à maîtriser. Conclusion, on peut proposer un budget à l’équilibre sur le papier pour respecter une règle d’or devenue constitutionnelle ou non...et un an plus tard, avoir creusé les déficits à son corps défendant. Pourquoi ? Il n’est pas trop difficile de maîtriser les dépenses, et encore, tout dépend quelles dépenses. Les dépenses de Sécurité Sociale par exemple ne sont pas très prédictibles. Une épidémie de grippe peut vous mettre un budget par terre [5]. Sans oublier les crises financières à renflouer à coups de milliards qui elles aussi sont difficilement prévisibles. Par contre, plus compliqué encore, maîtriser les recettes. Une baisse de la consommation et ce sont les rentrées de TVA qui s’écroulent. Une crise économique et ce sont les recettes sur les bénéfices des sociétés qui chutent. Une récession et là, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer sur votre beau budget à l’équilibre sur le papier...mais totalement à la ramasse en réalité.

Un sujet très français

Cela ne vous a pas échappé, la France va rentrer en campagne présidentielle. Et Nicolas Sarkozy aussi. Et notre président, totalement nul à l’action mais bon en communication a flairé le bon coup : se faire passer pour le sauveur en appliquant une règle mise en place par Thatcher, TINA - There Is No Alternative. Il n’y a pas d’alternative, nous devons appliquer "la règle d’or budgétaire". C’est une des mesures pour rassurer les marchés. On l’a vu, cette règle est avant tout psychologique mais pas forcément réaliste. Proposer une mesure psychologique pour des risques psychologiques, c’est une histoire de fou. Et c’est dans cette histoire de fou que nous entraînent nos gouvernants. Bien sûr, en voulant faire appliquer cette règle pour 2013, Sarkozy se moque du monde. Il est évident qu’il devrait appliquer cette règle dès 2012. Mais il se moque d’autant plus du monde qu’il a contribué à faire exploser la dette depuis 2007 [6] et que si cette règle était vraiment "d’or", il aurait dû tenter de l’appliquer bien avant. Sauf que bien sûr, nous sommes là dans la communication, et que l’or se transforme en toc.

Là où Sarkozy fait la plus grave erreur, c’est qu’en faisant appliquer cette règle, qui sera fatalement perçue comme une mesure imposée par les marchés et qui entrainera des sacrifices pour les français, il reconnait la défaite du politique face au système financier. Sarkozy s’écrase comme une merde. Mais la merde, c’est nous qui allons la manger.

Alors, que faire ?

Il est évident que tout ministre du budget doit tenter de présenter un budget à l’équilibre. Mais pas contre vents et marées. Le budget doit permettre des marges de manœuvres. Et si la situation n’est, de toutes évidences, pas propice à l’équilibre budgétaire, il ne sert à rien de s’entêter. Proposer un budget basé sur des prévisions fiscales trop optimistes sera improductif, puisqu’au final, le fossé avec la réalité n’en sera que plus grand...et les marchés plus que déçus. Certaines années sont moins bonnes que d’autres. On peut admettre que l’on soit déficitaire certaines années...et faire en sorte que nous soyons le plus souvent bénéficiaire. Actuellement, pour parvenir à un équilibre, il n’y a clairement pas le choix, les impôts doivent augmenter. Le dogme des impôts qui n’augmentent pas est une connerie monstrueuse qui si il persiste, nous mettra dans une situation inextricable.

Ce qu’il faudrait, c’est surtout faire en sorte de ne plus être soumis aux crises financières. Nous avons déjà assez à faire avec les crises économiques. Et pour cela, pas de mystère, il faut a minima enrayer la spéculation financière si ce n’est la rendre impossible. Les marchés doivent s’appuyer et financer l’économie réelle. Ce sont des évidences. Mais bizarrement, ces évidences ne sont pas d’or. Et pour que cela soit véritablement viable, il faut assurer la transparence complète de l’économie, des flux financiers, des comptes de l’État et des collectivités locales [7]. A partir de là, les marchés ne devraient plus être des casinos et les comportements beaucoup plus rationnels. Surtout, les simples citoyens seront en mesure de comprendre où va l’argent, qui gagne quoi. Et les injustices criantes devront alors forcément être compensées puisque intenables à la vue de tous.

Plutôt que des fables, du concret

Avec sa fabuleuse règle d’or, Sarkozy nous enfume, nous vend de la mythologie budgétaire. Et pendant ce temps, il oublie de jouer son rôle de politique qui dirige. Sarkozy est une montgolfière qui se laisse traîner au grès des flux et reflux financiers. Des hommes politiques en toc, des règles en toc, nous n’en avons pas besoin. Malheureusement, notre président est incorrigible et est bien trop fier pour reconnaître qu’il s’est planté sur toute la ligne... et qu’il continue à se planter. Si Sarkozy a un successeur en 2012, on peut juste espérer qu’il ne rentrera pas dans le même moule préfabriqué des gouvernants dociles face aux marchés tous puissants. Malheureusement, les espoirs, de ce coté là aussi, sont minces.

[1Suite à la crise de 2008, ce marché a connu un regain d’intérêt...d’autant que le sauvetage du système a été réalisé par les États qui pour l’occasion se sont endettés et donc ont émis des obligations, la boucle est bouclée

[2Qui dit risque dit attente d’une rémunération plus élevée...

[3qui eux, du fait de leur ancienneté ont des taux moins élevés

[4Banque Centrale Européenne

[5A moins que ce soit l’incompétence d’un ministre de la santé...

[6Le déficit est passé de 1211 milliards d’Euros fin 2007 à 1591 milliards fin 2010...alors qu’il était de 912 milliards fin 2002. En 10 ans, on aura bientôt réussi à doubler la dette publique de la France. C’est cela, une bonne gestion...de droite

[7C’est en théorie le cas pour les comptes publics, en pratique, l’accès aux comptes publics n’est pas aisé


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commentaires
La règle en toc - bombix - 27 août 2011 à 22:48

Le déficit est passé de 1211 milliards d’Euros fin 2007 à 1591 milliards fin 2010...alors qu’il était de 912 milliards fin 2002. En 10 ans, on aura bientôt réussi à doubler la dette publique de la France. C’est cela, une bonne gestion...de droite

Une bonne gestion de droite, c’est d’abord une gestion qui sert les intérêts de la clientèle de Sarkozy et ses sbires.

Un rapport sur les niches fiscales vient de tomber : « En fait, sur les 470 niches fiscales, des centaines sont totalement inutiles ou très peu efficaces pour la croissance et l’emploi, selon le rapport de l’Inspection générale des finances évoqué par Le Figaro. » exemple : « Les réductions d’impôts pour l’emploi de personnes à domicile, qui coûtent six milliards par an, sont excessives par rapport au gain attendu de lutte contre le travail non déclaré, et surtout elles profitent aux 10% des Français les plus riches qui encaissent 67% des gains » ; autre exemple :« L’opposition souligne qu’une "niche" créée en 2004 à l’initiative de l’actuel patron de l’UMP Jean-François Copé, exonérant les grands groupes d’impôts sur les plus-values réalisées lors de cessions de filiales, a coûté plus de 20 milliards d’euros à l’Etat. »

Donc acte premier d’un vrai gouvernement de gauche : une réforme fiscale, la suppression des niches fiscales, et un plafond maxi de revenus au delà duquel l’argent "gagné" retourne à l’Etat. Mais Hollande interrogé ne songe pas à supprimer les dites niches (pas plus qu’il n’évoque un plafond maxi des revenus). Il faut « redéployer » dit-il. Traduction de la langue de bois : surtout ne rien faire. (C’est pas mal, redéployer. La Gauche Unie sur Bourges, à propos des caméras de surveillance, songeait elle aussi à « redéployer ». Quand on ne veut rien faire, mais qu’on veut donner l’impression qu’on va faire quelque chose, on promet de « redéployer ».)


La règle en toc : la Cour des Comptes sceptique en - Mister K - 24 août 2011 à 16:11

Quand la Cour des Comptes fustigeait la « règle d’or » (Cf p68 du document de la Cour des Comptes).

A noter qu’on parle là d’une logique d’équilibre budgétaire hors investissement. Ce n’est peut-être pas tout à fait la règle d’or actuellement envisagée qui serait vraisemblablement (?) stricte (donc investissement compris). Le rapport date de 2008...


Crédit à mort - bombix - 23 août 2011 à 09:42

Une analyse d’Anselm Jappe. Dernier livre paru, Crédit à mort.

"Une critique du capitalisme contemporain très différente de celles évoquées jusqu’ici a cependant été avancée. Elle demande : et si la financiarisation, loin d’avoir ruiné l’économie réelle, l’avait, au contraire, aidée à survivre au-delà de sa date de péremption ? Si elle avait donné du souffle à un corps moribond ? Pourquoi est-on si sûr que le capitalisme lui-même échappe au cycle de la naissance, de la croissance et de la mort ? Ne pourrait-il pas contenir des limites intrinsèques à son développement, des limites qui ne résident pas seulement dans l’existence d’un ennemi déclaré (le prolétariat, les peuples opprimés), ni dans le seul épuisement des ressources naturelles ?

Pendant la crise, il était de nouveau à la mode de citer Marx. Mais le penseur allemand n’a pas seulement parlé de luttes des classes. Il a également prévu la possibilité qu’un jour la machine capitaliste s’arrête seule, que sa dynamique s’épuise. Pourquoi ? La production capitaliste de marchandises contient, dès l’origine, une contradiction interne, une véritable bombe à retardement située dans ses fondements mêmes. On ne peut faire fructifier le capital, et donc l’accumuler, qu’en exploitant la force de travail. Mais le travailleur, pour engendrer un profit pour son employeur, doit être équipé des outils nécessaires, et aujourd’hui des technologies de pointe. Il en résulte une course continuelle – concurrence oblige – dans l’emploi des technologies. Chaque fois, le premier employeur à avoir recours à de nouvelles technologies y gagne, parce que ses ouvriers produisent davantage que ceux qui ne disposent pas de ces outils. Mais le système entier y perd, parce que les technologies remplacent le travail humain. La valeur de chaque marchandise singulière contient donc des parts toujours plus minces de travail humain – qui est cependant la seule source de survaleur, et donc du profit. Le développement de la technologie diminue les profits dans leur totalité. Cependant, pendant un siècle et demi, l’élargissement de la production de marchandises à l’échelle globale a pu compenser cette tendance à la diminution de la valeur de chaque marchandise particulière.

Depuis les années 1960, ce mécanisme – qui déjà n’était pas autre chose qu’une fuite en avant permanente – s’est enrayé. Les gains de productivité permis par la microélectronique ont, paradoxalement, mis en crise le capitalisme. Des investissements toujours plus gigantesques étaient nécessaires pour faire travailler, selon les standards de productivité du marché mondial, le peu d’ouvriers restants. L’accumulation réelle du capital menaçait de s’arrêter. C’est à ce moment que le « capital fictif », comme l’appela Marx, prit son envol. L’abandon de la convertibilité du dollar en or, en 1971, a éliminé la dernière soupape de sécurité, le dernier ancrage à l’accumulation réelle. Le crédit n’est pas autre chose qu’une anticipation des gains futurs espérés. Mais lorsque la production de valeur, et donc de survaleur, dans l’économie réelle stagne (ce qui n’a rien à voir avec une stagnation de la production de choses – mais le capitalisme tourne autour de la production de survaleur, et non de produits en tant que valeurs d’usage), il n’y a que la finance qui permette aux propriétaires de capital de faire les profits désormais impossibles à obtenir dans l’économie réelle. La montée du néolibéralisme à partir de 1980 n’était pas une sale manœuvre des capitalistes les plus avides, un coup d’Etat monté avec la complicité de politiciens complaisants, comme veut le croire la gauche « radicale ». Le néolibéralisme était, au contraire, la seule manière possible de prolonger encore un peu le système capitaliste que personne ne voulait sérieusement mettre en question dans ses fondements, ni à droite ni à gauche. Un grand nombre d’entreprises et d’individus ont pu garder longtemps une illusion de prospérité grâce au crédit. Maintenant, cette béquille s’est également cassée. Mais le retour au keynésianisme, évoqué un peu partout, sera tout à fait impossible : il n’y a plus assez d’argent « réel » à la disposition des Etats. Pour le moment, les « décideurs » ont renvoyé encore un peu le Mane, Thecel, Pharès en ajoutant un autre zéro derrière les chiffres fantasques écrits sur les écrans et auxquels ne correspond plus rien. Les prêts accordés pour sauver les banques sont dix fois supérieurs aux trous qui faisaient trembler les marchés il y a vingt ans – mais la production réelle (disons, banalement, le PIB) a augmenté environ de 20-30 % !La « croissance économique » des années 1980 et 1990 n’avait plus une base autonome, mais était due aux bulles financières. Et lorsque ces bulles auront crevé il n’y aura pas d’« assainissement » après lequel tout pourra repartir. Pourquoi ce système ne s’est-il pas encore écroulé complètement ? A quoi doit-il sa survie provisoire ? Essentiellement, au crédit."

Le début, et la suite ... en suivant ce lien.


Crédit à mort - B. Javerliat - 23 août 2011 à  10:53

La montée du néolibéralisme à partir de 1980 n’était pas une sale manœuvre des capitalistes les plus avides, un coup d’Etat monté avec la complicité de politiciens complaisants, comme veut le croire la gauche « radicale ».

Ah ? Et c’est qui qui l’a fait le neoliberalisme ? les chomeurs et les prolos qu’on paye de moins en moins ?

Le néolibéralisme était, au contraire, la seule manière possible de prolonger encore un peu le système capitaliste que personne ne voulait sérieusement mettre en question dans ses fondements, ni à droite ni à gauche.

La preuve que c’est bien les capitalistes qui l’ont inventée cette machine infernale !

C’est bien gentil cette manie qu’ont certains de vouloir reporter la faute sur les consommateurs, mais ça devient fatigant. Quand le système invente la bidouille qui permet d’« acheter » une voiture neuve pour 200 euros par mois, c’est qui le fautif ? Celui qui invente le piège à con ou le con qui tombe dedans ?

Que les cons comme nous n’aient pas vu venir le problème est une faute, sûrement. Mais ça ne rend pas responsable de la cata ! Qu’on soit de gauche radicale ou pas.

Répondre à ce message #33144 | Répond au message #33142
Crédit à mort - bombix - 23 août 2011 à  17:09

C’est bien gentil cette manie qu’ont certains de vouloir reporter la faute sur les consommateurs, mais ça devient fatigant.

Je ne crois pas que le problème soit là. Il ne s’agit pas d’imputer, de trouver des coupables ... il s’agit de mettre à jour une logique dans le système. Tu remarqueras d’ailleurs que la cible, c’est moins "le consommateur", qu’une certaine extrême gauche, qui se met le doigt dans l’oeil en inventant un complot qui n’existe pas.
Il s’agit en fait d’une fausse critique. Une critique "idéologique" aurait dit Marx, qui inverse, comme dans une chambre noire, l’image de la réalité. Il s’agit de remettre les choses à leur place.

La stérilité d’une certaine critique et d’une certaine action de la gauche contemporaine à de quoi nous rendre attentif aux analyses de gens comme Jappe. Radicales, c’est vrai, c’est à dire qui plongent à la racine des phénomènes.

Répondre à ce message #33150 | Répond au message #33144
La règle en toc - bombix - 22 août 2011 à 11:25

Pour prendre du bon côté — celui par lequel on peut les comprendre et s’y opposer efficacement — ces problèmes, il faut considérer que la dette publique n’est pas une fatalité, n’est pas un problème, mais une solution (1).

On constate :

Un parallèle entre la financiarisation de l’économie mondiale et l’explosion des dettes publiques.

USA :
1980 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 13, 6 milliards de dollars
1993 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 119, 6 milliards de dollars

France :
1986 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 200 millions de dollars
1993 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 13, 7 milliards de dollars

Sur la période, 80-95, la richesse produite en France a augmenté d’un tiers. Pendant ce temps, le chômage et la pauvreté explosaient. Pendant ce temps, environ 8 à 10 pour cent de points de PIB se déplaçaient des salariés vers le capital.

La dette permet la captation de la plus-value via l’impôt direct et indirect du monde du travail vers les actionnaires, justifie la modération salariale et la casse des services publics, pour que sa majesté le Capital trouve de nouveaux débouchés (télécommunication, éducation, transports etc.)

Donc augmentons les impôts, cher Mister K. Au fait, les impôts, pour qui (50 pour cent des foyers fiscaux français ne paient pas d’impôts sur le revenu. Pour les très riches, ils ont le bouclier fiscal) ?

J’ai donné des chiffres des années 80-90. Années ou les socialistes français étaient au pouvoir. Pour bien comprendre un phénomène, il faut remonter à son origine. Qu’on se comprenne bien. Les socialistes ne sont pas responsables de la transformation du "capitalisme managérial" en "capitalisme financier" (il n’y a qu’un seul capitalisme, mode de production capitaliste pour être précis, mais ses formes évoluent au cours du temps). Ils ont accompagné le mouvement, c’est tout. Sauf que les solutions keynésiennes (redistribution des fruits de la croissance, régulation étatique) ne fonctionnent plus avec le monétarisme et la dérégulation. Puisque ce sont les mêmes socialistes qui présentent une alternative au sarkozysme, mais que le sarkozysme n’est que le prolongement de leur propre politique, on imagine un peu quelles solutions efficaces on va trouver de ce côté-là. ;-)

D’ailleurs, Manuel Walls est favorable à la règle d’or de Sarkozy.

(1) On pourrait en dire autant du chômage. On l’a dit. Pas d’affreux gauchistes, mais un très sage conseiller référendaire à la Cour des comptes, Denis Olivennes. C’était en 1994, et le rapport s’appelait La préférence française pour le chômage. Il faudra s’interroger un jour sur une génération d’égoïstes née après la guerre qui a sacrifié les générations ultérieures, ses propres enfants, à son confort et à ses intérêts. Les retraités s’en sortaient bien dans les années 80 (ils détenaient 65 pour cent du patrimoine) avec une hausse des revenus de 4 pour cent, tandis que pour les salariés, elle n’était que de 0,5 pour cent. Comme par hasard, ces Messieurs et ces Dames servis, le droit à la retraite est soudain remise en cause.

Mais pas d’affolement, une journée unitaire d’action se prépare cet automne. Solidaires paraît-il s’y associe. Vont- ils nous expliquer ce qui justifie de défiler à nouveau avec la CFDT, après le brillant succès du mouvement des retraites 2010 ? Attac n’est plus contre la mondialisation, et les petits chefs de Solidaires, les radicaux, les durs de dur du mouvement syndical, se tiennent au garde à vous devant les pontes du syndicalisme collaborationniste (décidée de manière très démocratique cette inflexion du mouvement, naturellement). La gauche française, ce grand cadavre qui pue.


La règle en toc - limpide - 22 août 2011 à  12:24

Merci pour ce bon article.

Voici un site qui apporte d’autres précision
http://www.fauxmonnayeurs.org/.

La Nation doit pouvoir émettre la monnaie dont elle a besoin, en proportion de son développement.

Et la monnaie qu’elle crée, elle doit pouvoir l’affecter aux projets qu’elle décide pour demain, non pas au paiement de ceux qu’elle se voit imposer, aujourd’hui, impuissante, endettée.

Or, ce peuple qui ne tolère plus un régime consacrant l’impuissance du politique, la mort de l’État social, et la croissance aveugle, ce peuple qui subit à tout instant la domination du dieu marché, méconnaît grandement l’aliment de base de son bourreau : la monnaie.

Répondre à ce message #33134 | Répond au message #33133
La règle en toc - Mister K - 22 août 2011 à  14:01

Oui, une des solutions à la résorption de la dette est la création de monnaie, dite planche à billet (même si l’on a plus vraiment besoin d’imprimer des billets d’ailleurs vu que la monnaie est devenue en grande partie immatérielle...). Cette technique est utilisée par les États-Unis...mais on ne peut effectivement pas se permettre une telle chose en suivant les traités européens et les règles de la BCE. C’est une marge de manœuvre que l’on a clairement perdu par rapport au Franc.

Mais il ne faut pas oublier que la création de monnaie entraîne automatiquement l’inflation. La finance déteste l’inflation. C’est d’ailleurs elle qui a le plus intérêt à une inflation limitée. Mais l’inflation entraine (fatalement ?) une hausse des taux d’intérêts et une hausse des prix. Et en théorie, une hausse des salaires, des mimima sociaux etc...sauf que depuis un certain temps, les salaires et minima sociaux ne sont plus indexés sur l’inflation. La population risquerait donc fortement d’être la première victime d’une inflation importante. On le voit déjà aujourd’hui, les salaires augmentent souvent moins que l’inflation, qui heureusement, est limitée. Donc, si on devait jouer avec la planche à billet, il faudrait automatiquement remettre à l’ordre du jour l’indexation des salaires et minima sociaux sur l’inflation...d’ailleurs, on devrait remettre cette règle au goût du jour y compris sans jouer avec la monnaie...

Répondre à ce message #33138 | Répond au message #33134
La règle en toc - 24 août 2011 à  11:21

Quelques notes prisent lors de la venue au Guillotin (organisé par les Decroissant(merci à eux)) de Philippe Godart :
"Doit-on faire une différence entre l’argent et la monnaie ? par analogie, une longueur se mesure en mètre, pouce ... L’argent se quantifie en monnaies, euros, dollars ... La monnaie est l’unité de mesure de l’argent.
Dans le capitalisme l’argent devient le seul but, la monnaie seulement un instrument. Il faut se réapproprier la monnaie pour une société non capitaliste."

Répondre à ce message #33164 | Répond au message #33138
La règle en toc - Julien Debord - 1er septembre 2011 à  01:18

Et pourquoi pas la création de monnaies locales à l’échelle d’une région par exemple ? Sans résoudre le problème de la dette nationale, ce serait un moyen intéressant pour redonner du souffle à un économie de proximité et de se libérer un peu du joug de la financiarisation comme seul et unique moteur de richesse.

Il faudra bien un jour redonner vie à l’économie réelle pour sortir de la merde dans laquelle nous sommes et tenter de faire un peu de localisme me paraît préférable à la baisse massive des salaires et des dépenses sociales pour être compétitif face à la Chine (ce si superbe modèle allemand qu’on nous vante sans cesse...).

Répondre à ce message #33184 | Répond au message #33138
La règle en toc - Mister K - 1er septembre 2011 à  10:54

Et pourquoi pas la création de monnaies locales à l’échelle d’une région par exemple ? Sans résoudre le problème de la dette nationale, ce serait un moyen intéressant pour redonner du souffle à un économie de proximité et de se libérer un peu du joug de la financiarisation comme seul et unique moteur de richesse.

Une monnaie, soit elle est convertible, soit elle ne l’est pas. Et si elle ne l’est pas, nous sommes condamnés à l’utiliser en autarcie. A une époque (lointaine), cela fonctionnait très bien. Mais il y a avait très peu d’échanges internationaux et pas de marché de la devise. Désormais, les pays qui ont des monnaies non convertibles sont soit des états totalitaires, soit des états qui n’ont pas les moyens de faire autrement (parfois les deux). Quand on y pense, ce serait une solution à la Cubaine avec un Peso Cubain (national) et un Peso Convertible (CUC)... La question est : est-ce que la monnaie utilisée doit créer la contrainte ou au contraire doit être un instrument ? Bon, et puis effectivement, ça ne répond pas à la question de la dette.

La dette, c’est (désormais) quand même de l’engagement dans un système international (Le Japon avec une dette plutôt intérieure ferait peut-être figure d’exception...). Sinon, on effacerait la dette, et pis ce serait terminé. La monnaie, c’est aussi ça. On applique une règle du jeu mondiale. Problème, aucun peuple n’a décidé ou accepté cette règle ou ces règles du jeu. On subit le ou les marchés qui font et sont plus ou moins la ou les règles...règles qui sont d’ailleurs mouvantes au fil du temps sans que l’on ne décide ou maîtrise les changements. On subit ces règles en même temps que l’on y participe. C’est quelque part, de l’auto esclavage, notamment au niveau intellectuel. Alors, on peut essayer d’encadrer plus ou moins ces règles non dites ou non écrites. On peut décider de ne plus les respecter et d’en décider d’autres (démocratiquement si possible) dans notre coin. On peut décider de changer les règles (et surtout de les écrire et de les accepter démocratiquement !) au niveau international. On voit là les différentes options politiques plus ou moins simples à mettre en place et plus ou moins réalisables. Il est certain que l’encadrement de ce que l’on nomme la mondialisation est la solution la plus simple à vendre. La démondialisation est une solution plus compliqué mais qui devrait être au minimum élargie à l’europe pour avoir une chance de réussir.

Une chose est certaine, les difficultés réelles ou supposées que l’on connait, dont la dette n’est qu’un aspect (et pas le pire !), nous amènent à nous poser collectivement de plus en plus de questions sur notre système économique actuel et sa pérennité. Et se poser des questions, ce n’est jamais une mauvaise chose. Encore faut-il, de temps en temps, tirer des conclusions et ne pas rester dans l’expectative indéfiniment...

Répondre à ce message #33185 | Répond au message #33184
La règle en toc - Julien Debord - 1er septembre 2011 à  13:44

Je ne suis pas en accord sur le fait que ça marchait seulement avant la mondialisation. Il y à même aujourd’hui un boom des monnaies locales qui agissent en complément de la monnaie nationale. Ces monnaies sont le plus souvent convertibles, mais avec un système de dépréciation continue qui permet de rendre la circulation de celle-ci bien plus rapide qu’une monnaie nationale.
Sans même parler des monnaies virtuelles qui se développent un peu partout sur internet.

Justement, un article tout frais sur une monnaie locale http://owni.fr/2011/09/01/baviere-c...

Le but étant de pouvoir favoriser l’activité locale là oú elle se trouve pénalisée par le marasme mondial.

Répondre à ce message #33187 | Répond au message #33185
La règle en toc - Mister K - 1er septembre 2011 à  15:15

Bon, déjà dans l’exemple de MyEurope.info, la monnaie en question est convertible même si il y a une pénalité à la conversion en euro (d’ailleurs, qui empoche la différence de 5% ? Rien ne se perd, tout se transforme...). Cela se rapproche du troc ou du Système d’Échange Local. Et à part avoir une monnaie qui permet d’avoir des clients captifs (quelques part même chose que les systèmes de points des supermarchés par exemple), les sommes en jeu n’empêchent pas la spéculation sur l’euro. Et toute attaque sur l’Euro se répercute sur le Chiemgauer. Cela reste un outil de gens convaincus à l’avance qui même en utilisant l’euro utiliseraient au maximum le commerce et les produits locaux.
Un tel système peut favoriser les échanges locaux, mais cela n’ira pas plus loin. Il ne protège pas les habitants des spéculations monétaires et des problèmes liés au système financier en général. Et donc, pour revenir au sujet, c’est-à-dire la dette, elle subsiste quoi qu’il arrive. Il faudrait qu’une énorme masse d’euros soit "immobilisée" en monnaie alternative pour qu’il y ait un impact financier. D’ailleurs, tous ces euros immobilisés et transformés en Chiemgauer doivent être placés sur des comptes épargne et peuvent servir potentiellement à la spéculation. Je ne suis pas doué en Allemand, mais j’aimerai bien savoir comment c’est géré tout ça...et qui ramasse les "bénéfices". Je me demande si ce n’est pas une fausse bonne idée ou quelques malins se font "prêter" de l’argent et spéculent dessus en s’appuyant sur les bons sentiments. Bref, vu d’avion, il vaut mieux se méfier...

Au final, ces monnaies alternatives n’ayant pas d’impact sur la dette, on est un peu hors-sujet de toute façon...

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La règle en toc - criTique - 22 août 2011 à  12:59

Entièrement d’accord avec Bombix, à quelques petits détails qui ne méritent même pas d’être soulignés.
Les générations de menteurs politicards de gauche et de droite nous ont menés vers ce gouffre financier et social.
L’aveuglement politique pour des raisons encore purement financières, mènent la France et l’Europe vers un deuxième cataclysme en plus de celui-ci ; c’est la guerre de religion.
En autorisant le halal, la construction à tout va de mosquées, de chaines télé, d’émissions télé islamophone, la finance islamique, en ne reconnaissant même pas les racines chrétiennes de l’Europe etc... Tout cela pour un bénéfice spéculatif en voix d’électeurs et financier. Mais en laissant à nos enfants une France avec une dette et un islam invasif quel sera leur avenir ?
On ne retient pas les leçons de l’histoire, et on croit que ca n’arrive qu’aux autres. Certains ont cru au communisme français, ils croyaient qu’ici le communiste n’était pas comme en urss ou en corée... Certains rêvent pour la France d’un mélange multiculture, multiethnique et multireligieux. Quand ces idiots seront morts il ne restera que la guerre et la misère pour vos enfants.
Virons ces salopards qui ne pensent qu’au fric qu’ils peuvent se faire rapidement sur notre dos, et aux sièges politiques qu’ils peuvent obtenir avec leurs idioties des droits de l’hommisme dont nous payons chaque jour la facture et que nous payerons jusqu’à la mort.

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La règle en toc - Mister K - 22 août 2011 à  13:23

Euh, c’est quoi le rapport avec l’article ? Je cite seulement ça, mais bon...

En autorisant le halal, la construction à tout va de mosquées, de chaines télé, d’émissions télé islamophone, la finance islamique, en ne reconnaissant même pas les racines chrétiennes de l’Europe etc...

Outre que je ne suis, évidemment, pas d’accord avec vos propos qui font un amalgame infâme en plus d’être injustifié (du grand n’importe quoi !), votre commentaire est hors sujet...

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La règle en toc - Mister K - 22 août 2011 à  13:49

USA :
1980 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 13, 6 milliards de dollars
1993 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 119, 6 milliards de dollars

France :
1986 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 200 millions de dollars
1993 : moyenne journalière des opérations sur la dette publique : 13, 7 milliards de dollars

Bon, cela prouve au moins une chose : dans le domaine de la dette, la France a aussi plus de 10 ans de retard sur le mode de vie des USA... ;-)

La dette permet la captation de la plus-value via l’impôt direct et indirect du monde du travail vers les actionnaires, justifie la modération salariale et la casse des services publics, pour que sa majesté le Capital trouve de nouveaux débouchés (télécommunication, éducation, transports etc.)

Je ne le dis pas dans l’article, mais la dette est évidemment une mauvaise chose. Mais maintenant que la dette accumulée depuis 20 bonnes années est à 80% du PIB, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi pour revenir à une dette plus raisonnable. Il faut admettre que si l’on a mis 20 ans à accumuler une telle dette, il faudra certainement plus de 20 ans pour la résorber. Et qu’est-ce que 20 ou 30 ans à l’échelle d’un état ? Cela passe évidemment par une bonne gestion de l’argent publique, par une augmentation des recettes (la fin des cadeaux fait aux plus riches et aux très grosses entreprises) et par une remise à plat de la fiscalité : il faut que les entreprises cessent de se plaindre qu’elles paient trop d’impôts...alors qu’elles bénéficient d’un autre coté, de subventions et de cadeaux fiscaux. Mais attention, si 20 ou 30 ans ce n’est rien à l’échelle d’un état, c’est énorme à l’échelle d’une vie humaine. Il ne s’agit donc pas de sacrifier des générations parce que les générations précédentes ont fait n’importe quoi. Donc, des bonnes pratiques, oui, des règles rigides, non ! Une règle d’or inscrite dans la constitution serait une aberration. Il faut prévoir de la souplesse, faire confiance à l’intelligence (même si ce n’est pas toujours facile...) et surtout, protéger les hommes plutôt que les entités immatérielles (le marché, on ne peut même pas lui chier dessus en vrai ;-) ).

La dette bénéficie évidemment à la finance : votre banque à intérêt à ce que vous vous endettiez. Le marché de la finance à intérêt à ce que les états s’endettent. Donc, on doit tendre, en souplesse, à la diminution de la dette mais il ne faut rien s’interdire et donc, ne surtout pas figer une règle (idiote en plus) dans la constitution...

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